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#242 Pascaline, en 2012 en Ile de France

14 Mar
9 mois. J’aurai fait mes 9 mois réglementaires.
A 2 jours du terme, je perds le bouchon muqueux. 2h plus tard, ma culotte se teinte de rose. La poche est percée. Je ne ressens rien. Je n’ai pas le sentiment que c’est pour maintenant, je ne veux pas aller à la maternité, souffrir des cahots sur la route, porter ce gros ventre, avec cette crainte qu’on me garde pour la nuit, pour rien, juste pour surveiller ou pire, m’entendre dire de rentrer chez moi. En fait je veux rester chez moi et sentir que Bébé arrive. Ressentir ces douleurs dont on me parle depuis 9 mois, appliquer les conseils des cours à l’accouchement, être actrice pour au moins une partie de cet évènement. Car je sais que je veux la péridurale et je sais qu’avec, notre accouchement nous échappe souvent. Alors je voudrais encore un peu me recroqueviller sur moi, mon corps, mes sensations avant d’être livrée au corps médical, toutes cuisses ouvertes, ma hantise…
Mais avec la poche percée, même en n’ayant aucune douleur, je dois y aller.
Nous sommes de bonne humeur dans la voiture, pas de stress, on rigole. Arrivés à 21h, tests d’usage, examen : col à 2, on me garde. Enfin, on ne me le spécifie pas, mais on m’enjoint de me déshabiller et passer cette affreuse blouse qui sera mienne pour un moment. Laisser ses vêtements, c’est laisser comme une peau, là, par terre. Un peu de dignité. Etre nue sous cette blouse d’hôpital, comme une malade, alors que je ne me sens pas malade justement. Je vais super bien ! J’ai trop connu les hôpitaux et les opérations, je déteste cette blouse, même si là elle signifie autre chose qu’un charcutage. Enfin j’espère !
Blouse et perfusion. Pourquoi une perf’ ? Je ne sais pas. Et dedans ? Je ne sais pas.
Cela renforce ma sensation d’être une patiente malade et non une future maman.
Monitoring. Bébé va bien. On va entendre son coeur pendant 2h. 2h à rester là, dans une salle de consultation où s’enchaînent les autres couples à côté, juste séparés de nous par un rideau. On entend tout de leur vie, des conversations médicales, des pleurs, des craintes. Et nous, on est là, à attendre. Attendre quoi déjà ? Ah oui, un bébé. Je vais tellement bien, aucune douleur, que des fois je me demande ce que je fais là, alitée, en blouse impudique. J’aimerai être chez moi et manger !
D’ailleurs, mon homme crie famine. Il va se chercher à manger et lorsqu’il revient avec une pizza pour moi (adorable !) c’est trop tard : ils viennent de me passer un produit dans la perf’ qui interdit toute nourriture. Lequel et pourquoi ? Je ne sais pas.
Il est 23h. On me dit d’aller marcher 1h pour accélérer le travail. Je suppose donc qu’ils m’ont injecté un produit type ocytocine… Je suppose….
En 1h de temps, je suis pliée en 2 par des douleurs jamais ressenties. Voilà les fameuses contractions. Sauf que c’est à peine si je peux revenir dans la chambre de consultation. La douleur est fantastique, surprenante, envahissante. Et ne va pas aller en diminuant. On me propose du Doliprane. Je ricane mais je prends. On me propose un suppo. Je ricane encore mais je prends. Une différence dans les douleurs ? Non.
Heu… Madame, je pourrai avoir une péridurale peut-être ? Non car on ne peut pas monter en salle de naissance, elles sont toutes prises.
Donc je reste là, en salle d’examen, et cette fois, c’est moi que les autres entendent souffrir et souffler. Mon homme est le seul qui me soulage en me prêtant son bras. Les contractions ne me laissent pas respirer, c’est atroce.
Quand une -infirmière ? sage-femme ? auxiliaire ? brancardière ? plombière ?- (elle ne s’est jamais présentée) vient m’examiner, elle me déchire les entrailles. Son toucher me fait plus de mal encore que le reste ! Elle m’annonce que ça n’a pas bougé, toujours col à 2 et là j’ai envie de hurler. Tout ça pour RIEN ? Ça n’avance pas ? C’est une blague ? Je ne tiendrai pas longtemps dans cet état !
2h de plus comme ça, j’en oublie tous mes cours de respiration… Je n’arrive même pas à pleurer car je n’ai pas de répit. Mon homme a le bras « décédé » comme il dit ^_^. La femme revient et veut me réexaminer, je dis non. Hors de question qu’elle me re-farfouille, je ne le supporterai pas. Elle m’annonce que je monte en salle de naissance, il y a une place. Chouette alors, un ticket enfin gagnant !
Il est 2h du matin. Bébé sera donc du 18 septembre. L’anesthésiste est là de suite. J’ai très mal et elle a des mots durs pour me faire me calmer. Ça ne me plait pas, mais curieusement ça me remet les idées en ordre. Je subis la pose et en 10 minutes, je suis détendue. Examen. Je ne sens rien et c’est agréable de ne pas avoir mal lors d’un toucher vaginal ! Surtout qu’elles y vont fort, ces dames ! Col à 3. Y’a plus qu’à attendre. Je demande à baisser la lumière, sinon elles m’auraient laissé là comme en plein été !
Moi, je plane. Ça va bien mieux. Mais je sens mes contractions : la péridurale ne fonctionne pas sur la gauche. Pose latérale de rigueur. Je parviens même à m’assoupir de temps en temps. Mon homme s’est écroulé sur une paillasse. Je suis réveillée par le monito qui s’affole régulièrement et le débarquement de 2 sages-femme qui viennent contrôler de suite : Bébé a du mal à supporter mes contractions, qui sont réellement très fortes. Parfois, elles sont 3 et repartent dès que Bébé reprend un rythme cardiaque normal. Je me fais examiner par l’interne gynéco de garde (qui se présente) et m’annonce qu’elle va faire un examen sur mon bébé en prélevant un peu de matière sur son crâne. Je n’ai rien compris aux explications réclamées, au pourquoi du comment. Au bout d’une heure, je demande où ça en est cet examen et on m’annonce qu’il ne sera pas fait car la machine est en panne. « Tant mieux », me dis-je. Gratouiller mon bébé même pas encore né… Tssss… Laissez-le tranquille !
Je sens une ambiance plus tendue lorsqu’on me fait mettre sur le dos pour m’examiner de nouveau. Bébé s’affole, il faut faire vite. Col dilaté, allez, c’est parti. En 3h, les contractions auront été très efficaces. On me place dans les étriers, à moi de bosser ! Apparemment, je pousse très bien, mais Bébé souffre et reste trop haut. Je suis remise en position latérale : Bébé reprend un rythme cardiaque normal. Et ça sera ainsi à chaque fois qu’on a essayé de me faire pousser. A aucun moment quelqu’un n’ a pensé à me faire accoucher de côté, puisque Bébé supportait bien cette position… Et moi, je n’y ai pas pensé non plus, entièrement remise au corps médical, docile.
La gynéco revient une 2ème fois et là, c’est tendu. Il y a bien 4 personnes autour de moi, pas un mot, des mines graves. Je demande des explications. Elle m’annonce qu’on va aller au bloc pour essayer les forceps, bébé ne descend pas et son coeur flanche trop régulièrement. « Et pourquoi pas ici ? » Pas de réponse.
Arrivés là-bas, on me fait réessayer une poussée. Je pousse, bonne élève. Et là… « STOP ! On ouvre ! »
Mon homme blanchit, on me dit de l’embrasser, il doit sortir, je suis très vite préparée pour une césarienne d’urgence. Je ne veux pas être attachée ! Je ne le serai pas.
Jusque là, je n’ai pas de réel grief envers l’équipe et le déroulement de mon accouchement. Mais en 10min je bascule dans l’horreur.
L’anesthésiste me dit que je sentirai tout mais n’aurai pas mal. Rassurant ? Je ne sais pas… Mais pas le choix. En plus je suis zen, j’ai confiance, ils savent ce qu’ils font, non ? Si mon bébé a besoin d’être aidé, je suis pour !
Sauf que.
Ils avaient oublié que ma péridurale ne fonctionnait pas à gauche et l’incision a commencé là. J’ai hurlé, on m’a fait taire. Ensuite, j’ai senti qu’on m’appuyait très très fort sur le ventre, une pression effroyable, j’ai hurlé. Oh oui je sentais bien tout, pas de souci là-dessus ! Et le pompon ? Au-dessus de moi, le plafonnier en aluminium qui reflétait du rouge écarlate. Mon sang. Partout. Et moi qui voyait ça. Comment ne pas hurler ? Peur, souffrance, terreur…
J’entends un cri. Mon bébé ! ! Puis je ne l’entends plus. « Je ne l’entends pas, je ne l’entends pas ! » criais-je affolée. Et de m’entendre répondre : « Si vous arrêtiez de crier vous l’entendriez ! ».
Je ne l’ai même pas vu, ils l’ont emporté de suite et moi, ils m’ont fait une anesthésie générale, sans me prévenir. Résultat, quand j’ai ouvert les yeux j’étais dans un état de panique et de terreur inimaginable car je m’étais endormie en plein bloc, du sang, des cris, de la douleur et réveillée d’un coup juste au moment où on me ramenait en salle d’accouchement.
Je tourne la tête et découvre mon homme et notre bébé en tendre peau à peau au milieu de la pièce. Mes larmes ont redoublé. Je n’ai pensé qu’à une chose : je voulais ma maman, là, avec moi. J’avais eu si peur, si mal, que seule une maman pouvait calmer tout ça. Paradoxe, c’était moi la maman maintenant =)
Amaury est donc littéralement sorti de mon ventre, comme le disent les petits. Il était 6h18, ce 18 sept.2012. La vie allait changer. Mais il me faudra du temps pour avoir envie de repasser par là.
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# 145 Lucille – Tunisie – 2006 – lettre de Lucille à sa mère

23 Fév

« Je t’écris à toi, parce qu’aujourd’hui je te considère comme ma meilleure amie, ma meilleure alliée, et que je sens aujourd’hui l’importance d’une mère.

Je t’écris à toi, parce que je viens d’ouvrir les yeux sur quelque chose d’horrible, d’affreux, d’inacceptable et que j’ai besoin de vider mon sac, j’ai besoin d’écrire et de me sentir écoutée sur ce sentiment. Et j’ai conscience que seule une maman peut comprendre réellement comment je me sens.

Je ne sais par où commencer…

Mon accouchement.

Je n’en ai jamais fait le deuil. J’ai toujours eu besoin d’en parler comme pour l’exorciser. Je me suis bien dit qu’il y avait un truc pas clair là-dessous. Toujours eu besoin de le revivre, inlassablement, avec un arrière-goût amer dans la gorge et les larmes au bords des yeux.

J’ai une amie (virtuelle) avec qui on en parle beaucoup. Elle m’a fait prendre conscience de toutes les violations que j’ai subies avec mon accord, avec mon propre agrément. Elle m’a fait prendre conscience (sans qu’elle le sache elle-même) que je me suis faite avoir, une parmi tant d’autre.

Et puis, il y a eu un article, sur lequel je suis tombée… Et là, ça n’a fait que confirmer mon doute, ma souillure à jamais…

J’ai besoin de mettre des mots dessus, d’extérioriser ce qui s’est passé. Tant que ça restera entre moi et ma conscience, je ne ferai pas de pas en avant, je resterai « sale ».

Je veux te raconter tout. Si tu ne veux pas lire, ne lis pas. Je ne t’oblige à rien. Mais j’ai besoin d’écrire. Et tu es la seule qui puisse recevoir de tels propos.

J’ai arrêté la pilule au mois de Juillet 2005. Au mois d’août, le 14 exactement. J’attendais mes règles et priais pour qu’elles ne viennent pas. Elles ne sont pas venues. Le 15 je savais que j’étais enceinte. Hichem et moi étions fous de joie.

On se regardait avec des petits yeux, c’était une période magique, inoubliable. J’attendais un bébé.

Mais on devait faire la confirmation de cette grossesse. J’ai quand même attendu très longtemps pour la faire. Car je savais que je n’en avais pas besoin, je savais que j’étais enceinte.

J’y suis allée en septembre. C’était surtout pour avoir la date prévue d’accouchement.

J’ai suivi les conseils d’une amie et me suis rendue avec cette amie (à cette période Hichem bossait comme un dingue) chez une gynéco qu’elle connaissait.

Je pleure quand je me rappelle cette séance.

La gynéco avait du retard. Elle me fit entrer moi et mon amie. Me serra la main froidement. Me posa des questions sans écouter mes réponses. J’étais devenue un chiffre sur une feuille de papier.
Elle me fit passer dans la salle pour l’échographie afin d’affirmer la grossesse. Malheureusement, elle n’a pas pu voir avec l’appareil… Elle me dit de me déshabiller… Je suis désemparée. Je ne m’y attendais pas du tout, dès le premier rendez vous.

J’ai horreur de ça. Et là, je venais de me rendre compte de quelque chose. La grossesse, ça voulait dire ça : montrer son vagin à droite et à gauche… Une boule me monta à la gorge en m’exécutant. Et là sans prévenir, elle m’enfonça une sonde vaginale… J’en pleure en y repensant, tellement ça m’a fait mal. Il me semble avoir pleuré un peu sur le coup, tellement je me suis sentie humiliée.

Merde! C’est mon corps!

Elle m’a juste dit « Mabrouk (félicitations), vous êtes enceinte. »

A ce moment là, je me suis dit, que ça passera pas avec elle. Que c’est pas comme ça que je veux passer ma grossesse. Après avoir daté ma grossesse. Je suis partie. Avec pleins de questions dans ma tête. Mais Mme La Gynéco était débordée de « clientes »…
de vagins, je devrais dire.

Voilà à quoi j’étais réduite sur son lit d’auscultation.

Je n’ai jamais repris contact avec elle. Et je me suis fermée aux analyses, aux prises de sang. Je n’avais qu’une envie, qu’on me foute la paix, qu’on me laisse savourer ma grossesse, qu’on laisse mon bébé et moi tranquilles, qu’ils aillent tous se faire foutre. C’est vraiment ce que je pensais à ce moment là.

Mais j’ai eu un petit soucis. J’avais mal pendant les rapports. Il fallait absolument que je consulte une autre gynéco… Avec grandes appréhensions, tu t’en doutes. J’en ai trouvé une autre, par l’intermédiaire d’une de mes très nombreuses amies médecins. Ma seconde gynéco, une femme très douce, très calme, très posée. J’ai été soulagée, dès que je l’ai vue. Elle a répondu à mes questions saugrenues. Mais une fois de plus, j’ai dû me déshabiller. Mais je m’étais préparée à ça (puisque j’avais un problème à ce niveau-là) et j’étais complétement consentante. Il fallait que je me soigne. Elle me donna un traitement. Tout rentra dans l’ordre. Elle regarda le bébé à l’écho. Elle me répétait qu’il est beau, qu’il est beau, qu’il est beau. Elle me posa des questions sur moi, sur mon rôle de femme, sur mon rôle de future mère. Je remercie cette femme. J’irai un jour lui rendre visite pour lui dire tout le bien qu’elle m’a fait. Elle ne m’a pas forcé à faire d’autre prise de sang. Même si je n’avais pas la toxo. Je lui ai dit que je ne referai pas des prise de sang tous les mois, que je ne veux pas, et que les conséquences ne regardent que moi. Elle m’a souri.

Et puis, et venu le jour de l’accouchement.

Les douleurs majestueuses de l’annonce du bébé étaient là et bien présentes. Je les attendais. Je les soutenais. Je les carressais. Je n’en avais pas peur, et m’étonnais moi-même. Mon erreur? L’impatience… Je suis partie trop tôt à l’hôpital. J’aurai dû attendre la dernière minute.

Avec mon impatience légendaire, je me suis piégée moi-même. Je me suis créée moi-même mon enfer…

Mais je ne pouvais pas savoir.

Déjà, la réticence au départ, d’aller à l’hôpital. Mais faute de moyens… je me disais (et là aussi, grande erreur de ma part) : « c’est l’histoire d’un jour ou deux, après ça sera du passé ».

Pourtant je sais assez bien, que le passé ne s’efface jamais!

Je me répétais : « beaucoup de femmes accouchent à l’hôpital, ça s’oublie, ça ne sera qu’un mauvais moment à passer ».

J’ai les larmes aux yeux en écrivant ça.

Pourquoi l’accouchement devrait être un « mauvais moment à passer ». Non, non, j’étais sur la mauvaise voie!
L’accouchement est un moment unique, magnifique, magique, féérique. Il ne devrait jamais être vu comme un « mauvais moment à passer ». NOOOOOOOOOOOOOOOOOON!  Aujourd’hui, je me bats contre cette idée, quand on me dit ça.

Non!

Profitez de votre grossesse, et surtout profitez de votre accouchement.

Accoucher ne fait pas mal!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Je me dirigeais vers l’hôpital avec Hichem qui souriait à moitié, qui était inquiet à moitié. Et là, le verdict tombe, « votre mari ne peut pas vous accompagner ». Je crie, je hurle, je me débats… « Non, ne me laissez pas toute seule, il est la seule personne ici que j’aie!! » Hichem a les yeux mouillés. Je le vois bien. Mais je le connais, il ne pleurera que quand il sera monté dans le taxi. Je passe seule les examens. Et c’est là que le vrai cauchemar commence.

Je pleure, maintenant en écrivant tout ça, mais je dois continuer, ça doit sortir une fois pour toute! Plus jamais je ne me laisserai faire, je me le promets, je le promets à Hichem, je te le promets. Qu’ils essayent de recommencer, juste qu’ils essayent, et ils verront!!!!!!!!!!!!!!!!

Aujourd’hui, j’ai la volonté de me battre, de faire quelque chose contre tout ça, d’aider les nouvelles mamans à pas se faire avoir. Je veux créer un truc, j’en sais rien quoi, un site d’information? Une association pourquoi pas… Mais ne pas me taire!

Je passe donc chez la sage-femme, qui me touche, me mesure l’ouverture, m’annonce que mon col est fermé. Et m’envoie chez l’obstétricienne. Je pleure. Elle me rassure quand même un peu, en me disant que c’est pour bientôt. Mais elle ne sent aucune contraction. Moi non plus d’ailleurs. Elles ont stoppé net quand je suis arrivée à l’hopital.

Hier, j’ai appris que le travail peut s’arrêter avec le stress et l’appréhension…

Je n’ai pas voulu aller chez l’obstétricienne.

J’y suis quand même allée.

Elle m’a allongée sur sa table, fait une écho, et m’a enfoncé ses doigts, m’a fait saigner, crier, pleurer. Et m’a dit que si, si, mon col est ouvert à 2cm. J’ai juste eu le temps de me rhabiller avant qu’un assistant entre dans la pièce où j’étais. J’étais en colère, en larme! Où est mon intimité???????????????????????????!!!!!!!!!!!!!!!!

J’ai compris, hier toujours, que c’est cette femme qui m’a ouvert le col. Mais pour quelle raison?

Je la hais, depuis hier. Je la déteste! Si je la revois, je ne me retiendrai pas pour lui dire ce que je pense d’elle!!!!!!!!!

On m’a fait patienter de 11h à 15h sur une table d’accouchement, les pieds dans les étriers. Je n’ai aucune contraction. Je pleure.

Une sage femme, très gentille, celle-là, je dois l’avouer. Me caresse les cheveux, m’appelle « benti » (ma fille), caresse mon ventre, me rassure… J’accoucherai dans la nuit, me dit-elle. Je la crois, car ça me fait du bien. En attendant, je suis dans une sacrée position, les pieds dans les étriers, à demi nue, avec un drap posé sur le bas de mon corps.

Une autre sage femme, que je ne supportais pas, rentrait régulièrement, fourrait ses doigts dans mon vagin, et repartait.
Je hurlais de douleur à chaque fois. Je ne comprenais pas pourquoi cela faisait si mal.

Toujours hier, j’ai compris qu’en fait, elle ouvrait un peu plus.

Aujourd’hui je suis révoltée. Mais à ce moment là, je me disais simplement « ça fait mal, mais elles savent ce qu’elles font. »

Aujourd’hui, je ne les crois plus, tous des menteurs!

Je croyais que la douleur était normale. Je remercie beaucoup Amélie (cette amie virtuelle dont je te parlais tout à l’heure) de m’avoir fait ouvrir les yeux!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Je ne connaissais rien, du tout! Quelle imbécile je suis.

A chaque fois que cette sage-femme revenait dans ma chambre, tout mon corps se crispait, se tendait, je reculais pour ne pas qu’elle me touche… c’était instinctivement… car je n’en pouvais plus de cette douleur gratuite!

Le personnel des hôpitaux se disent que puisqu’on accouche, on souffre. Alors un peu plus ou un peu moins, hein… Qu’est ce que ça peut faire? Une fois de plus, nous ne sommes que des vagins qui mettront au monde un bébé. Rien de plus. Un dossier médical. Un numéro sur un dossier médical. ça s’arrête là.

Après plusieurs heures intenable dans cette chambre de torture, elles décident enfin de me mettre dans une chambre normale, avec un lit. Elles me laissent là, en me « menaçant » : « Si tu n’accouches pas cette nuit, on fera une césarienne demain matin. Bonne nuit. »

Là, quand même, ma rebellion naturelle se réveille… Après avoir été complétement sonnée par ce que je viens d’entendre, je réfléchis dans tous les sens. Essaye de téléphoner, de chercher du soutien en dehors de ces murs froids, glacials…

Une césarienne. Mais pourquoi? Mais pourquoi ils ne déclenchent pas l’accouchement?

Mais c’est complétement stupide! Insensé, idiot. On diagnostique une césarienne, comme ça, hop, parce que voilà, l’hôpital fait que je n’ai pas de contraction…

Mon esprit rebelle revient en charge : « non, tu n’auras pas de césarienne. Ton bébé se présente bien, ton bassin n’est pas étroit. Non, tu n’auras pas de césarienne. Tu as prévu d’accoucher par voie basse, et tu accoucheras par voie basse et une fois de plus, envoie les toutes se faire foutre. » J’acquiesce à ma conscience. Et je me mets à pleurer, hurler de rage, je deviens comme une folle attachée à cette perfusion de glucose.

« LAISSEZ MOI RENTRER CHEZ MOI », j’avais envie de les insulter, de les gifler, j’en pouvais plus, nerveusement.

Heureusment, y avait une équipe de sage femme « étudiantes ». Elles avaient mon âge à peu près. Elles n’ont pas d’expérience et sont donc douces, et respectueuses. Une d’elle a tenté de me calmer. Mais j’en pouvais plus, je lui disais « S’il te plait, détache moi (je parlais de la perf’, mais je me rends compte que ça veut tout dire), j’ai besoin de mon mari, j’ai besoin d’être dans ma maison. Je ne vais pas accoucher toute suite. je reviendrai quand j’accoucherai. »

Elle se sentait impuissante, me regardait, et je sentais qu’elle allait se mettre à pleurer aussi. Je devais avoir l’air d’une folle. Elle m’a dit « je n’ai aucun pouvoir, je vais en parler à la sage femme ». « Non, je lui répondis, ça ne sert à rien. Elle ne fera rien… … … Et pourquoi vous me faites pas un déclenchement? »
J’ai vu comme un éclair de joie dans ses yeux… Comme si j’avais trouvé la solution. Mais bon, elle est censée avoir fait des études pour être sage femme… Elle aurait pu y penser un peu plus tôt. Mais je lui pardonne.
Elle file en quatrième vitesse voir la sage femme générale. Celle ci revient, mon corps se recontracte. Rien que sa vue me répulse. Elle me dit que c’est pas possible, qu’il est maintenant 23h30, et qu’ils ne le font que dans la journée, parce que s’il y a un problème qui est lié, les médecins sont là.

Je hurle: »J’M’EN FOUS, VOUS M’ENTENDEZ??? J’EN AI RIEN A FOUTRE!!!!!!!! » Je tente d’arracher la perf’, et là la sage-femme et l’étudiante disent des choses que je n’ai pas eu le temps de comprendre en arabe tellement j’étais hystérique, elles me soulèvent et m’emportent pendant que je me débats en salle de travail.

Comme pour se venger, la sage-femme me refait un toucher vaginal hyper douloureux, et m’installe une perf’ d’ocytocine.

Les contractions arrivent et je souris. Enfin, ça y est, je le sens ce bébé qui descend.

Bien sûr que les contractions sont douloureuses. Mais elles le sont moins que ses touchers vaginaux. A chaque fois qu’elle rentre dans la chambre, je gémis. « non, pas maintenant » « non pas maintenant ». Elle revient dix fois, vingt fois. Je ne sais pas combien… C’est le cauchemard.

Je reste avec cette étudiante, je lui demande de fermer la porte à clé. Elle panique. Je lui dis que je peux plus la voir l’autre…

Les contractions sont là, douloureuses et magnifiques. Je mords dans le matelas, et je ferme les yeux, je vois mon bébé qui descend. Je le caresse. Je m’endors entre deux contractions. Le douleur remonte, revient, je l’attends à présent, je l’ai apprivoisé, je gémis un peu, je crie un peu, ça fait du bien.

Elle revient, la sage femme. Elle remet ses doigts. Je pleure à nouveau « non, non non non » et je repense « mais pourquoi on me laisse pas tranquille? Il sortira de toutes façons, qu’elle mette ses doigts n’y change rien! »

J’avais l’impression que ce n’était plus mon corps. Juste un truc posé sur la table palpé, touché, retourné, observé…
Verdict « col bloqué à 7 depuis trop longtemps »

Elle m’appuie sur le ventre, je hurle de douleur. « NOOOON »

Je lui lance un regard de feu. Je sais qu’elle ne recommencera pas avec moi. Elle me dit pour se justifier : « Il faut que le bébé descende sinon il va mourir »

Et sur le coup je devrai la remercier, je la comprenais, hein.

Mais tout ça, c’est du pipeau, c’est pas vrai, aujourd’hui je m’en rends compte. C’est simplement pour les voir en SUPERHEROS.

Tu connais la suite. Elle voit la tête, ouverture à 7cms, l’épisio faite à la lame de rasoir sans anesthésie, sans contraction. Je hurle de douleur. Pas à cause de l’accouchement. Je n’ai d’ailleurs rien senti par la tête qui passe, tellement l’épisio m’a fait mal. J’ai été plus que choquée de l’épisio. Je peux te dire que je me suis renseignée, tard, certes, sur cette mutilation inutile…et que je suis blindée pour le prochain!

Après, j’ai eu mon bébé, deux secondes et demi, elles l’ont pris (c’était mon étudiante chérie qui s’en est occupé). Me l’ont ramené tout beau, et me l’ont mis au sein. Il n’a pas tété beaucoup et une autre sage femme me l’a enlevé et me l’a posé à au moins dix mètres de moi. Je pleure. « Rendez moi mon bébé, rendez le moi! »

Il reste la délivrance. Quel nom, je te jure!! La sage-femme me fouille encore un peu plus à l’intérieur. J’ai mal, j’ai mal, j’ai mal.

C’est ça, les douleurs de l’accouchement. Leur mic-mac qu’ils nous font à l’intérieur, alors que pour extraire le placenta, y a des méthodes plus douces. Mais là encore, je n’étais pas assez renseignée.

Trois heures après, on me recoud l’épisio. Première anesthésie ne fonctionne pas, l’infirmière pique et je hurle de douleur, et d’appréhension. Et j’en ai marre de montrer mon sexe à toutes les sages femmes présentent à l’hôpital. Je me sens dépossédée. Mise à nue, c’est le cas de le dire. Moi qui suis tellement pudique.

Deuxième anesthésie qui marche un peu mieux que la première mais me laisse sentir le fil qui passe, et me dégoûte. Me donne envie de vomir.

Je m’évanouis complètement. Heureusement soutenue par une amie qui bosse à l’hosto et qui a réussi à venir me voir., c’est elle qui m’habille, me pose sur la chaise roulante. J’enveloppe mon bébé, mon trésor. On me sort de la chambre de torture pour m’amener au dortoir.

Et là, une illumination. Hichem est là, près de la porte, mon ange, mon bébé, mon amour. Il est là, il pleure, il rit. Il monte avec moi. Il n’a pas le droit, mais le gardien ne dit rien. Je suis française, et on me laisse tous les droits.

Je rentre dans le dortoir. Plusieurs lits alignés. Combien? Sept? Huit, peut-être. Presque tous occupés. C’est quoi cette horreur?

Combien de bébé vont pleurer cette nuit, comment je vais me reposer. Je n’ai rien dormi depuis plus de 24h. Je pleure. Hichem me prend dans ses bras. J’explose. L’infirmière m’engueule. Je devrais être heureuse avec mon bébé. Les gens comprennent rien. Je m’allonge. Le berceau pour le bébé m’a l’air sale. Je garde mon bébé avec moi. Tout le monde me dit de le poser dans le berceau, mais je les emmerde tous!

Effectivement, les lits se remplissent les uns après les autres.

Le lendemain vint la pire humiliation de tout mon séjour.

Une infirmière passe pour voir l’état de l’épisio. On reste là, sur nos lits à la vue de toutes! De toutes les mamans. Et même des médecins qui passent par là!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Et que je te tripote par ci, par là… T’as mal?… non, c’est l’appréhension d’avoir mal. Je pleure. Je ne veux pas me déshabiller devant tout le monde. Et là elle m’enfonce ces doigts, me fait je sais pas quoi. Je pleure encore. J’en peux plus. J’en ai marre.

Voilà…
Voilà, ce que j’ai subi à l’hôpital.

Ce sont des gestes banals, des gestes pratiqués partout. Tunisie ou pas Tunisie. Des gestes que chaque femme reçoit à chaque fois, avec une étrange banalité. Et pourtant, ce n’est pas normal.

Je me demandais pourquoi je n’ai pas pu faire le deuil de mon accouchement. Pourquoi malgré que c’est quelque chose de magique je l’ai mal vécu. Pourquoi quand je le raconte, je n’arrive pas à mettre des mots dessus. Parce que les mots étaient trop crus, trop durs.

Maintenant je l’ai fait. Pour la première fois. Et sûrement pas la dernière. Maintenant, je vais informer les femmes enceintes.

Ce sont des violences physiques, innacceptables! On ne doit pas accepter de se faire violer publiquement et avec notre consentement. Nous ne sommes pas que des vagins. L’accouchement n’est pas qu’un « mauvais moment à passer ». NON!

Nous devons nous réapproprier nos accouchements, nos naissances. ELLES NOUS APPARTIENNENT!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
C’EST NOTRE CORPS!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
PERSONNE N’A AUCUN DROIT DESSUS!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
J’ai pris conscience de ça, et de l’avoir mis par écrit, c’était long mais ça m’a fait du bien.
Je pense finalement, après l’avoir écrit, en envoyer une copie à Amélie, et a publié une copie dans un forum très bien. Parce que ce n’est qu’avec l’expérience et les erreurs qu’on avance.

Je n’accoucherai plus à l’hôpital. Il en est hors de question. Je ne serai plus jamais victime et coupable de mon propre crime. Celui de suivre aveuglement la médecine et de les remercier de mon propre viol.

Cela est surement un peu dur à lire, maman, excuse-moi. Mais j’avais vraiment, énormément besoin que tu le saches.
Pardonne moi, maman.
Je t’aime à l’infini.
Ta fille, Lucille. »

[ndr: ce récit est un copier-coller autorisé par Lucille de ce site: http://naturellemman.forumfamille.com/t163-mon-accouchement-besoin-de-faire-le-deuil]

# 144 Anonyme – France

23 Fév

Bonjour,

Je vous envoie ce mail pour témoigner sur la façon dont s’est passé mon accouchement.

J’ai choisi une maternité privée proche de mon domicile, car j’avais entendu pleins de bons commentaires sur le fait que l’on respectait les mamans et que les accouchements y était  » merveilleux ».

Je suis une femme au physique apparament  » atypique » 1,85 m pour 120 kg au 9eme mois de grossesse. Je suis en effet de base en surpoids, j’ai pris 20kg pour la grossesse. Malgré un parfait état de santé, le gynécologue que j’ai été obligé de prendre pour pouvoir prétendre accoucher dans cette clinique était très mécontent de ma prise de poids… ( je n’avais pas de diabète, d’hypertension, mon bébé n’était pas  » gros »). Je m’en fichait nous allions bien.

Quand j’ai émis l’idée d’accoucher sans péridurale ( je suivait des cours de sophrologie, chant et relaxation), la réponse du gynéco et de l’anesthésiste :  » hors de question ma petite dame, c’est le premier, on ne sait pas comment vous accoucher, on n’est plus au moyen age il ne faut pas écouter les hystérique de la naissance naturelle« .

J’ai capitulé avec regret, mais après tout ils devaient mieux savoir que moi.

Mon fils a bien voulu sortir 3 jours après terme, ce qui embêtait beaucoup le gynéco qui songeait à me déclencher. Finalement contractions spontanée à 00h, nous filons sereins à la mater.

Examens du col douloureux à plusieurs reprises et par plusieurs SF, en effet j’ai un col rétro versé et en plus je suis grande ! Je reste tranquille, le col se dilate grâce aux exercice sur le ballon, tout va bien, je suis cool.

A 4h30, l’anesthésiste est dispo donc en route pour la péridurale, la douleur est gérable, mais d’après la SF il vaut mieux la poser maintenant. J’avais bien pris soin de présicer à l’anesthésite pendant les rdv que je supporte très mal les morphiniques. Péri posé sans douleur, première dose passée, le corps médical décide de mettre l’ocytocine en route, je m’endort ! A 6h, je ressens quelques contractions mais pas de douleur, deuxième dose passée. A 8h, de nouveau petites contractions on me remet une dose.

A 10h je ne peux plus bouger, anesthésié des pieds au haut du buste, je sens seulement mes bras.
La nouvelle SF m’annnonce qu’il y a un problème que mon fils se présente le visage vers le ciel, qu’il faudra sans doute que j’accouche à quatre pattes. Elle revient 5 min après et se permet  » je ne savais pas que vous étiez infirmière, je n’aurais pas perdu du temps à vous expliquez« .

Je ris jaune sentant la catastrophe arrivé, je suis totalement incapable de bouger, je ne sens plus du tout mon corps.

A 11h30 la péri m’as donc immobilisée et on me demande de pousser !! ah ah coment faire quand son corps est complètement anesthésié!

A 12h, on décide de me faire une césarienne en urgence. Très très mauvais souvenir, je vous donne les quelques phrase que l’on m’a dites:
– en sortant mon fils  » allez hop moins 10kg, la prochaine fois vous les perdrez avant »
– personne ne m’as montré mon enfant
– pendant qu’il me recousait le gynéco m’as engueulée parce que je bougeais, c’était les sanglots que j’avais qui faisaient bouger mon ventre

J’ai extrêmement mal vécu cette naissance volée, je suis aujourd’hui bien déterminée.  Pour le prochain bébé, j’accoucherai chez moi. Le plus loin possible de ce corps médical méprisant.