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#317 Naissance de Viktor par sa maman Marie en Charente (16 – France)

22 Déc

La survenue dans ma vie de mon enfant, l’expérience particulière de ma grossesse, puis de mon accouchement et des premiers mois de vie de mon fils m’ont bouleversée – aussi intensément que les deuils de mes parents (père, mère, beau-père) que j’ai déjà eu à traverser.

Simplement dans l’autre sens, dans un sens exactement opposé. Un mouvement qui se crée de lui même, exactement opposé.

Au printemps 2009, j’étais alors célibataire sans enfant relativement insouciante de 34 ans. J’étais libre de mes mouvements et je ne me posais aucune question sur ma liberté de choix, d’existence, de penser, sur les influences que d’autres pouvaient avoir sur ma personne. Ma conscience n’était pas stimulée là à cette époque.

Peu avant mon anniversaire, pour un simple contrôle, je vois mon gynéco Dr P******. Il passe un coup de fil concernant son assurance professionnelle devant moi et c’est ainsi que j’apprends qu’il veut partir à la retraite dans un an ou deux… Un vieux monsieur doux et débordé mais très gentil qui me dit lors d’une échographie (alors que je ne lui ai rien demandé de tel étant donné que je n’ai même pas de petit ami à l’époque) : « Vus vos ovaires polykystiques, vous allez avoir besoin de l’aide médicale à la procréation si vous voulez des enfants mademoiselle ».

Le temps s’arrête.
J’ai du mal à respirer mais je crois que rien ne paraît au Dr P****** qui poursuit sa consultation normalement.
Mécaniquement je me rhabille, je n’entends plus rien, mécaniquement je souris, je donne ma carte Vitale, etc. et rentre chez moi.
Pendant une semaine je suis envahie d’une étrange sensation d’ombre. Une tristesse sourde s’est installée. Je mets dans ma tête – mais pas trop profondément – que je n’aurais peut-être jamais d’enfants car je ne me vois pas utiliser l’aide médicale à la procréation pour faire des petits. Mon désir n’est pas tel. Je ne m’étais jamais posé la question. Avoir des enfants me semblait aller de soi… j’en aurais un jour… je n’étais pas pressée, ça viendrait quand ça viendrait. De toute façon je n’avais même pas rencontré un compagnon qui puisse être candidat à la paternité. Je connaissais d’ailleurs peu d’hommes parmi mes amis qui aient ce désir. Et de mon côté je n’étais pas spécialement dans cet état d’esprit…
Et au bout de la semaine de tristesse vague, je choisis de porter mon attention… ailleurs.

L’été je rencontre Damien qui habite Grenoble, puis il vient passer en novembre son anniversaire en Charente et nous faisons pour la première fois l’amour sans préservatifs. Damien m’avait rapidement dit qu’il voulait deux enfants. Je voulais d’abord me concentrer sur mon projet professionnel, et puis que notre relation soit plus stable et longue pour faire des enfants. Et je lui avais expliqué que vu que j’étais pratiquement stérile, pour la contraception, il suffisait de « faire attention » (retrait). Quand j’apprends que je suis enceinte, à la veille de Noël, le temps s’arrête. Damien est heureux comme je ne l’ai jamais vu. Je ne suis donc pas si stérile que ça !

Celui qui vit en moi est lumineux. Impossible de remettre en question le fait que je vais l’accueillir tel qu’il est dans ma vie. Sa vibration est claire et je n’éprouve aucune crainte envers lui. Une énergie jaillissante et douce en même temps.

Mon véritable désir en début de grossesse est d’accoucher dans la forêt, la nuit, toute seule (avec un téléphone à portée de main en cas de souci). J’ai la sensation que c’est le meilleur endroit pour accueillir un bébé et faire ce travail d’accoucher.
Par simple intuition, je vois que j’ai besoin de calme, d’obscurité, d’aucune énergie personnelle différente de la mienne ou de celle du bébé, de l’énergie de la terre, de l’humus, des petits animaux nocturnes. J’avais le sentiment que les animaux et les énergies présentes dans la forêt seraient mes accompagnateurs. Les meilleurs. Que la nuit serait la plus douce chose qui puisse m’envelopper et m’encourager à ce moment là. Que les arbres seraient des soutiens si je voulais m’accrocher à eux. J’avais la douce odeur de la forêt rien qu’en y pensant. Je m’y voyais très clairement. Cela me semblait simple et évident.
C’était mon désir.

Quand j’ai parlé de ce désir autour de moi, on s’en est gentiment moqué. « Tu auras besoin d’être entourée de sages-femmes au moins ce jour-là. » Et toutes les peurs des uns et des autres ont été convoquées et évoquées. Alors que je n’en avais pas.
Alors je me suis dit qu’un accouchement à domicile pourrait être plus « envisageable ». Je me documente et trouve une sage-femme pratiquant un tel type d’accouchement dans un département voisin pour le suivi. Cependant au second rendez-vous, la sage-femme me dit que puisque la relation au papa n’est pas stable et même rompue, elle ne peut pratiquer l’accouchement à domicile dans ces conditions. Je me sens abandonnée, de plus en plus seule paradoxalement alors que je porte un bébé dans mon utérus.

L’impression d’avoir à prendre en charge les peurs des uns et des autres – y compris de cette sage-femme, alors que cela pourrait être si simple. Le sentiment de solitude commence à s’installer plus drastiquement. Heureusement, mes amies me redonnent du baume au cœur. Ces amies ont toutes eu des enfants.
Hélène me confie son projet de naissance, Aurélie se forme pour être doula, et leurs conseils sont précieux. Stéphanie et Coralie me parlent aussi de leurs expériences et me prêtent de quoi m’informer. J’apprends beaucoup de choses sur ce qui est possible lors d’un accouchement : sur la péridurale, la préparation à la naissance, le rôle possible du papa, l’allaitement, etc.
Je m’informe, lis des livres, des revues, prends la peine de faire des choix et d’inscrire ces souhaits dans un projet de naissance pour Miniloulou.

Une autre sage-femme me suit et je suis soulagée de trouver quelqu’un qui reste avec moi. Elle me permettra une certaine continuité dans ce chaos et beaucoup de chaleur humaine. Je lui en serai grandement reconnaissante.
Pour le lieu d’accouchement elle me propose de contacter chaque structure pour faire mon choix entre celles possibles dans mon département.

Dans une maternité amie de bébés, je rencontre un gynécologue obstétricien. Mais je ne me sens pas spécialement entendue avec une consultation rapide où il ne me regarde même pas. Il me pose des questions, je réponds. Il palpe mon ventre. Je crois qu’il n’aura vu que ça de ma personne. A l’époque, je ne sais pas que toutes les consultations avec les gynécologues obstétriciens sont identiques : des mesures médicales, des dates, éventuellement palpations du ventre, mais pas de place aux informations ni aux questions… ni à l’aspect plus personnel de ce que représente une naissance dans la vie d’une femme. A l’époque, je ne sais pas non plus que ces gynécologues comptent sur les sages-femmes pour faire le boulot plus « relationnel ». Je renonce à y retourner pour le reste du suivi.
Dans le second lieu possible, … mon gynéco Dr P****** y officie. Je n’ai pas très envie de le voir après qu’il m’ait dit que j’aurais besoin d’aide médicale à la procréation…
Et puis je rencontre par le biais d’On Va Sortir (site Internet de rencontres sociales) une connaissance sage-femme, à qui je demande une rencontre plus perso pour parler de cette grossesse.
Et je finis par lui dire à peu près tout par le menu. Du gynécologue, au jour d’aujourd’hui. Elle m’explique qu’elle connaît bien mon gynécologue, puisqu’elle travaille avec lui. Qu’elle n’est pas surprise que je sois enceinte malgré ce que celui-ci m’avait annoncé car : « Il a du matériel à rentabiliser », un business à faire, et qu’à chaque geste technique de sa part, il gagne des sous. C’est son business. Une épisiotomie = des sous. Une césarienne = des sous. Un protocole d’aide médicale à la procréation = des sous. Un geste technique type forceps = des sous.
Alors que pour les sages-femmes, elles, aucune rémunération au geste technique…simplement l’accompagnement des femmes et de leurs accouchements.
Elle me dit comprendre la pression dans laquelle se trouve mon gynécologue, et que cela entraîne le fait qu’il influence les parents et futurs parents à utiliser ses compétences, pour qu’il puisse rembourser ses frais de fonctionnement.
Elle joue franc jeu avec moi et me montre l’envers du décorum.
Je suis effarée.
Elle me dit que dans ce second lieu, ils n’utilisent pratiquement pas la salle nature toute neuve et qu’en cas de césarienne ou de travail trop long je verrai possiblement le Dr P****** venir faire un geste technique afin que son tiroir caisse se remplisse.
Je la remercie pour toutes ces infos, et me dis que décidément je n’irai pas accoucher là non plus.

Rendez-vous avec une sage-femme cadre dans la dernière maternité possible. Une dame très gentille qui m’accueille chaleureusement. Nous lisons ensemble mon projet de naissance et elle m’expose les impossibilités de cette maternité et les « aménagements » possibles. Je prends acte. Moment de deuils à nouveau. Moment de déconfiture.
Je devrai notamment accepter d’être perfusée. Nous notons le monitoring sans fil possible afin que je puisse bouger. Et tout un tas de facteurs inconnus pour moi vont s’ajouter dans ce projet de naissance de 4 pages que je vais « corriger » pour qu’il corresponde à la réalité du service qui m’accueillera. J’aurai à lui renvoyer afin qu’elle le communique au personnel de la maternité.
Dégoût.
Limites.
Réalité pauvre.
Solitude.
Je n’ai plus d’autre choix que d’accoucher là, dans des conditions qui ne me conviennent pas.
Solitude et tristesse.
Mon désir est dépecé. Il n’existe plus.
Trop de renoncements dans une grossesse !

Puis cette sage-femme me demande également de présenter mon projet de naissance à la gynécologue de la maternité qui me suit : « Elle est nouvelle dans le service, ainsi elle se rendra mieux compte des demandes des futures mamans. »
Lors de mon rendez-vous suivant auprès de cette gynécologue, alors que je suis en confiance puisque j’ai pu expliquer mon souhait d’accoucher à la maison à la sage-femme cadre, souhait qui a été transformé par les conditions en projet de naissance pour un accouchement le plus « physiologique possible » dans une maternité, dans un sourire spontané, j’évoque ce désir à cette toute jeune gynécologue qui me semble capable de le comprendre.
(Mais comment ai je pu croire cela ? Comment ai je pu être aussi naïve ?).
Sur un ton de tension, presque de colère, elle me dit que je ne me rends pas compte. « Il y a encore peu de temps beaucoup de femmes mourraient en donnant naissance ! ». Que l’accouchement à domicile est inconsidéré ! Et elle se range du côté de la sage-femme cadre dans les « choix » qui m’ont été argumentés par cette dernière. Je réalise qu’elle me prend pour une farfelue, peut-être une inconsciente. Je réalise qu’un monde nous sépare et je me sens vraiment encore plus seule.
Je n’entends plus ce qu’elle me dit, rapidement et sur le ton du reproche. Mes larmes sortent toutes seules. Je suis enceinte de presque 8 mois… émotionnellement à-côté de mes pompes. Je ne sais déjà plus trop qui je suis et qui je vais devenir.
Je pleure lors de ce rendez-vous. Ni elle, ni personne, ne me consolera.
Solitude de l’accouchement hospitalier.
Non, l’hôpital n’est pas un lieu pour donner naissance.

Donc je découvre qu’une grossesse c’est :
– plus du tout de libido
– mon inconscient hyperperméable et des émotions démultipliées, des rêves et des cauchemars qui me poursuivent toute la journée.
– du poids, des envies de nourriture, des kilos qui s’installent. Des difficultés à se mouvoir.
– des jambes lourdes qui gonflent, gonflent. Horreur. Beurkitude.
– Pas d’huiles essentielles pour moi sous quelque forme que ce soit.
– Pas de sushi pourtant j’adore ça !
– Des gens qui veulent faire leur business sur ton état et tes peurs. Des récits édifiants.
– Beaucoup de solitude. De plus en plus de solitude. Paradoxalement. Un ami (un homme !) me dit pourtant : « Tu ne seras donc plus jamais seule. » Il ne sait pas de quoi il parle.
– Un gouffre de plus en plus béant entre homme et femme qui vivent des expériences tellement éloignées qu’ils ne peuvent plus partager… ( ?!), et ce qui va d’ailleurs être de plus en plus marqué pour moi ce gouffre incommensurable entre homme et femme avec cette expérience de maternité. Comme si la maternité m’éloignait inexorablement du monde des hommes.
– L’angoisse de l’inconnu.

Aussi je découvre qu’une grossesse c’est :
– Un sentiment prenant, constant, impérieux et très puissant que la vie me porte. Qu’il n’y a rien à faire, à décider, à acter, qu’il n’y a pas de force à déployer.
– Une sensation que je ne suis qu’une petite goutte dans l’océan de la vie qui est plus forte que moi. Cela me fait du bien et ce sentiment m’enveloppe en même temps que m’enveloppe la sensation d’être une miette dans un corps plus immense que ce que mon esprit peut saisir, comme si j’étais portée, quoi qu’il arrive par la vie elle-même, et que le fait d’avoir un impact sur quoi que ce soit (la vie, ma vie, celle des autres) n’était qu’une illusion, que tout ce qui m’arrivait était comme préparé dans un grand océan des possibles et qu’alors il n’y avait rien à craindre, juste à vivre. Suivre le courant. Lâcher prise dans ce courant de vie.
– Le bonheur de sentir vivre et grandir une petite vie en soi, des moments de gratitude et d’enthousiasme pour le vivant dans tout ce qu’il est.
– Des moments de grâce où il ne se passe rien que du vivant.
– Une perméabilité à d’autres dimensions exacerbée, avec les informations et l’évolution personnelle que cela m’accorde.
– Un Être nouveau et différent de moi qui arrive très physiquement, psychiquement, un étranger et pas si étranger.
– L’excitation de l’inconnu.

Une nuit, je rêve que je vais pour accoucher mais qu’il n’y a plus de place pour moi dans le service, et que je dois attendre sur un petit siège type siège de métro (oui, je suis une enfant du métro), juste à-côté d’une autre dame. L’ambiance est impersonnelle et dans mon rêve cela m’embête de ne pas avoir de place pour accoucher tranquillement…

Vendredi 20 août 2010, 14 h environ quand les contractions se manifestent toutes les 5 minutes pendant une heure. J’ai besoin de me mettre à l’aise et m’installe avec mon CD de méditation dans mon lit pour être la plus zen possible.
Pendant la méditation, je demande une aide spirituelle notamment à la vierge Marie, que je reconnais à sa clarté, à sa douceur, à sa fraîcheur, à sa vibration, pour m’aider dans ce cap. J’entends « péridurale » plusieurs fois en continu durant la méditation. A la fin de la méditation, j’entreprends d’appeler Damien pour qu’il m’emmène à l’hôpital.
J’ai également laissé un message à mon amie Stéphanie, sur qui je comptais pour m’accompagner pour relayer Damien. Celui-ci arrive à la maison, mais la valise de maternité est énorme, importable. Je lui dis ce qu’il faut, ou pas, laisser dedans pour la simplifier. J’arrive un peu à trier avec lui les affaires, mais certaines positions sont source de souffrance et je sens qu’il ne faut pas notamment que je reste immobile.
Puis, il m’aide à m’installer dans sa voiture. Nous allons à la maternité. Les contractions se poursuivent de plus en plus fortes et rapprochées, depuis plus d’une heure. Je tiens mon giron. Damien trouve une place éloignée de l’entrée du service. Je fais le trajet véhicule/service de maternité en plusieurs petites étapes entrecoupées de contractions. A chacune d’entre elles, je stoppe et tente de laisser la douleur faire son boulot, le lâcher prise, jusqu’à la prochaine. Je m’accroche aux poteaux indicateurs, aux signalisations. Enfin je m’accroche à la poignée de porte de l’escalier du service, puis à la rampe, puis à l’autre porte de l’escalier. Nous arrivons dans un espace où sont déjà prises toutes les places assises dans une salle d’attente. Les gens me regardent et je m’en fous. Je fais un appel sur la sonnette du service tout en m’accroupissant. Damien porte ma valise énorme (même si nous l’avions allégée). Je suis à quatre pattes car c’est la position dans laquelle j’ai moins mal.
Il est seize heures.
Une femme nous accueille dans une salle de consultation, dans laquelle je reste, autant que faire se peut, à 4 pattes. Et elle nous demande si nous avons téléphoné avant de venir. « Non, quand j’ai compris, comme ma sage-femme me l’avait expliqué, que les contractions étaient toutes les 5 minutes depuis une heure, j’ai su que c’était le moment d’accoucher. ». Mais, avec 5 naissances en même temps, les sages-femmes croulent sous le boulot et pour l’instant il n’y a pas de place en salle d’accouchement pour moi.
Comme dans mon rêve quelques nuits auparavant !!
Elle me propose de patienter dans la salle nature, en attendant qu’une salle d’accouchement se libère. Elle pratique un toucher vaginal et me dit que le col est ouvert « à 6 ». Je demande à utiliser la baignoire dans l’espoir que la douleur soit plus acceptable dans l’eau. La sage-femme disparaît.
Damien et moi sommes dans cette salle pastel avec des matelas très hauts et des coussins plastifiés. Je sens l’inquiétude monter car plus personne n’est là pour m’accueillir. Je crie car j’ai trop mal… les contractions sont tellement fortes. Une sage-femme vient me parler tout doucement, tout calmement en me donnant des consignes pour respirer et effectivement cela diminue un peu la douleur.
Elle est toute douce, cette sage-femme. Je lui donne mon projet de naissance que je tenais dans ma main depuis notre arrivée et que personne n’a pris. Elle commence à le regarder.
Je lui demande d’entrer dans la baignoire pour m’aider par rapport à la douleur.
Mais je suis « à 8 » et elles ne donnent plus de bain à ce stade, car la naissance est trop proche, et elle me dit que c’est donc trop tard pour la baignoire.
Grosse déception. Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhh.
J’ai mal !!!!
J’ai vraiment trop mal là.
Je ne vois plus d’issue à la douleur.
Le temps n’existe plus pour moi, mais je comprends qu’il s’est passé plus d’une heure depuis notre arrivée. Je sens qu’à elle je peux dire quelque chose. Je pleure de douleur. J’ose lui dire ce que je ressens : j’ai peur de devenir folle à cause de la douleur et la supplie pour une péridurale. Cette jeune femme brune, fine, toute douce me parle tout bas et c’est la seule que je peux entendre sans souffrir de son énergie et de sa présence. Elle me dit qu’elle va demander l’anesthésiste pour moi, même si je suis « à 8 », car normalement ils ne veulent pas faire de péridurale à ce stade du travail. Elle me dit avec tranquillité et conviction qu’elle va faire son maximum pour moi. Mais que de toute façon il ne pourra la poser qu’en salle de naissance qui sont toutes prises pour le moment.

J’ai confiance en elle. A quatre pattes toujours, je pose mes mains et la partie haute de mon corps à plat sur le matelas pastel de la salle nature. Je me souviens qu’il est plastifié, orange clair, Damien en profite comme un pacha dessus, détendu.

J’entends une autre jeune femme du service me dire beaucoup plus fort : « On vous emmène en salle de naissance, une place s’est libérée ». Je m’agrippe au fauteuil roulant qu’elle m’a apporté. On roule dans un couloir pas très long, mais tout me semble totalement démesuré. Elles m’aident à m’installer sur une table d’accouchement, toujours à quatre pattes – position la moins douloureuse pour moi. On me pose plein de fils partout, je ne peux plus gigoter mais de toute façon je n’ai pas la force de faire grand chose, ni de protester. Je redemande la péridurale et elle m’est posée vers 18 h. L’anesthésiste, je le remercie (extérieurement) et le béni (intérieurement hein, je suis pas une sainte, hum). Une autre dame m’explique que j’ai un bouton sur lequel appuyer pour délivrer une dose en fonction de mes besoins, de ma douleur. Ouf, là c’est supportable.
La lumière est forte. La salle est impersonnelle.
Il y a des fils partout autour de moi, impossible de bouger véritablement.
La sage-femme brune tout douce me parle encore doucement : « Je vais regarder où en est votre bébé ». Elle a passé son doigt sur une partie du col et cela a rompu la poche des eaux. Elle verbalise posément ce qu’il vient de se passer, ce qui me rassure. Le liquide amniotique qui s’est écoulé tout d’un coup est verdâtre. Il a une odeur étrange, je dirai d’algue, de poisson…..
Elle me dit que la couleur verdâtre signifie que le bébé a pu faire ses petits besoins dans le liquide, mais que, comme cela peut aussi être le signe d’une infection digestive, ils ausculteront particulièrement le bébé dès qu’il sera né. Ok, je prends note.

Il y a un changement d’équipe.
La sage-femme toute douce brune me salue. Je suis triste qu’elle parte, ma « sauveuse » à l’énergie simple et douce.
Le travail continue à « 4 pattes » plus ou moins. Je sens Miniloulou descendre doucement dans mon bassin, mais assez doucement. J’ai l’impression que la péridurale a tout ralenti d’un coup.
Mon amie Stéphanie arrive, et prend l’ambiance en route avec nous. Elle sourit. Elle va mettre des sur-chaussures ! Je suis même capable de papoter tranquillement avec elle et ressens même un regain d’énergie en échangeant avec elle.
20 h, les effets de la péridurale diminuent, je demande d’avoir la suite de cette péridurale, qui m’est installée par l’infirmière anesthésiste que je remercie aussi beaucoup !
Rapidement, je suis shootée, je rigole avec Stéphanie et je renifle son huile essentielle de lavande pour me calmer. Je vois aussi mon doudou girafe (prêté par Stéphanie, merci beaucoup) dans mon sac avec tendresse.
Damien veut aller manger un morceau et faire un tour, Stéphanie papote alors avec moi entre les contractions qui se poursuivent doucement. 22 h 30, toujours en « 4 pattes » la sage-femme me dit de pousser fort : « on se fache fort fort fort » – elle m’a jamais vu me fâcher je crois !
Visiblement ça n’avance pas aussi vite que ça devrait. Il y a des petits ralentissements du cœur de Miniloulou, mais c’est très ponctuel, pas d’affolement.
Elle me propose de changer de position et de me mettre sur le côté. Nous tentons sans succès. Miniloulou n’avance plus. Je demande si je peux m’accrocher pour me suspendre car je sens bien que l’apesanteur va m’être utile ainsi que le mouvement (je suis toujours coincée par plein de fils sur la table d’accouchement), mais la sage-femme me dit que les suspensions sont dans toutes les autres salles de naissance sauf celle dans laquelle je suis installée. Intérieurement, je suis fâchée, là ! J’aurais aimé qu’elle me dise : « Vous pouvez vous suspendre à moi si vous voulez. Je suis là pour ça. » Mais non, je vais donc devoir faire avec le réel : aucune personne dans la salle n’est formée ou ne veut bien me porter pour que j’accouche suspendue et que je puisse utiliser la simple gravité pour donner naissance.
Ok, dans le fonds, là, je suis effectivement en colère. Je me sens démunie et paradoxalement hyper seule… voire mal accompagnée.
Dans la salle en plus de Damien/Stéphanie (ils n’ont pas le droit d’être là tous les deux, alors ils se relaient) et moi, 3 femmes sont présentes : une aide-soignante je crois, une sage-femme et une gynécologue obstétricienne.
En effet, un autre ralentissement du cœur du bébé a fait solliciter la gynécologue obstétricienne de garde, qui me propose de changer aussi de position sur le dos en m’auto tirant les cuisses de chaque côté. Ca avance un tout petit chouia, mais je trouve que c’est pas terrible. En fermant les yeux, j’ai des visions de regards de rapace genre busard, comme s’il voulait me traverser en volant.
La gynécologue m’encourage bien. La sage-femme aussi en me faisant toucher les cheveux du bébé. Il a donc des cheveux !
Damien est juste derrière moi, présence tranquille. Je crie mais la gynécologue m’explique que crier ne fait pas pousser sur les bons muscles et qu’il faut concentrer l’énergie sur cette poussée.
Trop dur : je crie tout de même.
La gynécologue finit par me dire qu’elle est persuadée que je peux accoucher « toute seule », mais que vu le cœur du bébé qui ralentit, elle préfère mettre les forceps.
J’accepte. La sage-femme me dit : « Vous allez voir, ça va être plus facile ».
Je pousse en même temps que je sens la gynécologue tirer.
Je sens passer ultra méga trop fort la tête, les épaules, le corps. Le grand rapace me traverse. J’ouvre les yeux. La sage-femme pose Viktor sur mon ventre. Ses grands yeux sont ouverts, il est rose. Son regard est si perçant ! Comme celui du rapace de ma vision. On dirait le regard d’une très grande personne très sérieuse, dans un tout petit corps !
Je suis scotchée par l’émotion, soulagée et attendrie par ce tout petit corps.
La gynécologue obstétricienne me dit qu’il avait le cordon autour du cou, et que le cordon est court. Elle me dit que c’est sans doute pour cette raison que les dernières poussées étaient plus difficiles.
Puis, quand la sage-femme emporte Miniloulou, il se met à crier très fort. Elle dit : « C’est un gueulard, celui là ! » J’ai pensé : « Les premiers mots à propos de mon fils ne devraient pas venir d’une inconnue et ne devraient pas être négatifs à son sujet ! » Là aussi, je suis en colère. Je n’ai rien dit.
Déjà incapable de protéger mon bébé de quoi que ce soit venant de cet extérieur si indélicat.
En même temps, et dans ce très court instant, j’ai ressenti que Miniloulou était né en colère. Colère d’avoir été « ramolli » par la péridurale alors qu’ensuite on lui demande d’être opérationnel pour sortir alors que chimiquement c’était antagoniste ? Colère d’avoir été ralenti par cette même péridurale alors qu’il était prêt à un moment où l’entourage de maman la stressait trop pour qu’elle reste dans sa bulle et l’accompagne plus sereinement ? Colère de ne pas pouvoir être accueilli quand il était prêt pour sortir avec les contractions, à sa façon ? Colère de la position compliquée dans laquelle il était pour sortir ? Colère que sa mère ait été en colère concernant le manque de soutien quand elle en demandait réellement (être suspendue) – sans pouvoir exprimer elle-même cette colère ? Colère de naître dans ces conditions ? Colère d’être pris dans des bras inconnus par une femme qui commence par dire de lui sur un ton tendu qu’il est « un gueulard » ? Colère d’être tiré par des forceps alors qu’il faisait lui même beaucoup d’efforts pour sortir à sa façon et à son rythme – et que finalement avec quelque chose comme l’apesanteur cela aurait été possible, plus simple et une victoire pour lui-même comme pour sa maman ? Est ce que je le saurais un jour ? Est ce que c’est un peu tout cela à la fois ? Est ce qu’on lui a volé sa naissance à lui aussi ? Et qu’est ce que cela va impliquer dans son rapport à la vie ?
Après tout cela, je remercie sincèrement la gynécologue obstétricienne car elle semble avoir vraiment attendu avant d’intervenir. J’arrive à trouver l’énergie de prononcer vers elle : « Merci de m’avoir donné ma chance. » Elle me répond que, pour le second, j’y parviendrai toute seule. Alors, ma gorge se noue. Elle ne sait rien de moi ! Comment peut-elle me dire ça ! Je n’ai plus d’énergie pour être en colère, ni pour la contredire, mais j’ai envie de lui dire que je n’aurai sans doute pas d’autre enfant, que le père de cet enfant et moi sommes tellement éloignés, que vu mes conditions familiales et financières, que vu toutes les remises en questions et les bouleversements qu’une naissance entraîne, vu tous les renoncements que cela a demandé, vu la solitude que cela implique, non, je n’aurai pas d’autre enfant. C’est sans doute le seul accouchement que je vivrai.
Rien ne sort de ma bouche. Car je vois bien qu’elle veut faire du pansement en me disant ça, qu’elle se rassure elle-même du geste intrusif qu’elle s’est autorisée à effectuer. Qu’elle ne peut pas imaginer mes conditions pour accueillir ce bébé dans ma vie, et qu’il vaut mieux pour ne rien perturber, jouer des rôles sociaux : elle de la professionnelle qui a fait son boulot, et moi de la jeune maman heureuse d’avoir accouché et forcément dans un projet de famille parfaitement stable, au cœur d’une famille unie, pour qui il est évident de faire un second enfant.
Miniloulou a été emmené avec Damien par la sage-femme dans une autre pièce car le liquide amniotique était teinté et elles soupçonnent une infection digestive. J’entend qu’il est né à 23 h 36.
L’interne qui m’avait fait un toucher vaginal particulièrement douloureux à mi-grossesse vient apprendre sur moi à recoudre une épisiotomie. AAAAAAAAAAAAhhhhhhhhhhh ! J’ai réalisé cela évidemment bien après. Personne ne m’a dit ce qu’elle faisait là. Personne ne s’est jamais présentée à part la douce sage-femme brune et la gynécologue obstétricienne. J’avais rencontré à mi-grossesse cette jeune interne pour vérifier que tout allait bien à la place d’une sage-femme, indisponible ce jour là sans doute. Chez aucun des divers gynécologues que j’ai pu voir dans ma vie je n’avais eu une telle douleur ! Vu mon incapacité à recevoir ces doigts dans mon vagin, elle avait du faire appel à une sage-femme ce jour là pour faire l’observation du col. Sage-femme avec qui cela s’est très bien passé. J’avais donc repéré cette interne perdue, surmenée et pressée comme quelqu’un à ne pas trop approcher. Triple zut, c’est elle qui vient recoudre mon épisiotomie !!!!
J’entends la gynécologue obstétricienne lui dire avec insistance : « Mais si tu couds trop serré, elle va avoir mal !». De toute façon, je suis trop épuisée pour dire ou faire quoi que ce soit. Me charcuter est si facile, je n’oppose aucune manifestation. Je suis physiquement, émotionnellement et psychiquement lessivée. Dans un autre monde.
Effectivement, j’ai eu longtemps mal à cette cicatrice, et j’ai du avoir un massage en motte de beurre par ma sage-femme en post-natal, faire un travail énergétique personnel sur cette cicatrice, y compris à l’aide d’une praticienne en médecine chinoise (avec séance d’acupuncture). Je l’ai sentie pendant 3 ans. Je la sens encore dans certaines postures. Cela fait bientôt 3 ans et demi. Mais quand on accouche, on a l’impression que tout le monde s’en fout de ce sexe qui a été le passage pour cette naissance. La sexualité d’une maman est bafouée.
Damien revient avec notre fils pour le mettre au sein, pendant que l’interne me recoud. Il me dit avoir été ému en le voyant sortir pour la première fois. Damien exprime si rarement ses émotions que rien que ça me touche.
Nous sommes trois ! Moi j’ai pas les mots.
Puis j’ai souhaité une bonne nuit à Stéphanie qui est venue faire connaissance avec Viktor, elle aussi manifestement attendrie.
Bref, c’était rock and roll.
J’avais écrit un beau projet de naissance :
– pas de perfusion,
– présence du papa alternée avec celle de mon amie Stéphanie,
– bruit et lumière limités,
– intimité du couple favorisée,
– monitoring sans fil pour respecter ma mobilité,
– utiliser toutes techniques pour éviter la péridurale dans la gestion de la douleur,
– pas d’ocytocine,
– limitation des touchers vaginaux,
– respect de mes actes intuitifs et de ma mobilité,
– liberté des positions adoptées,
– refus de l’épisiotomie même en cas de déchirure probable – mais sauf en cas d’utilisation de forceps,
– peau à peau privilégié y compris avec le papa si besoin, contact avec le bébé privilégié,
– attendre que le cordon ne batte plus pour le couper,
– expulsion du placenta sans médicalisation,
– reporter les soins du bébé (pesée, nettoyage, mensurations, pas de collyres,….) à plus tard afin de favoriser la relation à cet instant-là.
Dont pratiquement rien n’a été réalisé :
– j’ai été perfusée,
– les lumières étaient fortes, les bruits aussi,
– le monitoring était avec fils,
– j’ai pu avoir la péridurale puisqu’on ne m’a rien proposé d’autre que la respiration pour diminuer la douleur,
– j’ai eu au moins 4 touchers vaginaux,
– j’étais coincée sur la table d’accouchement et quand je voulais être suspendue on me dit qu’ « on n’a pas le matériel »,
– j’ai eu la redoutable épisiotomie (du fait des forceps),
– pour le cordon je ne sais même pas ce qu’il s’est passé ni pour l’expulsion du placenta (personne ne m’a dit quoi que ce soit là-dessus ?!),
– Miniloulou a eu du collyre, a été pesé, mesuré, nettoyé avant même qu’on me le remette pour la tétée d’accueil !

Sur le moment, je m’en suis fichu, car l’émotion de la naissance était plus forte que tout. Heureusement que cette émotion, et que ce moment de la naissance ont pris le dessus. Cela m’a aidé à supporter bien des choses.
Aujourd’hui je me dis que c’est du vol, de l’irrespect, de la boucherie, parce que j’ai retrouvé un peu de conscience et d’énergie… au bout de plus de 3 ans !

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#246 Prisca, Nogent-sur-marne en Janvier 2013‏

17 Mar

« 28 Janvier 2013, 5h du matin; en plein sommeil, je suis surprise: je perds les eaux.

Je suis à 1 semaine de mon terme; j’avais tellement hâte que ce jour arrive, on y est, je vais pouvoir voir mon fils!!
Je réveille mon homme au cri : « Chou, je perd les eaux, réveille toi! ». Le pauvre, il sursaute et me demande ce qu’il doit faire. Je suis très calme bizarrement; il me ramène une serviette pour que je puisse me coucher dessus car je suis encore allongée. J’ai déjà des contractions.
Je lui demande d’appeler le Samu pour qu’on nous envoie une ambulance pour m’emmener à la clinique où je dois accoucher. Je prends une bonne douche pour calmer les contractions qui se rapprochent… Je termine de ranger mes affaires pour la maternité; j’ai mal mais c’est supportable, il est 6h.
Mon homme a appelé le Samu entre temps; il n’y a pas d’ambulance de disponible avant 8H30, demande trop forte, je vais devoir attendre. Je les appelle moi même et discute avec un médecin qui me demande comment je me sens; je lui dit que j’ai des contractions depuis 2h et j’ai peur d’accoucher chez moi si je n’ai pas une ambulance d’ici là; il ne peut rien faire, je vais devoir attendre ! Incroyable. Les ambulances privées n’ouvrent qu’à partir de 8h30. Je commence à paniquer et j’ai de plus en plus mal. Il est 7h.
Je contacte un ami qui habite pas loin de chez nous. Il arrive 30 mn après, nous emmène à la clinique en 45 mn; il est 8H30. J’ai toujours mes contractions mais la douleur est gérable.
Après les analyses d’usage, nous sommes installés dans une grande salle. Tout le confort y est, rien à dire. Mon lit donne sur 2 grandes fenêtres, la pièce est ensoleillée, pleine de lumière, ça me détend.  J’ai mal. De plus en plus. J’ai pris la péridurale en option et pour le moment je ne la veut pas. Je n’arrêterai alors plus de regarder l’horloge en face de moi, c’est horrible !
La sage femme s’active autour de moi; elle me parle (je ne connais pas son prénom) mais c’est agréable, j’en oublie la douleur de temps en temps, elle dit des choses marrantes. Le monitoring est posé, mon bébé va bien.
Elle m’ausculte; aaaahhhhhggg, de déteste ça; les touchers vaginaux m’ont répugnée pendant toute ma grossesse, et là je dois encore les subir pfffff…mais je n’ai pas le choix. Le liquide ne présente pas une belle couleur, il y a du méconium. Mon gynécologue est présent, c’est lui qui va m’accoucher. Mais on va attendre, je dilate bien. On est à 4, il est environ 09h. J’ai horriblement mal mais je veux supporter. J’ai pris peu de médicaments durant toute ma grossesse; je veux que mon accouchement soit le moins médicalisé possible. Je tremble de froid, de peur?
Vers 10h30, je suis encore lucide, la douleur devient insupportable, mon homme est intimidé par toute cette agitation autour de moi, car la sage femme n’arrête pas d’aller et venir, elle lui demande de remplir des documents administratif pendant que je me tord de douleurs, elle prépare les affaires du bébé pour sa sortie. La douleur est si intense que je suis ballotée entre l’éveil est le sommeil; je suis épuisée, quand je m’assoupis un peu j’ai une contraction qui « m’arrache le bas ventre » ! Mais je tiens, je veux vivre cette naissance ! Je m’inquiète pour mon chéri qui tombe de sommeil, a faim et ne sait pas quoi faire pour me soulager. Je lui demande de s’asseoir près de moi (la salle est tellement grande que je me sens seule quand je ne l’ai pas dans mon champs de vision) pour me tenir la main. On discute un peu puis il s’endort.
Quand la sage femme revient, je lui dit que j’ai trop mal, elle n’y peut rien. Je dois supporter. Elle sort,  je m’assoupis un peu et quand elle revient, elle est accompagnée de l’anesthésiste; je suis comme droguée par la douleur que je ne réagis pas trop quand il me dit qu’il va me me poser la péridurale. Je dis oui; j’ai trop mal. Ça va vite, en 5mn elle est posée et je me sens un peu mieux mais je suis déçue. Je n’ai pas tenu, je ne comprends pas ce qui s’est passé, pourquoi me l’ont-il posée alors que je ne la voulais pas? Néanmoins, j’ai moins mal.
La péridurale ne tient que 30mn, les douleurs reviennent, plus intenses. Je tremble toujours autant malgré les couvertures. Je ne dilate plus. Je suis à 5. Au contraire mon utérus SE CONTRACTE.
On me remet une dose de péridurale. Pourquoi? La SF me dit que c’est sûrement les contractions qui font que j’ai arrêté de dilater. Elle contacte mon gynécologue. Il dit qu’on attend encore 1h pour voir comment ça évolue. Je panique. est-ce normal ? Serait-ce de ma faute ? Je n’ai pas de réponse claire, sauf que si je ne me remet pas à dilater, une césarienne sera nécessaire.
Non pas ça. Je me met à envisager le pire. Je ne sens plus mes jambes à cause de la péridurale, je suis comme paralysée, il n’y a que mes mains que je peux bouger. Je ne veux pas de cette césarienne. Pas ça Seigneur!
Finalement le verdict tombe: 30 mn après (on attend plus 1h?) la SF m’ausculte et m’annonce que je descend au bloc! Je me met à pleurer; mon homme ne comprend pas non plus mais reste lucide. Je ne sens plus une partie de mon corps, je serai seule en salle d’opération, mon homme ne peut pas entrer en salle d’op. En 10 mn, je sors sur un brancard, accompagnée de ma SF et d’une SF en stage. Cette dernière tente de m’apaiser en me caressant la main au vu de mes larmes… Je lui en suis reconnaissante mais ma déception est si grande! J’avais tout envisagé sauf ça!
Au bloc, je suis préparée dans un brouhaha qui m’étonne : l’anesthésiste se prend la tête avec ses collègues. La stagiaire est restée près de moi, elle me regarde en souriant, me caresse la joue; c’est la seule d’ailleurs à se soucier de moi qui suis allongée au milieu de la salle, tremblotante ! On me prépare comme une pièce de viande prête à être dépecée. Je me laisse faire. Je ne sens rien de toute façon. J’en oublie même que j’ai un bébé dans le ventre, le pauvre…
Mon gynécologue arrive, et m’explique ce qu’il va faire. Il en me dit pas par contre que je vais tout sentir. L’anesthésiste est à mon chevet, il me parle, je l’écoute à peine. Je regarde le plafond et me sens si seule. Je ne sais pas ce qui m’attend. Un grand rideau bleu, me sert d’écran.
Il incise, ça ne fait pas mal; puis je sens comme une déchirure; j’ai la sensation qu’on m’arrache les intestins,qu’on m’écartèle. Il tire quelque chose de moi, si fort que je lâche un cri de douleur!
Et là, je l’entends crier, mon bébé. Nathanaël est parmi nous. On me le montre. Il pleure et moi aussi, de joie, d’amour ! La dame qui le tient l’approche de mes lèvres et je peux l’embrasser plusieurs fois, je l’aime tellement. J’oublie quelques instants comment il est né. Puis elle l’emmène. Le gynécoloque me dit qu’il est en bonne santé.
Il remet je ne sais quoi en place après, j’ai mal, je crie. On me dit presque de me taire, que c’est fini. L’anesthésiste me demande de lui faire un sourire. Dans l’état ou je suis?
Mon bébé est né à 15h15. Je ne l’ai retrouvé qu’à 20h. Il n’a pas eu de peau à peau avec son père qui est resté près de lui.
Je me suis renseignée après d’une autre SF: dans les cas où une femme ne dilate plus, elle donne un anxiolytique… et ça fonctionne.
Néanmoins, mon bébé se porte comme un charme aujourd’hui. »

#100 Aurélie, Gironde, Octobre 2009

14 Fév

C’est l’histoire terriblement commune d’une maman qui tomba enceinte.

Quand la petite bande rose s’était affichée, son cœur avait pourtant palpité, déjà plein de cette aventure que devait être cette rencontre vers une autre vie portée en son sein pendant 9 mois. Il y a un petit bout en moi, pensait-elle, prenant conscience qu’un petit miracle était en train de s’opérer dans son corps, qu’un jour elle serait maman.

La famille fut en fête, les amis furent en joie. Elle, se sentait transportée par cette étape de sa vie ! C’est toute émue qu’elle se rendit au cabinet de son gynécologue habituel pour constater la grossesse. Ce vieil homme avait toujours été taciturne, l’annonce de l’événement ne le rendit pas plus loquace. Il proposa une échographie pour voir si l’embryon était visible, la pesa, lui délivra une ordonnance de prises de sang. Elle sentit en elle comme une déception en sortant de chez lui… C’était seulement « ça » le suivi de la grossesse ?

C’est ainsi que la magie de l’attente de son premier enfant se transforma bien vite en une routine parfaitement rythmée et cadrée par les consultations gynécologiques et les attentes au laboratoire d’analyses. Elle savait qu’en elle, poussait un petit d’homme, et pourtant il y avait comme un voile opaque sur cette vérité. Sa grossesse, c’était le monde médical qui la faisait aller. On lui disait si ça allait bien ou pas, ce qu’il fallait faire, ne pas faire.

On l’auscultait, on lui mettait des doigts dans le vagin, on mesurait son utérus, on la pesait, on l’incitait à prendre du poids quand elle n’en prenait pas, on la réprimandait quand elle avait pris plus d’un kilogramme en un mois, on disait « tout est bon » ou « tout est normal ». Elle ne s’en plaignait pas, mais il manquait quelque chose, qu’elle fut incapable de décrire à ce moment-là…

Les relations avec son gynécologue, à qui elle n’avait jamais rien reproché auparavant, commencèrent à lui peser. Il ne l’écoutait pas, il avait apparemment envie de lui parler d’une grossesse, avec ces termes techniques, comme une machine qu’il faut bien huiler pour qu’elle roule. Mais elle, elle voulait qu’il lui parle de SA grossesse, de SON bébé, de ce qu’elle ressentait au fond de son cœur de future maman en gestation… Mais il se contentait de constater, vérifier, s’assurer.

Elle se souvient encore de la façon parfois très impolie avec laquelle il la traitait.

Un peu avant l’échographie des 22 semaines, elle ressentait des mouvements en elle, elle s’était empressée de lui raconter qu’elle sentait son bébé bouger ! La réponse n’eut rien de magique et fut même très éloignée de toute émotion : c’est rare qu’on sente un bébé à votre stade, ce n’est sûrement pas de cela qu’il s’agit ! Quelle tristesse l’avait envahie à ce moment-là : ainsi donc, son ressenti de maman était faux… Quelle désillusion… Quelle perte de confiance en elle… Mais qu’elle ne fut son émotion quand, quelques semaines plus tard, l’échographie fit coïncider les petites sensations de bulles qui éclatent avec des mouvements du petit être qui remuait sur l’écran ! Cela l’avait remplie d’une joie et d’une fierté infinie : elle SAVAIT que c’était son bébé qu’elle sentait !

C’est à cette même échographie qu’elle et son compagnon attendirent qu’on leur révèle le sexe de l’enfant. Le gynécologue faisait ses mesures en silence, elle n’osait pas le déranger ni lui poser de questions. Une notice en salle d’attente exposait d’ailleurs très clairement qu’il fallait respecter le silence du praticien dans cette tâche, que l’échographie était un examen qui requerrait tout son attention et qu’il donnerait ses conclusions au moment opportun. Il se contentait donc d’évoquer les parties qu’il mesurait et vérifiait. Quelque part, elle s’en foutait un peu de rester silencieuse, regarder l’ombre de son bébé suffisait à la combler d’un bonheur immense ! Elle attendit pour l’annonce du sexe que le gynécologue se prononce, jusqu’à ce qu’il éteigne son appareil en déclarant que tout allait bien. Son compagnon et elle-même se dévisagèrent, parfaitement surpris. Elle osa quand même un fébrile : « et… pour le sexe ? ». Le médecin la regarda étrangement en répondant par une autre question : je ne vous l’avais pas dit à l’écho précédente ??? Ca m’étonne… Bien sûr que non, il ne lui avait rien annoncé, il lui avait même déclaré qu’on ne pouvait se prononcer à ce stade-là ! Elle ne lui poserait pas la question si elle le savait enfin, pensa-t-elle. Le gynécologue prit un air songeur, plongea la tête dans le dossier de la jeune femme en murmurant « c’est bizarre, je croyais vous l’avoir dit… ». Il tourna alors le dos aux futurs parents, sortant de la cabine d’échographie, et avec la voix la plus monocorde et la moins enthousiaste qu’elle n’avait jamais entendue, il annonça, entre deux portes : « c’est un garçon ». La femme et son compagnon étaient restés à se regarder, cloués sur place dans une attitude des plus dubitatives. Elle demanda même confirmation au gynécologue, lui demanda s’il était sûr de lui, osa lui faire remarquer la manière peu réjouissante avec laquelle il lui avait fait l’annonce. « C’est parce que j’étais sûr de vous l’avoir déjà dit » répéta-t-il.

Ainsi continua la grossesse, dans son ballet de consultations, de piqûres et de pipis dans un bocal. La grossesse se déroulait parfaitement bien, sans aucune complication. Elle avait de plus en plus le sentiment de vivre quelque chose de banal, de commun. Banal oui, c’était le mot. Ce n’était pas vraiment sa grossesse, c’était celle des examens, dont elle attendait les résultats pour savoir si tout se passait bien, mais au final jamais elle n’avait l’impression de s’approprier ce temps inédit dans sa vie. A quoi servaient tous ces examens qu’on lui faisait ? Elle ne le savait pas toujours. Etait-elle au courant que la majorité de ces examens n’étaient pas obligatoires ? Etait-elle au courant qu’elle aurait pu être suivie par une sage-femme ? Pas le moins du monde. Tout lui était présenté comme formant partie d’une mécanique bien en place, imperturbable et puissante.

Elle croisa quand même dans ce parcours une sage-femme dont la grandeur d’âme et l’altruisme la touchèrent droit au cœur. Elle commença alors à comprendre qu’il existait des spécialistes de la grossesse « différents », qui mettaient au cœur de leur suivi la Femme dans la splendeur et le miracle de ce qu’elle vivait ! Des personnes humaines, qui lui demandaient l’autorisation de pouvoir examiner son intimité. Des personnes qui savaient écouter les doutes et les douleurs, qui lui dédiaient plus de 5 minutes de consultations, qui la rendaient enfin actrice de sa grossesse. Elle n’oubliera jamais cette rencontre…

Arriva le temps de l’accouchement. Accoucher… Voilà quelque chose qui ne pouvait pas être banal ! La grande inconnue de cet événement le rendait à la fois excitant et effrayant. C’était le moment ultime, unique, qui allait la conduire à la rencontre de son bébé ! Ca ne pouvait être qu’un moment exceptionnel ! Et il le fut. Mais peut-être pas toujours au sens où elle l’avait imaginé.

Elle se rendit à l’hôpital le plus proche de chez elle un soir d’octobre 2009, elle avait rompu la poche des eaux. Il s’agissait d’un établissement au label « Ami des bébés » et elle avait eu un très bon contact avec le personnel des lieux lors d’une visite ultérieure. Elle fut accueillie par une chaleureuse et douce dame. On proposa à la jeune femme et son compagnon d’aller se reposer en chambre tant que le travail ne se serait pas mis en route.

Ce fut le lendemain à 6h30 qu’une douleur l’éveilla. Tout de suite puissante, tout de suite déstabilisante. Les douleurs se répétèrent toutes les 15 minutes pendant une heure et elle appela le personnel. « Il faut plus d’une heure de contractions pour annoncer que c’est le travail madame ! » lui annonce la sage-femme qui répond à sa requête. Perdue et un peu apeurée, ne sachant comment gérer cette douleur qui la mordait intérieurement, elle se retrouva de nouveau seule dans la chambre avec son compagnon. Tous les deux se sentaient parfaitement impuissants à gérer ces phénomènes qui se rapprochaient de plus en plus. Elle avait besoin d’aide, elle appelait les sages-femmes mais on lui répondit plusieurs fois : c’est l’heure des transmissions madame, quand quelqu’un sera disponible on viendra. Ce n’était pas dit méchamment, des voix douces et bienveillantes répondaient, mais combien elle se sentait seule face à ces réponses… Elle ne demandait pas grand chose, quelque chose qui calme la douleur, un spasfon, rien de plus… Mais aux deux ou trois appels, la réponse fut la même.

Deux ou trois heures après le début des contractions, arriva une jeune femme dans sa chambre qui se présenta comme une élève sage-femme. Elle venait lui annoncer qu’on allait venir la chercher pour aller en salle de travail et lui proposa de prendre une douche chaude en attendant. Enfin une personne qui venait juste lui montrer qu’on allait prendre soin d’elle ! Elle se sentit un peu plus sereine. Mais l’épisode de la douche continua de la perturber, rien n’apaisait sa douleur, rien ne calmait sa peur, son compagnon à ses côtés ne trouvait rien pour la tranquilliser, elle se sentait terriblement seule, terriblement mal ! Un feu intérieur consumait son corps, une douleur inconnue, insurmontable, incompréhensible. Et dans cette chambre, elle faisait les cents pas, attendant qu’on lui vienne en aide… Les contractions la forcèrent à vomir, ses membres épuisés ne la portaient plus, elle était à bout de forces, quand ENFIN la jeune étudiante ainsi qu’une sage-femme plus vieille arrivèrent pour l’emmener en salle de travail.

Le travail était déjà bien lancé. En arrivant en salle de travail, on lui fit un toucher vaginal, sans lui en demander la permission bien sûr. Elle était dilatée à 4-5, la sage-femme essaya de la rassurer en lui expliquant que la douleur des contractions ne devrait pas s’intensifier. Mais il était trop tard pour la jeune femme, la solitude et l’impuissance face aux douleurs ressenties avaient eu raison de tous ses espoirs d’accouchements sans péridurale : elle réclama l’anesthésiste. La sage-femme préparait la salle, la future maman restait allongée sur le côté à encaisser les effroyables douleurs qui l’envahissaient. Une vingtaine de minutes après leur arrivée en salle, la sage-femme procéda de nouveau à une vérification du col, toujours sans aucune question ou demande de permission. En même temps, qu’aurait répondu la jeune femme ? Elle n’aurait pu dire que « oui », comme elle pensait que tout cela était bien normal et que c’était à EUX, les membres du personnel médical, de lui dire comment ça se passait pour elle ! Et oui, c’était logique dans son esprit à ce moment-là de sa vie… Dépossédée. Toujours dépossédée.

Elle était dilatée à 9, plus le temps d’une péridurale pour elle. La sage-femme lui annonça cela sur un ton enjoué. Elle aurait voulu mourir en entendant cette nouvelle ! Elle ne comprenait même pas pourquoi la sage-femme se réjouissait en clamant « votre bébé sera bientôt là », il était évident pour elle qu’elle mourrait avant de le voir ce bébé… Avec le recul, cette femme prend conscience du manque de compréhension que la sage-femme avait pour elle, un manque d’empathie et de compassion flagrant. Pour autant, elle n’en était pas moins bienveillante, sa main posée sur le front de la parturiente déboussolée, sa voix douce et posée au creux de son oreille. Mais était-ce ce dont la jeune femme aurait eu besoin, dans ce moment de désarroi et d’angoisse totale ?

Son corps commençait à s’étirer étrangement et une envie de pousser la submergeait à présent à chaque contraction. La sage-femme était prête pour passer à l’expulsion. La femme commença à pousser en soufflant comme elle l’avait vu avec la sage-femme qui l’avait suivi pendant les cours de préparation à l’accouchement, un souffle long et venant de l’abdomen, tout en essayant de garder en tête l’image de son bébé qui descend. Elle avait enfin le sentiment de reprendre ses esprits et d’avoir entre ses mains la possibilité de gérer la fin de l’accouchement comme elle le sentait. Mais au bout de deux poussées de cette manière, la sage-femme l’arrêta brutalement en déclarant que « ça ne fonctionne pas ! » et lui ordonna de « bloquer, pousser » sur la prochaine contraction. La jeune femme s’exécuta le plus servilement du monde. Parfois elle prévenait la sage-femme que son corps poussait, son interlocutrice lui répondait : non, ce n’est pas le moment, ne poussez pas maintenant !!! Il lui semble bien qu’elle lui répéta cela plusieurs fois en attendant le gynécologue. Et oui, la sage-femme l’avait appelé pour aider le bébé à sortir. Et son corps poussait, poussait, comme pour sortir son enfant, mais on lui répétait de ne pas pousser, qu’il fallait attendre l’obstétricien.

Ce fut avec grand fracas que cet homme entra dans la salle : « Mais enfin, ça va pas la tête de m’appeler sur le fixe, appelez-moi sur mon portable, et si je n’avais pas été dans mon bureau à ce moment-là vous auriez fait comment ??? ». La femme se demanda si elle n’hallucinait pas ! Comment ce mec pouvait à ce point manquer de respect aux personnes présentes dans cette salle !!! Il manquait de respect non seulement à la sage-femme qui l’avait appelé, mais aussi à elle, elle qui était en train d’accoucher et qui souffrait terriblement !!! Tout devient alors presque cauchemardesque, surréaliste, digne d’une sorte de comédie loufoque, mais qui n’aurait fait rire personne… Dans une pure démonstration de supériorité, le médecin passa son temps à rabaisser les deux sages-femmes et l’auxiliaire puéricultrice qui nous entouraient. La jeune femme, à l’agonie, pleurait intérieurement de voir la tournure que prenaient les événements. Le gynécologue se planta entre ses jambes et la prévint qu’il allait faire un forceps. Personne ne la prévint de l’épisiotomie qu’il pratiquerait au même moment. Et le gynécologue qui ordonna en même temps : « Poussez madame ! » La femme s’était subitement redressée en hurlant de toutes ses forces quand il pratiqua son acte, un cri de douleur mêlé à un torrent de larmes de désespoir. Mais pourquoi lui faisait-on subir tout cela ??? Pourquoi devait-elle souffrir autant ??? Une seconde ou deux, interminables, où elle aurait voulu mourir ! C’en était trop…

« Mais arrêtez de crier madame !!! Poussez !!! » continua à ordonner l’obstétricien.

Je ne peux pas !!! hurla-t-elle en sanglots.

Mais si, allez, poussez !!!

Pourquoi lui parler ainsi, avec autant de désobligeance, de suffisance, de supériorité, et sans la moindre compassion dans le son de la voix ??? Ne se rendait-il pas compte de ce qu’elle était en train de vivre ??? Elle se sentit se remplir de haine ! Peut-être pour de ne plus subir ces remarques des plus déplacées, peut-être pour en finir avec toutes ces douleurs qui l’irradiaient, en tous cas pas pour obéir au crétin qui campait entre ses jambes, elle réunit une énergie phénoménale dans tout son corps et poussa avec la force du désespoir pour que cette mise en scène grotesque cesse au plus vite. Elle poussa fort, avec rage, son compagnon la regarda devenir rouge, puis violette. Il se sentit partir et réclama un tabouret pour s’asseoir. L’étudiante sage-femme lui rapprocha au plus vite le siège. Mais en même temps qu’il accueillait la tête du bébé, le gynécologue se mit de nouveau en colère et fit un scandale auprès de la jeune fille qui tentait d’aider le futur papa, en la traitant d’inconsciente, que le monsieur allait tomber du tabouret, qu’il faudrait le recoudre après, que ça allait encore être pour sa pomme, qu’il fallait l’allonger au sol en lui mettant les pieds en hauteur !!! L’étudiante et le mari s’exécutèrent sans comprendre… C’est ainsi que la femme sortit de son corps son bébé sans la présence de son compagnon à ses côtés.

Une fois son bébé hors de son corps, envahie par un soulagement intense et un amour déjà infini, ses mains se dirigèrent irrésistiblement à lui et elle le prit dans ses bras. Son bébé, son petit bébé d’amour, elle avait eu la capacité de le mettre au monde, elle, et ça lui prodiguait une fierté immense ! Elle chercha du regard son compagnon, toujours allongé par terre, lui demanda s’il se sentait bien. La voix du crétin résonna à son oreille « Madame ! Madaaame ! Vous voulez coupez le cordon ? »

Tout allait trop vite pour elle, elle était surprise de la requête du gynécologue, qui a présent lui tendait une paire de ciseaux, elle pensa bien sûr à son cher et tendre qui aimerait tant le faire lui-même, mais dans l’ambiance surréaliste de cette salle d’accouchement plus rien n’avait de sens. Elle coupa le cordon.

Son compagnon avait enfin eu le droit de se redresser, à présent ils admiraient ensemble leur petite merveille qui venait de naître. Mais l’auxiliaire puéricultrice le prit et l’emmena dans une salle à côté. On leur dit rien des soins que le petit reçut.

La jeune maman dut demander combien il pesait et l’heure exacte de sa naissance, car personne ne jugeait apparemment bon de le lui dire…

En attendant, l’expulsion se fit, assez simplement, mais dans l’immédiat. Entre temps, son fils lui avait été rendu, emmailloté dans la couverture qu’elle avait choisie, un bonnet provenant de l’hôpital vissé sur la tête, le front et les yeux d’une teinte orangée, dont elle ne reçut aucune explication, et sur laquelle elle ne posa aucune question, malgré son étonnement.

Puis il fallut s’atteler à recoudre l’épisiotomie. Le médecin prit la peine d’expliquer qu’il allait lui faire une petite piqûre d’anesthésiant au niveau de la vulve. Au bout de quelques minutes, il lui demanda si elle sentait lorsqu’il la touchait. Il appuyait grossièrement avec ses doigts à un endroit précis et elle lui répondit en toute sincérité qu’elle n’avait pas forcément mal sur ce point, mais que c’était très sensible et qu’elle avait un peu mal partout en fait. L’homme redevint désagréable :

* Non, vous ne pouvez pas avoir mal, je vous ai injecté un anesthésiant ! Alors dites-moi seulement si vous sentez !

* Ben j’ai mal partout… Alors oui je sens quand vous touchez.

* Non, je vous le répète, vous ne pouvez pas avoir mal !

« Allez, c’est ça, t’as raison, j’ai pas mal, tu sais sûrement mieux que moi ce que je ressens !!! » pensa-t-elle, fatiguée du comportement de ce gynécologue imbus de sa personne. Pour qu’il la laisse tranquille, elle répondit qu’elle n’avait pas mal. Plus vite ça sera fini, mieux ça vaudra pour elle ! Et puis, elle avait tellement envie qu’il se taise, elle ne pensait plus qu’à dévorer des yeux son bébé et à regarder son compagnon les yeux pleins d’amour. Ils refaisaient peu à peu le déroulement de la naissance, il la félicita, lui avoua comme il avait trouvé ça dur pour elle, et elle répéta à quel point elle était étonnée et fière d’y être arrivée ! Et l’imbécile de gynécologue les perturba une fois de plus : « Oui je le dis toujours, nous les hommes ne pouvons imaginer à quel point c’est douloureux pour une femme d’accoucher, et blablablablabla ». Elle ne l’écoutait plus, elle croit bien que son compagnon aussi ne l’écoutait plus. Ils n’étaient plus que trois sur leur planète de rêve !

Une fois l’obstétricien parti, les sages-femmes et l’auxiliaire de puériculture se firent les plus discrètes possible pour les laisser savourer les premières heures de vie de leur nouveau né. Mais la jeune maman ne put que s’attrister des larmes de l’étudiante qui relâchait la pression après s’être faite traitée comme une moins que rien par son supérieur… Il n’y a pas que les parents qui sont maltraités dans les services de maternité.

Elle resta trois jours. Trois jours au cours desquels des soins furent pratiqués sur son petit toujours en son absence. On ne lui proposa jamais d’accompagner son bébé.

Au niveau de l’allaitement, elle fut épaulée à merveille, on l’aida même à pratiquer le co-dodo en toute sécurité.

Le gynécologue de garde se comporta comme un goujat lui aussi, débarquant dans sa chambre aux aurores, allumant toutes les lumières de la pièce plongée dans le noir, alors qu’elle et le petit dormait, et en parlant tellement fort qu’on entendait tout ce qu’il disait dans les chambres voisines !

Et lorsqu’elle rentra chez elle, elle avait l’énorme chance de pouvoir compter sur la sage-femme qui l’avait suivie pour la préparation à la naissance, ce qui lui permis de surmonter assez rapidement quelques ennuis.

Cette maman dont je parle, c’est moi.

Me remémorer tout cela fait remonter beaucoup de colère et d’incompréhension. Mais je ne peux nier que cette expérience a forgé une force en moi. Car après cela, je me suis beaucoup renseignée et j’ai compris que j’avais vécu beaucoup de choses que je n’aurais pas dû vivre. J’ai compris à quel point il manque un vrai point de vue humain dans le suivi de la naissance et la grossesse !

Ainsi, l’histoire se termine bien : la maman retombera enceinte et donnera naissance à un second petit garçon dans l’intimité de son foyer, enveloppée dans un sentiment de sécurité beaucoup plus profond, et dans la grande confiance de ce pouvoir de femme que la Nature lui a confié.