Morgane, la naissance en siège de Siham

2 Mar

Récit de ta naissance

Quelques  jours avant notre mariage, le coeur du bébé que je portais s’est arrêté. Tristesse et colère ne durèrent pas car les préparatifs reprirent et l’arrivée des amis et de la famille nous permirent alors d’avancer et de faire notre deuil surement plus rapidement.

Cet espoir d’enfant était toujours présent et c’est avec joie et craintes que j’ai appris ton installation au début du mois de juillet. Je guettais chaque symptôme, de peur de te perdre toi aussi mais tout se passa bien. Notre déménagement, notre premier été dans le sud, mon ventre s’arrondissait. Souvent triste et perdue d’être ici seule, j’essayais de ne pas trop te communiquer tout ça !

De grandes discussions avec ton papa, car j’avais décidé, suite à la naissance de ta soeur, de tout faire pour éviter de remettre les pieds dans une maternité. Tu naitrais donc à la maison, chez nous, sans fil ni appareil, sans blouse blanche ni protocole.

Tous les mois les rendez-vous avec J et F, et Aude, pour préparer ta venue, beaucoup de lectures pour moi pour me préparer à t’accueillir, certes dans la douleur, mais aussi dans la sérénité la plus grande possible. Nous ne savions pas alors si tu étais une fille ou un garçon, on savait que tu allais bien, moi aussi, et c’était là l’essentiel.

Ton arrivée devait se faire autour du 23 mars, Tout se présentait parfaitement bien.

12 mars: dernier rdv avec J avant le jour J. j’ai du mal à connaitre ta position, je ressens des coups dans des endroits bizarres. Je trouve ta position étrange elle aussi et me demande de faire une échographie de contrôle. Grande peur… Si tu t’es mise tête en haut, tu ne pourras pas arriver dans la chaleur de notre foyer. Je me vois déjà à Nimes, dans cet endroit impersonnel, qui me rappellera tant l’arrivée de Nawel. Spectatrice…et puis l’angoisse… Si tu te décidais maintenant, ils ne chercheraient pas à comprendre, on t’ôterait de moi au scalpel.

J’arrive à avoir un rdv pour une échographie l’après-midi même, à Avignon. La sage femme me confirme ce que l’on craint: tu es en siège décomplété. Il reste peu de liquide, tu as donc peu de chances de te retourner.

J’appelle Aude qu’elle me fasse une ordonnance pour passer le pelviscanner, au moins pour essayer de négocier un accouchement par voie basse. J’informe J et F qui me disent qu’il faut y croire, que tu peux encore faire la bascule. Je n’y crois pas. Ton papa insiste et me trouve un rdv le lendemain matin pour un pelviscanner à Arles.

13 mars: pelviscanner à Arles. Je rumine… J’ai tellement peur qu’on me vole ta naissance. En sortant je me dis que cela ne coûte rien de monter à la maternité et voir. Au secrétariat, tout est calme, le service est calme, personne n’attend ni ne coure. Une sage-femme me reçoit gentiment, je lui explique tout: notre projet d’AAD, la naissance de ta soeur que je ne souhaite pas revivre, ta position…Elle m’écoute sans juger, me rassure. Elle prend alors les choses en main, m’envoie faire des analyses au labo de l’hôpital, voir l’anesthésiste, me donne rdv pour le lendemain. Les choses s’éclaircissent, je me sens rassurée, en confiance (autant que faire se peut devant mon projet qui s’écroule). Peut-être n’aurais-je pas mon AAD.. mais je pourrais peut être finalement avoir mon accouchement par voie basse et sans péri.

14 mars: je pars chercher les résultats du pelviscanner puis me rends à la maternité. Je vois H, 1h15 de rdv, on revoit tout, fait mon dossier. Col ouvert à 2. Je vois ensuite le Dr M. chef de service : écho qui confirme le siège, ta petite taille. Accord de principe pour une voie basse mais sous conditions: péridurale dès le début du travail, monitoring constant, poche des eaux intacte…bref mon rêve d’accouchement naturel s’éloigne doucement. J’essaie de commencer mon « deuil » pour me concentrer sur ton arrivée.

15 mars: dernier rdv avec Aude. Acupuncture et relaxation. Elle m’aide à accepter ce revirement de situation, à envisager la césarienne, à pleurer.

Je reprends ma tisane de framboisier… tu peux maintenant arriver, je ne serai pas césarisée d’office. Je t’attends et profite de nos derniers moments si proches. je tourne en rond et guette les signes. Les contractions ne sont pas plus nombreuses ou douloureuses que d’habitude.

16 mars: Avec ton papa nous décidons d’aller à Montpellier. Nous passons la journée en famille. Nous emmenons Nawel à l’aquarium, l’après-midi je contracte pas mal. J’hésite à aller voir J. J’ai parfois l’impression que tu t’es retournée et puis non… Je sens que ça travaille un peu. Pendant le dîner, les contractions, non douloureuses, sont aux 10 min. Nous reprenons la route et en arrivant, plus rien. Ca ne sera donc pas pour aujourd’hui.

17 mars: 5h50. Je suis réveillée par une contraction. Je me lève et attend de voir si elle est suivie. Une autre vient environ 10 minutes après. Ça tire. J’avais presque oubliée cette douleur. C’est fort. Je te parle et prend 2 spasfon avant d’aller réveiller ton papa. Malgré le spasfon, les contractions se rapprochent et tirent vraiment. Je pense que c’est aujourd’hui que tu vas nous rejoindre.

6h35: je me glisse dans notre lit et demande à ton papa s’il a bien dormi car la journée risque d’être riche en émotions. Il se lève.

Je gère au mieux, respire, vocalise. C ‘est très fort et je peine à garder le contrôle. Les contractions se rapprochent et sont vraiment douloureuses. Je dois me concentrer.

6h45: M appelle ton grand père et ta grand mère pour qu’ils viennent s’occuper de Nawel. Je commence à compter le temps, je sens que ça va aller vite ! Je gère les contractions étirée, sur la pointe des pieds, je m’étire sur le ballon posé sur le dossier du canapé, je demande à M de charger les affaires.

7h30: nous réveillons Nawel pour la préparer à notre départ, devant elle j’essaie de parler, de faire comme ci… Je finis de préparer les sacs, ne rien oublier.

Les contractions reviennent toutes les 3 minutes environ et sont maintenant difficilement gérables.

8h15: Tes grands parents  arrivent (ton papy était au marché, et ils ont loupé la sortie…bref quasi 1h30 pour venir). ENFIN. Je sais qu’il faut qu’on parte vite. Dernières recommandations pour Nawel et la maison. Un dernier bisou à notre grand bébé qui sera très bientôt notre « ainée ».

8h20 : nous montons en voiture. Impossible pour moi de m’asseoir, je suis à genoux, dos à la route et je m’accroche à l’appui tête. Je me concentre, te parle, me parle « respire doucement, accompagne, souffle, laisse monter, laisse partir… ». Je jette de temps en temps un oeil à la route pour voir où nous en sommes.

Je perds ensuite le fil du temps. Nous arrivons à la maternité 15 ou 20 minutes après notre départ de Bellegarde. Je ne peux pas tout de suite descendre de la voiture, une contraction me cloue sur place. Il pleut. je me vois dans la vitre d’entreé de l’hôpital ronde pour encore quelques heures. c’est désert, calme et silencieux.

Une contraction dans le couloir puis une dans l’ascenseur, une autre contraction m’empêche d’en sortir. Une dame vient me chercher (surement celle que j’avais eu au téléphone pour prévenir de notre arrivée).Un couloir, M part s’habiller. J’entends la femme dire à une sage femme de se dépêcher car ça cogne fort. Elle a dû voir à ma tête que leur super plan péri/monito ne pourrait pas se faire !

Arrivée en salle d’examens, M revient, j’ai peur, je perds pieds quelques secondes et pense ne jamais y arriver. Une femme veut m’examiner, l’environnement m’effraie, je veux rester debout, dans ma bulle, pendue à mon homme, ne pas voir ce qui se passe autour. M me calme, me parle. Je reprends le dessus et laisse la sage-femme m’examiner. Elle crie à ses collègues « une complète » (charmant non ?), ça j’aurai pu le leur dire. Je panique un court instant, je n’aurai donc pas de péridurale qu’ils m’avaient dit qu’ils poseraient dès mon arrivée ! et puis je réalise ! Ils ne pourront pas me faire leur péri !!!! j’ai tout fait ! on y est ! Je suis heureuse avant qu’une nouvelle contraction me rappelle qu’il reste des efforts à fournir. La sage-femme redemande si la poche des eaux est intacte…. oui ! je le saurai ! et là… plouch ! le déluge ! je sens quelqu’un me poser une perfusion. Je vois le Dr M., je sens l’échographie rapide.

Je demande M, Il faut qu’il reste devant mon visage je ne veux pas voir tous ces gens qui s’activent et se pressent. Je lui parle mais ne me souviens pas du tout de ce que je lui dis. ça recommence et cette fois je sens que tu arrives, j’essaie de me concentrer pour pouvoir pousser efficacement. Tu avances vite et je sens tout, tout ton petit corps. je reprends mon souffle et pousse encore. Cela me soulage. Et puis à un moment, plus de contractions. je panique car ta tête n’est pas encore sortie et que je n’ai plus cette envie de pousser. J’entends les gens m’encourager. Le Dr M (l’autre) entre et me dit qu’il faut y aller ! Je me reconcentre et pousse, pousse encore. Voilà, je te sens, ta tête passe. J’ai franchement l’impression qu’elle est énorme, que jamais je n’arriverai à te sortir de là ! Je pousse une dernière fois et enfin, te voilà. On te pose sur mon ventre quelques instants puis quelqu’un t’emmène. On me dit juste que tu es sonnée. Je dis à ton papa d’aller avec toi. Le Dr M me dit « Vous ne la vouliez vraiment pas cette péridurale hein ? » je lui raconte alors que notre arrivée tardive n’était absolument pas voulue.

Les soins commencent, on te remet sur moi. J’ai peur, je ne veux plus qu’on me touche. je tremble comme une feuille. Je viens d’accoucher par voie basse, sans péridurale, sans épisiotomie, d’un bébé en siège et je ne supporte pas que la doc répare la toute petite déchirure qui en résulte. Mon corps a du mal à se remettre de la tempête qu’il vient de vivre. On me met donc sous gaz hilarant le temps de la couture.

Enfin c’est fini. Je peux te reprendre, tu es là, avec nous. Je demande finalement à quelle heure tu es arrivée: 9h01, soit 20 minutes entre notre arrivée dans le service et ta naissance. Je n’en reviens pas. Je pleure, je l’ai fait, j’ai réussi. Tu es là, et les médecins ne m’ont pas touché. j’ai tout géré avec ton papa et toi. Je suis fière, émue bouleversée. C’était tellement intense et en même temps tellement réel. Je peux dire que je t’ai mise au monde. J’admire ton papa qui n’a pas perdu son sang froid et qui m’a vraiment accompagné.

Il doit être 10h30 j’ai faim, nous appelons famille et amis pour annoncer ton arrivée, la plupart ne nous croit pas, aussi rapide?? Têter te demande trop d’efforts pour le moment, je te laisse dormir.

Il est 11h30, ce dimanche 17 mars 2013 et enfin nous voilà en chambre tous les 3 et nous commençons notre nouvelle vie. Tu es belle ma fille, tu ressembles à ta soeur. C’est sans appréhensions et avec une joie immense que je te berce contre moi.

Je passerai sur les « détails » du séjour à la maternité… vraiment pas agréable, protocolaire. Méconnaissance de l’allaitement, pression, non dialogue… bref tout ce que je redoutais.

SI prochain bébé il y a, je resterai sur un projet d’AAD mais si je devais accoucher en structure je demanderai une sortie précoce le jour J, pour ne pas être séparée de mes grandes, pour me sentir bien chez moi et ne pas avoir de compte à rendre quant aux heures, durée des têtées etc…

Certes mon projet ne s’est pas réalisé comme il devait, mais je pense au plus profond de moi que cela est arrivé pour une raison. Peut être n’étais je pas encore prête ? Cet accouchement m’a tout de même réparé du premier, il m’a donné confiance et force. Je suis maintenant informée et éclairée et accompagne au maximum la défense de l’aad, pour que toutes les femmes qui le souhaitent et le peuvent continuent à avoir ce choix.

3 Réponses to “Morgane, la naissance en siège de Siham”

  1. Soizic 20 mars 2014 à 13 h 33 min #

    Quelle émotion en te lisant … la déception de devoir abandonner ton projet, le soulagement quand au déroulé de l’accouchement …
    Merci !

  2. Géraldine 21 avril 2014 à 15 h 21 min #

    Quel beau témoignage, j’en suis encore toute émue.

  3. nounou25 31 août 2014 à 13 h 35 min #

    Bonjour, je trouve ton post beau et touchant au niveau relationnel entre mère et enfant…. Mais je suis beaucoup plus touchée par les 800 femmes qui meurent chaque jour suite à des problèmes lies à la grossesse( hémorragie lors de l’accouchement ou post partum, infections lors de la grossesse ou autre… Et oui en 2013 230 000 femmes sont mortes dans le monde( Afrique subsaharienne et Asie du Sud principalement) On aime prendre un spasfon quand on a mal mais pas de blouse blanche et de monitoring… Réfléchissons un peu… Et oui chaque année 230 000 enfants ne vont jamais connaître leur mère…c’est dure alors arrêtez svp avec les aad…

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