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#345 Lucie, dans le Val-de-Marne (94)

8 Fév

Je suis enceinte. J’ai 20 ans. Nous sommes en couple depuis 5 ans. Je suis déjà tombée enceinte un an plus tôt et nous avons fait le choix de l’avortement. Suite à cette IVG j’ai fais une dépression qui a nécessité un traitement médicamenteux. Mon traitement est arrêté en Août : au mois d’Octobre, je suis de nouveau enceinte.
Je suis très informée sur ce qu’est l’accouchement en France aujourd’hui : j’ai travaillé comme Auxiliaire de Puériculture dans de grandes maternités parisiennes. Je sais ce dont je ne veux pas. Je ne veux pas de cette violence industrialisée, banalisée. Je ne veux pas me sentir violée, anesthésiée, charcutée, comme je l’ai entendu parfois dans la bouche des mères auprès desquelles j’ai travaillé.
En fait, tout de suite, je veux accoucher chez moi, en sécurité. Là où je me sens bien. Je n’ai jamais été hospitalisée et je n’ai pas envie de commencer, surtout pas pour donner la vie. Je veux accoucher dans mon cocon, avec mon conjoint, la seule personne au monde en qui j’ai une absolue confiance, et éventuellement l’assistance d’une SageFemme.
Je me fantasme accouchant seule dans mon lit ou ma baignoire, en pleine possession de mon corps et gérant
ma douleur naturellement, instinctivement. Cette vision m’apaise et me sécurise.
Mon conjoint me fait confiance dans mes projets : c’est mon corps, mon instinct, je sais ce qui est bon pour notre bébé et moimême.
Il est un peu réticent, à peine, au sujet de l’accouchement à domicile, mais ma profonde conviction et mes arguments (appuyés par une documentation fournie !) ont vite raison de ses doutes.
Je parcours les numéros des SagesFemmes libérales de la région parisienne : l’une part en vacances à la date prévue de mon accouchement, l’autre est très froide au bout du fil et m’informe qu’elle ne prend plus de nouveaux parents. Je suis blessée et effrayée par la complexité de l’affaire : je me vois forcée d’accoucher à l’hôpital, faute d’alternative. Je n’ai pas le choix. Je me résigne à devoir accepter un accouchement en Maternité, et cette pensée me fait violence. Je me sens forcée.
A partir de ce moment de la grossesse, j’ai des phases régulières de panique en imaginant mon accouchement : je me vois ficelée à une table, le sexe ouvert mutilé, la lumière crue, tous ces gens, c’est un viol, voilà, c’est cela dans ma tête, rien d’autre. Mon conjoint ne comprend pas ma terreur et la minimise. Je me renferme. Je garde mon désespoir et ma peur en moi. J’envisage parfois d’accoucher seule à la maison, pendant que mon conjoint sera au travail, de ne pas me rendre à la Maternité. De faire ça toute seule, sans personne pour violer mon intimité. C’est la seule pensée qui m’apaise un peu, même si je sais qu’elle est illusoire : au fond de moi, je sens que je n’ai pas cette force d’être seule face à l’inconnu d’un premier accouchement.
Je découvre le concept du plateau technique, et un SageFemme libéral qui le pratique dans le grand hôpital à deux pas de chez nous. Cela me semble l’option la plus acceptable. Nous le rencontrons : il est sympathique, son approche de la grossesse et de la naissance me plaît, respectueuse et physiologique. Il accorde une grande place à l’entité parentale, pas seulement à la mère, et c’est important pour nous. Mon conjoint aussi est à l’aise avec lui. Nous ferons la route ensemble, même si je garde ce sentiment profond de faire un choix par défaut.
La grossesse se passe très bien physiquement. J’arrête cependant de travailler rapidement car je suis épuisée par les trajets interminables. Je sens que j’ai besoin de temps pour moi, pour me centrer et investir cette grossesse qui fait remonter à la surface d’anciens démons et beaucoup d’angoisses primitives. Quel bouleversement !
Le suivi de grossesse est respectueux : je n’aurais aucun toucher vaginal avant ma dernière consultation, car il n’y a aucune raison valable pour en faire. Je fais, avec mon SageFemme, une préparation à l’accouchement adaptée à mon souhait de ne pas prendre la péridurale : on discute des positions, de la gestion de la douleur, on fait de la sophrologie. Mais mon angoisse persiste malgré toute sa gentillesse. Je sens que je le pousse dans ses retranchements: je voudrais ne pas être perfusée d’office à l’arrivée à la Maternité, par exemple, et je me heurte à un
refus catégorique. Cela peut sembler anodin, mais le fait de sentir que je n’ai pas le droit de refuser un acte invasif creuse un fossé entre nous. Et je ne parviens plus à parler de ce qui me touche et m’inquiète : je le laisse se préoccuper de mon corps qui va si bien et je passe sous silence mon mental qui lui, ne suit pas.
Malgré mes efforts pour faire des choix éclairés, de nombreuses choses ne me conviennent pas. Mon SageFemme
ne fait pas les échographies et me dirige vers une gynécologue.. Son ton est froid. Elle me fait mal, elle a des remarques déplacées sur mon physique, elle ne nous met pas à l’aise. Je me souviens pourquoi je ne suis plus suivie gynécologiquement depuis des années, mais bizarrement, je n’ai pas la force de chercher quelqu’un d’autre. Je me sens piégée dans ma grossesse, dans ce qui m’est imposé à ce sujet : on attend de moi que je sois docile et béate. Je pensais que porter la vie me rendrait forte, puissante et fière; à l’inverse, je me sens infantilisée face au corps médical. Je m’estime “chanceuse” d’avoir opté pour un suivi global où je bénéficie d’un interlocuteur privilégié en la personne de notre SageFemme; je n’imagine pas ce qui se serait passé si j’avais opté pour un suivi plus conventionnel. Au moment où mon SageFemme remplira mon dossier pour la Maternité, il me demandera si
j’ai vécu des agressions sexuelles. Mon conjoint est à côté de moi. Oui, j’ai subis des violences sexuelles quand j’étais adolescente, mais comment vous dire ça maintenant, entre mon poids et mes antécédents familiaux ? Je ne dirais rien, et lui ne s’attardera pas sur mon malaise pourtant bien visible. Rien non plus sur mes addictions passées, quelques questions plus tard : trop tard, je suis fermée, vous m’avez fermée par votre indélicatesse. Dommage. J’aurais tellement eu besoin de parler de tout cela, précisément, de ces angoisses que la grossesse fait ressurgir. On
semble parfois oublier que la grossesse et l’accouchement sont des évènements de la vie sexuelle d’une femme, qu’ils sont dans la continuité de ses expériences, de son vécu. Mon ventre me semble dissocié de moi, on traite ma grossesse comme une personne à part entière.
J’ai du mal à investir ma grossesse, j’ai du mal à me projeter, à caresser mon ventre, à parler à mon bébé. Et je ne peux le dire à personne. A mesure que ma silhouette se transforme et que mon bébé donne des signes de vie, je parviens cependant à tisser ce lien délicat entre lui et moi.
L’échographie nous a montré qu’il s’agit d’une fille et j’en suis très heureuse. J’évite de penser à l’accouchement même si je suis toujours hantée par mes peurs. Je souffre aussi, malgré tout : je me sens lourde, impotente, douloureuse. Mais comme “tout va bien”, je n’ai pas vraiment l’autorisation de me plaindre. Mon conjoint et moi-même,
sentant la fin de la grossesse approcher, nous soudons face à l’inconnu. Mais je me sens toujours isolée et incomprise. Je regrette de ne pas avoir la force de demander de l’aide, mais j’ai la sensation que mon énergie
est monopolisée par et pour mon enfant. J’aurais souhaité qu’on me tende la main, qu’on fasse le premier pas, peut-être en me demandant sincèrement comment je me sentais, en tant que personne et pas seulement en tant que future mère.
La veille de mon terme prévu, je n’ai toujours aucun signe annonciateur de l’accouchement. Mon SageFemme
m’annonce que si je n’ai pas accouché à la date prévue, on me déclenchera à DPA+1 : c’est le protocole de l’hôpital dans lequel il officie et il n’a pas le pouvoir de lutter contre.
Je n’avais pas du tout envisagé cette possibilité et cela me révulse. Je déteste l’idée de mettre mon bébé dehors de force et dans la violence qu’induit un accouchement déclenché artificiellement, alors qu’il ne montre aucun signe de détresse. On ne nous laisse donc aucune chance ! Mais, moi non plus, je n’ai visiblement pas le pouvoir de lutter contre.
Le SageFemme me fait mon premier toucher vaginal pour contrôler l’état du col utérin, qui est légèrement ouvert. Je sens qu’il fait un geste sur mon col que je ne connais pas, désagréable. Il s’aperçoit que je l’ai remarqué et me fait un petit sourire en coin : “Je décolle les membranes”.
Je suis stupéfaite. Le décollement des membranes n’est pas anodin, et il ne m’a pas demandé mon avis. Il a fait ce geste sur mon corps, sur mon sexe, sur mon bébé, sans me demander mon avis. Il prend ce risque sans s’assurer que je sois informée des conséquences que cela peut engendrer.
Je n’arrive plus à parler. J’ai envie qu’on en finisse : j’ai mal partout, je suis épuisée d’avoir peur, d’appréhender, de sentir que mon corps m’échappe, que je ne contrôle rien. Le SageFemme est sûr que je vais accoucher dans la nuit, moi pas. Il s’aperçoit qu’il a oublié de faire un test important concernant la présence de Streptocoque B dans ma flore vaginale, et me demande de passer au laboratoire avant de rentrer chez moi.
Pendant le trajet, je sens que je commence à perdre les eaux. La poche est fissurée. A cause du geste qu’il a posé sans préavis, il a déclenché les évènements. Je marche toute l’après-midi, je passe au laboratoire. Je rentre chez moi. Je nettoie la maison du sol au plafond. Je ne pense plus à rien. Je préviens mon conjoint que l’accouchement ne va plus tarder. On prépare mon sac. Toute la nuit, je prête attention à mes contractions irrégulières, peu douloureuses, que
j’essaie de forcer en roulant du bassin sur mon ballon d’accouchement. Mais le travail n’a pas commencé. Je sais que ce n’est pas le moment, que mon bébé ne viendra pas tout seul, que la poche des eaux ne se serait jamais fissurée naturellement aujourd’hui. Je sais qu’en fait, mon SageFemme m’a déjà déclenchée artificiellement en décollant les membranes, parce qu’il voulait se conformer au protocole de son hôpital. Il n’a pas laissé à mon bébé une chance de
naître naturellement. Et je suis en colère contre lui, en qui j’avais une relative confiance jusqu’alors. Je n’ai même plus peur : je veux juste en finir, je veux que mon enfant naisse. J’ai le sentiment que la naissance de mon bébé est gâchée, et je culpabilise de ne pas mener ma grossesse à terme moimême, de ne pas savoir/pouvoir accoucher par moimême.
Le lendemain matin, les contractions se sont arrêtées. Le SageFemme essaie de me joindre au téléphone et je suis bien obligée de décrocher. Il vient d’avoir les résultats d’analyse : j’ai énormément de Streptocoques B. Comme la poche des eaux est fissurée depuis la veille et qu’il y a un risque d’infection pour le bébé, on doit déclencher l’accouchement. Une raison de plus, j’ai envie de dire. On se donne rendezvous à la Maternité. Il y a comme un sentiment d’urgence, de pression, je me sens forcée, pressée, compressée par son inquiétude.
Arrivés à la Maternité nous allons directement nous installer en salle de travail. C’est une trop grande salle froide carrelée, avec une baie vitrée donnant sur les arbres. Il y a une table d’accouchement sans étriers et face à la table, des placards et du matériel médical. C’est aseptisé, immense, étranger. J’ai du mal à me dire que je vais donner naissance à ma fille ici, dans cet endroit anonyme et froid, mais je me fais violence pour me “mettre dans le bain” :
après tout, je n’ai pas le choix, autant faire de mon mieux pour que cela se passe le moins mal possible. Je fixe mon attention sur le joli paysage par la fenêtre, dans le soleil de fin d’aprèsmidi.
Je passe la blouse de l’hôpital. Je ne veux pas enlever mon bracelet portebonheur, mais c’est obligatoire au cas où une intervention d’urgence serait nécessaire, alors j’obéis. La pose de la perfusion la première de ma vie m’arrache
des larmes de douleur. Comme l’accouchement est déclenché j’ai droit au monitoring en continu : je peux me déplacer sommairement avec, mais mes mouvements perturbent l’enregistrement et je dois sans cesse veiller à ce qu’il reste en place. Le SageFemme me dit de ne pas m’en préoccuper, mais c’est difficile d’occulter ce bruit permanent et tous ces fils. Il me prévient que la douleur des contractions va être plus violente et soudaine que si l’accouchement était spontané : mais plus violente que quoi ? Je n’ai encore jamais accouché !
Je m’assois sur le ballon, mon conjoint face à moi. Je gère les premières contractions ainsi : nous discutons tous les trois tandis que je bouge mon bassin au rythme des vagues qui se succèdent. Très vite, elles sont plus rapprochées et plus puissantes. Le SageFemme me prévient chaque fois qu’il augmente le débit de la perfusion, ce qui est plus anxiogène qu’autre chose. Quand la contraction arrive, je m’enroule sur moimême et je serre très fort les mains de
mon homme. Ce contact physique avec lui m’est indispensable en permanence, c’est la seule chose qui me garde sur Terre; sans ce contact je pars très loin… L’intensité des contractions me stupéfie. A chaque contraction, désormais, je n’entend plus rien, je ne vois plus rien, je suis submergée par cette douleur brûlante qui n’est pas localisée mais générale, dans ma chair et dans ma tête, partout en même temps. Rien à voir avec ce dont on avait parlé pendant la
préparation à l’accouchement.
J’entends les hommes qui discutent sans être capable de donner du sens à leurs mots. Leurs voix sereines me réconfortent cependant entre deux contractions, c’est un fond sonore agréable.
Parfois mon homme m’encourage doucement mais je ne peux pas lui répondre, ma voix ne sors pas. J’ai la sensation d’être dans un monde parallèle, de perdre le contrôle de mon corps, de mes sens, ce qui est déroutant et effrayant. La douleur prend de l’ampleur continuellement. J’ai du mal à reprendre mon souffle.
Je ne parviens plus à gérer la douleur assise, un poids pèse sur mon périnée en permanence.
Je crois que je le mentionne oralement car mon SageFemme me propose de me mettre debout en m’appuyant sur le lit. Je me lève en trébuchant : je me sens ivre. Est-ce que c’est ce qu’il y a dans la perfusion qui me rend ainsi ? Je pose les deux mains sur le lit et une contraction très violente arrive immédiatement. Je suis submergée par la douleur et par la peur. Debout au milieu de ce lieu inconnu, seule, noyée dans ma douleur sans le contact physique de mon homme, je me sens vulnérable, en danger. Je suis terrorisée.
On m’aide à monter sur le lit et je m’y retrouve allongée sur le dos, position fortement anxiogène pour moi, mais j’ai trop mal pour verbaliser mes émotions. Le SageFemme me propose un toucher vaginal pour vérifier l’avancée du travail : le col est ouvert à 4. Cette période de l’accouchement est très confuse dans ma mémoire : je déraille complètement. Je me dis que je ne vais pas survivre, je pleure comme une enfant en m’accrochant à mon homme. Comme s’il pouvait prendre ma douleur, j’attrape la main du SageFemme pour la poser sur mon ventre
pendant une contraction, mais il la retire, visiblement embarrassé.
J’ai une sensation profonde, bestiale, de mort imminente. Ce n’est plus de la douleur, c’est de la souffrance, il n’y a aucune pause entre les contractions. Allongée sur le dos, les cuisses serrées l’une contre l’autre, je me tortille à chaque contraction comme pour la bloquer, la freiner, mais en vain. J’en arrache même ma perfusion à force de me tordre de douleur mon SageFemme me dit qu’il n’a jamais vu ça avant.
Quelque part, le fait que les hommes restent sereins autour de moi me permet malgré tout de garder un contact avec la réalité. On essaie le masque de gaz relaxant, mais c’est pire, car je me sens étouffée en dessous. Le SageFemme
et mon homme me préviennent qu’ils vont sortir un instant. Mon homme me racontera lui avoir demandé s’il était normal que j’ai aussi mal, car il commençait à avoir peur pour moi. Ce moment de solitude est douloureux mais bénéfique : je suis profondément désespérée de ne pas être comprise et aidée, mais je comprends que je vais devoir lutter seule et que je dois trouver par moimême ce qui peut me soulager.
Le SageFemme me fait un nouveau toucher vaginal : le col est ouvert à 6. Il me propose de percer la poche des eaux : cela risque d’être plus intense ensuite, mais aussi d’accélérer considérablement l’avancée du travail, selon lui. J’accepte car j’ai envie d’en finir. Il perce la poche des eaux : j’ai un fou rire en sentant toute cette eau chaude jaillir hors de moi, c’est inattendu, cela me soulage d’un poids ! Nous rions un peu, l’atmosphère redevient plus sereine,
plus confortable. Le SageFemme me propose de m’asseoir en tailleur et installe une barre au dessus du lit de façon à ce que je puisse m’y accrocher au moment des contractions. Il me rappelle de me recentrer sur ma respiration et me propose de pousser sur la barre au moment de l’expiration. Sur un poste radio, il met la musique que nous utilisions pendant les séances de sophrologie : c’est rassurant même si j’en fais très vite abstraction, comme tous les sons
environnants. Dans le brouillard, j’entends la voix de mon SageFemme, cette parole isolée en réponse à mon homme inquiet : “Maintenant, elle est dans sa bulle.”
Je me concentre entièrement sur ma respiration, je la visualise et l’accompagne. Curieusement, la douleur des contractions a disparue : elle est remplacée par une puissante envie de pousser !
En fait, mon corps pousse tout seul, sans que je puisse maîtriser cet effort. Mon utérus est maître de la situation. C’est une sensation qui n’a jamais été mentionnée en cours de préparation à l’accouchement. Je suis soulagée de ne plus avoir mal, de ne plus être dans la douleur vive, mais cette sensation de poussée me déroute et me fait peur. C’est si dur de lâcher le contrôle quand on ne se sent pas parfaitement en confiance et sécurisée… Je ne peux pas.
Je voudrais, mais je ne peux pas. J’aurais tellement besoin d’être dans mon cocon familier, sentir l’odeur de mes draps, de mon homme contre moi, pour pouvoir enfin lâcher prise… Mais ici, de cette façon là, je ne peux pas.
Je signale à mon SageFemme que “ça pousse”. Il me répond simplement de laisser aller. Alors que j’aurais besoin d’être accompagnée, je me sens à nouveau piégée dans mon corps, seule. Malgré moi, je vais lutter contre cette poussée. Entre chaque contraction, je somnole sans m’en apercevoir. Je suis épuisée. Quand la poussée arrive, je suis incapable de la laisser aller. J’ai beau essayer de faire le vide dans mon esprit, mon bassin se bloque et je me retiens. Tous mes muscles tremblent dans cet effort. Je pourrais rester ainsi indéfiniment, suspendue dans le temps, dans les âges, entre deux états, entre deux étapes.
Subitement, j’entends la voix de mon SageFemme, anxieuse : “Bon, il faut y aller.”
J’ouvre les yeux. J’ai la sensation de me réveiller d’une très longue sieste : dehors, il fait nuit ! Je ne comprends pas. La sensation de poussée à disparue. Le SageFemme m’explique que le coeur de mon bébé commence à ralentir et qu’il va falloir pousser pour la faire sortir rapidement, tout en braquant sur mon corps l’énorme projecteur accroché au plafond. Je le vois préparer du matériel et enfiler un masque.
Je ne comprends plus rien. Je ne comprends pas comment j’en suis arrivée là, alors qu’il y a si peu de temps j’étais transpercée par cette poussée si puissante. Pourquoi est-ce qu’il ne m’a pas encouragée à pousser à ce moment là ? Pourquoi m’avoir laisser m’épuiser ainsi dans mes contractions, au point de m’endormir, alors que j’avais juste besoin qu’on m’encourage et qu’on me guide ?
Je suis assise sur le lit, les cuisses ouvertes au maximum, presque accroupie. J’ai toujours des contractions, mais elles semblent ralenties, anesthésiées, endolories comme tout le reste de mon corps. Mon homme est à ma droite et me tient la main. Une Aidesoignante est à ma gauche. Elle demande au SageFemme : “Tu vas faire une (poussée) dirigée ?”. Je me sens impuissante, incapable. Je m’efforce de pousser tandis que l’Aidesoignante appuie sur mon ventre. Elle s’excuse de me faire mal car elle y met vraiment toute sa force : je me souviens lui esquisser un sourire et lui répondre quelque chose comme “au point où j’en suis”.
Mais je n’arrive pas à pousser correctement. Mon corps m’échappe une nouvelle fois, traître. J’ai du mal à rassembler mes forces et à comprendre comment je dois pousser, maintenant que la sensation de poussée naturelle a disparue. Le SageFemme me dit qu’il va faire une anesthésie locale et, sans même me demander mon avis, enfonce une aiguille d’une taille considérable dans mon aine pour injecter le produit. C’est extrêmement douloureux. Mais pourquoi une
anesthésie maintenant ? Je n’avais pas mal ! Il semble confus de ma réaction et bredouille que maintenant, il est bien obligé de faire l’autre côté… J’en pleure de douleur tandis qu’il pique à nouveau. C’est complètement inutile.
Je pousse encore, mais cette anesthésie locale m’empêche de sentir correctement ce que je fais. Déjà que je n’ai plus envie de pousser depuis un moment, ça devient très compliqué… Le SageFemme me menace : si je n’y arrive pas toute seule, il faudra faire venir le Gynécologue.
Je balbutie en pleurant que je ne comprends pas comment je dois pousser. Finalement, je ne sais trop comment, je parviens à faire émerger la tête chevelue de mon bébé : je vois son reflet dans le carrelage du mur. Mon conjoint va jeter un coup d’oeil ému puis revient vite me tenir la main pour m’encourager. Cette vision furtive me donne la force de la sortir complètement à la poussée suivante.
J’ouvre les yeux le temps de voir ma fille, un peu violette, passer au dessus de mon corps sans s’y poser. Je crois lui avoir dit “Je t’aime”. Le SageFemme et l’AideSoignante partent immédiatement avec elle dans la salle adjacente. Mon homme me regarde avec inquiétude. Je crie : “Vas avec elle !” et il disparaît lui aussi. Cet instant de solitude semble durer une éternité.
Ma fille qui ne pleure pas, mon corps douloureux, vide, écartelé. Par respect pour elle, je ne pleure pas non plus jusqu’à ce que son premier cri me parvienne enfin. Alors les larmes coulent toutes seules. Ma tête est vide, je ne pense plus. Je suis seule. Je suis vide. Je voudrais mes amours près de moi, ma fille, mon homme. L’AideSoignante
passe à côté de mon lit. Je lui demande si tout va bien pour ma fille, et elle me répond avec surprise que oui, bien sûr, qu’elle avait juste besoin qu’on la stimule un peu car elle était fatiguée, mais que tout va bien maintenant. Puis elle me félicite, me souhaite une bonne nuit et s’éclipse.
Le SageFemme revient avec ma fille dans les bras : il propose à mon homme de la prendre en peau à peau pendant qu’il me fait quelques soins. Il appuie sur mon ventre, c’est désagréable, et me demande de pousser pour voir : le placenta sort d’un coup. Le SageFemme nous demande si on veut le voir : on jette un coup d’oeil, mais ça ne nous passionne pas autant que lui. Il m’ausculte. J’ai deux déchirures, sur la lèvre et à l’entrée du vagin, mais le périnée est intact. Il va me recoudre à vif : je suppose qu’il ne peut pas faire une nouvelle anesthésie locale aussi rapidement après la première, bien qu’elle ne fasse absolument pas effet. Je sens tout. C’est insupportable. Il minimise ma douleur sur le ton de l’humour.
Je ne lâche pas des yeux ma fille, blottie nue contre le torse de son Papa, dans une couverture chaude. Cette vision merveilleuse me permet d’endurer en silence la douleur. Ils partagent ces premiers instants et cela me réconforte de savoir qu’ils vont bien, qu’ils sont ensemble, qu’ils se câlinent.
La “couture” est longue et douloureuse. Je n’en peux plus, je suis toujours dans la position où j’ai accouché et mes cuisses tremblent comme des feuilles mortes. Je me sens partir, je suis comme shootée, j’ai de gros vertiges. Je le signale à mon SageFemme qui ne semble pas s’en affoler et termine son travail. Mon homme est impatient de me présenter ma fille et me la dépose dans les bras : son corps chaud contre le mien me fait un bien infini. Elle se met rapidement à gémir et à se tortiller : je lui propose spontanément le sein, qu’elle atrappe facilement pour une
première tétée. Je devrais déborder de bonheur, mais je me sens anesthésiée, vidée. Je contemple ma magnifique petite fille sans parvenir à ressentir quoi que ce soit d’autre que mon épuisement et ma douleur.
Notre SageFemme nous laisse un moment seuls et nous profitons de cette tendre intimité à trois. Je me sens dissociée de mon corps, toujours ivre. Je suppose que cet état second, qui se poursuivra toute la nuit, est un effet des médicaments qui m’ont été injectés. Lorsque le SageFemme revient, ma fille est toujours au sein : j’aurais apprécié qu’il vérifie ma position d’allaitement, mais je n’ai pas le temps de lui demander, car il nous signale qu’il faut monter en chambre. Mon conjoint habille ma fille car je suis trop épuisée pour le faire. Le SageFemme
me nettoie, me met une protection hygiénique et m’aide à m’installer dans le fauteuil roulant. Je ne tiens plus sur mes jambes. Mon homme me dépose ma fille toute emmitouflée dans les bras. La tenir serrée contre moi est déjà un effort physique considérable, dans l’état où je me trouve. Mon homme nous embrasse une dernière fois avant de partir : il n’a pas le droit de passer la nuit avec nous. Je suis installée dans une chambre double. La mère qui est allongée dans le lit à côté du mien dort profondément, elle n’a pas son bébé avec elle. La sonnette destinée à alerter le personnel médical est accrochée dans son lit : il n’y en a qu’une pour nous deux.
Je m’installe seule, maladroitement, avec ma fille dans mon lit car elle a toujours envie de téter.
J’ai très mal au sexe et je sens que je saigne. J’ai des vertiges, des frissons, je tremble. J’ai froid et je me sens toujours shootée : j’ai des pertes d’équilibres et la vue brouillée. Je voudrais me lever pour aller aux toilettes car j’ai envie d’uriner et que j’ai besoin de vérifier mes saignements, mais je ne peux pas me lever seule. Je ne peux pas non plus appeler quelqu’un pour m’aider, puisque la sonnette est inaccessible.
Je vais donc rester ainsi de longues heures. J’essaie de trouver une position confortable pour allaiter et somnoler en même temps. En plein milieu de la nuit, une infirmière entre dans la chambre. Elle vient vérifier quelque chose concernant ma voisine. Je lui demande si elle peut m’aider à aller aux toilettes : elle me répond sèchement que puisque je n’ai pas pris la péridurale, je peux me lever seule. Je lui explique que j’ai très mal et des vertiges importants, mais elle fait mine de ne pas m’entendre. Je me débrouille pour aller seule jusqu’aux toilettes mais je dois
faire plusieurs pauses en chemin car je suis au bord du malaise. La seule réaction de l’infirmière devant mon état sera de m’ordonner de laisser la porte des toilettes ouverte au cas où je m’évanouirais.
Je lui demande si elle peut me procurer d’autres protections hygiéniques, car je saigne très abondamment et les miennes ne sont pas suffisantes : elle rechigne. Elle ne m’en apportera pas de la nuit. Uriner provoque une douleur extrême à cause de la suture récente et je ne sais pas si c’est normal. Lorsque je regagne mon lit, l’infirmière est déjà partie.
J’apprendrais plus tard que le personnel médical de l’établissement est très réticent à acceuillir les mères qui accouchent en plateau technique : en effet, tous seront ignorants, froids et même dédaigneux avec nous. Notre SageFemme nous dira sur le ton de la blague qu’à notre arrivée,
l’équipe soignante a parié avec lui sur le fait que je réclamerais une péridurale et sur l’heure de mon accouchement; et que nous avons “gagné”. Je préfère ne pas rapporter en détails l’attitude du personnel à mon égard : pour simplifier les choses, lorsque je n’ai pas été tout bonnement ignorée, j’ai reçu des critiques et des remarques infantilisantes et moqueuses.
Ainsi, on ne viendra se préoccuper de moi que le lendemain en début d’après-midi: auscultée par une infirmière, j’apprends que j’ai deux hématomes importants aux aines et le sexe tuméfié, ce qui explique mes intenses douleurs. Elle est très étonnée de découvrir qu’on ne m’a pas donné d’antalgique. Je souffre également de crevasses aux seins car personne ne s’est soucié de savoir comment se passait mon allaitement. Plus grave : personne ne s’est préoccupé de savoir comment se portait ma fille, pendant tout ce temps…
Le lendemain, mon homme me trouve dans un état d’épuisement avancé. Je n’ai pas dormi et je n’ai toujours pas reçu le moindre antalgique. Notre SageFemme fait un passage éclair dans la chambre pour vérifier mes saignements et mes sutures : il semble nerveux et confus devant le récit de ma nuit. Il insiste pour me prescrire une contraception hormonale alors qu’il n’y a aucune urgence, et ne se préoccupe pas de savoir si mon allaitement se déroule bien. Il nous dit être très occupé et ne pas pouvoir rester plus longtemps, nous nous verrons demain, lors du suivi à domicile que nous avons organisé.
En effet, nous avions prévu une sortie précoce, mais les transmissions n’ont pas été faites correctement au sein de l’équipe médicale et nous devons attendre de longues heures la visite du pédiatre avant de pouvoir quitter l’établissement. Nous apprenons, lors de cet examen, que les prélèvements faits sur notre bébé afin de vérifier qu’il n’a pas été infecté par le Streptocoque B, ont été perdus dans la nuit. Notre fille subit donc une seconde fois ce geste invasif. Nous devrions théoriquement attendre les résultats d’analyse avant de quitter l’hôpital, mais c’est tout à fait hors de question pour nous. Nous signons une décharge et nous partons aussi rapidement que possible. Je veux retrouver mon cocon, ma maison, mes repères, et pouvoir enfin dormir et être aidée par mon homme. Je veux pouvoir être suffisamment à l’aise et sécure pour enfin prendre le temps de tisser ma relation avec mon bébé, car jusqu’à ce que nous soyons rentrés chez nous, je serais trop mal physiquement et psychiquement pour investir ce lien autrement qu’en répondant à ses besoins primaires.
J’ai accouché il y a 18 mois.
Je peux enfin faire le récit de cette naissance sans être envahie par des émotions négatives, même si j’ai encore besoin de travailler sur ce traumatisme qu’à constitué l’accouchement pour le surpasser définitivement. J’allaite toujours ma fille aujourd’hui, et cet allaitement plein de douceur et de tendresse est une victoire, car à aucun moment je n’ai été conseillée ou guidée malgré mes difficultés de démarrage.
Nous ne savons pas encore quand nous aurons un deuxième enfant, mais une chose est sûre, c’est qu’il viendra au monde chez nous. Je n’aurais jamais pensé adopter un point de vue aussi extrême avant de vivre cette expérience, mais si aucune SageFemme ne peut nous accompagner dans un projet d’accouchement à domicile, nous nous débrouillerons seuls, pour éviter d’avoir à revivre ces évènements.

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#318 Naissance de Loulou le 02/11/11 – France – 44

22 Déc

Je suis suivie par une sage-femme libérale, tandis que l’idée me turlupinait depuis un bon moment, nous sautons le pas et, à 6 mois de grossesse, nous décidons d’avoir notre bébé à la maison. C’est donc la collègue de ma sage-femme qui prend le relais et en qui j’ai confiance.

Forcément il faut que l’on me découvre une colonie de Strepto B au 8è mois, et là je m’effondre et me dis que c’est foutu pour l’AAD (accouchement à domicile) … Je me renseigne bien ou comme je peux sur cette colonie qui s’est invitée, la sage-femme est ok pour l’accouchement si je ne perds pas les eaux longtemps avant la sortie du bébé. Sinon c’est direction la mater’ avec perf d’antibio, etc.

Donc, évidement, je perds les eaux avant même d’avoir une contraction, d’ailleurs j’aurais les premières contractions 6h après, donc j’ai quand même appelé la sage-femme qui me dit : « Pas le choix, il faut aller à la mater’ », c’est d’ailleurs elle qui m’a conseillé d’attendre un max chez moi, et heureusement.

Sauf que ça m’a valu les remontrances dès notre arrivée à l’hopital. « Mais vous savez madame, il faut venir quelques heures maximum (2h) après que la poche ce soit rompue. Les risques et patati et patata que le bébé soit contaminé par le strepto… » alors moi je leur réponds « Ah bon, sur les conseils de ma sage-femme pourtant je suis venue 6h après, vu que je n’avais aucune contraction. » D’ailleurs j’y étais encore le lendemain alors …

Et là, je pleure, pleure, de me faire piquer pour avoir une perf, LE truc que je ne voulais pas avoir, des piqûres et bout de machin qui me gênent. Ca commence mal. Premier examen, allez un ptit 1 ou 2 cm je ne sais plus. Ça ne m’étonne pas plus que ça !

Hop, on file dans la salle de naissance « nature », on s’installe tranquillement. J’ai des contractions régulières, mais ça traine… on me propose le bain, alors que j’ai la poche des eaux rompue (je croyais qu’il ne fallait pas faire de bain dans ce cas là…). Nous voyons une autre sage-femme qui arrive avec son chew gum pas discret du tout, bref… A chaque fois qu’elle vient et repart je suis en pleurs, car elle me démotive complètement. Elle me dit même que je ne suis pas vraiment en travail vu que ça n’avance plus, alors que je suis à 3 ou 4 je ne sais plus… Elle me parle même d’un bébé qu’elle a perdu mort-né (si elle le fait avec chaque patiente qu’elle suit, au secours!)

J’ai même droit à une super phrase mot pour mot : « Vous allez vous faire doubler par une primipare !  Elle va accoucher avant vous ! » et elle me le répète deux fois ! J’ai cru rêver quand elle m’a dit ça. (c’est mon deuxième bébé et il a mis plus de temps à venir!)

Une autre phrase d’elle : « Je ne sais pas ce qu’il se passe, on dirait que votre corps ne veut pas accoucher, que vous n’êtes pas faite pour ça… »

Je ne retiens que des phrases comme celles-ci de l’accouchement et vraiment l’impression de ne plus être respectée en tant que femme mais comme un objet lors de (l’expulsion) la venue au monde de notre bébé.

Cette sage-femme réussit à nous convaincre de recevoir une injection d’ocytocyne, (je suis à 6-7), je demande la péridurale avant (car j’ai eu la même chose pour ma première et je sais que ce ne sont pas du tout les même contractions après l’injection). Nous voilà reparti dans le cercle infernal que nous ne voulions pas re-subir.

Je me « repose » et là, la sage-femme me dit : « C’est bon, on va y aller, vous allez pousser. »

Au dernier moment, j’ai eu le temps de dire STOP quand j’ai vu la sage-femme avec un rasoir orange bic ! Au secours, je ne me suis jamais rasé à cet endroit là, ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer ! Et je demande pourquoi elle veut faire ça « Au cas où nous devons faire une épisiotomie. » Alors j’ai répondu que non je ne veux pas être rasée et je ne souhaite pas d’épisiotomie (c’était noté dans mon projet de naissance), sauf si vraiment c’est nécessaire. Bilan : j’ai eu une petite déchirure et pas d’épisiotomie…

L’expulsion de notre bébé est assez rapide, mais je me suis sentie complètement contrôlée, elle m’avait dit d’appuyer beaucoup sur le bouton de la péridurale, que j’avais encore le temps avant d’être à dilatation complète, etc. Du coup je n’ai rien senti. Elle voulait finir sa garde avec moi et donc finir le travail ! Alors que je m’en serais bien passé.

La naissance a eu lieu plus de 24 heures après le début des premières contractions qui étaient déjà bien rapprochées.

Nous allons avoir un sacré travail à faire avant d’avoir un 3ème bébé… Je n’ai déjà pas beaucoup confiance en moi, mais là… 2 ans après j’en garde toujours un sentiment amère.

ANONYME

#254 Gwladys, en Janvier 2011 à Nancy‏

7 Avr

J’ai passé 9 mois de rêve, où j’ai eu la sensation de toucher du doigt l’éternité, Ma DPA était au 29 janvier, mais j’étais persuadée d’accoucher le 23. Je fais vraiment partie de ces mamans qui ont adoré être enceinte. Le 31 décembre, je passe le cap de 37 SA, je dis à une amie bossant en neonat : « ça y est c’est bon, c’est sûr tu ne l’auras pas dans ton service ! ». Elle me répond alors : « ah mais tu ne sais jamais, il suffit d’une infection ! ». Mauvais présage, si j’avais su…

Nous voilà donc Samedi 22 janvier 10h : réveillée par 1 contraction un peu douloureuse, mais je suis fatiguée et reste au lit. 10h30, je décide de faire un câlin à mon chat qui est à mes pieds me mets assise et la « schplok » je me dis : « il faut vraiment que t’accouches ma pauvre fille car tu te fais pipi dessus rien qu’en faisant l’effort de te lever « . Je prends mon chat et en me recouchant je me rends compte que ça coule toujours et que c ‘est chaud : JE PERDS LES EAUX !!! Je réveille chéri en lui disant et hop ni une ni deux il est debout, habillé prêt à partir ! J’appelle la maternité pour savoir si je peux prendre une douche, ok feu vert je la prends et on arrive à la mat à 11h30.

11h30 on m’ausculte : ouvert à 1 et toujours postérieur, comme je suis positive au streptocoque B on me dit qu’on va me déclencher au tampon Propess pour accélérer la maturation du col et on me donne des antibios. Bon ok ça se passe pas comme je le pensais mais pas grave. Je monte en service anténatal, ils me servent un repas. J’ai des petites contractions mais rien de méchant. 13h, pose du premier tampon et c’est parti pour 2h de monitoring. Je rigole (encore) en voyant les contractions et je suis contente car elles sont régulières ! Par contre je ressens tout dans le dos et ça commence à être plutôt désagréable. A 16h on me débranche du monito, on m’ausculte, toujours postérieur ouvert à 1 ! On me dit donc d’aller marcher pour faire travailler tout ça, je suis contente car cela va enfin soulager mon dos ! 18h : les contractions commencent à me couper un peu le souffle, je pense à mes cours de prépa et respire calmement, ce qui me soulage assez, même si ça commence à être dur. Je suis fatiguée et mon moral en prend un coup car les choses n’avancent pas. On me dit d’aller prendre une douche chaude assise pour me soulager. Je la prends bouillante ça fait trop de bien ! 20h : col toujours ouvert à 1 et postérieur les contractions s’intensifient. Et je perds le tampon donc repose de tampon. Et là l’horreur prise de crise de paniques j’ai comme des convulsions,  impossible de maîtriser quoi que ce soit ! J’appelle la sage-femme qui me dit « mais non madame vous n’avez plus de contractions là allez calmez-vous enfin ! De toute manière je ne peux rien vous donner il va falloir vous accrocher c’est tout ! » Et elle repart. Finalement après les avoir suppliées, ils me descendent en salle des naissances.

23h15 : Miracle col centré ouvert à 3 ! Il me pose donc la péridurale et mon col s’ouvre à 5 en 1h ! En même temps ils me passent du Syntocinon en perfusion pour accélérer le travail. C’est là que tout se complique. Je commence à avoir de la fièvre. En plus je suis tachycarde tout le long malgré une bonne tension ce qui inquiète l’anesthésiste. Je me mets à trembler comme une feuille, hors de contrôle ! 3h40 : Je suis enfin à dilatation complète mais ils me prennent ma température : je monte à 39-6 et mon bébé commence à souffrir des contractions, il fait aussi de la tachycardie. Et là on m’annonce qu’il est fort probable que mon bébé ait été infecté par mon infection et qu’il partira donc en néonat pour un suivi. On me dit aussi que le pédiatre va venir pour s’occuper du petit et là je vois arriver l’interne, le pédiatre, l’auxiliaire puer, l’infirmière et l’étudiante infirmière, plus ma sage-femme et l’étudiante sage-femme et l’anesthésiste qui me remet une dose d’analgésie péridurale. Je ne sais alors pas pourquoi car je ne sens pas de douleur. Je comprends plus tard que c’était en prévision d’une césarienne en urgence. 5h15 : Je commence enfin à pousser mais là mon bassin est trop étroit au dégagement et bloque bébé car il tape dedans en défléchissant la tête trop tôt. En plus son cordon est trop court et est autour du cou et je vois le monito dans le rouge et biper où il y a son rythme cardiaque : il est en souffrance ! L’interne me dit qu’il va devoir couper et utiliser les forceps : ok épisio de bas en haut. 5h39 : Mon fils nait sans pleurer, il me le pose sur moi et il me regarde droit dans les yeux, c’est la plus belle image de mon accouchement, à ce moment il m’a transpercé le cœur et j’ai su à la seconde que je ferai dorénavant tout pour lui. Mais on me le prend tout de suite pour lui faire les examens et l’aspirer. Je l’entends enfin pleurer. Je demande s’il va bien mais on ne me répond pas ! J’apprends par la suite que mon mari a posé  la même question à l’infirmière qui lui a répondu « mais il peut mourir monsieur ! »  On me le met après 10 min en peau à peau puis on me le prend et je ne le reverrai pas avant 13h sans avoir fait une tétée alors qu’il voulait. Il part avec Papa et je me retrouve seule, on me recoud et je pleure, j’ai l’impression qu’on m’a volé mon bébé, et si je l’avais tué en attrapant une infection ? Je ne comprends pas ce qu’il se passe et je suis morte d’inquiétude. On ne sait pas pourquoi j’ai fait de la fièvre… Il sera sous antibiothérapie pendant 3 jours le temps de voir quelle infection on a attrapé mais finalement ni lui ni moi avions quelque chose !!!

J’ai été seule en chambre 2 nuits et 3 jours, avec un berceau vide à côté de moi et un tire lait au lieu de mon bébé. Je me suis levée la nuit pour aller en néonat l’allaiter pour avoir ma montée de lait, que j’ai eu le mardi quand il est revenu avec moi ! Je suis restée jusqu’au vendredi à la maternité, où j’ai vraiment été considérée comme maman seulement quand j’ai récupéré mon fils en chambre avec moi ! On l’a gavé au biberon aux soins intensifs de neonat (jusque 70 cc à 2 jours de vie !) alors que je souhaitais l’allaiter ! Je suis heureusement tombée sur une équipe de nuit formidable qui me l’a mis au sein pour la première fois à 23h le soir alors que mon bébé était né à 6h du matin. J’ai eu des crevasses atroces, et des tranchées horribles, on ne m’a rien donné juste un « faut serrer les dents madame ». J’ai subi mon accouchement, j’ai subi mon post-accouchement, et encore aujourd’hui, je ne sais pas ce qu’il s’est réellement passé. Mon fils a 2 ans aujourd’hui, c’est un enfant allergique (je suspecte l’antibiothérapie de masse et le gavage au lait artificiel d’avoir tué sa flore intestinale), mais il est plein de vie. Je sais que pour un deuxième enfant il faudra faire le vide de tout cela, et repartir à neuf, le cœur cicatrisé, enfin.

Anonyme – voie basse après césarienne – 2011

19 Fév

Mon accouchement voie basse après césarienne en 2011
La fin de grossesse commençait vraiment à me peser. Pourtant, j’étais encore à une dizaine de jours du terme. J’avais donc commencé en plus des tisanes de framboisier, à prendre des gélules d’huile d’onagre.
J’étais dans l’attente du début de travail surtout que j’avais des contractions de préparation (du « faux travail ») depuis une semaine. J’espérais toujours que mon fiston se déciderait pour arriver un weekend pour que son papa soit là.
Donc, le vendredi j’étais ravie d’avoir pas mal de contractions, mais comme le weekend précédent, elles se sont nettement calmées le samedi. Encore un coup pour rien…
Pourtant le samedi dans la soirée, elles reviennent avec une intensité nouvelle. Elles me serrent vraiment très fort le bas du ventre. Je ne m’emballe pas et j’attends toujours que ça se régularise parce que ça reste très anarchique.
Le dimanche midi, j’en suis toujours au même point. Mon mari reprend le train. L’après-midi passe. En début de soirée, je commence à avoir des contractions plus régulières. Je vais prendre un bain avec mon fils en espérant calmer ce faux travail.
Une fois sortie de l’eau pourtant, elles sont toujours là, mince ! Je surveille l’heure dès que j’ai une contraction, aïe, ça se rapproche en plus ! Dans le doute, je vérifie toutes mes affaires pour la maternité. Puis au bout d’1h30 de contractions tous les quart d’heure, je vais reprendre un bain. Il faut que je sois sûre de moi. Là, non seulement ça ne se calme pas, mais ça paraît s’accélérer. Je suis déjà à une contraction toutes les 5 min ! Au bout d’une heure, après avoir beaucoup tergiversé, je me décide : il faut aller à la maternité. J’ai peur parce que ça va trop vite et que je ne peux pas gérer un début de travail seule à la maison avec mon fils (pourtant endormi dans le canapé). Il est déjà tard, 23h à peu près et je préfère partir maintenant que de devoir réveiller tout le monde plus tard dans la nuit.
Je préviens ma doula, on en discute, je suis toujours décidée à aller à la maternité. Je réussis à avoir l’amie qui doit me garder mon fils (elle rentre à peine de weekend). Tout le monde doit arriver dans moins d’une demi-heure.
Je ne préviens pas encore mon mari (il m’a envoyé un sms à 22h30 pour me dire qu’il était bien arrivé à Strasbourg), je veux être sûre que c’est bien le début du travail pour éviter qu’il ne s’inquiète pour rien.
Tout le monde arrive, on met mon fils endormi dans la voiture, il se réveille un peu, je lui fais un câlin et lui explique la situation. Il commence à pleurer, donc mon amie se dépêche de partir. La seconde voiture est chargée, on se met en route.
Sur le trajet de 35 min, les contractions s’espacent (j’en ai à peine 3 ou 4). Je préviens, non sans mal, la maternité de mon arrivée par téléphone. Dans la voiture, on discute et on plaisante. J’indique la route à la conductrice (on est quatre avec le fils de ma doula).
Une fois arrivés, après une bonne contraction qui me plie en deux devant l’accueil de la maternité, nous sommes accueillies par une SF très gentille, que je n’ai encore jamais rencontré. Elle me dit qu’elle a commencé à lire mon PDN après mon appel et me propose de m’examiner. Je suis dilatée à 1 cm et mon col est raccourci. Elle m’emmène faire un monito. Elle me propose un ballon pour m’installer. Je suis super bien assise dessus pour gérer les contractions. La SF revient assez vite, elle a fini de consulter mon dossier. Elle va aussi me poser une perfusion d’antibios comme je suis porteuse du streptocoque B. Elle me dit qu’il vaut mieux que je reste à la maternité du coup. Ma doula va donc installer toutes mes affaires dans une chambre.
J’ai toujours des contractions toutes les 5 min, mais je suis bien sur mon ballon à faire tourner mon bassin. La maternité est calme cette nuit-là. Je suis zen. J’attends ce moment depuis longtemps, je suis centrée sur moi. Je fais les sons graves que j’ai appris en chant prénatal pour accompagner chaque contraction. C’est très efficace.
Nous partons ensuite nous installer dans ma chambre. On propose un lit d’appoint à ma doula. J’ai emmené le gros ballon avec moi (mon meilleur ami pour cette longue nuit).
Il est 1h30, j’appelle (et je réveille) mon mari. Il me dit qu’il va prendre le premier train pour revenir. J’envoie un sms à mes parents dans la foulée.
La nuit passe doucement. Je prends des douches bien chaudes, je bois de la tisane, je me suspends au lit avec un rebozo. On discute avec Aurore, elle prend quelques photos. Je ne vois pas le temps passer, je suis entièrement concentrée sur le moment présent. De temps en temps quand même je demande l’heure à ma doula. Et si pour moi, le temps est arrêté, l’horloge continue à tourner. J’ai un nouveau monito/ perfusion au milieu de la nuit. Mon bébé bouge et le capteur n’arrête pas de perdre son coeur. Le col est dilaté à 2 cm, tout va bien.
Je commence à être très crispée dans le bas du dos. Chaque contraction entretiens cette douleur. Aurore me masse le dos longuement. Je suis toujours sur mon ballon.
Vers 6h, je me décide à aller prendre un bain. L’eau chaude me relaxe, j’arrive presque à somnoler. Mais les contractions sont difficilement supportables allongée. Je reste quand même un long moment dans la baignoire.
Je retourne dans ma chambre, réveille Aurore qui s’était assoupie. On ouvre le volet de la chambre, l’aube point à peine. J’ai moins mal au dos, je me sens mieux.
J’ai encore droit à un ou plusieurs monitos (?). On m’en refait un notamment parce que bébé bouge beaucoup et que le temps de surveillance de son coeur est trop court. Je refuse un toucher vaginal. Je suis sûre que ça n’a pas ou peu progressé et je ne veux pas me décourager. On me remet aussi la perfusion. Qui ne passe pas… Ca traîne en longueur (normalement 10 min, là, je reste plus d’une heure avec la perf). On rappelle la SF, qui envoie l’étudiante, parce que débordée. La pauvre galère… Je me retrouve avec le pantalon de pyjama mouillé par une poche d’antibios tombé par terre… Je commence à avoir du mal à gérer les contractions sur le ballon, je reste debout.
Lorsque je suis enfin libérée du monito et de la perfusion, j’ai très mal et je perds pied à chaque contraction.
Je suis seule à présent. Mon fils est là à l’hôpital en train de manger avec ma doula et une amie. Je suis complètement dépassée par la douleur. A chaque contraction, je me dis que je n’en supporterai pas plus et je rêve de la péridurale. Je me plie en deux en m’accrochant au lit ou au lavabo et je hurle. Dès que c’est passé, je retrouve un peu mes esprits et me résous à attendre encore.
J’appelle finalement une SF, je n’en peux plus. Elle m’examine, je suis à 4 cm. J’abdique, je veux qu’on me pose la péridurale. J’ai dépassé le cap fatidique des 3 cm. C’est une espèce de renoncement pour moi, je laisse l’équipe médicale me prendre en charge, je perds la maîtrise de la situation.
Mais, je veux voir mon fils avant d’aller en salle de travail. Dès que j’y serai, je ne pourrai plus le voir. J’essaie de joindre ma doula avec difficultés, mais elle revient enfin avec mon fiston. Il n’est pas spécialement enthousiaste de me retrouver, plutôt intrigué. Je lui fais un gros bisous, avant d’avoir une nouvelle contraction. J’ai de nouveau très mal dans le bas du dos.
Je pars en salle de travail. Je mets la blouse de la maternité (au moins celle-ci est en tissus et pas en papier comme pour mon premier accouchement). Ma doula m’amène ma musique, mon appareil photo. La SF appelle l’anesthésiste. Le temps me paraît bien long en l’attendant.
Il arrive finalement, exige un infirmier anesthésiste pour l’aider. On doit donc encore attendre. Et enfin, ils commencent à tout préparer pour poser la péridurale.
Là, je dois dire, ça a été très dur pour moi. Dès que l’anesthésiste essayait de prendre ses repères (et donc appuyait sur mon dos avec ses doigts), j’avais terriblement mal. C’était plus fort que les contractions, c’était insoutenable. Du coup, je me crispais et l’anesthésiste râlait parce que bien sûr, il ne pouvait rien faire. La SF en face de moi, me parlait, essayait de m’aider à me calmer, mais rien n’y faisait. J’essayais de prendre sur moi, d’arrondir mon dos, mais c’était plus fort que tout cette douleur dès qu’il me touchait. Je pleurais à chaudes larmes, j’avais trop mal. Je commençais même à me dire qu’il allait finir par repartir sans me poser la péridurale.
Finalement l’infirmier m’a prise dans ses bras en me maintenant. Je me suis cramponnée à ses bras de toutes mes forces. Et enfin, la péridurale a pu être posée.
J’étais bouleversée, mais soulagée que ce soit fini. Je me suis excusée auprès de l’infirmier de lui avoir fait mal, qui m’a répondu avec le sourire, qu’il avait l’habitude puisqu’il avait accompagnée sa femme lors de ses 4 accouchements.
J’attends impatiemment que le produit fasse effet. Je subis encore 4 ou 5 contractions. Puis, ça se calme enfin. Je suis maintenant branchée de partout (tensiomètre, monito, perfusion…), allongée sous de grosses couvertures polaires, mais je n’ai plus mal. On M’a enfin posé un nouveau cathéter pour la perfusion, ça marche bien mieux. Je sens encore les contractions, ce qui me rassure. La SF me perce la poche des eaux pour aider le travail à continuer sa progression. Elle me parle aussi d’un appareil de mesure qu’elle a l’intention de mettre sur mon col (?). Je pose des questions, ça m’inquiète un peu (surtout l’appareil de mesure), mais je n’ai plus l’envie/le courage de contester l’utilité de ses gestes.
Un homme « inconnu » entre dans la salle de travail : « Bonjour, je suis le Dr …, je viens me présenter, je suis le gynéco de garde. Tout se passe bien ? Vous en êtes où ? 4 cm ? C’est bien, la dernière fois le travail s’était arrêté à 3, n’est-ce pas ? Super, bonne continuation alors ! » On s’est regardé avec Aurore. Ouf, ce n’est pas la gynéco que j’ai vu à mon dernier RDV. Et en plus, il a l’air cool et confiant.
On me laisse un peu tranquille et je me repose allongée sur le côté. J’écoute ma musique, mon CD préféré je crois bien. Je suis un peu seule, je somnole.
Mon mari, enfin revenu, vient me voir en début d’après-midi. Je suis très émue de le retrouver. Je suis aussi très déçue. Je n’ai plus de contractions du tout. Je lui explique donc que je suis très heureuse de tout cette nuit de contractions et que peu importe maintenant la façon dont ça finira. Il ne comprend pas trop mon défaitisme. Je lui dis alors que je n’ai plus aucune contraction depuis un long moment.
« Ben, si je les vois sur le monito ! »
Incrédule, je regarde avec lui. En effet, j’ai toujours des bonnes contractions, elles se sont même encore rapprochées. Je suis soulagée, tout va encore bien. Je peux continuer d’y croire. Je félicite mon pitchoune qui appuie fort sur mon col et qui fait tout pour sortir « du bon côté ».
Nouvel examen, je suis à 5 cm. Ca me conforte encore plus. La SF ne me parle plus de l’appareil de mesure interne des contractions, tant mieux. Je commence à ravoir des douleurs du côté droit (dans la hanche, puis la cuisse). Mon mari me conseille de me retourner. L’anesthésiste repasse justement un peu plus tard et confirme que se mettre sur l’autre côté aidera le produit anesthésiant à se diffuser partout. Effectivement, ça marche bien.
La fin d’après-midi est là. On commence à se poser des questions d’organisation. Qui reste avec moi pour la fin de l’accouchement ? Qui s’occupera de mon fils pour la soirée et la nuit ?
Je ne veux pas imposer à mon mari de rester (je suis heureuse et soulagée de l’avoir vu avant d’accoucher) et j’ai aimé l’accompagnement d’Aurore jusqu’à présent. J’en parle avec lui. Il a envie de rentrer avec son fils. Il est fatigué et se sent inutile près de moi. Il préfère me confier à Aurore. Nous sommes donc d’accord. Il m’offre la soirée en tête-à-tête avec le bébé, lui qui a eu les premiers instants de notre aîné. Il reviendra le lendemain matin avec notre fils.
J’ai de nouveau mal au dos et un peu dans le ventre à chaque contraction. Nouvel examen et fausse joie : dilatation complète, euh, non, en fait, mais ça avance, donc tout va bien.
Par contre, elle me dit que le bébé regarde vers le ciel (il n’a pas fléchi la nuque, donc, ce sera plus dur pour lui de sortir). Elle me parle d’injecter des hormones (?) pour l’aider à bouger. Je lui demande si je ne peux pas commencer par me mettre à 4 pattes pour qu’il ait la place de bien se positionner. Elle est d’accord et m’aide à bouger. Je parle à mon bébé et lui explique qu’il devrait fléchir la nuque pour faciliter sa sortie.
Je commence à avoir presque aussi mal que lorsque j’ai demandé la péri. Je recommence donc à crier (hurler ?). Je me fatigue, le répit entre les contractions est trop court pour récupérer. Je pleure, je suis désespérée. On appelle la SF. Nouvel examen, c’est presque la fin. On parle de l’utilité ou non de remettre une dose d’anesthésiant. On décide d’attendre un peu. Mais je n’en peux plus. L’anesthésiste (un autre plus sympa) me fait finalement un « bolus ». Je peux enfin arrêter de crier.
Nouveau toucher vaginal, ça y est : dilatation complète !!
La SF me dit : « Vous allez pouvoir commencer à pousser, dans 2 h, votre bébé sera là ! »
Elles ramènent le nécessaire pour le bébé, démonte le bas de la table pour la poussée.
Je suis assommée (encore/seulement 2 h ?!). Je me remets à pleurer, de soulagement cette fois. Je sens la tête de mon bébé qui descend et pousse. Je suis dans un état second, je pousse de toutes mes forces (c’est une poussée dirigée, j’ai les jambes sur les étriers). J’entend les encouragements de la SF et d’Aurore. Je ne sens plus la douleur des contractions. Je dis plusieurs fois : « Il est là ! » d’une voix incrédule et étonnée, lorsque je sens sa tête pousser. Lorsque la SF et la puéricultrice me disent qu’elle voit ses cheveux, je touche son crâne pour constater qu’en effet il est presque là.
La SF commence à m’expliquer qu’elle va faire une épisiotomie. Et là, je m’entends répondre simplement : « Non. » Une autre personne parle de vaseline. Ok, on tente d’en badigeonner mon vagin pour faciliter la sortie. (Je n’ai finalement eu que quelques point pour une toute petite déchirure.)
Et quelques poussées plus tard, on me dit de pousser encore une fois pour sortir les épaules. On me donne enfin un petit bébé tout blanc (de vernix?). Je pleure de plus belle. Nous avons réussi ensemble. Je l’aime de toutes mes forces ce petit « warrior ». Il est calme, il ne pleure pas. Je l’embrasse, le sens, me remplis de lui.

Anonyme

Lien vers 1er accouchement: https://moncorpsmonbebemonaccouchement.wordpress.com/2013/02/19/128-anonyme-finistere-2009/

Adeline France – 2010

8 Fév
Un an après la naissance de ma fille (voir témoignage #12), je suis enfin prête à vouloir un deuxième enfant. Je le cache aux autres, mais je voudrais que cette seconde naissance me guérisse de la première. Je me trouve très égoïste de vouloir faire un enfant juste pour ça. Et en même temps, on en veut 2, alors si ce bébé peut m’aider…
Par le biais d’une amie, je découvre un témoignage d’Accouchement A Domicile. Cette première lecture ma passionne, je me mets à dévorer tous les récits d’AAD que je trouve. Les récits de naissance à l’hôpital, que je croise sur le forum que je fréquente, ne m’émeuvent plus. Certains à la limite me répugne, à force de constater que les gestes médicaux sont tellement banalisés et deviennent presque un passage obligé : monitoring couché, touchers vaginaux, péridurale, épisiotomie, etc. On pourrait presque croire que c’est un bizutage pour ces jeunes futures mamans. Je n’y retrouve pas la puissance, la force, le courage, la confiance qu’ont les femmes qui choisissent un AAD. Et puis dans ces merveilleuses naissances, je découvre aussi qu’on peut faire autrement ! Les sages-femmes sont présentes physiquement dès leur arrivée au domicile, elles ne vont pas s’occuper de quelqu’un d’autre, elles sont respectueuses, à l’écoute, très discrètes quand il le faut et deviennent un pilier juste au bon moment. Elles trouvent les mots justes, sont pleines de douceurs et d’attention pour ce couple qu’elle a accepté de suivre, elles les connaissent par coeur. C’est vraiment ça que je veux !
Pendant près de 2 ans, je distille l’idée, dans l’esprit de celui, qui est désormais mon mari. Mais une question me taraude également durant tout ce temps, est-ce que c’est possible en étant porteuse d’un Streptocoque B ? Lorsque je découvre qu’une sage-femme pratiquant les accouchements à domicile s’installe à 1h de chez nous, je saute sur mon téléphone, alors que je ne suis pas encore enceinte et je lui demande. La réponse est positive, une antibiothérapie orale pourra être mise en place lorsque le travail commencera. Je saute de joie, je cours l’annoncer à mon mari, ses dernières réticences sautent. Tout est enfin réuni pour nous permettre enfin de se lancer dans l’aventure de notre deuxième bébé : notre mariage est passé, l’ainé est propre, notre âge idéale d’écart entre deux enfants est atteint, une sage-femme s’installe « près » de chez nous. Il nous faudra patienter deux petits mois pour qu’une petite graine s’installe et ne pousse en moi. Le suivi de grossesse se passe parfaitement bien, je n’aurais aucun toucher vaginal, hormis celui que je lui demande une fois, et ceux pratiqués par les gynécologues à la maternité (où je suis obligée d’avoir un dossier en cas de transfert ou de changement d’avis). Notre sage-femme est toujours à l’écoute, présente pour moi quand j’en ai eu besoin. Elle nous consacre une fois par mois 1h30 à 2h de son temps. Elle nous visite à notre domicile par deux fois et nous prête une piscine d’accouchement.
40SA+4 le grand jour est enfin arrivé. La veille j’ai demandé au gynécologue de la maternité de me faire un décollement des membranes, n’en pouvant plus et redoutant l’absence durant le week-end suivant de notre sage-femme. A 4h30, je me réveille avec des douleurs de règle, qui viennent par vague toutes les 5 minutes, 5h15 je perds les eaux, juste au moment où mon mari se lève pour aller travailler, il n’ira pas. 5h30 j’appelle notre sage-femme, je la réveille. Elle me demande le temps entre les contractions et prévient immédiatement sa maman pour qu’elle garde ses enfants. Je raccroche le téléphone et les contractions se rapprochent toutes les 2-3 minutes. Je prends mes antibiotiques et je file sous la douche. L’eau me détends, je pointe le jet sur mes reins, car comme pour mon accouchement précédent, je ressens tout dans le dos. Au bout d’un moment, je me sens très nauséeuse, je ne peux m’empêcher de vomir les antibiotiques. Mon mari contacte notre sage-femme, pour la prévenir, elle me demandera de ne reprendre que la moitié de la dose pour économiser mes forces. Je sors de la douche et mon mari se mets à remplir notre piscine. Vers 7h de mon côté, je vais réveiller la grande, qu’on a décidé d’envoyer chez mamie et papy. Je lui explique que son petit frère arrive, elle est très excitée, je n’arrive pas à la calmer pour qu’elle s’habille tranquillement. Les contractions me font de plus en plus souffrir. A 7h20 la sage-femme arrive, elle a le droit à un très grand câlin de ma fille, je rends encore une fois mes antibiotiques. A 7h50 papy arrive enfin. Je n’ai même pas le droit à un bisou d’au revoir, ma fille saute partout. Et en même temps, il est grand temps qu’elle parte, son énergie débordante me perturbe, j’ai besoin de calme, de lumière tamisée. Je referme les volets, je marche, je me déshabille, je me mets à faire des sons grave. J’entre très rapidement dans ma bulle, je ne vois plus rien, je sais juste que ma sage-femme et mon mari sont présents et je me sens en sécurité. Je suis dans un état second, je ne pense plus à rien ou presque, je suis tout le temps en mouvement, je ne peux pas me poser quelques secondes, sauf durant les contractions qui sont de plus en plus fortes, je me mets à quatre pattes, me suspends à mon mari ou m’écroule par terre. Je n’en peux plus, je veux une péridurale, je ne veux plus avoir mal, je sais pertinemment que c’est la phase de désespérance, j’ai juste besoin de dire tout ça, pour l’évacuer. Ma sage-femme qui a su rester discrète jusque là, me parle, me rappelle que je ne peux pas avoir la péridurale, que mon projet est de donner naissance ici, elle me parle de mes amies, celles qui m’ont envoyé des petites perles pour mon blessingway, elle me demande de me concentrer sur elles. Ce que je fais, je parviens à recentrer mon esprit sur un bracelet que je porte, tressée par une amie chère, la douleur passe au second plan. A partir de ce moment là, les contractions me laisse un peu de répits. Je peux souffler un peu. Ils me proposent d’aller dans la piscine, j’y mets les deux pieds, mais je ressors immédiatement, c’est trop chaud ! Je suis en nage, je veux du frais. Mais pas le temps de le dire qu’une nouvelle contraction m’assaille, cette fois c’est la fin, j’ai envie de pousser. Je doute encore sur le temps qu’il reste avant que mon petit bonhomme ne sorte. Je tente de toucher ma vulve, elle est très enflée, ma sage-femme me confirme que c’est bientôt la fin. Une première poussée la tête est presque là, une deuxième, la tête est sortie, une troisième à la demande de la sage-femme et mon bébé est dehors. Ma sage-femme le pose sur moi, je tombe immédiatement amoureuse de lui, il ne pleure pas, il est si paisible, il regarde autour de lui, déjà curieux. On attends que le cordon cesse de battre, on tente une tétée pendant ce temps, et là il se mets à pleurer, il ne voulait pas ! De nouvelles contractions et le placenta sort. Vérification d’usage, juste une petite éraillure pourtant ce nouveau bébé fait 800g de plus que sa soeur. J’ai froid, je tremble, j’ai l’impression d’avoir couru un marathon. Mon mari nous prépare un cocon où je passerais dix heures en peau à peau avec mon nouveau-né, hormis quand j’ai été prendre une douche et que mon bébé se fera peser. Deux heures plus tard notre sage-femme nous quitte et nous, nous nous endormons à trois sur le même matelas pour un repos bien mérité.
Cette naissance a été vraiment tout ce que je souhaitais, dans le respect, et l’intimité. J’ai ressenti avec elle, toute l’énergie des femmes qui mettent naturellement au monde leur bébé, depuis la nuit des temps, dans la simplicité et sans entrave, avec juste le soutien nécessaire. Et aussi, depuis, je suis en paix avec mon premier accouchement.

# 39 Naissance de Noah – Belgique – 2011

31 Jan

Anonyme Le récit de mon 3éme accouchement 2011.

Le 5 mai, je suis confortablement installée dans le canapé devant la télé; les deux filles font dodo.
Je suis enceinte de 39semaine et 2jours. Vers 21h, je sens une contraction, je sens, je sais que ce ne pas une petite habituelle que j’ ai déjà depuis quelque semaine. L’après midi, j’ avais eu rendez-vous avec ma sage-femme pour une dernière consultation, qui m’ avait dit que bébé avait sa tête très basse lors du toucher.  Elle m’ a dit qu’elle pouvait pouvait sentir la tête de mon bébé tellement.
Pour elle, cela n’ allait plus tarder.
Je décide d’ attendre un peu.  8min plus tard, Une autre.  Elles sont régulières, toutes les 8 minutes elles sont là.
Je décide d’ appeler le papa, il travaille. Je lui dis que le travail a commencé, qu’il termine à son aise,  je vais aller me faire couler un bon bain, qu’ il finisse son service  et l’on verra par la suite comment cela se passe.
Je vais dans mon bain, les contractions sont toujours bien là, toutes les 8 minutes, ayant un streptocoque, on nous a demandé de venir à l’ hôpital dès la rupture de la poche des eaux car il me fallait 2 doses d’ antibiotique avant d’ accoucher par baxter.
J’ avais décidé que pour mon 3eme, je ne ferais pas de péridurale bien que pour mes deux filles, tout s’ était passé à merveille lors de leur naissance, la péri étais très bien dosée.
Je sors de ma douche, me remets devant le canapé et là, je sais pas, je sens que mon pantalon est mouillé.  Juste à ce moment là, le papa rentre et nous décidons d’ appeler ma maman pour qu’ elle vienne tenir nos filles. Elle arrive aux alentours de 1h30. Nous partons sereins vers la maternité, là, une sage-femme peu sympathique me demande à combien de semaines je suis, combien entre les contactions.  Je lui dis 8 min, sa réaction fut  » oula mais vous avez encore le temps !!!  » Sans savoir que nous étions là car j’ avais perdu du liquide et que je devais avoir deux doses d’ antibiotique une fois la poche rompue.

Elle m’ examine: 1 petit cm à peine mais la poche n’ est pas rompue, j’ ai dû un petit peu uriner. Elle décide de me garer en chambre sous monitoring pour la nuit. Nous arrivons à dormir, bébé va bien, moi aussi.  Nous arrivons à dormir un petit peu.  Contractions toujours bien présentes toutes les 8 minutes. A 8h30, la sage-femme de la journée vient nous voir et nous dit que nous allons bien et que nous pouvons sortir et aller marcher. Elle nous propose de revenir ce soir pour re faire un toucher et voir où j’ en suis. Nous voilà partis pour prendre notre petit déjeuner. Mes contractions sont bien là mais je les gère très bien et en marchant, je ne les sens presque pas. Nous avons marché toute la journée, nous nous sommes arrêtés pour manger une deuxième fois.  Nous sommes rentrés à la maison prendre une douche, nous changer et nous sommes repartis de plus belle pour marcher. Nous avons mangé une 3eme fois et sommes repartis à la maternité.

Nous sommes le 6 mai 21h30.  Là, c’ est à nouveau la sage-femme de la nuit précédente.  Elle tire la tête en me voyant débarquer, l’ air de dire  » encore eux  » .  Elle m’ ausculte.   Son toucher est brut, très sauvage, elle me fait mal.    » Madame, 2 petits cm, ça ne bouge pas tant que ça ».   Elle nous dit:  » Vous savez, on ne va pas vous déclencher, votre bébé a encore le temps ». Je lui réponds:  » c’ est mon 3ème bébé et je sais que ce sont les bonnes contractions ».  Elle décide d’appeler la gynécologue, elle ne me remet pas sous monitoring pour vérifier mais mes contactions sont bien présentes toutes les 8 minutes.  La gynécologue arrive et nous dit que tout va bien, que ce n’ est pas le  » vrai  » travail.  Je ne suis pas d’ accord, c’ est mon corps et mon petit et moi sommes en travail.

Nous repartons direction la maison.  Je m’ installe dans le canapé: 1 contraction, 2 contractions, à la 3eme, une douleur atroce.  Elles sont plus fortes, plus intenses, plus rapprochées mais j’ arrive à les accepter, à les gérer.  Mon mari voit que les contractions sont plus intenses et décide qu’on retourne à la maternité et que cette fois, si elle ne veut pas nous croire, nous irons ailleurs. Nous arrivons et là ce n’ est même plus elle qui nous accueille mais une autre et qui n’ est pas plus aimable.  L’ autre sage femme l’ avait briffée, je faisais du cinéma.  Elle m’ ausculte: 3 petits cm.  Elle décide de me garder. Elle nous jette dans une salle d’accouchement, m’ installe vite fait, met le monitoring, me fais une prise de sang et repart à ses occupations. Les capteurs du monitoring ne sont pas bien mis, elle ne mesure pas mes contractions et ne prend pas le rythme cardiaque de mon bébé.

Nous sommes à ce moment le 7 mai 2h00. La sage-femme repasse pour me mettre mon premier baxter d’ antibiotique et nous dit: « Mais ma petite dame, vous ne contractez pas beaucoup ». Là, mon mari lui dit que le monitoring n’ est pas bien mis, elle regarde à peine et s’ en va.  A ce moment-là, je dis à mon mari: « Stop, je n’en peux plus, je suis épuisée, j’ aimerais la péridurale ». Elle revient nous voir et appelle l’ anesthésiste.  On a de la chance, elle est là.  Mais tout à coup, j’ ai envie de pousser.  La sage femme m’ausculte à nouveau : 8cm.  Il est 2h30.  Cela va très vite. Elle pense que nous avons encore le temps et me laisse avec une étudiante qui, elle, est en train de retirer les ustensile pour l’ anesthésie  et je dis à mon mari que je dois pousser. L’ étudiante m’ausculte et là, je ne suis pas d’ accord, elle me fait mal, je lui retire ses mains et je lui dis de ne plus me toucher, que maintenant je pousses et un point c’est tout. J’ ai alors poussé avec les encouragement de mon mari.  Je m’ accrochais à son bras et je pousse.  La tête est là et l’ étudiante crie: « Stop !  On ne pousse plus ».  Elle appelle la sage-femme qui demande ce qui se passe, l’ étudiante lui explique que la tête est là. Elle n’ a pas l’ air d’y croire et regarde et effectivement Noah arrive. J’ ai mal très mal et je ne peux m’ empêcher d’ émettre des sons à chaque contraction.  Cela dérange la sage-femme, elle me dit que crier ne sert à rien.  « Concentrez-vous sur la poussée ». « Bien, non, madame, crier moi, ça m’ aide, me soulage ». Je crie encore une fois et la tête de Noah est là. Et là, elles crient: « stop ! on ne bouge plus, on ne pousse surtout pas! »  Noah était là, coincé, le cordon enroulé deux fois autour de son cou.  Cela m’a paru une éternité avant qu’ elle ne réussisse à le délivrer de ce nœud.  Je leurs dis que je dois pousser, que ça me fait mal.  Je m’ accroche à mon mari qui me murmure:  » mon amour, notre fils est là, mais s’ il-te-plait ne pousse plus, il est mauve, bleu ». Je sens des larmes qui coulent sur mes joues, ce sont celles de mon mari.  Enfin, elle arrive à délivrer notre trésor de son cordon et là une petit poussée et je peux prendre Noah et le poser sur moi. Nous sommes le 7 mai 2h42.

Mais il ne pleure pas ou très peu, un petit cri et c’ est fini.  Nous sommes inquiets, la sage-femme nous assure qu’il va bien.  Il commence à rosir.  Il cherche le sein et le trouve très rapidement.  Il tète.

J’ ai une petit déchirure et la sage-femme me parle de devoir faire 2 a 3 petits points. Elle voulait commencer et là j’ ai crié: stop! et lui ai dit: « vous n’ allez quand même pas me recoudre à vif!  Je veux un petit anesthésiant local ». « Ok » me-dit elle et met du spray.  Je ne sens rien.  Nous admirons notre fils pendant qu’ il tète vigoureusement. Nous apprenons par la suite que je n’ ai pas eu la dose d’ antibiotique prescrite et que notre fils a été exposé à l’ infection.  Il subira tous les jours une prise de sang jusqu’à notre sortie de la maternité.

#17 Deena – 2010 – Ottignies

29 Jan

Tout a commencé lors d’un simple monitoring de routine un vendredi après-midi, j’étais enceinte de 39 SA. Pendant le monitoring, la sage-femme vient me dire que j’ai trop de protéines dans les urines, mais elle ne m’explique pas ce que cela signifie et s’en va.
Après le monitoring, je vais chez mon gynécologue, qui lui commence à me poser un tas de questions: si je vois des étoiles devant les yeux, si mes pieds/jambes/mains sont gonflé(e)s depuis longtemps, … Il m’explique qu’il y à trop de protéines dans mes urines, mais que cela pourrait avoir plusieurs explications, donc je dois aller faire des examens supplémentaires.
Après une prise de sang, un test d’urines et un monitoring supplémentaire, le gynécologue m’annonce que j’ai une pré éclampsie et il m’explique ce que cela signifie.

Pendant ce temps, je remarque sur le monitoring que j’ai des contractions toutes les 10 minutes et je lui demande si la pré éclampsie pourrait déclencher le travail naturellement, ce qu’il confirme.
A partir de ce moment on me place dans une chambre à la maternité et on m’annonce qu’on déclenchera l’accouchement le matin suivant. Comme c’est le week-end, mon gynécologue me présente la l’obstétricienne de garde et me dit rapidement qu’il y aura une possibilité que l’accouchement finira par une césarienne.
Le matin suivant (je n’ai quasi pas dormi), j’ai des contractions toutes les 6 minutes et 2 cm d’ouverture, mais on décide quand même de m’injecter de l’ocytocine pour faire avancer le travail vu que le bébé doit sortir dans les 24 heures. On me fait immédiatement une péridurale parce que « les contractions seront insupportables à cause de l’ocytocine » et parce que « cela nous évitera de perdre du temps s’il faut pratiquer une césarienne en urgence ». C’est vraiment très rassurant ce que me disent ces gens… Lorsque l’on m’injecte l’ocytocine, on m’injecte aussi les antibiotiques pour le streptocoque contre lequel je n’étais pas immunisée et à partir de ce moment-là j’ai vomi pendant tout le travail et jusqu’à 2 jours après la naissance.

En effet, l’ocytocine fait bien son travail et les contractions deviennent de plus en plus insupportables, sauf que la péridurale ne suit pas et endort complètement mes jambes et pas mon ventre. Pendant tout le travail je suis accrochée à la machine de monitoring et à un tensiomètre qui se met en route toutes les 10 minutes. Je ne sais pas bouger, donc au revoir les exercices que j’ai appris pendant ces agréables séances d’haptonomie. Je reste constamment couchée sur le dos ou le côté.
Durant l’après-midi, une sage-femme vient rompre les eaux artificiellement pour faire avancer le travail.
Vers 20h, l’ouverture du col coince depuis 3 heures à 7cm et la tête du bébé présente une bosse et on estime qu’il ne passera pas.

A ce moment-là, la douleur a complètement pris l’emprise de mon corps et de mon esprit et je suis tellement dans un état second que je me laisse faire et je m’enfou de ce qui se passe, du moment qu’on me sorte ce bébé et que je ne souffre plus.

La gynécologue décide de faire une césarienne en urgence et lorsque j’apprends que mon compagnon ne peut y assister, je panique complètement. Il avait été d’un grand soutien pendant tout le travail et je m’imaginais mal vivre la naissance de notre premier enfant sans lui.

Les sages-femmes m’emmènent jusque dans une salle à côté du bloc opératoire et heureusement mon compagnon peut rester avec moi le temps d’entrer en salle d’opération.
Arrivée sur la table d’opération, on m’attache les deux bras. Cela prend une demi-heure avant que la péridurale prenne vraiment au niveau du ventre et on place un écran devant mon visage de sorte à ce que je ne vois rien de l’opération. La gyné explique un petit peu ce qu’elle fait pendant l’opération. On doit pousser sur mon ventre pour faire sortir le bébé parce qu’il est trop coincé dans mes intestins, une sensation des moins agréables. On me dit que mon fils est sorti de mon ventre, mais ils l’emmènent immédiatement faire les premiers soins. Je l’entends pleurer au loin, ce qui me rassure, mais je pourrais le voir que 10 minutes après.
Vu que mes deux bras sont attachés, je ne peux même pas le toucher. La sage-femme plaque sa joue contre la mienne, mais je suis tellement déçue par cette césarienne et son déroulement qu’après une minute je l’ordonne de l’amener chez son père faire le peau à peau vu que je ne peux rien faire pour lui. Elle avait l’air très étonnée de ma réaction, mais a respectée mon choix.
Après m’avoir « recousue », je suis encore restée 1h30 dans la salle d’éveil en observation. Je me sentais bien et j’ai demandée plusieurs fois de monter dans ma chambre parce que je ratais les premiers instants avec mon fils, j’étais pratiquement sûr qu’il serait déjà endormi lorsque j’arriverais dans ma chambre, mais ma demande à été ignorée à chaque fois. J’ai donc été séparée de mon fils pendant 2 heures.

Arrivée dans ma chambre, j’ai brièvement pu le mettre au sein, mais il était quasiment endormi.
En plus de la pré éclampsie et la césarienne, j’ai fait de l’anémie et étais très faible. Je suis restée 7 jours en total à la maternité.

Au niveau de l’allaitement, cela a été très difficile. La montée de lait s’est fait attendre et les avis différents des sages-femmes, infirmières, etc… ne m’ont pas aidée. Entre l’une qui me donne une téterelle parce que mon fils a soi-disant un menton trop renfoncé et l’autre qui me sermonne parce que je l’utilise, pas toujours facile de savoir qui il faut croire…

Au 5ième jour, mon compagnon et moi-même décidons de passer au biberon de LA, je suis épuisée, mon fils hurle de faim et la montée de lait ne s’est toujours pas manifestée.  Après avoir fait part de cette nouvelle à l’équipe, une infirmière entre dans ma chambre et me dit que le lait maternel est ce qu’il y à de meilleur pour mon enfant et qu’elle même ayant fait une prééclampsie pour des jumeaux à 36 SA a persévérée et qu’elle les a allaités 6 mois, ELLE. J’ai fondu en larmes, elle croyait vraiment que j’avais pris cette décision à la légère? Mon homme l’a ordonnée de sortir de ma chambre. Pour finir, je n’ai jamais eu de montée de lait, chose assez rare, mais pas exceptionnel dans mon cas selon le gynécologue…

Cette césarienne m’a laissée des séquelles psychologiques assez profondes. Jusqu’à aujourd’hui, je ne sais pas parler de la naissance de mon fils sans que les larmes me viennent aux yeux.
J’ai beaucoup souffert du fait que je n’ai pas vu mon fils « sortir » de moi, j’ai eu beaucoup de mal à établir un lien avec lui alors que son père n’avait aucune difficulté d’adaptation. Vu mon état après l’accouchement, il a été un peu « forcé » de s’occuper de notre fils jour et nuit le temps que je récupère. La césarienne et le fait que je n’ai pas pu l’allaiter ont fait que je sombrais de plus en plus, sans parler du fait que je ne savais même pas m’occuper de lui (le changer, lui donner son bain, le porter plus de 5 minutes, etc…) en rentrant à la maison. Une sage-femme à la maternité a remarquée que je faisais plus qu’un baby blues et a discrètement fait appel à une psychologue périnatale qui m’a un peu aidée à surmonter cette épreuve.

Par la suite, le gynécologue m’a conseillée de faire une pelvimétrie. Il s’est avéré que la sortie de mon bassin est un peu trop juste. Je suis assez fine et mon fils pesait 3kg780 pour 53cm à la naissance, sans parler de son tour de tête de 37cm. On m’a fait croire qu’il ne serait jamais passé, mais je n’en suis toujours pas convaincue…

#12 Adeline – 2006

29 Jan

Bonsoir,

Voici mon témoignage pour une naissance non respectée en France en 2006.
J’essayerais de vous envoyer également un autre témoignage de naissance respectée.

Adeline

Enceinte de mon aîné, j’ai découvert tout du monde de la maternité.
Je suis un bon petit mouton, je fais tout ce qu’on me demande, je me plie aux prises de sang, toucher vaginaux, et échographies mensuelles.
Je quitte confiante ma gynécologue de ville pour m’enregistrer à la maternité. Elle me fait un dernier prélèvement vaginal lors de notre dernière entrevue. Une ou deux semaine plus tard, la veille d’un faux-travail, elle m’appelle pour me dire que je suis porteuse du streptocoque B. Elle me rassure, il suffit que je le dise au moment de la transmission du dossier, pas besoin des résultats, l’hôpital à l’habitude de ce genre de chose. Je note consciencieusement en rouge sur mon enveloppe d’échographie « Streptocoque B ». Le lendemain, faux travail à 35 SA, je me rends aux urgences de la maternité. Je signale la bactérie, je montre mon enveloppe, je suis confiante. La nouvelle gynéco choisira de refaire un prélèvement. Les contractions s’interrompent.
37 SA +4, je perds les eaux à 3h17. J’ai en tête les recommandations de ma gynéco de ville : me rendre en 1h à la maternité. L’hôpital est à 10 min, je prends rapidement une douche, boucle la valise, tente de joindre mon homme et finalement sonne chez les voisins. Je me rends dans les temps à la maternité.
Je suis rapidement prise en charge par une sage-femme, on m’éxamine, je demande une première fois mes antibiotiques. Elle me répond qu’elle va regarder dans le dossier. Je patiente. L’heure est écoulée, le travail n’a pas commencé, mon fiancé m’a rejoint, je n’ai toujours pas ma perfusion et on me mets dans une chambre avec un très vieux lit, trop haut pour que je puisse m’y installer sans effort. Lors d’une visite d’une sage-femme, je redemande cette perfusion. Mon homme finira par rentrer pour se reposer car il a travaillé tout la nuit. Pendant ce temps je redemande une 3ème fois la perfusion. Je trouve ça bizarre, de ne pas la recevoir. Une élève sage-femme passe, je redemande encore une quatrième fois, elle va se renseigner. A son retour, elle m’apprend que LEUR prélèvement n’a pas montré de streptocoque. Je suis surprise et je n’insiste plus, après tout c’est eux les professionnels, moi je n’y connais rien. Le travail se fait tout doucement.
A 13h, je ne supporte plus les contractions et je rappelle mon homme. Je veux la péridurale, c’était mon souhait ! Je la réclame, mais elles doivent demander à l’anesthésiste car je fais de la fièvre. A leur retour, elles m’annoncent que je ne pourrais pas l’avoir à cause de mon état. Je suis anéantie, je ne savais pas qu’il y avait des contre-indications à la péridurale ! L’anesthésiste, les sages-femmes ne m’en avaient pas parlé lors de nos rendez-vous. Je gère très mal les contractions, je n’ai qu’une envie me mettre en position foetale, mais je n’arrive plus à grimper sur le lit. Elles refusent de m’en donner un autre, un récent, plus bas, à commande électrique pour le monter. Elles me fournissent un escabeau, mais je n’arrive pas à monter les 2 petites marches. Je passe mon temps entre la chambre et les toilettes, qui sont dans le couloir des salles de naissances. Je dois sans cesse passer les nombreuses portes qui me sépare de ma chambre. Je croise une autre future maman dans ces toilettes, elle aussi n’a pas le minimum.
A 21h, on part en salle de naissance, je suis enfin suffisamment dilatée. Elles me donnent – enfin ! – une perfusion d’antibiotique, mais à cause de ma fièvre, qui est redescendu entre temps. Je n’en peux plus, je réclame une césarienne, je veux en finir. L’une me répond sèchement « Vous voulez souffrir maintenant ou après ? ». Mon fiancé est totalement oublié, il ne reçoit pas de quoi s’assoir.
Arrive la dilatation complète, mais ma fille se présente mal, une autre me propose enfin une autre position que couchée sur le dos ou le côté. Je me mets à quatre pattes le temps que ma puce rectifie d’elle-même la position de sa tête. L’expulsion peut enfin commencer, au bout d’un moment ça coince. Pendant une contraction, je sens une violente douleur, comme un profond coup de rasoir, je crie encore plus fort que je ne le faisais déjà. C’était l’épisiotomie, elles ne m’ont pas demandé mon avis, ni celui de mon ami. L’une me nie « mais non, vous n’avez pas mal, j’ai fait ça pendant une contraction ». Mon homme me racontera plus tard qu’il a été choqué, que les ciseaux étaient énormes.
Notre fille naît enfin, je suis choquée, je ne sais pas ce que c’est cette chose gluante sur moi. Je ne ressens pas ce coup de foudre. Ma fille gémit, elles lui mettent un tuyau d’oxygène devant le nez. Puis elles me la prennent pour l’habiller, pour qu’elle se réchauffe. Mon homme a oublié les habits dans la chambre, elle portera ceux de la maternité. Elles la mettent dans un lit puis finalement dans une couveuse, toujours avec ce tuyau d’oxygène, elle continue sa plainte presque inaudible. Elle est si loin de moi, je demande à l’aide-soignante si elle peut me l’approcher, j’ai besoin de prendre contact avec ma fille. Elle fera mieux, je pourrais l’avoir quelques minutes dans mes bras, le temps que le pédiatre de garde descende pour la prendre.
Finalement nous sommes séparés, je retourne dans ma chambre, une future maman me rejoint. Je suis encore sous le choc, mais inquiète pour ma fille, que se passe t’il ? Je n’aurais pas le droit d’aller la voir seule, pas le droit non plus de la nourrir pendant 36h, elle est sous perfusion de glucose en attendant de connaître les résultats des examens qu’ils lui font subir : prise de sang, radiographie… Finalement j’apprendrais qu’elle a été infecté le streptocoque B. Je suis folle de rage, je leur avais pourtant dit, si souvent réclamé les antibiotiques ! Je vais râler, les sages-femmes bredouillent des choses que je ne comprends pas, mais aucunes excuses ne sortent de leur bouche. La gynécologue de la maternité ne pouvait-elle pas téléphoner à ma gynécologue de ville pour avoir les résultats du prélèvement vaginal au lieu d’en refaire un ? Ne pouvait-elle pas, tout simplement m’écouter ?