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#346 Le deuxième accouchement d’Abigaïl, Québec 2010

10 fév

Après une première grossesse et une naissance très médicalisées (récit #334), j’ai la chance d’emménager au Québec dans une région qui compte une maison des naissances. Les sages-femmes acceptent de m’accompagner pour un AVAC. Le suivi est tel que je l’avais attendu : grande écoute, échanges égalitaires, aucun geste posé sans en avoir pesé, ensemble, le pour et le contre. Je ne veux aucune intrusion, pas d’échographie, surtout pas d’amniocentèse. Quelques analyses de sang et d’urine, la prise de tension et l’écoute du cœur du bébé sont les seuls examens pratiqués.

Le bébé est tonique, bien vivant, je le sens s’activer dès le quatrième mois. Au septième mois, il s’installe tête en bas. Je suis rassurée : la présentation par le siège était la cause de ma première césarienne.

Chaque semaine à partir du 9e mois, je rencontre en alternance I. et C., chez moi ou à la maison des naissances. Pour un premier accouchement (je n’ai pas été en travail pour la naissance de ma grande fille), elles ne s’attendent pas à ce que le bébé arrive avant 41 semaines, et me disent être à l’aise avec ça. C. insiste pour que je me repose. J’ai de nombreuses insomnies et le dos douloureux. Le bébé bouge encore beaucoup. Sa tête est bien engagée dans le bassin.

39 semaines et 3 jours, lundi – Je me rends à la maison des naissances pour rencontrer I. et sa jeune stagiaire. I. me parle du décollement des membranes et de l’acupuncture pour activer le processus, puis me propose, si rien n’a évolué, de rencontrer vendredi un gynécologue de l’hôpital pour discuter de leurs protocoles, voir s’ils accepteraient de tenter un déclenchement médicamenteux et à partir de quel moment il faudrait envisager une césarienne d’office.

Cette proposition me terrifie. Je sais que s’il constitue un avantage indéniable, un accompagnement non médicalisé ne garantit en rien la réussite de mon projet, pourtant je refuse d’envisager l’éventualité d’une nouvelle césarienne.

J’ai le sentiment que les sages-femmes me lâchent à quelques mètres de la ligne d’arrivée. J’essaie d’en parler à mon conjoint, mais il ne mesure pas l’ampleur de mon désarroi. Je lui en veux. Comme d’habitude en pareil cas, je m’applique à contenir les émotions trop fortes et « j’encaisse ».

Mercredi – I. vient chez moi et j’accepte le décollement des membranes. C’est moins douloureux que ce qu’elle m’avait prédit, mais elle n’a pas réussi à passer le col. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le travail commence.

Jeudi – J’appelle C., c’est elle qui est de garde. Les contractions sont intenses, espacées de quinze à trente minutes. A chaque fois je respire profondément, j’émets des sons graves comme je l’ai appris en cours de yoga prénatal. C’est douloureux, mais je suis heureuse, excitée: je vais bientôt rencontrer cette petite personne qui a mûri dans le secret de mon ventre! Les contractions s’espacent puis se rapprochent, s’espacent à nouveau. Je dors peu. Je suis fatiguée. C. me conseille de prendre des cachets de Gravol.

Vendredi – Le col n’est pas encore effacé. J’ai une séance d’acupuncture à midi. Accueillir les contractions en restant immobile est difficile, mais le calme de la salle est apaisant.

Mon conjoint me conduit ensuite à l’hôpital pour une échographie : C. souhaite un bilan (la demande est ferme). La jeune gynécologue est chaleureuse mais pressée, elle pose deux, trois questions très vite puis m’invite à m’allonger sur le dos, dans une position particulièrement inconfortable, douloureuse (comment peut-on imposer à une femme d’accoucher ainsi?). Elle nous demande si nous voulons connaître le sexe du bébé et si elle doit nous signaler une malformation visible. A quelques heures de la naissance, je trouve ça ridicule. Je détourne la tête pour ne pas voir l’image sur l’écran. J’ai des sueurs froides, je veux sortir. Mon conjoint croit avoir entendu la gynécologue parler du bébé en disant « elle ». Le bilan est positif : le petit va très bien. Je n’avais pas besoin de l’échographie pour savoir ça!

Samedi – J’ai une nouvelle séance d’acupuncture le matin. Je parle beaucoup au bébé, pour l’encourager à venir. Il s’active encore. Je suis très fatiguée.

Nous passons la fin de l’après-midi chez des amis qui habitent le bord du fleuve. Il fait incroyablement beau et chaud, nos filles s’amusent dans le jardin. Je mange avec appétit puis vais m’allonger. Les contractions se rapprochent: toutes les cinq minutes. C. nous retrouve chez nous, le col est dilaté à trois centimètres. Nous pouvons partir pour la maison des naissances!

Le trajet en voiture me semble long, et en même temps j’apprécie cette bulle dans la nuit, seule avec mon homme. L’autoroute est déserte. A chaque contraction je serre fort la poignée de la porte. Je suis très concentrée sur l’instant présent.

Nous sommes les seuls « clients » ce soir, C. nous oriente vers la chambre la plus grande et la plus fraîche, allume une lampe de chevet, je ne garde que ma tunique et je m’installe sur le ballon, face au grand lit, avec des oreillers pour enfouir ma tête. La sage-femme apporte de l’eau fraîche, montre à mon conjoint les points d’acupression, pour soulager la douleur, en bas de mon dos, puis s’installe dans la chambre de l’autre côté du couloir.

Je fais rouler mes hanches sur le ballon et continue à respirer profondément. Les contractions s’installent comme une routine, les stations d’un petit train en marche, toujours les mêmes, sans accélération, le moteur ronronne, ça tourne en rond.

On met en route le ventilateur au plafond, puis on l’arrête malgré la chaleur : trop de courants d’air. Je bois beaucoup, je vais plusieurs fois aux toilettes. J’aime cette petite pièce avec une grande douche, sans fenêtre, j’aime ces courts moments de solitude, même si les contractions sont plus dures à passer agrippée au lavabo ou assise sur la cuvette. Je jette à chaque fois un coup d’œil à la salle de bain attenante, à la grande baignoire, j’ai hâte de pouvoir me glisser dans l’eau chaude pour la poussée et d’y accueillir mon bébé en douceur.

Les heures passent sans que je m’en rende compte. J’ai faim, C. apporte un croissant avec de la confiture, je ne trouve pas ça très bon et ça ne m’apporte pas l’énergie espérée. Elle vérifie la dilatation du col après une contraction. C’est inconfortable, intrusif, je n’aime pas me retrouver sur le dos à regarder le plafond, cela me « décentre » un peu plus. Pas d’évolution.

C. installe le tire-lait électrique pour stimuler la production d’ocytocine. L’effet est spectaculaire : les contractions sont nettement plus intenses, très rapprochées, l’une à peine passée que l’autre démarre derrière, dans ce crescendo-decrescendo que je commence à bien connaître. Je crie pour de bon, je m’agrippe au coussin devant moi, mon conjoint ne détache pas ses pouces de mon dos.

Dimanche – Le jour commence à poindre et je me sens épuisée, découragée. Je m’accroche à l’espoir que les choses ont avancé, mais le col n’est qu’à cinq centimètres. Les contractions diminuent un peu en intensité et en fréquence. C. me propose un transfert à l’hôpital pour une péridurale, le repos pourrait avoir un effet bénéfique sur le travail. Elle va négocier avec les médecins pour qu’ils « ne sortent pas le scalpel trop vite ». J’accepte avec soulagement.

C. prévient l’hôpital. L’ambulance arrive en quelques minutes, je dois m’allonger sur la civière, sous une couverture, même sur le côté c’est peu confortable. Dans l’ambulance, C. serre ma main et me regarde dans les yeux pour me soutenir pendant les contractions. Elle répond aux questions d’usage. Elle explique que les sages-femmes suivent uniquement des femmes en bonne santé, dont la grossesse se déroule sans problèmes. Il ne s’agit pas d’une urgence : la mère et le bébé vont bien, mais elle veut bien vérifier la rapidité de l’ambulance sur le nouveau tronçon d’autoroute. Dix-sept minutes exactement. Mon conjoint nous a suivies en voiture.

Je reconnais à peine l’entrée des urgences. La civière change de mains. Les néons au plafond défilent, j’arrive dans une petite salle à la lumière tamisée. Je dois me déshabiller, enfiler la blouse d’hôpital et ne plus boire. Pourtant il fait chaud et j’ai soif. Il y a une infirmière d’un certain âge, sympathique, visiblement expérimentée, et la jeune gynécologue qui a pratiqué l’échographie vendredi. C. lui expose la situation. La gynécologue écoute attentivement puis m’ausculte. Le trajet en ambulance a produit son effet : le col est à huit centimètres. Elle me propose de rompre la poche des eaux pour accélérer le travail (indolore) ; elle est prête à tenter une petite intervention médicamenteuse d’ici quelques heures. C. me sourit, les chances sont bonnes que j’accouche par voie basse.

Je demande une péridurale. Le temps que l’anesthésiste arrive, je retire les fils du moniteur qui enregistre les battements de cœur du bébé et je marche un peu dans la salle. Je continue de respirer profondément à chaque contraction.

L’anesthésiste a le geste rapide et sûr, je sens à peine l’aiguille pénétrer dans mon dos, très vite je n’ai plus de sensations au niveau du ventre et du bassin. Je dois maintenant rester en position semi allongée, sur le côté gauche, pendant que le produit passe goutte à goutte dans le cathéter. C. conseille à mon conjoint d’aller se reposer dans la chambre qui m’a été attribuée. Elle reste près de moi et parle avec l’infirmière. Tout est calme. Je m’endors.

Lorsque je me réveille, l’équipe a changé. La nouvelle infirmière, postée devant l’écran du moniteur, se présente. La nouvelle gynécologue est aussi jeune que la première, très calme, un peu froide malgré son sourire. Le col n’a pas bougé depuis la première auscultation. L’infirmière explique que les contractions se sont encore espacées, la gynécologue est soucieuse, elle approuve la proposition de l’infirmière de me faire changer de position régulièrement.

Je suis perplexe : je n’ai pas senti le changement. Les choses se passent en dehors de moi, sur le moniteur, je dois m’en remettre à l’infirmière pour suivre l’évolution du travail. Lorsque j’avais toutes mes sensations, je ne contrôlais rien, mais je pouvais dire « c’est intense, ça avance », ou bien « mon corps fatigue, il y a quelque chose qui cloche », je pouvais chercher la position qui faciliterait le travail. Je voudrais me lever, bouger, accompagner de nouveau mon bébé dans cette incroyable aventure. Mais je suis coincée sur ce lit d’hôpital, avec ces fils et ces tuyaux qui m’encombrent.

L’infirmière lève un de mes genoux, déplace une épaule, fait tourner ma tête, je suis comme un pantin que l’on manipule, avec sérieux et application. Je garde la position une vingtaine de minutes, puis le manège recommence. Je discute avec C. pendant un petit moment, puis elle m’invite à dormir à nouveau pour récupérer un peu d’énergie: j’en aurai besoin pour la poussée.

J’ouvre les yeux sur une chaise vide, C. est rentrée chez elle se rafraîchir. La gynécologue est là. L’infirmière lui explique que les contractions se sont rapprochées, c’est une bonne nouvelle. Mais à l’auscultation, surprise: impossible d’atteindre le col, le bébé semble s’être désengagé du bassin, c’est comme si l’utérus « contractait à l’envers ». La gynécologue dit: « c’est tannant », d’une voix monocorde, sans émotion. Elle invite l’infirmière à m’ausculter à son tour, l’infirmière constate que le col est inaccessible, que le bébé est remonté, la gynécologue répète : « C’est tannant ». Après avoir scruté l’écran du moniteur, elle me regarde, elle est très calme. Les signes vitaux du bébé sont bons, mais elle craint une rupture utérine. Il va falloir procéder à une césarienne.

Mon cœur veut sortir de ma poitrine. Non, ce n’est pas possible, pas une nouvelle fois, après ce que j’ai donné depuis trois jours, vous n’allez pas me découper le ventre alors que le bébé va bien! Je voudrais hurler, pleurer, cette parfaite inconnue n’a pas de cœur, elle ne sait pas ce qu’elle dit, elle ne se rend pas compte que ses mots m’anéantissent, alors que je suis seule dans cette chambre… Où sont passés ceux qui devaient me défendre, me protéger de l’intervention des médecins ? Ma voix s’étrangle : « On ne peut pas attendre? », attendre que mon corps fonctionne à nouveau à l’endroit, attendre que C. soit revenue, qu’elle donne son avis, attendre que mon conjoint, le père de ce bébé, soit à mes côtés?

La gynécologue considère qu’il n’y a pas de temps à perdre, avec un antécédent de césarienne, après quatre heures sans résultats satisfaisants, c’est le protocole. Elle n’arrête pas de dire : « C’est tannant », avec ce rictus insupportable, ce pseudo sourire sans compassion. Elle est tellement calme! Je ne peux pas croire qu’il y ait urgence.

L’infirmière a appelé C., on est allé chercher mon conjoint. Ils écoutent le médecin, C. acquiesce, je tombe en pleurs. La gynécologue dit : « Elle est déçue », l’infirmière se penche vers moi : « C’est pour ton bien et celui du bébé. » Je vois d’ici la suite : les bras en croix sur la table d’opération, les mains inconnues qui s’affairent, le premier cri dans le vide, hors de ma vue, l’impossibilité de me lever pendant 24 heures, la douleur postopératoire, le séjour prolongé à l’hôpital avec le bruit, le dérangement constant… Je demande combien de temps je vais devoir rester, la gynécologue répond trois, quatre jours.

Le brancardier arrive, je me laisse porter comme une pauvre chose sans vie, n’étaient les larmes qui coulent en flot ininterrompu.

L’homme qui me conduit au bloc est petit, d’âge mûr, jovial. Je vois son visage à l’envers et les néons qui défilent, le trajet me semble labyrinthique. Dans l’ascenseur, il tente une  plaisanterie. Je réponds sur le même ton et souris à travers les larmes. Il me souhaite bon courage et me laisse dans le couloir en attendant que l’équipe soit prête pour l’intervention. Une femme me demande si je porte des prothèses dentaires, si je suis allergique à un produit ou à un autre, je réponds sans être très sûre.

Un autre homme pousse le brancard dans la salle froide, à l’éclairage cru. Elle est remplie de matériel et d’appareils de toutes sortes, j’entends qu’il y a plusieurs personnes. L’homme m’explique ce qui va se passer, qui va intervenir, à quel moment mon conjoint pourra me rejoindre. Avec ses doigts, il essuie une larme sur ma joue et prononce un mot gentil.

On me dépose sur la table, on met un chapeau sur mes cheveux et quelques capteurs sur ma poitrine, on tend un drap entre mon ventre et mon visage. Je reconnais les voix des deux gynécologues que j’ai vues ce matin, la deuxième a fait revenir la première et lui explique la raison de l’intervention. On vérifie l’effet de l’anesthésie, puis l’opération commence.

Les médecins observent ma cicatrice, je pense au petit lézard tatoué au bout de cette première ligne, j’imagine qu’il y en aura bientôt une autre, au-dessus. Je retiens mes sanglots de peur que cela me fasse bouger et gêne l’intervention. Mon conjoint est à côté de moi, il me parle, comme la première fois je ne le reconnais pas tout de suite à cause du masque qui couvre la moitié de son visage. L’incision est très rapide, je sens des mains qui poussent vigoureusement sur le haut de mon ventre, mon corps est secoué, j’attrape la main de mon conjoint et la serre très fort, cela dure une éternité, c’est impressionnant comme ça secoue!

Je sens le bébé sortir et je l’entends crier, il change de mains, mon conjoint me laisse, quelqu’un dit : « C’est quoi? », je tourne la tête, tends le cou, moi aussi je veux savoir, montrez-le moi! Mon conjoint revient vers moi, m’embrasse et me dit : « Merci ». Je sais alors que c’est une fille, je suis heureuse, je souris.

Mon conjoint tient notre petite fille serrée dans un linge, près de mon visage. Je la regarde avec un sentiment d’étrangeté, de distance, j’ai du mal à l’imaginer avec le nom que nous lui avons choisi. Mon conjoint repart avec elle. Lorsque la suture est terminée, on me conduit en salle de réveil. Je grelotte, on m’enveloppe dans une couverture chauffante. On me demande si je souhaite avoir mon bébé près de moi, mais je suis dans un état second, comme ivre, je préfère rester seule le temps de reprendre pied.

A travers le brouillard, j’entends le « bip, bip » de l’appareil qui prend ma tension à intervalles réguliers, la conversation animée d’un homme et d’une femme à l’autre bout de la pièce.

Dans la chambre, C. et mon conjoint se tiennent debout, la petite pleure contre le torse nu de son père. On me transfère dans le lit, on m’aide à me placer sur le côté, avec des coussins pour caler mon dos. Mon conjoint dépose la petite contre mon sein, je la caresse, je lui parle. Elle cesse de pleurer et boit pour la première fois.

1er jour – Nous dormons toutes les deux, l’une contre l’autre, pendant un bon moment. L’infirmière m’apporte des cachets, me sert un verre d’eau glacée, prend ma température et ma tension. Elle change et habille la petite, l’emmaillote dans un carré de tissu. Elle m’assure que la coupure sur son épaule, accident survenu durant l’opération, est superficielle. Il fait très chaud malgré le courant d’air qui passe par la fenêtre ouverte.

Mon conjoint revient avec sa mère et notre grande fille dans l’après-midi. L. s’approche doucement de sa petite sœur, grimpe sur le lit pour mieux la voir, elle la trouve mignonne, toute petite. Elle a choisi pour elle une marionnette rose et douce, avec un bonnet pointu, qu’elle offre dans une jolie boîte. Ma belle-mère prend quelques photos, nous discutons un peu, mon conjoint les raccompagne à la maison, dîne avec elles puis me rejoint à l’hôpital.

J’ai faim, mais je n’ai droit qu’à une soupe, un yogourt et un thé. Nouveau changement d’équipe. Les infirmières ne sont pas assez nombreuses pour s’occuper de toutes les patientes, alors on a demandé à mon conjoint de rester ici pour la première nuit. Il installe un matelas par terre, près de la porte, s’allonge et s’endort presque aussitôt. La petite est dans son couffin transparent, elle pleure et je ne peux pas me lever, je peux à peine me redresser, mon ventre me tire. J’appelle mon homme à voix basse, je ne veux pas importuner les mamans dans les autres chambres. Je hausse un peu le ton, il dort profondément, je ne sais pas quoi faire. Finalement, j’appelle une infirmière.

Je suis extrêmement tendue, épuisée. Je dors peu, d’un sommeil agité, le petit corps lové contre le mien.

2e jour – Mon conjoint est parti s’occuper de L. Débarrassée de la perfusion, je quitte le lit avec l’aide de l’infirmière. Je marche avec une extrême lenteur, pliée en deux, jusqu’au minuscule cabinet de toilette de ma chambre. Je prends appui sur le lavabo et regarde mon visage dans le miroir. Je suis effrayante. J’ai les paupières boursouflées et des sillons violacés sous les yeux. Je retire ma blouse, mon ventre est gonflé et douloureux, encore badigeonné d’antiseptique, j’imagine la plaie sous le gros pansement. Du sang coule entre mes jambes. Je pleure.

Après un moment, je mets de la crème sous mes yeux, je brosse mes dents, je savonne mon ventre, délicatement. L’eau fraîche me fait du bien. J’enfile des habits propres et retourne sur le lit à petits pas.

Je garde ma petite fille contre moi, je la couve des yeux. Elle est vraiment belle, toute potelée. Avec son nez minuscule, ses joues rondes, sa bouche en cœur, qu’est-ce qu’elle ressemble à sa sœur!

C. prend de nos nouvelles par téléphone. A cause de la chaleur, la petite fait un peu de fièvre, elle perd plus de poids que ce qui est toléré, il semble qu’elle se déshydrate malgré ses nombreuses tétées. L’infirmière a suffisamment d’assurance pour retarder le moment d’alerter la pédiatre, elle sait que les examens peuvent être longs, et les traitements contraignants. Mais la fièvre persiste. Une consultation avec le médecin est prévue ce soir. Je demande à mon conjoint de revenir après le dîner, je m’attends à ce que ce soit éprouvant et je ne veux pas être seule.

Nous attendons longtemps. Finalement, une jeune infirmière que je vois pour la première fois vient prendre notre bébé. Elle nous parle à peine, ne se présente pas, ne nous demande pas notre permission, ne nous propose pas de l’accompagner. Je suis indignée. Je fais quelques pas dans le couloir, tout est silencieux, on entend juste les pleurs d’un petit. Je ne sais pas où cette femme est allée avec ma fille, je ne connais pas les lieux, je n’avais pas même vu le couloir jusqu’à ce soir. Je n’ose pas aller plus loin. J’hésite à envoyer mon conjoint, je me dis que l’infirmière va revenir bientôt.

Nous restons 3/4 d’heure sans nouvelles.

Je craque. Rien ne s’est passé comme je l’avais prévu! J’aurais voulu que mon bébé soit accueilli dans un lieu intime et chaleureux, pas sous les néons d’une salle d’opération, entre des mains anonymes. J’aurais voulu qu’on permette à mon corps de faire son travail jusqu’au bout, à son rythme, sans l’interrompre d’une manière si agressive. J’aurais voulu qu’on nous laisse en paix, ma fille et moi, pendant les premiers jours de notre rencontre. J’aurais voulu que cet accouchement répare les blessures laissées par le premier. Il ne fait que les raviver. Je me sens trahie, abusée, mutilée.

Mon conjoint m’écoute, me réconforte, me dit sa fierté.

La pédiatre n’a rien décelé d’inquiétant, mais elle propose de donner un supplément pour aider notre fille à reprendre du poids. Elle souhaite également avoir un échantillon d’urine pour s’assurer qu’il n’y a pas d’infection. Malgré leur discrétion, les infirmières nous réveilleront quatre, cinq fois durant la nuit pour vérifier la petite poche placée dans sa couche. A la lueur de la veilleuse, l’une d’elle me dira tout bas : « Elle est belle en maudit, ta fille. ».

3e jour – L’infirmière qui avait attendu avant de signaler la fièvre reprend son service. Elle obtient de la pédiatre qu’elle passe nous voir entre deux rendez-vous, j’entends ainsi le diagnostic de sa bouche et peux lui poser directement mes questions. Pour ne pas perturber l’apprentissage de la succion, le supplément est administré durant les tétées, à l’aide d’une seringue et d’un tuyau très fin. Je dois appeler une infirmière à chaque fois que j’allaite, c’est pesant.

Il fait moins chaud, la température de ma fille tombe.

La gynécologue qui m’a opérée me rend visite. Elle a toujours ce sourire étrange, distant, cette voix monocorde et traînante. Elle me demande si les antalgiques sont efficaces. Avec précaution, elle palpe mon ventre toujours gonflé, tendu, douloureux. De l’air a pénétré durant l’intervention, il devrait disparaître progressivement d’ici quelques jours. La plaie semble bien cicatriser. Si la pédiatre le permet, la gynécologue est prête à nous laisser partir dès aujourd’hui. L’infirmière est moins optimiste, on n’a toujours pas réussi à prélever les quelques gouttes de liquide nécessaires pour l’examen, et les formalités de sortie prennent du temps.

Nous ne parlons pas de la manière dont s’est passé l’accouchement. Mon chagrin est tellement grand, j’ai peur de craquer en présence de cette étrangère. Devant elle comme devant les infirmières, je fais bonne figure, je souris. Je veux juste être tranquille et retourner chez moi, auprès des miens.

Lorsque ma grande fille et ma belle-mère reviennent, la petite est endormie sur le côté, dans son couffin, une petite main potelée glissée sous le menton. Enveloppée dans un linge blanc, elle a l’air paisible, angélique. Nous restons longtemps à la contempler.

Il fait gris, des nappes de brouillard couvrent les hauteurs de la ville. J’ai du mal à reconnaître le quartier depuis ma fenêtre. Il y a des parkings, un immeuble de bureaux, un supermarché, une tour d’habitations qui me rappelle l’hôtel sinistre, en banlieue de Prague, où j’étais descendue lorsque j’étais étudiante.

La nuit venue, je sens l’angoisse qui monte. L’éclairage blafard accentue la vétusté de la pièce, je n’en peux plus du bruit continu des ventilateurs sous la fenêtre, du lit inconfortable, des murs nus, sans âme, de la poussière qui colle à mes pieds sur le carrelage froid. Je ne connais du service que ce bout de couloir où passe parfois une femme en travail, parfois une mère berçant son bébé, l’employé chargé du ménage ou celui qui distribue les repas, et une multitude d’infirmières dont je n’arrive pas à retenir les noms. L’hôpital est une immense machine dont je ne perçois que quelques rouages, un pays hostile dont je ne sais ni la géographie, ni les usages. Dans un demi-sommeil j’imagine qu’un médecin sadique, tout droit sorti d’un film d’épouvante en noir et blanc, profite de mon infirmité pour tester sur moi un produit douteux.

4e jour – Je ne désire qu’une chose, rentrer à la maison. Les résultats des examens ne sont pas encore arrivés, mais ma fille se porte bien, elle a repris du poids et tète correctement. L’infirmière prend rendez-vous avec le pédiatre pour la visite de sortie et prépare les papiers à remplir.

Je quitte la chambre pour la première fois: la salle de bain est située à l’autre bout du couloir. Sur un panneau sont affichés des prospectus sur l’allaitement, les coordonnées de différents organismes de soutien aux parents, les photos de plusieurs bébés nés ici, avec des petits mots de remerciements. Je passe devant le petit comptoir d’accueil, il y a un bouquet de fleurs et à l’arrière, de larges fenêtres qui donnent sur le fleuve, scintillant sous le soleil. Je reconnais quelques-unes des infirmières qui se sont occupées de moi ces derniers jours.

La salle de bain est petite, chaude et embuée de la douche prise par une autre maman avant moi. Il y a seulement un tabouret, à côté du lavabo, pour poser les vêtements et les affaires de toilette. Je retire mes chaussures, trop serrées pour mes pieds gonflés. Le sol est mouillé, glissant. J’entre prudemment dans la baignoire. Je ne peux pas encore me redresser complètement. Je ne peux pas me laisser aller tout à fait, les pleurs qui viennent sous l’eau chaude contractent mon ventre douloureux. Ma fatigue est immense.

La gynécologue me rend visite une dernière fois. Elle me donne les consignes : pas de charge lourde pendant dix jours (interdiction de porter ma grande fille), pas de bain pendant deux semaines, visite de contrôle dans six semaines; en cas de douleur aigue, de saignement abondant, se rendre aux urgences; éviter de tomber enceinte avant neuf mois. Elle laisse une ordonnance pour des antalgiques, du fer, un laxatif et une pilule contraceptive.

L’infirmière décolle délicatement le pansement. Elle retire les agrafes une à une et les remplace par des petits morceaux de sparadrap. Après quelques instants, retenant mon souffle, j’ose regarder le bas de mon ventre. Il n’y a qu’une seule cicatrice, étonnamment nette et courte, à l’endroit précis où se trouvait la première.

C’est déjà l’heure du déjeuner. Mes affaires sont rangées, mon conjoint est arrivé avec le siège pour transporter la petite, nous avons rempli les papiers pour l’état civil. L’infirmière perçoit mon impatience, elle m’invite à la suivre jusqu’au bureau du pédiatre. Le médecin, un homme d’âge mûr à l’air sympathique, accepte d’examiner ma fille dans les minutes qui suivent. Il la trouve en parfaite santé, particulièrement tonique. Les sages-femmes effectueront le suivi pendant les six prochaines semaines.

L’attente pour les dernières formalités est interminable. Mon bébé pleure beaucoup. J’hésite à demander de l’aide, j’ai peur qu’on découvre un nouveau problème nécessitant de prolonger la surveillance. Une jeune infirmière vient finalement, emmaillote puis berce énergiquement la petite, le bout d’un doigt glissé dans sa bouche. Quand nous quittons la chambre tous les trois, ma petite dort profondément.

Nous sortons de l’hôpital en plein soleil, une brise d’air chaud souffle sur mon visage. J’ai l’impression d’atterrir après un long voyage. En quelques jours, les arbres dénudés se sont couverts de feuilles, les dernières traces de l’hiver ont disparu. Je ne dis pas un mot durant le trajet. Les secousses me font mal au ventre. Je suis en état de choc.

Ma belle-mère a rangé et nettoyé l’appartement, elle a mis des draps propres dans le lit, ça sent le frais. Je pose mes affaires en vrac dans un coin de la chambre. Mon conjoint va chercher notre grande fille à la garderie. Après un temps de retrouvailles, elle retourne à ses jeux habituels. J’essaie de dormir un peu.

Le soir, je rédige et j’envoie par mail le faire-part de naissance, je veux mettre de côté la douleur et rendre le bonheur palpable, que la famille, les amis, les connaissances se réjouissent et admirent notre si jolie petite fille.

Mon bébé dort avec moi. Dans l’obscurité angoissante, je l’écoute, la caresse, la respire, je la presse contre mes seins gonflés de lait. Je savoure son petit corps parfait, presque nu, sans l’entrave du coussin qu’avait porté sa sœur pour réparer ses hanches. Le contact charnel, animal, adoucit un peu la violence de cette mise au monde.

Jeudi, j’appelle I. et tombe en pleurs au téléphone. Elle a eu le compte rendu de l’accouchement par C., j’ai de quoi être bouleversée! Je lui fais part de mes doutes: pour moi, l’infirmière s’est trompée en cochant la case « césarienne en urgence » dans le questionnaire de sortie. Mais C. « a vu la peur dans les yeux du médecin », elle croit que l’intervention était justifiée. I. me conseille le repos absolu, elle m’invite à me concentrer sur le moment présent. Les explications viendront en leur temps.

Aujourd’hui je pleure encore cette naissance et celle de ma première fille.

#342 Deux récits de césarienne dans le 92, France

8 fév

Ma deuxième grossesse s’est aussi bien passée que la première, pas de problème de santé et en pleine forme jusqu’au bout. Seul l’accouchement a été « problématique ».
Lors de la première, j’avais prévu un accouchement à domicile avec mon mari et une sage-femme. J’étais aussi suivie à l’hôpital afin d’avoir un dossier là-bas, au cas où je ne puisse pas accoucher à domicile. J’avais fait un projet de naissance physiologique, très mal accueilli par le responsable du service de maternité. Malheureusement j’ai dépassé le terme (41SA+5jours) et comme à l’hôpital les monitorings ont montré des anomalies de rythme cardiaque, j’y suis restée et j’ai été déclenchée sur un col non mature. Je m’inquiétais pour mon enfant et j’ai demandé une césarienne qui m’a été refusée au motif que ce n’était pas à moi de décider mais à eux. Je crois plutôt qu’il voulaient suivre mon projet de naissance voie basse, ce qui était absurde puisque j’avais bien écrit dedans que je ne voulais cela qu’en l’absence de tout risque. Au bout de 36h finalement j’ai eu une césarienne d’urgence (mon bébé fatigant vraiment) pour échec de déclenchement, après avoir subi la totale: perçage de la poche des eaux, perfusion, ocytocine, péridurale, etc, avec un défilé de personnes dans la salle. Cela dit je n’ai pas souffert mais c’était bien loin de mon idée d’un accouchement de rêve. Ça a été hyper-médicalisé. Mon fils ainé pesait 4,360kg à la naissance. Je l’ai à peine vu, et j’ai du aller attendre seule pendant 2 heures en salle de réveil avec des gens malades qui se réveillaient d’opérations diverses, 2 heures avant de pouvoir mettre mon fils au sein. J’ai eu une cicatrice de travers, avec un gros bourrelet de chair qui s’est formé au-dessus, car la cicatrice était trop basse et les peaux ont adhéré. Difficile de cacher ce bourrelet, visible même sous un maillot de bain.
Pour cette deuxième grossesse, j’attendais des jumeaux. Cela a remis en cause tout ce que j’aurais voulu pour l’accouchement: j’aurais enfin voulu accoucher à domicile, cela n’allait encore pas pouvoir être le cas.

Je me suis inscrite sur des forums de césarisées et me suis documentée sur les bénéfices et risques d’une voie basse de jumeaux sur utérus cicatriciel, comparé à une césarienne itérative. J’ai lu les recommandations scientifiques et mon choix s’est porté sur la voie basse.
J’avais fait une FIV. Le gynécologue qui me suivait, dans une clinique privée des Yvelines où j’habite, m’a tout de suite dit qu’avec lui ce serait une césarienne programmée à 38SA. Quand j’ai voulu argumenter il m’a dit sur un ton sec que je ne trouverai personne qui accepte autre chose et que, si je n’acceptais pas, il faudrait que je trouve un autre gynécologue, qu’il ne me suivrait plus car il ne suivait que celles qui accouchaient avec lui. Sympa!
Je suis ensuite allée voir l’hôpital public d’à côté, où j’avais accouché la première fois, sans beaucoup d’enthousiasme, vu la façon dont avait été accueillie mon projet de naissance de mon ainé. Le même gynécologue responsable de la maternité m’a accueillie et, quand j’ai parlé de ma volonté d’accoucher par voie basse, ce qu’on appelle un AVAC (accouchement voie basse après césarienne), il a été méprisant et très autoritaire, me prenant de haut et me disant que ce n’est pas moi qui décidait, que ce serait une césarienne à 38SA et rien d’autre. J’ai voulu lui donner mes arguments mais il n’a même pas voulu les écouter, pourtant je m’étais longuement documentée sur les risques d’une voie basse sur utérus cicatriciel et sur les risques comparés d’une 2ème césarienne, et j’avais fait mon choix en connaissance de cause, mais il m’a prise de haut en me disant que je ne trouverai personne qui accepte. Il m’a ensuite fait un toucher vaginal, inutile à ce stade, sans ménagement et douloureux.
Ça a été difficile de trouver une équipe qui accepte une voie basse. Grâce aux forums de césarisées, j’ai trouvé dans d’autres départements 2 hôpitaux qui acceptaient une voie basse mais médicalisée (péridurale, puis extraction du 2ème jumeau en allant le chercher à la main). Et j’ai trouvé un groupe physiologique dans le 92 qui acceptait une voie basse non médicalisée, une naissance physiologique. J’ai donc été suivie par une sage-femme libérale de ce groupe, connue pour faire des accouchements à domicile, et j’ai vu à 3 reprises le gynécologue qui participerait. L’accouchement était prévu en plateau technique dans une clinique privée. Le tarif était très cher, et non remboursé par la sécurité sociale.
Le suivi s’est bien passé, hormis le fait que la sage-femme est particulière: elle est persuadée que toutes celles qui ont eu une césarienne ont été victimes d’inceste. Elle essaiera de me « psychologiser » mais sur les forums on m’avait prévenue alors je ne m’en formaliserai pas. J’aurais dû!
Au début mon projet de naissance a été accepté. Le gynécologue m’avait même dit qu’il ne me mettrait jamais la pression sur le dépassement de terme et ne me déclencherait pas et qu’au pire ce serait une césarienne à 42SA.
Puis quand j’ai approché du terme, vers 38SA, je les ai senti se raidir. Tout d’un coup ils voulaient relire mon projet de naissance et remettaient en cause plusieurs choses. Le gyneco voulait me faire des touchers vaginaux inutiles et s’énervait que je refuse (alors que c’était dans mon projet de naissance) et disait que c’était indispensable sans me fournir un argument médical, et se vexait que je demande des explications. Pour lui c’était un manque de confiance de ma part. Alors que j’avais toujours dit et écrit que j’accepterai tout à partir du moment où on me donnait un argument médical. Je les avais choisi pour être intégrée au processus de décision et ne pas subir mon accouchement comme à l’hôpital et j’étais bien déçue.
Ils ont parlé de déclenchement à partir de 39SA et je ne voulais pas. J’avais l’impression de m’être fait avoir: au début ils m’avaient dit que mon projet de naissance ne posait aucun problème, puis à la fin ils remettaient tout en question.
À 40SA+1 jour, les contractions se déclenchent. La sage-femme, qui avait promis de venir chez moi vérifier le col et faire le pré-travail à domicile, refuse et me demande sur un ton directif d’aller à la maternité. J’arrive avec une accompagnante (une mère de 8 enfants rencontrée virtuellement sur Facebook, et ayant accouché chez elle de jumelles). La sage-femme est désagréable, agressive. Je lui dis que j’ai été contrariée qu’elle ne vienne pas chez moi comme prévu, elle me rétorque qu’elle n’avait pas envie que je veuille rester accoucher chez moi. Je lui demande pourquoi un tel manque de confiance, elle me répond que comme je n’ai pas confiance en eux, eux non plus. Je dis que ce n’est pas parce que je refuse certains actes non justifiés que je n’ai pas confiance, et que c’était dans mon projet de naissance, et que je veux clarifier la situation avec elle, qu’on en parle avant que j’aille en salle de travail sinon ça va me bloquer, elle refuse catégoriquement de parler et s’énerve.
Puis elle me fait un toucher vaginal, je ne suis quasiment pas dilatée, et elle râle comme si c’était ma faute!
Je passerai 23h avec elle faisant la gueule, agressive parfois, et me disant des choses désagréables (« de toute façon tu n’y arrivera pas », « le deuxième jumeau ne va pas sortir », etc). A chaque fois que j’étais dans la même pièce qu’elle mes contractions ralentissaient, puis quand elle sortait pour fumer sa cigarette, le travail recommençait à s’intensifier.
Heureusement ma copine m’encourageait.
Quand j’en suis arrivée à 3 de dilatation, le gynécologue est passé pour m’engueuler car je refusais la voie veineuse, et m’a dit que je les « utilisais » (j’appris plus tard qu’il n’avait toujours pas digéré mon refus du toucher vaginal). J’étais en larmes, je ne comprenais pas pourquoi ils m’agressaient alors que si je les avais choisi c’était pour vivre un moment intime et entourée de gens bienveillants. J’essayais de lui demander la raison médicale de me poser à ce moment là une voie veineuse, aucun argument ne me fut donné, ils étaient outrés que je pose la question. L’anesthésiste est venu, m’a expliqué en quoi ça pouvait lui être utile (enfin une personne respectueuse et qui consent à me donner des explications) et bien qu’il n’y ait pas d’utilité absolue (c’est plus du confort pour eux), j’acceptais pour leur faire plaisir.
Puis les heures qui ont suivies je fis tout mon possible pour dilater (montée des escaliers, etc).
La sage-femme vérifie et je suis presque à 7 de dilatation. Elle veut qu’on quitte la salle nature très intime et confortable pour aller en salle de naissance, ce dont je n’ai pas du tout envie. J’ai peur que ça bloque la progression du travail et je demande à rester encore un peu. Refus catégorique de la sage-femme qui m’ordonne de la suivre. Arrivée en salle naissance, elle m’interdit d’en sortir et de continuer à monter et descendre les escaliers. Elle veut que je monte sur la table, je refuse. Ma copine met une couverture par terre et je m’accroupis en me tenant au lit. La sage-femme me fixe d’un air toujours aussi désagréable et mes contractions ralentissent, le travail stagne. Elle s’éclipse sans aucune explication. Je sors dans le couloir et l’entend dire au gyneco qu’elle fait préparer le bloc pour la césarienne. Elle ne m’en aura même pas parler avant! Pourtant je vais bien et le monitoring montre que les bébés aussi vont bien.
Le gyneco revient, il n’est plus agressif et dit vouloir m’aider. Je vient de fissurer la poche des eaux. Il propose de finir de la percer et j’accepte. Je dilate à 8. Alors il me dit qu’il va essayer une manœuvre manuelle et sinon c’est la césarienne. Je demande pourquoi vu que le monito est bon, il ne me donne aucune raison mais exige que je fasse un choix entre les 2 options qu’il me donne. J’accepte la manœuvre mais je demande la péridurale ou un anesthésique, il refuse (pourtant il n’y avait pas urgence et l’anesthésiste avait dit qu’il pouvait venir à tout moment). Je lui dit qu’avec la péridurale si le travail ralentit il peut quand même utiliser de l’ocytocine puisqu’il l’a fait pour une autre patiente avec qui j’avais sympathisé, qui m’avait raconté son accouchement, et qui avait comme moi stagné à 7. La sage-femme me dit que ça ne me regarde pas ce qu’ils ont fait avec elle ( sauf qu’elle m’a tout écrit en detail!) et le gynécologue marmonne que moi c’est différent (pourquoi? je ne sais pas).
J’accepte donc la manœuvre. Deux sages-femmes m’écartent et me tiennent les jambes et lui plonge sa main profondément et tente d’écarter le col avec ses doigts. La douleur est atroce. Il me dit de pousser pendant les contractions, mais comment pousser alors qu’il enfonce son bras… c’est impossible et trop douloureux, surtout allongée sur le dos. Je lui crie d’arrêter. J’en suis à 9 de dilatation. Je lui redemande la péridurale pour réessayer mais il refuse.
Je me demande dans quelle mesure cette manœuvre n’était pas faite exprès pour que j’accepte la césarienne.
Je suis donc charcutée pour la deuxième fois. Mes bébés vont bien et je peux les allaiter de suite après avoir été recousue, mais la déception de n’avoir pas pu les mettre au monde naturellement est grande, et je suis mortifiée des moments si importants de la naissance qui ont été si tendus et stressants.
J’avais le sentiment que ça aurait pu se passer autrement, qu’il ne m’aurait fallu que du calme, de la bienveillance, de l’intimité pour y arriver. Plus tard le gynécologue me dira que la poche du deuxième jumeau bloquait le passage du premier. Si c’est vrai je ne peux me plaindre que de l’ambiance qui a régné.
Je me sens heureuse de ce que j’ai pu faire pendant cet accouchement. J’ai réussi à gérer sans péridurale les contractions jusqu’à dilatation quasi-complète. Mais je suis en colère contre ma sage-femme  qui a été vraiment nocive et m’a gâché ce moment. Je me demande si j’aurais réussi avec une autre équipe en acceptant une péridurale d’office, je ne le saurais jamais.
C’était à 41 ans sans doute mon dernier accouchement et raté encore une fois. Et si jamais je devais tomber  enceinte dans 3 ou 4 ans (très peu probable), j’ai un utérus ayant eu 2 césariennes et aucun gynécologue ne m’autorisera à tenter une voie basse. Cela veut donc dire que tout espoir de vivre ce moment naturellement est fichu.
J’ai vite mis de côté cet accouchement décevant et me suis consacrée à mes bébés.

#340 L’accouchement de Justine, Belgique 2011

8 fév

Nous sommes en 2010 quand mon compagnon et moi apprenons que je suis enceinte. Ayant très peur de l’accouchement, de l’hôpital, de l’acte médical, je ressens le besoin de suivre une préparation à l’accouchement. Cette préparation qui est l’haptonomie m’a vraiment rassurée dans le sens ou je me suis sentie capable d’accoucher, j’ ai pris confiance, nous étions serein.

Le 17 mars, je perds les eaux a 22h. Le papa et moi décidons de prendre notre temps avant d’aller à la maternité. Nous prenons les dernières photos à deux, …
Nous arrivons a minuit à la maternité. Je passe par l’admission et je me retrouve très vite dans une chambre ou on me dit d’essayer de dormir car les heures qui suivent vont être difficiles. Deux heures plus tard, les premières contractions arrivent, on m’apporte un ballon afin de me soulager. Mon compagnon et moi arrivons a bien gérer les contractions, Grace a notre préparation, je pense. Mais, je comprends très vite que le personnel est débordé, nuit de pleine lune ? Personnel insuffisant? … Je n’en saurais pas plus.
On m’envoie une stagiaire sage femme pour s’occuper de moi. Elle passe toutes les 1h30 plus ou moins afin de m’ausculter. Il est 12h la douleur est de plus en plus forte mais nous continuons a gérer les contractions tant bien que mal. Le travail est lent, mon col ne s’ouvre pas, je fatigue, … J’aperçois la sage femme, enfin, dans ma chambre, elle vient m’ausculter, la stagiaire sage femme m’ausculte aussi. J’avais mal, je ne voulais pas qu on m’ausculte une seconde fois mais je n’ai rien su dire.
Je comprends que mon col ne bouge pas, elles parlent entre elles mais ne me disent rien.
Dans la chambre d’a coté j’entends une maman en souffrance, qui crie beaucoup, j’ai peur mais je me concentre.
Vers 13heures, la sage femme me dit : ‘ la dame d’à côté demande la péridurale, si vous la voulez c’est maintenant car après je ne suis pas sûre que l’anesthésiste revienne’. Oui, j’aurais aimée essayer aller plus loin sans péridurale, oui je voulais un accouchement naturel, mais prise de panique, j’accepte.
Nous partons en salle de naissance, on me pose la péridurale qui fait très vite effet. On m’injecte une dose d’ocytocine, le travail n’allant pas assez vite à leur goût, je présume, on m’en injecte une deuxième.
Tout s’enclenche, je ne me sens pas bien, je ne vois plus, … Le rythme cardiaque de mon bébé chute, une dizaine de personnes rentrent dans la salle, mon compagnon était à côté de moi et tant bien que mal, il garde son calme, pour moi.
Personne ne m’explique rien mais je comprends que c’est grave. On me sonde, on me prépare … Mon gynécologue arrive … Enfin, un visage connu.
Et là d’un ton paternaliste, il m explique que ce n’est pas grave, le bébé va bien mais il ne faut plus tarder car il ne supporte plus les contractions, il pose sa main sur mon épaule et là d’un coup je me suis sentie en sécurité. J’avais besoin de ces explications, de ce ton rassurant.
Il accepte même la présence du papa en salle d’opération et nous partons en césarienne.
Arrive en salle d’opération on me prépare, et la je sens qu’on ouvre mon ventre, j’ai peur, je sens, je débats mes jambes, l’anesthésiste me fait respirer dans un masque, je m’endors. On sort mon fils de mon ventre, le papa accompagne la sage femme pour les premiers soins. Mon compagnon m’explique qu’il a dû insister pour que je vois mon fils avant d’aller en salle de réveil, on ne voulait pas me le montrer car j’étais endormie…. Pourtant je me souviens d’avoir entendu la voix du papa de loin m’appeler, je me réveille et je vois le visage de mon bébé à côté de moi quelques secondes, un moment rempli d’émotions.
Ensuite, on m’emmene en salle de réveil pendant deux heures.
Lors de mon réveil, on tarde a me ramener en chambre, une sage femme passe au bout de mon lit et me dit ‘qu’il est beau votre fils madame !’ Cette phrase résonne encore dans ma tête à l’heure actuelle, comment peut-elle se permettre de me dire ça à moi, qui a juste eu le droit que de l’apercevoir, moi qui n’attend qu’une chose c’est qu’on me remonte dans ma chambre afin de retrouver mon fils et mon compagnon?
Ce n’est que deux heures après sa naissance que notre histoire de vie à trois a pu commencer …
Il me manque des chapitres dans l’histoire de mon fils, j ai l’impression d avoir raté des choses, de ne pas avoir été là comme je l’aurais dû, comme je m’en étais fait l’idée…

#338 La naissance prématurée de Y. et N.

4 fév

Après avoir vu des amies se lancer  pour contribuer a votre défi à mon tour…voici la naissance de mes filles, arrivées trop tôt a 32sa suite a une pré éclampsie. j’ai écrit ce texte il y a un moment déjà, elles ont aujourd’hui 1 an et sont en pleine forme mais leur naissance restera un jour si particulier dans nos vies….Je ne sais pas trop si ce témoignage pourra vous aider, malheureusement en cas de naissance prématuré des choix….il y en a peu à faire…..heureusement nous avons eu le chance de croiser la route de quelques SF, de puéricultrices, d’aide soignantes pleine de douceur et de bienveillance dont je garde un souvenir encore très fort aujourd’hui. Merci à eux d’avoir été un soutien si important quand dans les yeux des autres je me sentais tant jugée et si peu.

Avoir l’impression que « tout ça » c’était réglé, bien rangé au rang des souvenirs désagréables, que j’étais en paix avec ce morceau de grossesse qu’il me manque, cette césarienne, leur naissance si violente et la prématurité…mais non..
Avoir l’impression que tout ça remonte d’un coup, comme un tsunami, cette force si violente qui écrase tout sur son passage…
« Replonger » dans cette naissance et avoir l’impression qu’on a eu chaud…relire les compte rendu de leur arrivée dans ce monde… mon mari m’a parlé de son arrivée en néonat pour voir les filles, je pensais pas que ça avait été si mouvementé…j’avais pas compris, pas vu pas voulu voir,je sais pas, peut être un mécanisme inconscient de protection
Avoir l’impression de pas avancer car quand j’essaye d’en parler on me dit « arrêtes de ressasser, tes filles sont là elles vont bien c’est l’essentiel, oublies tout ça c’est du passé », oui c’est vrai tout ça c’est dernière nous, j’ai essayé d’oublier, d’enfouir loin loin ces moments mais apparemment pas assez….

alors écrire

il est 2h du matin j’ai du mal a respirer, ça fait 3 semaines maintenant qu’on nous surveille comme du lait sur le feu…des protéines dans les urines, une maman qui rivalise avec le bibendum michelin tellement elle a de l’oedeme, des prises de sang pas normales…Je suis hospitalisée depuis quelques jours, je sens que ça va plus tarder, dejà plusieurs fausses alertes, plusieurs fois les SF qui viennent en me demandant si mon mari travaille jusqu’à tard, si j’ai déjà été rasé pour la césarienne.les injections de celestene sont faites…Les gynécos sont un peu perdus…tableau de pré-éclampsie, helpp syndrome mais sans l’hypertension….mais là je sais que c’est pour bientôt, je n’urine plus depuis plus de 18h malgré la sonde , j’ai mal a la poitrine, j’ai eu le droit a une echo cardiaque verdict oedeme autour du cœur, trop d’eau dans ce corps qui n’évacue plus alors on déconne plus ce sera pour dans quelques heures, on a grappillé tout ce qu’on a pu avec des pds toutes les 6h pour s’assurer que ça ne s’aggrave pas trop là on a atteint la limite pour moi…32 sa tout pile….c’est peu, si peu…comment ça va se passer? qu’est ce qu’il nous attend?avec mon homme on ne dormira plus maintenant, on réfléchit, on écoute de la musique la nuit est calme, on pleure un peu on a un peu peur…dans quelques heures on sera parents, elles seront là….pourvu que tout aille bien. quelques photos, les dernières de ce ventre plein et l’attente…

8 janvier

Il y à déjà deux césa en urgence au bloc on attend, le SF vient me passer un produit pour la maturation neurologique et me donner la prémédication, le produit a de drôle d’effet secondaire couplé aux calmants, me voilà qui perd pieds et en pleine crise d’angoisse, il faut y aller, écourter cette attente.

Le bloc…alors c’est ici qu’elles verront le jour, leurs premiers regard…bof il fait froid, c’est tout métallique, trop éclairé,, pas comme j’imaginais leur arrivée. Je reconnais la sf, elle s’était occupé de moi au service de suivi des grossesse patho, elle a un caractère fort ça me plait. Un dernier coup de monito et le galop de vos cœurs réchauffent la pièce. Aujourd’hui c’était le jour de l’écho du 3eme trimestre, je vous verrais en vrai..L’anesthésiste me demande de m’installer pour la péri, ce que j’aurais voulu éviter si j’avais pu les emmener plus loin et leur offrir une vraie naissance.je m’installe et j’essaye de faire le dos rond des les aider, la sf m’encourage mais rien à faire ils n’y arrivent pas, déjà une demi heure qu’ils y sont je me sens mal j’ai froid, j’ai peur je suggère à la sf qu’on recommence demain là j’en ai marre, j’ai la tête qui tourne et l’anesthésiste ne veut pas que je m’allonge, la sf me retient comme elle peut, me rassure me donne la main, j’aimerai tellement que mon homme soit là..Une dizaine d’essais, quelques larmes plus tard enfin c’est posé…mon mari rentre enfin tout habillé en bleu….il est d’un calme (il m’avouera plus tard que c’était que l’air, dedans c’était le panique!), il me caresse le visage, je lui prendrais bien la main mais je suis attachée…
On me badigeonne le ventre « mais héhéhé stop je sens tout là!!! » quelqu’un me répondra « c’est normal vous allez sentir sans souffrir » et c’est parti..ah oui je sens mais ça fait pas mal…c’est étrange. J’entends un « olala mais c’est quoi, vous avez beaucoup d’endométriose madame, ça va nous compliquer la tache… ». Je sens leur mains qui fouillent dans mon ventre, ça sent le cramé, plein de drôles de bruits, ils aspirent le liquide et j’entends « attention voilà une tête » et quelques secondes après un cri…si petit si aigu mais si puissant, ma N. ma toute petite te voilà, « bienvenue mon amour »,….mon homme pleure il est submergé, N. pleure quel soulagement, je la vois dans les bras de la SF, pas si petite je trouve, un petit passage auprès des pédiatres et on me l’approche du visage..je la sens, l’embrasse, me frotte le visage contre elle , c’est animal…Il faut vite l’emmener pour les soins. « Ah voilà une paire de fesse » et un second cri, Y. te voilà ma douce « bienvenue ma puce ». elle pleure moins je ne la vois que rapidement, elle est prise en charge vite par l’équipe de pédiatrie, ça y est…elles sont là….on nous annonce les poids, 1670 grammes et 1620 grammes, bravo mes amours!! Il faut maintenant prendre soin de vous, voie centrale, intubation, ventilation..que de douleurs et de violences pour vos premiers instants de vie…excusez moi….
Je lâche prise. Mon mari me câline le visage ,nous pleurons en espérant que tout va bien….et d’un coup j’ai mal je hurle, la SF prévient vite l’anesthésiste que je bouge les jambes, il faut réinjecter du produit vite, j’ai si mal….l’anesthésiste me pose un masque et me demande de respirer profondément je sens que je m’endors, je n’arrive plus a parler j’ai la sensation d’étouffer, et ces mains qui tirent, appuient…vite que ça se termine, ça fait mal,ça me semble long, j’arrive plus a parler (mon mai m’a raconté que je grognais) mais j’entends, tout le monde s’agite, je saigne beaucoup, ma tension descend, ils ont beaucoup de mal a replacer l’utérus dans le ventre, l’endométriose gêne beaucoup,ils prennent beaucoup de précautions mais j’entends que c’est compliqué. je ne sais pas trop quand mon mari sort, on m’agrafe et on m’emmène en salle de réveil,Je suis complètement amorphe, je saigne encore pas mal, je n’ai qu’une hâte voir mes bébés, comment vont elles? où sont elles? elles sont nées a 11h57 et 11h58 je ne les verrais qu’a 18h30.
Les suites de couche furent très douloureuses, une grosse anémie m’a beaucoup fatiguée , je suis encore très surveillée mais mon corps se remet en route. Le besoin d’être près de mes trésors m’a fait me lever et reprendre le dessus. Mes trésors, lovées dans leur cocon de tissu à l’étage du dessus, entourées de fils et de tuyaux dans leurs couveuses.J’ai pu prendre N. dans mes bras le lendemain et Y. le 10 (à cause de l’intubation ça n’était pas possible avant). Elles sont parfaites, leur peau est si douce, toute chaude, elles ne sont pas si petites, ne nous impressionnent pas. Mon mari a pris plein de photo que je regarde en boucle dans ma chambre, les premiers jours je ne reste pas très longtemps en réa mais plus les jours passent moins je suis dans ma chambre. Elles évoluent bien, ce sont des battantes, elles ont une telle force de vie qu’elles nous imposent un respect et une admiration profonde….Mes filles….l’histoire de la néonat , les joies, les peurs, c’est une autre histoire que je n’ai pas encore la force de coucher sur le papier, pas aujourd’hui en tout cas, les longues heures a pleurer auprès des couveuse dans le silence feutré de ce service, à m’excuser auprès de ces bébés de ne pas avoir pu les emmener plus loin, de pas avoir réussi a leur offrir la chaleur de mon giron plus longtemps sont encore trop présentes dans mon esprit. Notre allaitement trop court reste aussi douloureux, celles qui ont fait la triste expérience de la néonat comprendront, le tire lait 8  à 10 fois par jour, les sondes gastriques, les 3h entre chaque tétées à respecter, les 1001 conseils contradictoires, les chiffres, les doubles pesées…..j’ai donné tout ce que j’ai pu malgré des douleurs très fortes pendant les tétées….on me disait c’est normal ça va passer….et ça ne passait pas….j’ai baissé les bras. J’ai tenu 2 mois, 2 tout petit mois…plus tard j’ai appris que ces douleurs (comme un millier d’aiguilles qui cherchent a sortir du sein, une brûlure qui irradie jusque dans l’épaule) n’étaient en fait pas normal….candidose des canaux lactifères…..apparemment un traitement aurai suffit et nous avions tous les symptômes (moi les douleurs, mes filles les mycoses) mais personne n’a su, n’a vu. Je n’ai pas trouvé la force de tenter une relactation.  Je leur donne leur biberon avec autant d’amour que mon propre lait mais je garde un gout amer de ces « ce n’est rien c’est normal ça va passer…. ». Manque d’information? manque d’écoute? Trop de travail (il n’y avait qu’une conseillère en lactation pour toute la néonat)? Je n’en sais rien mais j’aurais souhaité autre chose. On se sent déjà si peu face aux équipes soignantes, cet allaitement était la seule chose que seul moi pouvais leur donner j’y tenais beaucoup, j’aurais réussi un peu mais pas assez.

voilà

Après tout ça l’impression de n’avoir qu’une certitude : l’amour inconditionnel que je porte a ces deux êtres, mes filles, Y. et N., mon oxygène, mon énergie…je ne regrette rien de la galère parcouru pour qu’elles viennent se nicher en moi, ça en valait la peine

Elles ont déjà 3 mois…

Elles me sourient….

#337 Un accouchement en siège et un accouchement inopiné

2 fév

Premier accouchement :

Mercredi (40sa + 4) : rdv dépassement de terme. Le col n’a pas bougé depuis 2 mois, il est toujours mou et ouvert à 2. Mon bébé est toujours en siège décomplété mais est bien positionné pour un accouchement par voie basse donc la voie basse est toujours ok mais la césarienne est programmée pour lundi prochain. Mon bébé n’a plus que quelques jours pour arriver tout seul. La sage-femme qui m’examine décide de tenter un décollement des membranes. Cela me fait mal donc elle arrête et a l’impression qu’elle n’a pas fait grand-chose.
Toute l’après-midi, j’ai des douleurs dans le ventre. Rien de vraiment violent mais c’est désagréable.

Jeudi : à 3h du matin, je suis réveillée par une contraction. Jusqu’à présent mes contractions n’étaient jamais douloureuses mais là elles le sont même si ça reste supportable. Comme je veux être sûre de ne pas aller à la maternité pour rien, je regarde l’heure et le temps entre chaque contraction. Elles sont espacées de 7 à 10 minutes et pas régulières mais j’ai l’impression qu’elles se rapprochent toutes les 5 minutes et que la douleur augmente. Je dois m’asseoir dans le lit pour mieux les supporter. Vers 4h30, je me lève et vais prendre du spasfon. Les contractions se rapprochent encore et sont toutes les 3 à 5 minutes au moment où mon mari se réveille et me demande pourquoi je souffle comme ça dans le lit. Il est 5h30. J’étais prête à le réveiller donc je lui réponds : il faut que tu m’amènes à la maternité.
Là, je décide malgré tout de prendre une douche rapide pour me sentir mieux. Mon mari s’habille et grignote un truc en vitesse. On arrive vers 6h30 à la maternité. On m’examine : mon col est ouvert à 3 donc les contractions sont efficaces. On m’installe en salle d’accouchement et on me demande si je veux la péri. Les contractions sont douloureuses et cela me rassure moi et le personnel d’en avoir une donc je dis oui. En attendant, je m’assoie sur le lit en bougeant le bassin pour me soulager à chaque contraction. On me pose la péri et 5 minutes après, je sens un liquide chaud couler entre mes jambes. La poche des eaux vient de se percer. Le liquide est clair donc tout va bien.
Le dosage de la péri n’est pas évident car il y a un temps de réaction. J’ai donc appuyé un peu trop sur le bouton pour doser et j’ai commencé à ne plus sentir mes jambes car elles étaient toutes engourdies. Je décide donc de ne plus appuyer sur le bouton tant que je n’ai pas récupéré mes sensations pour la poussée. Pendant ce temps, la sage-femme, l’élève sage-femme et la gynéco viennent examiner la dilatation de mon col toutes les heures. Et je sens une hésitation sur leur visage car ce qu’elles touchent, ce n’est pas les fesses de mon bébé comme pour un siège décomplété mais les pieds de mon bébé qui se présentent en premier. Je me dis que la césarienne va être décidée et finalement la gynéco me demande si je suis toujours motivée pour la voie basse, je lui réponds oui donc la décision est prise : pas de césarienne pour l’instant.

L’accouchement continue tranquillement jusqu’à ce que je sente quelque chose entre mes jambes. Je pense : « non, pas déjà » car il n’y a personne autour de moi à part mon mari. Je sonne pour qu’on vienne m’examiner. C’est normal, les pieds de mon bébé sont en train de sortir. Mon mari peut déjà voir le premier pied. On me propose de les toucher mais je n’ose pas tout de suite. Je les ai touchés ensuite quand les 2 pieds ont été sortis. C’est une sensation très particulière sachant que mon bébé est encore dans le ventre. Il a dû s’écouler environ 1 à 2h pendant que les pieds de mon bébé continuaient tranquillement de sortir de mon ventre.
Je ne suis pas encore à dilatation complète mais elle avance bien. Et à chaque fois qu’on m’examine, il y a des pertes marron sur les gants utilisés. Mon bébé est déjà en train d’évacuer son méconium et va même en recouvrir complètement ses 2 pieds.
Les douleurs dans le bas du dos reviennent mais je veux garder toutes mes sensations pour la poussée donc je me concentre pour les supporter le mieux possible malgré ma position allongée sur le dos et mes jambes toutes engourdies.
Enfin on m’examine et je suis à dilatation complète. On me pose les jambes sur les étriers car je ne peux pas le faire moi-même. Tout le monde vient dans la salle : 8 personnes au total (mon mari les a comptés). On m’explique que je dois pousser après avoir bloqué ma respiration quand on me le dira car je ne sens pas bien mes contractions. Le premier essai n’a pas été très concluant. Donc on attend la deuxième contraction. Je ne la sens pas encore arriver mais j’entends la gynéco dire : vous êtes sûrs qu’il n’y a pas de contraction, ça avance tout seul. La poussée qui a suivi a donc été très efficace car j’avais senti que ça avançait à l’intérieur et je savais où pousser. Maintenant je vois ses 2 pieds qui sortent de mon ventre. Ses jambes sont croisées. La troisième contraction s’est faite attendre quelques minutes. Et je recommence à pousser très fort et d’un coup je sens que ça sort d’un coup de mon ventre. La gynéco me dit « on pousse à nouveau » et mon mari me dit : il ne reste plus que la tête à sortir. Je ne voulais pas attendre 5 minutes de plus une nouvelle contraction pour sortir la tête donc j’ai de nouveau poussé de toutes mes forces et la tête et les bras sont sortis très rapidement. Encore une sensation vraiment particulière car avec la péri, je n’avais pas mal (excepté dans le bas du dos) mais j’ai bien senti la tête sortir. La poussée a duré 10 minutes au total (j’ai demandé au personnel après coup). Le personnel était tellement pris dans l’action qu’ils ont oublié de prélever le sang du cordon. Il n’en restait plus beaucoup à prélever quand ils s’en sont rendus compte. (les boulets^^)
Puis j’entends mon bébé pleurer et là on me le pose sur le ventre.
Quelques minutes après, ils veulent faire les premiers soins à mon bébé mais j’insiste pour que mon mari fasse le premier détachement de mon bébé avec moi. C’est donc lui qui a pris notre fille pour lui montrer rapidement le monde dans lequel elle vient tout juste d’arriver puis l’a ensuite tendu au personnel médical. Tout va bien donc on me rend ma fille pour la première tétée en salle d’accouchement. Elle était toute emmaillotée mais mon mari a demandé à ce qu’elle soit en peau à peau avec moi.
Pendant ce temps on me recoud car j’ai eu une petite déchirure donc ils m’ont fait un point.

Tout le personnel m’a félicité pour cet accouchement. J’ai ainsi appris que l’anesthésiste avait été très soulagé quand il a vu la tête sortir…
Pour me transférer dans ma chambre, ma fille est de nouveau emmaillotée et est dans les bras de son papa. Et moi dans un fauteuil roulant car avec la péri, j’ai encore les jambes engourdies même si je peux désormais les bouger moi-même.

Après cette naissance, le séjour à la maternité a malheureusement été catastrophique avec un personnel donnant des informations contradictoires sur l’allaitement, me jugeant sur mes choix, me faisant culpabiliser d’affamer ma fille car j’avais choisi l’allaitement. Le méconium était sorti entièrement en salle de naissance. Il n’a donc pas pu sortir les premiers jours et cela a inquiété le personnel qui considérait une naissance en siège comme une naissance difficile. Je n’étais pas dans la norme des protocoles et cela a clairement posé un problème au personnel qui me l’a bien fait ressentir. Après plusieurs jours à pleurer, ma fille a subitement repris du poids en une nuit de façon miraculeuse (une balance qui ne fonctionne pas correctement, une personne qui ne sait pas s’en servir et un bébé gavé au lait artificiel juste avant sous prétexte que ma fille est affamée, ça fait des miracles…) La sortie de la maternité a été un énorme soulagement. Aujourd’hui encore, je considère ce séjour comme un séjour en prison car j’ai eu l’impression que l’on m’empêchait de sortir pour de faux prétextes. La meilleure preuve est la courbe de poids de ma fille (totalement biaisée).
Deuxième accouchement :
Ca y est, je suis arrivée à 41 semaines d’aménorrhée et je n’ai toujours pas accouché. Plus que quelques jours et je serai déclenchée.
J’ai rendez-vous à 14h30 à la maternité pour un monitoring et une échographie pour s’assurer que tout va bien. Bilan : tout est normal : placenta, quantité de liquide amniotique. J’ai eu un toucher vaginal : le col est encore fermé. J’appelle M. la sage-femme qui a suivi ma grossesse (et avec qui je dois accoucher en plateau technique) alors que je suis encore sur le parking de la maternité (heure de l’appel : 15h55). Je discute avec lui sur comment essayer d’aider l’accouchement (homéo, acupuncture, ostéo). On se revoit dans 2 jours pour le prochain monitoring. Nous rentrons donc chez nous en faisant un détour par la pharmacie pour acheter l’homéo pour ouvrir le col. Je mets le tube dans mon sac en me disant que je le prendrai quand on sera rentrés (je n’aurai finalement pas le temps de m’en servir).
Nous passons récupérer notre fille de 2 ans chez la nounou et nous discutons un peu car la nounou a 4 enfants et elle a aussi connu le dépassement de terme avec monitoring tous les 2 jours. Vers 17h30, nous commençons à nous lever pour rentrer chez nous. En me levant, je sens un peu de liquide couler. Je demande à aller aux toilettes et je vois ma culotte trempée. Je décide d’accélérer le mouvement pour m’assurer que c’est bien du liquide amniotique. Arrivée devant la voiture, ça coule nettement plus le long des jambes. Plus de doute, c’est bien la poche des eaux qui est fissurée. J’attends 5 min devant la voiture que mon mari et notre fille arrivent. Je dis à mon mari de protéger le siège de la voiture, ce qu’il fait avec un plaid de pic-nic. Et en m’asseyant, toute la poche se vide. Ouf, le plaid est bien étanche !
On rentre chez nous (5 min de voiture). Les contractions ont commencé dans la voiture donc à peine rentrés, je rappelle M. pour l’en informer (heure de l’appel : 17h42). Je lui laisse un message sur son répondeur. Puis je vais aux toilettes : mon corps se prépare clairement pour l’accouchement car j’ai du mal à me retenir. Je vais ensuite dans ma chambre et sur mon lit pour gérer au mieux les contractions qui sont finalement assez rapprochées (toutes les 3-4 minutes) mais pas vraiment douloureuses.
17h52 : M. me rappelle. Une autre maman a également rompu la poche des eaux, c’est son 3ème et elle a accouché rapidement pour son 2ème donc il ne sait pas quoi faire. Mon premier accouchement a duré 10h donc nous décidons de refaire le point par téléphone dans 1h sur l’évolution des contractions. Je demande à mon mari d’appeler A. qui doit garder notre fille pendant l’accouchement, ce qu’il fait (heure de l’appel : 18h01). Notre fille a l’air contente car « nounou A. va revenir ». Tant mieux !
Mon mari prépare la chambre pour A., fait un peu de ménage, mets les sacs dans la voiture tout en s’occupant de notre fille. Moi je reste dans la chambre à gérer les contractions. Je sais que je dois me reposer entre chaque alors je cherche une position pendant la contraction et une position de repos entre les contractions. La porte de la chambre est restée ouverte et notre fille peut venir comme elle en a envie. Elle ne comprend pas trop ce qui se passe. Et j’ai droit à des « Maman fait pipi par terre. », « Maman fait pipi dans le lit ». Car à chaque contraction, je perds du liquide. Mais elle n’a pas l’air plus choquée que ça.
L’intensité des contractions augmente et à chaque fois, je cherche la position qui me soulagera le plus. Assise au milieu du lit, penchée vers l’avant au début. Et je me mets à faire des sons graves, ce qui soulage en partie la douleur. Après 2-3 contractions à faire des sons, j’entends ma fille dans la pièce à côté : « ya maman qui fait l’avion ». Une fois la contraction finie, j’éclate de rire jusqu’à la contraction d’après. La douleur arrive à nouveau, je me remets à faire des sons et à me pencher en avant. Les contractions augmentent. Désormais, je n’ai plus le temps de m’allonger entre 2 contractions donc je m’appuie sur le mur de la chambre. De toute façon, tout ça m’épuise et il faut que je me repose même pour 10 secondes. Pour la contraction suivante, je m’assoie sur le bord du lit et m’accroche au lit bébé qui est juste à côté. Lorsque mon point se referme, je sens que ça ne va pas. Donc je prends appui sur le lit en le repoussant, ce qui me convient mieux. Les contractions s’intensifient jusqu’à ce que je ne sache plus dans quelle position me mettre. Je tente de me mettre à 4 pattes, la seule position que je n’ai pas encore testée et j’appelle mon mari qui met sa main sur le bas de mon ventre. Ça me soulage en partie. La contraction se termine et je pose la tête sur le lit car je commence à être épuisée et si ça doit durer un moment, il faut que je me repose. Je me suis même dit qu’avec une douleur pareille, si elle doit se prolonger, je comprends toutes ces femmes qui demandent la péri. Elles doivent être épuisée et n’en peuvent plus de la douleur. Puis une autre contraction arrive et je relève la tête et les bras pour me remettre à 4 pattes. Là, je sens que ça pousse. Je crie pour soulager la douleur et je crie ensuite à mon mari : « Elle arrive, Appelles M. » Fin de la contraction : la tête de mon bébé appuie sur la vulve qui s’est étirée. Je lui touche la tête. Je sens la fatigue revenir d’un coup donc je repose ma tête sur le lit. A la contraction suivante, je me remets à crier pour accompagner la sortie du bébé car ça me soulage. Et le voilà, mon bébé qui vient de naître : elle est posée sur le lit. Mon mari est là, avec elle. Puis je vois A. qui vient d’arriver. Elle s’occupe de notre fille qui a eu peur quand j’ai crié. J’aperçois le téléphone posé à côté de ma tête sur le lit : le médecin du SAMU répond. Car mon mari a appelé, en même temps, M. et les pompiers qui sont donc déjà en route. Puis mon mari me met notre bébé dans les bras et suit les consignes du médecin par téléphone (sécher ma fille et la mettre au chaud). Quand M. rappelle 2 minutes après, c’est donc A. qui va lui répondre et lui expliquer la situation. Puis A. et mon mari nouent le cordon avec un bout de tissu (un paréo). Vu le temps mis à trouver ce tissu, je sais que le cordon ne bats plus donc je m’en fiche. Puis, tout s’enchaîne : les pompiers arrivent. Et alors que mon bébé était déjà bien au chaud contre moi avec des plaids, il faut l’emballer dans la couverture de survie. Ils clampent le cordon avec les pinces. Le SAMU arrive (3 femmes) et là, sans même me demander mon avis, elles m’enlèvent mon bébé qui se retrouve nu et vérifient son taux de sucre. Puis elles l’enveloppent dans un sac plastique spécial (une couverture de survie pour nourrisson) avant de la remettre sur moi avec une couverture polaire par-dessus. (Sachant que nous sommes chez nous, que nous sommes début août et que nous avons de quoi la réchauffer, je ne comprends pas l’utilité du sac plastique où ma fille est nue et mal à l’aise mais je ne dis rien car elles sont très directives et ne semblent pas ouvertes au dialogue. Je me dis que ça doit être le protocole en cas d’urgence. Quelle urgence y a-t-il à ce moment-là puisque ma fille était déjà maintenue au chaud contre moi ? Je n’ai toujours pas de réponse.)
Toujours sans poser aucune question, elles demandent à mon mari de sortir de la pièce. Elles m’expliquent qu’elles vont me poser une perfusion pour être transfusée en cas de besoin. Comme il ne comprend pas pourquoi il doit sortir juste pour une piqûre dans le bras et moi non plus, il refuse. Sa réponse ne leur plaît pas et nous serons automatiquement considérés comme des marginaux qui ont fait le choix d’accoucher à domicile alors que c’est hyper dangereux.
Puis on ouvre les volets de la chambre (qui étaient restés fermés pour que le soleil ne chauffe pas trop la chambre) pour faire de la lumière. Mais mon bébé a trop de lumière dans les yeux, en plus d’être emballée nue dans son sac plastique et pleure énormément donc mon mari referme un peu les stores, ce qui ne plait encore pas aux médecins du SAMU et ce qu’elles perçoivent à nouveau comme une opposition.
Elles s’occupent alors du cordon qu’il faut couper. Et l’une d’entre elles propose de faire couper le cordon au papa. Ce à quoi une autre répond : « Non, certainement pas, vu son comportement ». Nous ne répondons rien car je sais que mon mari n’a pas envie de couper le cordon. Mais je n’en pense pas moins… Je la trouve pathétique de libérer son stress de cette façon. Mon bébé pleure depuis le début et c’est difficile de la consoler donc je ne veux pas en rajouter. Puis on essaye d’établir l’heure de la naissance car le placenta n’est pas encore sorti. Je ne sais pas exactement mais je sais établir entre 18h45 et 19h (heure d’arrivée des pompiers). Vers 19h20, les contractions recommencent petit à petit. Elles me paraissent ridicules comparées à tout à l’heure. Vers 19h30, elles me demandent de pousser car j’ai à nouveau des contractions et le placenta est presque sorti. Je pousse et il sort sans problème. Par peur de l’hémorragie de la délivrance, elles m’ont perfusées avec de l’ocytocine donc les contractions continuent mais sans être vraiment plus intenses. Elles veulent me transférer à la maternité mais sur le moment, je préfère attendre l’arrivée de M. qui avait un peu plus de route à faire. Elles comprennent notre réponse comme un refus d’être transféré.
Mon bébé essaye de téter ses mains mais emballée dans le sac plastique, elle n’y arrive pas donc je lui libère les mains. Je le fais en expliquant distinctement et droit dans les yeux à la personne du SAMU qui est avec moi dans la chambre que je ne lui sors que les mains du plastique.
Finalement M. arrive et nous discutons tranquillement de ce qui vient de se passer car je me sens en confiance, ce qui était loin d’être le cas avec le SAMU. On enlève mon bébé de son sac plastique, on l’habille et je la mets au sein. Elle va téter au moins 10 minutes : le temps qu’on décide de l’organisation du transfert à la maternité où j’avais prévu d’accoucher et où j’étais quelques heures plus tôt. Je serai dans un brancard et mon bébé dans notre siège auto à côté de moi. Pour des raisons de sécurité, je ne pourrai pas la voir pendant le trajet. Heureusement, elle a dormi. J’arrive donc à la maternité avec les pompiers, toujours dans le brancard. En discutant avec les pompiers dans le camion, j’apprends que l’appel aux urgences a été passé entre 18h48 et 18h53. J’estime donc l’heure de la naissance à 18h50.
Le séjour en maternité a été très court (2 nuits) car je souhaitais rentrer chez moi rapidement et car j’étais en accompagnement global. Avec le recul, j’aurai préféré rester chez moi puisque tout s’était bien passé mais dans l’action, j’ai suivi les conseils de la sage-femme pour avoir un bon soutien pour la mise en route de l’allaitement. Ce deuxième allaitement s’est d’ailleurs très bien passé.

#329 – Accouchement non respecté (37), 2013

14 jan

Nous sommes le 23 avril 2013, il est 21h. Depuis hier, j’ai dépassé le terme officiel des 41 SA, et ce soir, enfin, une petite contraction vient pointer le bout de son nez !

Je n’ai pas peur finalement. J’ai tellement attendu que le soulagement de voir un petit travail démarrer l’emporte sur la peur.
J’ai tout préparé en amont. Bien sûr, la valise, le linge dans la voiture en cas d’inondation, etc … mais surtout : l’accouchement en lui-même : quels sont les gestes médicaux à éviter, quels conseils pour tenir sans anesthésie, pourquoi moi, femme, je suis complètement capable d’accoucher …
La clinique et la gynécologue de la clinique m’avaient fait bonne impression. Méthode de Gasquet, possibilité de dire ce que l’on souhaite. J’avais d’ailleurs bien discuté avec elle, et j’avais pu bien mentionner ce que je voulais et ce que je refusais.
C’est donc en confiance que le 24 avril, à minuit tout pile, je me rends accompagnée de mon mari à la maternité.
Premier coup de massue : comme c’est la nuit, c’est le gynécologue de garde qui va s’occuper de moi. Ce n’est pas ma gynécologue !!!
La sage-femme m’accueille et me place en salle de monitoring. C’est bien un début de travail ! Mes contractions m’inconfortent (le mot est faible) mais on me laisse seule dans cette salle de monitoring sur une table d’auscultation très étroite et inconfortable. Je gère comme je peux, mon mari ne sait pas trop où se mettre.
Enfin, la sage-femme revient et me fait passer en salle de naissance, avec un ballon. Tout est prêt pour la péridurale bien que je n’en veuille pas, mais c’est juste le protocole, que ce soit prêt au cas où.
Je souffle, je grogne, je chantonne un peu.
On me propose de percer la poche, je refuse.
Je continue de lâcher prise tranquillement.
Rien n’avance, donc j’accepte qu’on me perce la poche.
Les contractions me font vomir, maintenant. Mais non, toujours pas de péri, merci.
La sage-femme me propose des positions sur le ballon et sur le « lit-table ».
Quand soudain, ça pousse !! Je hurle !!
La sage-femme tamise la lumière et m’aide à m’installer sur le côté.
Jusque là, on dirait presque un accouchement respecté, non ? Mais ça va se corser ….
La sage-femme appelle le gynécologue de garde. Et oui, nous sommes en clinique, c’est le gynécologue qui gère les 5 dernières minutes (et touche le pactole)
Dès qu’il entre dans la pièce, c’est « mettez-vous sur le dos ». Dans un état second, j’obtempère, enfin, surtout je me laisse faire par les gens autour de moi (tient, il y a une troisième personne … ah oui, la puer). Je pousse, je lâche TOUT, mais cela ne satisfait pas le gynécologue. Je réclame de changer de position, j’ai envie de me mettre à 4 pattes, ou au moins sur le côté. On me dit NON. Et là, une douleur atroce me transperce. Il vient de mettre un coup de ciseaux ! Je n’ai pas d’anesthésie, ça me fait un mal de chien ! Mes contractions à côté, c’était de la rigolade. J’hurle encore plus fort qu’avant, mais là c’est de douleur.
Enfin, j’entend la sage-femme dire « regardez madame! », j’ouvre les yeux, et je vois un petit bébé suspendu dans les airs, qui atterrit sur ma poitrine. Un cri, des mouvements incontrôlés … je reconnais ces petits coups de pieds. Mon bébé ? J’ai un bébé ? C’est une petite fille ! Il est 5h du matin, le jour se lève. Et moi je suis maman.
Tout de suite, on m’enlève mon bébé. Il faut recoudre. Une anesthésie locale plutôt réussie, sauf pour un point. ça fait vraiment mal, cette aiguille qui me transperce, ce fil qui me traverse. Mais, selon le gynécologue « à côté de ce que vous venez de vivre » … il n’a vraiment rien compris aux femmes, lui.
Mon mari tenait mon bébé, mais il s’est senti mal. Plutôt que de me revenir sur moi, ma petite fille a atterri dans une couveuse. Et elle hurlait, là, toute seule, loin de la chaleur de sa mère. Et moi en train de me faire recoudre, et personne autour pour me la donner. Mon bébé !
Enfin, la puer’ a la présence d’esprit de la mettre sur ma poitrine.
Et là, le calme après la tempête. Nous sommes là, tous les trois, avec ce tout petit bébé. Et c’est la première tétée.
Anonyme. Département 37

#328 Accouchement non-respecté en Charente Maritime, 2004

14 jan

Je m’appelle Héloïse, j’ai 38 ans, mon fils est né en 2004 à l’hôpital (…) en Charente Maritime.

Mon corps, mon bébé et mon accouchement n’ont pas du tout été respectés ainsi que le séjour qui a suivi.

J’avais alors 28 ans et le terme théorique était prévu pour le 31/10/2004; tout s’était très bien déroulé jusque là.

Le 15/10 en toute fin de journée, dernier examen chez le gynécologue-obstétricien, examen peu agréable et douloureux.

Le 16/10 à 08h15, dès le saut du lit en allant aux toilettes comme par hasard la poche des eaux s’est rompue d’un seul coup …

Deux heures plus tard, je pars à l’hôpital naïvement, confiante et joyeuse à l’idée de donner la vie et de voir enfin mon bébé.

Arrivée au bureau des sages-femmes, je suis accueillie par la doyenne qui me présente à sa collègue qui est de garde ce jour-là pendant 24h à l’époque.

Déjà je ne la sens pas enchantée dès le départ, nous sommes un samedi, c’est donc sa garde du week-end du samedi 8h au dimanche 8h. Elle n’est visiblement pas d’humeur et commence par me faire un monitoring, pour détendre l’atmosphère je lui dis que c’est sympa d’avoir la même sage-femme pendant 24h. Là elle enfile ses gants d’examen et me dit sèchement : « maintenant je vais être nettement moins sympa » puis elle m’enfile ses gros doigts entre les jambes en me faisant atrocemment mal.

Elle est particulièrement sèche et désagréable, brutale dans ses gestes, elle m’annonce avec dédain : « Pfff vous n’êtes dilatée qu’à un doigt, dans 48h on y est encore » …

Elle repart en m’indiquant que je vais devoir patienter dans une chambre, mon conjoint n’en revient pas de son attitude, et ma mère qui l’a vue l’a qualifiera de matronne.

Je n’avais ni bu ni mangé depuis la veille et les contractions se sont accentuées d’heures en heures, la sage-femme n’est revenue me voir à aucun moment, j’ai géré mes contractions seule dans ma chambre. Vers 19h à bout de forces, je demande au personnel si je peux manger quelque chose, ils me servent juste une soupe que j’ai vomie.

J’ai donc sonné car je n’avais pas vomi une seule fois durant ma grossesse et cela m’a inquiétée, c’est la matronne qui est arrivée, visiblement je la dérangeais, « pfff ça arrive souvent avec les contractions, rappelez quand il y en aura toutes les deux minutes pendant 2h d’affilée » … Quel sens du dialogue et quelle écoute, quel soutien ! Vers 21h je pars enfin en salle de travail, je suis perfusée, cathétérisée, tensiométrisée, sans explication. La matronne se prend les pieds dans les fils de ma perfusion reliés à ma main et je hurle lorsque le pansement s’arrache. Pas une excuse, elle lève les yeux au ciel et repart. L’anesthésiste qui est beaucoup plus aimable vient me poser la péridurale à 3 cm de dilatation (trop tôt dans mon cas mais je ne le saurai qu’après). Au bout de 20 minutes elle ne fait aucun effet, je souffre horriblement car les contractions sont de plus en plus intenses. Je le dis à la sage-femme mais elle me dit que « non je ne peux pas avoir mal puisqu’on vient de me poser la péridurale »… Une fois de plus, je semble la déranger et elle ne me croit pas !! C’est mon corps, je sais si j’ai mal ou non, c’est tout de même incroyable de ne pas être crue quand on souffre !!! J’insiste et elle finit par rappeler l’anesthésiste qui lui me croit, et confirme que la péridurale a échoué, le produit ayant rebondi sur le nerf. Deuxième pose entre deux contractions douloureuses, le produit fonctionnera cette fois-ci mais pour une heure seulement, de 22h à 23h. Mon fils étant né à 01h15 je vous laisse imaginer la suite car à aucun moment je n’ai été informée de la durée des effets de la péridurale et de l’éventualité que je sentirai tout passer, à l’ancienne … Sanglée sur ce lit à l’horizontale (ce qui paraît aberrrant pour faire naître un bébé) reliée à des machines et à une sage-femme absolument odieuse, sans plus aucun effet de la péri, voilà comment j’ai fini les dernières heures de mon accouchement. De plus, lors des cours de préparation à l’accouchement, on a dit qu’il y aurait deux personnes maximum en salle de naissance (une SF et une Aux puer), et là il y avait 4 personnes, dont 3 dont j’ignorais totalement le statut médical puisque personne n’a pris le temps de se présenter. Des personnes entrent et sortent sans frapper, sans décliner leur identité ou sans même un simple bonjour alors que notre corps est à la vue de tout le monde en partie dénudé. A un moment deux des femmes sans identité se sont permis des remarques sur mon initmité comme si je n’étais pas présente : « tu as vu ça ? moi je n’avais encore jamais vu ça ! » … La nudité et la pudeur des patientes n’est pas respectée et il y a des remarques déplacées qui n’ont pas lieu d’être ! Le travail avançait lentement, environ 1cm par heure, ce qui semblait agacer la sage-femme ! Elle n’était pas non plus disposée à répondre à mes questions pourtant peu nombreuses durant le travail. Je lui ai demandé ce qui se passerait si mon bassin était trop petit, et elle s’est contentée de dire sèchement « mais pourquoi il serait trop petit votre bassin ? » A un moment elle a regardé sa montre et nous a dit « Bon je vais aller manger parce que j’ai pas que ça à faire! » Un comble pour une soit disant professionnelle qui est censée vous accoucher … De 23h30 à 01h15 mes douleurs sont devenues de plus en plus atroces, je ne m’attendais pas à une telle douleur, je ne maîtisais plus rien sauf la respiration que j’avais apprise aux cours de préparation. Là encore je n’ai pas été respectée, la matronne revenue de son dîner m’a fait comprendre sur un ton très autoritaire que la tête poussait et qu’on était à 1/2heure de l’expulsion donc il fallait oublier toutce que j’avais appris aupravant pour appliquer sa méthode. Les 4 se sont mises à me dicter en même temps leur façon à elle de respirer ou de pousser, sans aucun soutien, aucun encouragement, juste des informations contradictoires en me hurlant dessus. Quelle douleur, et rien d’apaisant autour, une position gynécologique imposée jambes écartées sous une lumière vive, avec des femmes censées vous aider mais qui vous crient dessus, aucune bienveillance, aucune empathie, rien ! C’est dans ce contexte que j’ai osé demander si j’allais avoir une épisiotomie et la sage-femme a alors répondu « mais c’est déjà fait! »… Un geste imposé, sans aucune discussion ni aucun consentement préalable ! J’ai l’impression d’avoir été trahie, découpée dans ma chair pour que ça aille plus vite, pour les arranger eux, parce qu’ils n’ont pas de temps à perdre … Là on est complètement dépossédées de notre  propre corps, ces instants nous sont volés à jamais, et aujourd’hui encore je porte cette cicatrice physique et psychologique, je me sens mutilée. J’estime que nos corps et nos âmes méritent un peu plus de considération et de respect, après tout c’est nous qui donnons la vie, non ? Lorsque la douleur a été au paroxysme, que la tête de mon bébé s’est engagée et que je voulais que tout s’arrête tant la douleur est aigüe, terrassante et irrationnelle, la sage-femme a prononcé cette phrase que je n’oublierai jamais : « Il y a un problème, il y a un problème … » On s’est regardés mon conjoint, les 3 autres femmes et moi avec inquiétude. La matronne a laissé passer quelques secondes qui ont paru des heures et a lancé un « c’est bon la tête va passer! »… Hillarant, très adapté à la situation, il fallait rire en plus ? Ce genre d’humour n’a pas sa place dans un moment pareil et c’est une honte d’être traitée ainsi dans un hôpital. Après cet épisode d’humour très déplacé, il restait encore les épaules de mon fils à faire passer, alors j’ai hurlé de toutes mes forces pour expulser cette douleur et aider mon bébé à sortir. Une des femmes a osé me dire « arrêtez de hurler vous allez faire peur à la maman d’à côté »… En plus on nous culpabilise, c’est révoltant d’être traitée ainsi dans un moment pareil ! Mon bébé arrive enfin et je peux le serrer dans mes bras, occultant tout le reste, je pleure en disant « Mon bébé, c’est mon bébé ! ». Il est bien au chaud tout contre moi, très calme, il me regarde et respire l’odeur de ma peau. Je l’aime tellement, c’est mon fils et il est enfin là ! Je tremble de froid et de fatigue, on me l’enlève déjà; moi qui allais très bien en arrivant, j’ai contracté un virus à l’hôpital et j’ai 39°5 de fièvre donc bébé part pour des examens, il me manque déjà, il n’a pas pu avoir sa tétée d’accueil comme je le souhaitais. Le placenta est expulsé entier dans le quart d’heure qui suit la naissance (je l’ai lu dans mon dossier). On me recoud la coupure de l’épisiotomie à vif …

Et j’ai droit à une révision utérine, manuelle, alors que mon placenta était entier !! C’est une douleur insupportable, cette main et ce bras dans vos entrailles qui semblent tout arracher de l’intérieur … « vous ne pouvez pas avoir mal, vous avez eu la péridurale » Décidéménent rien ne m’aura été épargné dans cet hôpital archaïque. Pourquoi tant de violence et d’irrespect envers les femmes ? On me ramène mon fils deux heures plus tard et enfin il, peut téter, allaitement maternel 100% réussi et qui durera 18 mois, et ce n’est pas grâce aux conseils que j’ai eus, contradictoires une fois encore, que j’ai réussi mon allaitement, mais grâce à ma seule volonté. La garde de la matronne se termine bientôt, elle me ramène dans ma chambre, veut vérifier avec sa collègue si je sais encore uriner, c’est le protocole, elles me regardent avec insistance assise sur les toilettes, il n’y aura pas une goutte, dans ces conditions ! Elles préfèrent aller voir le bébé, puis elles quittent la chambre, sans même un au revoir. Je ne reverrai jamais cette femme indigne de porter le qualificatif de sage, j’espère vraiment qu’elle a changé de métier depuis. J’ai croisé plus tard une de ses collègues dans un supermarché, elle m’a avoué que sa collègue en avait ras-le-bol des gardes de 24h … Merci de nous avoir gâché l’un des plus beaux moments de notre vie. Je ne reviendrai pas sur tous les détails du séjour qui a suivi tout aussi irrespectueux, 9 jours d’enfer, mon bébé ayant eu l’ictère du nourrisson et pour moi un virus inconnu, il a été placé d’officice en unité Kangourou avec les prématurés alors qu’il n’avait que 14 jours d’avance. Un matin il a été piqué 12 fois sur son petit bras parce qu’une étudiante qui ne savait pas faire les piqûres s’est acharnée sur lui … Les bébés et leurs mamans méritent le respect dans ce moment unique qui aurait dû être joie et douceur et qui s’est transformé en un moment de tristesse et d’amertume, tout cela parce que des personnes n’ont pas été à la hauteur de leur statut d’humain alors qu’on leur a donné toute notre confiance du fait de leur statut médical. Cet instant magique devenu une expérience traumatisante je ne souhaite à aucune femme de le vivre; j’attends mon deuxième enfant dont le terme est prévu pour le 28 janvier et 10 ans plus tard j’espère cette fois-ci une naissance respectée. Merci de m’avoir lue.

– Héloïse

Une naissance dans les Deux sèvre – août 2013

8 jan

Lundi 19 Aout 2013

– Bébé est moins agité que d’habitude, bon après tout j’arrive en fin de grossesse, il parait que c’est normal… Pourquoi pas !?

Mardi 20 Aout 2013

– Je sens bébé encore moins bouger que la veille, alors oui je veux bien croire que en fin de grossesse il bouge moins, mais la c’est quasiment pas ! Après une partie de bowling, on décide d’aller à la maternité, à mon arrivé, on m’a mise sous monitoring, on m’a fait une prise de sang, et on a vérifié mon col, d’ailleurs une véritable galère : la sage-femme n’arrivait pas à le trouver. Au final, pour me dire que j’étais ouverte à 1 mais savait pas trop comment mon col était … Que j’étais peut-être en début de travail. Super la sage-femme, en plus elle m’a fait pisser le sang. Bref, au monitoring, tout va bien, bébé bouge, on me fait une échographie, nikel ! Bha Madame vous pouvez rentrer chez vous, tout va bien. … Ok !

Mercredi 21 Aout 2013

– On est en fin d’aprèm’, j’ai ma belle-famille et le parrain qui est à la maison, mon téléphone sonne, je décroche et là : « C’est la sage femme de la maternité de B., où vous êtes venue hier. On vous a fait une prise de sang, il y a un problème, il y a du sang de bébé dans votre sang. Est-ce que vous pouvez venir de suite ?  » OK j’arrive. Je dis à Guillaume de prendre les valises car je sens qu’on va pas rentrer de suite. Arrivés à la maternité, on m’installe dans une chambre provisoire, le medecin vient nous voir et explique que, pour le bien du bébé, pour éviter qu’il fasse de l’anémie, il serai bien de faire un déclenchement, chose que nous acceptons.

On me fait une échographie, il n’y a rien d’anormal, on me descend en salle de prétravail pour me poser un tampon (composé d’hormone afin de déclencher les contractions) et un monitoring de 2 heures. Il ne se passera rien mais je doit le garder jusqu’au lendemain après-midi. Entre-temps je suis montée dans ma chambre « officielle ». J’ai passer un nuit assez tranquille.

Jeudi 22 Aout 2013

– Le tampon n’a rien fait, mon col n’a pas bougé, on décide alors de me poser un ballonet (petit ballon qui font gonfler avec de l’eau entre le col et la poche des eaux afin d’aider le col à se dilater. Autant vous dire que j’ai vu la voie lactée ! Horrible ça fait super mal ! Après, pareil monito pendant 2 heures, puis je suis retournée dans ma chambre. Dans la nuit, j’ai eu des contractions, je me suis dit super … Mais j’avais trop mal pour dormir, donc injection de morphine … ça CALME !!!! oui ça m’a calmée jusqu’au lendemain midi, j’ai fait que dormir. Et les contractions ce n’était qu’un faux travail.

Vendredi 23 Aout 2013

– Après avoir dormi une bonne partie de la matinée, on decide de me l’enlever. Chose faite, ils vérifient mon col, mais rien n’a bougé… Ils décident de me mettre un gel avec des hormones, ils m’expliquent que se sont les mêmes hormones que le tampon mais en moins fort… Oui, moi non plus je n’ai pas compris l’intérêt, mais bref … ! Arrivé à 16h30 évidemment cela n’avait rien fait, donc ils décident de passer aux choses plus sérieuse, cette fois ça y est, je vais en salle de travail, on me met les perfusions, etc. Elle y vas doucement et revient de temps à autre pour augmenter le débit. Moi, je gère. On m’a mis la musique, et … je m’endors sur les contractions ! Oui, oui !! Plus tard, ils vérifient mon col, il s’est modifié, je suis ouverte à deux et il s’est modifié. Au bout d’un moment, malgré que je gère très bien les contractions, ils me posent la péridurale, l’anesthésiste s’y est repris à deux fois, j’ai bien eu mal !!! Mais une fois fait, whuaouu !!! c’est le pied !!! La sage-femme me perce la poche des eaux, avec Guillaume, on se paie un fou rire, car apparament sa chlingue !!!

Un peu plus tard, re-vérification, mais rien n’a bougé, ils me laissent une demie-heure et, si toujours rien, il faut penser à la césarienne. On essaye de pas désespérer. Mais une demie-heure plus tard, toujours rien de plus, alors ils nous expliquent que c’est la césarienne et qu’ils préparent le bloc. On a pleuré tout les deux, car même si je m’étais préparée à cette éventualité, ça reste toujours une déception.

Arrivés là-haut, Guillaume n’a pas eu le droit d’entrer au bloc, il devait rester derrière la porte. Il y avait quand même une petite fenêtre, pour voir.

Quand je fus anesthésiée des pieds jusqu’à la poitrine ils commencent, on m’explique les choses, on me rassure et au bout de quelques minutes à 23h18 j’entend les premiers cris de bébé. Cela à été un super soulagement. Les larmes ont coulé. Pareil quand ils me l’ont mis près de moi. J’ai pu l’embrasser et le toucher, mais cela à été très rapide. Ils l’ont enveloppé dans des couverture. J’ai pu de nouveau l’embrasser, puis ils sont partis avec le papa. Moi, ils ont passé une heure à me recoudre et mettre des agraffes et ensuite j’ai été une heure en salle de réveil, pour enfin redescendre dans ma chambre et retrouver mes deux hommes. Quand j’ai enfin pu avoir mon bébé en peau-à-peau, ça a été un moment très fort.

Voila, cela à été long et à la fois très rapide, des moments très forts et innoubliables.

Ajout : Même si il est vrai que la péridurale à été posée alors que sur le moment je n’en avais pas besoin, je l’avais demandée à mon rdv avec l’anesthésiste.

Pour la douleur, j’ai gérée toute seule, j’ai decidé de ma position que j’ai trouvée et ce qui m’avait aidé c’est aussi la musique. Ils m’ont demandé si je souhaitais un poste avec de la musique et j’ai accepté. Donc vu que je gerai bien mes contractions, je ne sais pas si ils pouvaient me proposer vraiment quelque chose.
Et pour la péridurale, de toute façon, vu comment cela c’est terminé, ce n’était pas plus mal, car si ils ne l’avait pas faite, il aurait certainement fallu monter au bloc d’urgence et finir en anesthésie générale, et là je crois que je l’aurais très très mal vécu.

Dans l’ensemble l’équipe a été super, ils ont fait du mieux qu’ils ont pu, ils ont attendu au maximum, mais pas trop pour éviter de mettre nos vie en danger. Donc bon… c’est quand même un accouchement respecté.

#323 – Do – 1er accouchement – Yonne 2009

8 jan

En 2009, j’attend ma première fille. La grossesse se passe très bien malgré de nombreuses contractions à partir du 6ème mois.

Je me réveille vers 3h du matin par des contractions régulières : toutes les 5 minutes. Au bout d’une heure je me décide de réveiller papa, de prendre une douche et de partir tranquillement à la maternité.

Une fois sur place, on me dit que le travail n’a pas commencé mais comme j’habite loin (40 km) ils vont me mettre dans une chambre et revenir dans un « petit moment » m’ausculter et décider très certainement de me renvoyer à la maison. Les contractions s’enchaînent toujours toutes les 5 min et sont douloureuses mais gérables grâce à la respiration et en marchant. Les heures défilent et toujours personne pour m’ausculter. Au bout de 6 heures, j’envoie mon mari chercher une sage-femme. Elle arrive et quand elle me voit s’exclame : « Vous n’avez pas la tête d’une personne qui va accoucher ! » elle daigne quand même me faire un toucher vaginal et me dit : « Vous êtes à 3 cm, vous allez en salle d’accouchement ».

Une fois en salle d’accouchement, on commence à me mettre une perf et je demande pourquoi c’est, réponse : « Vous n’avez pas fait de cours de préparation ? alors vous devez bien savoir ! » Seul position permise : sur le dos. Au bout d’une heure, on me propose la péridurale, c’est maintenant ou jamais. Je la prend. Elle m’endort tout le bas du corps mais les contractions dans le dos sont toujours douloureuses. La seule position qui m’est permise en allongée sur le dos. Les heures passent et mon col se dilate assez vite. A 17h30 je suis à dilatation complète, mais bébé n’est pas assez engagé. Une gynécologue passe et me dit : « Vous tenez le bon bout, c’est bientôt fini », elle reviens 2 h après et me demande : « Vous êtes encore là ? » Bébé ne veut toujours pas descendre. La sage-femme de service me dit qu’elle ne sera pas là pour l’accouchement. La nouvelle équipe arrive et, alors qu’un quart d’heure avant ce n’était pas le moment, maintenant ça presse. Je n’ai aucune sensations dans le bas du ventre, je ne sens pas bébé qui pousse.

On m’installe vers 20h05. Il faut pousser quand il y a une contraction, je pousse qund je commence à avoir les douleurs dans le ventre. Après de nombreuses poussées : « Vous n’êtes plus de tout efficace ! Il faut y aller ! ». Je n’ai plus de forces. On me propose d’utiliser la ventouse pour faire sortir bébé. J’accepte. Une jeune interne arrive, elle souhaite le faire toute seule alors que les autres membres de l’équipe lui disent : « T’es sûre que tu ne veux pas qu’elle vienne ? »

Papa est mis hors de la salle, il refuse mais il n’a pas le choix et on lui dit : « Si vous voyez ça, vous ne voudrez plus toucher votre femme de toute votre vie » gloups !

La ventouse est posée et en une poussée bébé est dehors. Je tends les mains pour prendre ma fille, je ne peux même pas la toucher elle est déjà partie en dehors de la pièce.

Papa voit sa fille passer devant lui, sans un mot elle est amenée dans un pièce où est inscrit : « Réanimation » Il demande : « Elle va mal ? » « Non, la pièce s’appelle comme ça mais c’est là qu’on amène tous les bébés, on s’occupe de votre femme qui fait une hémorragie » Il blêmi, on lui dit : « Elle saigne juste un peu ».

L’interne me recoud pendant un long moment. A la fin, elle vient me voir, ne sait plus où se mettre et me dit : « Vous avez eu 2 déchirures, ne vous inquiétez pas, j’ai bien recousu, vous aurez de belles cicatrices ! Dans une dizaine de jours ça sera cicatrisé et les points tomberont tous seuls. » Je lui demande combien j’ai de points : « Je ne me suis pas amusée à les compter ! »

Au bout d’une heure, on me ramène bébé, je ne pense qu’à une chose : la faire téter. Je demande de la mettre au sein, on me répond : « Si elle y va toute seule, laissez-la faire. Sinon, on vous la mettra après. » Suite à un harcèlement de ma part, on daigne me montrer comment la mettre au sein.

On remonte en chambre vers 23h30. On demande à papa de partir, il refuse et reste dans le fauteuil ! Pendant la nuit on vient souvent me voir pour que j’aille uriner mais je n’y arrive pas, la sage-femme abandonne sans me sonder. Pendant la nuit, papa arrive à calmer notre fille en la berçant dans les bras, une puéricultrice arrive lui arrache des bras, la met dans les miens et dit : « Elle est mieux avec sa mère ! ».

Les jours suivants, je reste dans la chambre et appelle le moins possible. Je reste sur un sentiment d’échec, de ne pas avoir su pousser comme il fallait pour la faire sortir.

Ma sage-femme libérale quand elle m’examine a fait un drôle de tête et m’a dit qu’il n’y a pas 2 mais 3 déchirures. J’ai du mal à m’asseoir pendant plusieurs jours. La cicatrisation durera 4 mois ! et la plus grosse cicatrice me ferra mal pendant 1 an.

Ma gynécologue me raconte que c’est normal car j’ai une peau de rousse.

Il m’aura fallut plus de 2 ans pour imaginer être de nouveau enceinte.

Ce n’est que 4 ans après, lors de ma deuxième grossesse que j’ai appris que la ventouse avez eu lieu, non pas parce que je n’avais pas su pousser, mais parce que bébé ne progressait pas.

Lien vers le second témoignage de Do : Do – 2ème accouchement – Aveyron 2013‏ 

#317 Naissance de Viktor par sa maman Marie en Charente (16 – France)

22 déc

La survenue dans ma vie de mon enfant, l’expérience particulière de ma grossesse, puis de mon accouchement et des premiers mois de vie de mon fils m’ont bouleversée – aussi intensément que les deuils de mes parents (père, mère, beau-père) que j’ai déjà eu à traverser.

Simplement dans l’autre sens, dans un sens exactement opposé. Un mouvement qui se crée de lui même, exactement opposé.

Au printemps 2009, j’étais alors célibataire sans enfant relativement insouciante de 34 ans. J’étais libre de mes mouvements et je ne me posais aucune question sur ma liberté de choix, d’existence, de penser, sur les influences que d’autres pouvaient avoir sur ma personne. Ma conscience n’était pas stimulée là à cette époque.

Peu avant mon anniversaire, pour un simple contrôle, je vois mon gynéco Dr P******. Il passe un coup de fil concernant son assurance professionnelle devant moi et c’est ainsi que j’apprends qu’il veut partir à la retraite dans un an ou deux… Un vieux monsieur doux et débordé mais très gentil qui me dit lors d’une échographie (alors que je ne lui ai rien demandé de tel étant donné que je n’ai même pas de petit ami à l’époque) : « Vus vos ovaires polykystiques, vous allez avoir besoin de l’aide médicale à la procréation si vous voulez des enfants mademoiselle ».

Le temps s’arrête.
J’ai du mal à respirer mais je crois que rien ne paraît au Dr P****** qui poursuit sa consultation normalement.
Mécaniquement je me rhabille, je n’entends plus rien, mécaniquement je souris, je donne ma carte Vitale, etc. et rentre chez moi.
Pendant une semaine je suis envahie d’une étrange sensation d’ombre. Une tristesse sourde s’est installée. Je mets dans ma tête – mais pas trop profondément – que je n’aurais peut-être jamais d’enfants car je ne me vois pas utiliser l’aide médicale à la procréation pour faire des petits. Mon désir n’est pas tel. Je ne m’étais jamais posé la question. Avoir des enfants me semblait aller de soi… j’en aurais un jour… je n’étais pas pressée, ça viendrait quand ça viendrait. De toute façon je n’avais même pas rencontré un compagnon qui puisse être candidat à la paternité. Je connaissais d’ailleurs peu d’hommes parmi mes amis qui aient ce désir. Et de mon côté je n’étais pas spécialement dans cet état d’esprit…
Et au bout de la semaine de tristesse vague, je choisis de porter mon attention… ailleurs.

L’été je rencontre Damien qui habite Grenoble, puis il vient passer en novembre son anniversaire en Charente et nous faisons pour la première fois l’amour sans préservatifs. Damien m’avait rapidement dit qu’il voulait deux enfants. Je voulais d’abord me concentrer sur mon projet professionnel, et puis que notre relation soit plus stable et longue pour faire des enfants. Et je lui avais expliqué que vu que j’étais pratiquement stérile, pour la contraception, il suffisait de « faire attention » (retrait). Quand j’apprends que je suis enceinte, à la veille de Noël, le temps s’arrête. Damien est heureux comme je ne l’ai jamais vu. Je ne suis donc pas si stérile que ça !

Celui qui vit en moi est lumineux. Impossible de remettre en question le fait que je vais l’accueillir tel qu’il est dans ma vie. Sa vibration est claire et je n’éprouve aucune crainte envers lui. Une énergie jaillissante et douce en même temps.

Mon véritable désir en début de grossesse est d’accoucher dans la forêt, la nuit, toute seule (avec un téléphone à portée de main en cas de souci). J’ai la sensation que c’est le meilleur endroit pour accueillir un bébé et faire ce travail d’accoucher.
Par simple intuition, je vois que j’ai besoin de calme, d’obscurité, d’aucune énergie personnelle différente de la mienne ou de celle du bébé, de l’énergie de la terre, de l’humus, des petits animaux nocturnes. J’avais le sentiment que les animaux et les énergies présentes dans la forêt seraient mes accompagnateurs. Les meilleurs. Que la nuit serait la plus douce chose qui puisse m’envelopper et m’encourager à ce moment là. Que les arbres seraient des soutiens si je voulais m’accrocher à eux. J’avais la douce odeur de la forêt rien qu’en y pensant. Je m’y voyais très clairement. Cela me semblait simple et évident.
C’était mon désir.

Quand j’ai parlé de ce désir autour de moi, on s’en est gentiment moqué. « Tu auras besoin d’être entourée de sages-femmes au moins ce jour-là. » Et toutes les peurs des uns et des autres ont été convoquées et évoquées. Alors que je n’en avais pas.
Alors je me suis dit qu’un accouchement à domicile pourrait être plus « envisageable ». Je me documente et trouve une sage-femme pratiquant un tel type d’accouchement dans un département voisin pour le suivi. Cependant au second rendez-vous, la sage-femme me dit que puisque la relation au papa n’est pas stable et même rompue, elle ne peut pratiquer l’accouchement à domicile dans ces conditions. Je me sens abandonnée, de plus en plus seule paradoxalement alors que je porte un bébé dans mon utérus.

L’impression d’avoir à prendre en charge les peurs des uns et des autres – y compris de cette sage-femme, alors que cela pourrait être si simple. Le sentiment de solitude commence à s’installer plus drastiquement. Heureusement, mes amies me redonnent du baume au cœur. Ces amies ont toutes eu des enfants.
Hélène me confie son projet de naissance, Aurélie se forme pour être doula, et leurs conseils sont précieux. Stéphanie et Coralie me parlent aussi de leurs expériences et me prêtent de quoi m’informer. J’apprends beaucoup de choses sur ce qui est possible lors d’un accouchement : sur la péridurale, la préparation à la naissance, le rôle possible du papa, l’allaitement, etc.
Je m’informe, lis des livres, des revues, prends la peine de faire des choix et d’inscrire ces souhaits dans un projet de naissance pour Miniloulou.

Une autre sage-femme me suit et je suis soulagée de trouver quelqu’un qui reste avec moi. Elle me permettra une certaine continuité dans ce chaos et beaucoup de chaleur humaine. Je lui en serai grandement reconnaissante.
Pour le lieu d’accouchement elle me propose de contacter chaque structure pour faire mon choix entre celles possibles dans mon département.

Dans une maternité amie de bébés, je rencontre un gynécologue obstétricien. Mais je ne me sens pas spécialement entendue avec une consultation rapide où il ne me regarde même pas. Il me pose des questions, je réponds. Il palpe mon ventre. Je crois qu’il n’aura vu que ça de ma personne. A l’époque, je ne sais pas que toutes les consultations avec les gynécologues obstétriciens sont identiques : des mesures médicales, des dates, éventuellement palpations du ventre, mais pas de place aux informations ni aux questions… ni à l’aspect plus personnel de ce que représente une naissance dans la vie d’une femme. A l’époque, je ne sais pas non plus que ces gynécologues comptent sur les sages-femmes pour faire le boulot plus « relationnel ». Je renonce à y retourner pour le reste du suivi.
Dans le second lieu possible, … mon gynéco Dr P****** y officie. Je n’ai pas très envie de le voir après qu’il m’ait dit que j’aurais besoin d’aide médicale à la procréation…
Et puis je rencontre par le biais d’On Va Sortir (site Internet de rencontres sociales) une connaissance sage-femme, à qui je demande une rencontre plus perso pour parler de cette grossesse.
Et je finis par lui dire à peu près tout par le menu. Du gynécologue, au jour d’aujourd’hui. Elle m’explique qu’elle connaît bien mon gynécologue, puisqu’elle travaille avec lui. Qu’elle n’est pas surprise que je sois enceinte malgré ce que celui-ci m’avait annoncé car : « Il a du matériel à rentabiliser », un business à faire, et qu’à chaque geste technique de sa part, il gagne des sous. C’est son business. Une épisiotomie = des sous. Une césarienne = des sous. Un protocole d’aide médicale à la procréation = des sous. Un geste technique type forceps = des sous.
Alors que pour les sages-femmes, elles, aucune rémunération au geste technique…simplement l’accompagnement des femmes et de leurs accouchements.
Elle me dit comprendre la pression dans laquelle se trouve mon gynécologue, et que cela entraîne le fait qu’il influence les parents et futurs parents à utiliser ses compétences, pour qu’il puisse rembourser ses frais de fonctionnement.
Elle joue franc jeu avec moi et me montre l’envers du décorum.
Je suis effarée.
Elle me dit que dans ce second lieu, ils n’utilisent pratiquement pas la salle nature toute neuve et qu’en cas de césarienne ou de travail trop long je verrai possiblement le Dr P****** venir faire un geste technique afin que son tiroir caisse se remplisse.
Je la remercie pour toutes ces infos, et me dis que décidément je n’irai pas accoucher là non plus.

Rendez-vous avec une sage-femme cadre dans la dernière maternité possible. Une dame très gentille qui m’accueille chaleureusement. Nous lisons ensemble mon projet de naissance et elle m’expose les impossibilités de cette maternité et les « aménagements » possibles. Je prends acte. Moment de deuils à nouveau. Moment de déconfiture.
Je devrai notamment accepter d’être perfusée. Nous notons le monitoring sans fil possible afin que je puisse bouger. Et tout un tas de facteurs inconnus pour moi vont s’ajouter dans ce projet de naissance de 4 pages que je vais « corriger » pour qu’il corresponde à la réalité du service qui m’accueillera. J’aurai à lui renvoyer afin qu’elle le communique au personnel de la maternité.
Dégoût.
Limites.
Réalité pauvre.
Solitude.
Je n’ai plus d’autre choix que d’accoucher là, dans des conditions qui ne me conviennent pas.
Solitude et tristesse.
Mon désir est dépecé. Il n’existe plus.
Trop de renoncements dans une grossesse !

Puis cette sage-femme me demande également de présenter mon projet de naissance à la gynécologue de la maternité qui me suit : « Elle est nouvelle dans le service, ainsi elle se rendra mieux compte des demandes des futures mamans. »
Lors de mon rendez-vous suivant auprès de cette gynécologue, alors que je suis en confiance puisque j’ai pu expliquer mon souhait d’accoucher à la maison à la sage-femme cadre, souhait qui a été transformé par les conditions en projet de naissance pour un accouchement le plus « physiologique possible » dans une maternité, dans un sourire spontané, j’évoque ce désir à cette toute jeune gynécologue qui me semble capable de le comprendre.
(Mais comment ai je pu croire cela ? Comment ai je pu être aussi naïve ?).
Sur un ton de tension, presque de colère, elle me dit que je ne me rends pas compte. « Il y a encore peu de temps beaucoup de femmes mourraient en donnant naissance ! ». Que l’accouchement à domicile est inconsidéré ! Et elle se range du côté de la sage-femme cadre dans les « choix » qui m’ont été argumentés par cette dernière. Je réalise qu’elle me prend pour une farfelue, peut-être une inconsciente. Je réalise qu’un monde nous sépare et je me sens vraiment encore plus seule.
Je n’entends plus ce qu’elle me dit, rapidement et sur le ton du reproche. Mes larmes sortent toutes seules. Je suis enceinte de presque 8 mois… émotionnellement à-côté de mes pompes. Je ne sais déjà plus trop qui je suis et qui je vais devenir.
Je pleure lors de ce rendez-vous. Ni elle, ni personne, ne me consolera.
Solitude de l’accouchement hospitalier.
Non, l’hôpital n’est pas un lieu pour donner naissance.

Donc je découvre qu’une grossesse c’est :
– plus du tout de libido
– mon inconscient hyperperméable et des émotions démultipliées, des rêves et des cauchemars qui me poursuivent toute la journée.
– du poids, des envies de nourriture, des kilos qui s’installent. Des difficultés à se mouvoir.
– des jambes lourdes qui gonflent, gonflent. Horreur. Beurkitude.
– Pas d’huiles essentielles pour moi sous quelque forme que ce soit.
– Pas de sushi pourtant j’adore ça !
– Des gens qui veulent faire leur business sur ton état et tes peurs. Des récits édifiants.
– Beaucoup de solitude. De plus en plus de solitude. Paradoxalement. Un ami (un homme !) me dit pourtant : « Tu ne seras donc plus jamais seule. » Il ne sait pas de quoi il parle.
– Un gouffre de plus en plus béant entre homme et femme qui vivent des expériences tellement éloignées qu’ils ne peuvent plus partager… ( ?!), et ce qui va d’ailleurs être de plus en plus marqué pour moi ce gouffre incommensurable entre homme et femme avec cette expérience de maternité. Comme si la maternité m’éloignait inexorablement du monde des hommes.
– L’angoisse de l’inconnu.

Aussi je découvre qu’une grossesse c’est :
– Un sentiment prenant, constant, impérieux et très puissant que la vie me porte. Qu’il n’y a rien à faire, à décider, à acter, qu’il n’y a pas de force à déployer.
– Une sensation que je ne suis qu’une petite goutte dans l’océan de la vie qui est plus forte que moi. Cela me fait du bien et ce sentiment m’enveloppe en même temps que m’enveloppe la sensation d’être une miette dans un corps plus immense que ce que mon esprit peut saisir, comme si j’étais portée, quoi qu’il arrive par la vie elle-même, et que le fait d’avoir un impact sur quoi que ce soit (la vie, ma vie, celle des autres) n’était qu’une illusion, que tout ce qui m’arrivait était comme préparé dans un grand océan des possibles et qu’alors il n’y avait rien à craindre, juste à vivre. Suivre le courant. Lâcher prise dans ce courant de vie.
– Le bonheur de sentir vivre et grandir une petite vie en soi, des moments de gratitude et d’enthousiasme pour le vivant dans tout ce qu’il est.
– Des moments de grâce où il ne se passe rien que du vivant.
– Une perméabilité à d’autres dimensions exacerbée, avec les informations et l’évolution personnelle que cela m’accorde.
– Un Être nouveau et différent de moi qui arrive très physiquement, psychiquement, un étranger et pas si étranger.
– L’excitation de l’inconnu.

Une nuit, je rêve que je vais pour accoucher mais qu’il n’y a plus de place pour moi dans le service, et que je dois attendre sur un petit siège type siège de métro (oui, je suis une enfant du métro), juste à-côté d’une autre dame. L’ambiance est impersonnelle et dans mon rêve cela m’embête de ne pas avoir de place pour accoucher tranquillement…

Vendredi 20 août 2010, 14 h environ quand les contractions se manifestent toutes les 5 minutes pendant une heure. J’ai besoin de me mettre à l’aise et m’installe avec mon CD de méditation dans mon lit pour être la plus zen possible.
Pendant la méditation, je demande une aide spirituelle notamment à la vierge Marie, que je reconnais à sa clarté, à sa douceur, à sa fraîcheur, à sa vibration, pour m’aider dans ce cap. J’entends « péridurale » plusieurs fois en continu durant la méditation. A la fin de la méditation, j’entreprends d’appeler Damien pour qu’il m’emmène à l’hôpital.
J’ai également laissé un message à mon amie Stéphanie, sur qui je comptais pour m’accompagner pour relayer Damien. Celui-ci arrive à la maison, mais la valise de maternité est énorme, importable. Je lui dis ce qu’il faut, ou pas, laisser dedans pour la simplifier. J’arrive un peu à trier avec lui les affaires, mais certaines positions sont source de souffrance et je sens qu’il ne faut pas notamment que je reste immobile.
Puis, il m’aide à m’installer dans sa voiture. Nous allons à la maternité. Les contractions se poursuivent de plus en plus fortes et rapprochées, depuis plus d’une heure. Je tiens mon giron. Damien trouve une place éloignée de l’entrée du service. Je fais le trajet véhicule/service de maternité en plusieurs petites étapes entrecoupées de contractions. A chacune d’entre elles, je stoppe et tente de laisser la douleur faire son boulot, le lâcher prise, jusqu’à la prochaine. Je m’accroche aux poteaux indicateurs, aux signalisations. Enfin je m’accroche à la poignée de porte de l’escalier du service, puis à la rampe, puis à l’autre porte de l’escalier. Nous arrivons dans un espace où sont déjà prises toutes les places assises dans une salle d’attente. Les gens me regardent et je m’en fous. Je fais un appel sur la sonnette du service tout en m’accroupissant. Damien porte ma valise énorme (même si nous l’avions allégée). Je suis à quatre pattes car c’est la position dans laquelle j’ai moins mal.
Il est seize heures.
Une femme nous accueille dans une salle de consultation, dans laquelle je reste, autant que faire se peut, à 4 pattes. Et elle nous demande si nous avons téléphoné avant de venir. « Non, quand j’ai compris, comme ma sage-femme me l’avait expliqué, que les contractions étaient toutes les 5 minutes depuis une heure, j’ai su que c’était le moment d’accoucher. ». Mais, avec 5 naissances en même temps, les sages-femmes croulent sous le boulot et pour l’instant il n’y a pas de place en salle d’accouchement pour moi.
Comme dans mon rêve quelques nuits auparavant !!
Elle me propose de patienter dans la salle nature, en attendant qu’une salle d’accouchement se libère. Elle pratique un toucher vaginal et me dit que le col est ouvert « à 6 ». Je demande à utiliser la baignoire dans l’espoir que la douleur soit plus acceptable dans l’eau. La sage-femme disparaît.
Damien et moi sommes dans cette salle pastel avec des matelas très hauts et des coussins plastifiés. Je sens l’inquiétude monter car plus personne n’est là pour m’accueillir. Je crie car j’ai trop mal… les contractions sont tellement fortes. Une sage-femme vient me parler tout doucement, tout calmement en me donnant des consignes pour respirer et effectivement cela diminue un peu la douleur.
Elle est toute douce, cette sage-femme. Je lui donne mon projet de naissance que je tenais dans ma main depuis notre arrivée et que personne n’a pris. Elle commence à le regarder.
Je lui demande d’entrer dans la baignoire pour m’aider par rapport à la douleur.
Mais je suis « à 8 » et elles ne donnent plus de bain à ce stade, car la naissance est trop proche, et elle me dit que c’est donc trop tard pour la baignoire.
Grosse déception. Ahhhhhhhhhhhhhhhhhhh.
J’ai mal !!!!
J’ai vraiment trop mal là.
Je ne vois plus d’issue à la douleur.
Le temps n’existe plus pour moi, mais je comprends qu’il s’est passé plus d’une heure depuis notre arrivée. Je sens qu’à elle je peux dire quelque chose. Je pleure de douleur. J’ose lui dire ce que je ressens : j’ai peur de devenir folle à cause de la douleur et la supplie pour une péridurale. Cette jeune femme brune, fine, toute douce me parle tout bas et c’est la seule que je peux entendre sans souffrir de son énergie et de sa présence. Elle me dit qu’elle va demander l’anesthésiste pour moi, même si je suis « à 8 », car normalement ils ne veulent pas faire de péridurale à ce stade du travail. Elle me dit avec tranquillité et conviction qu’elle va faire son maximum pour moi. Mais que de toute façon il ne pourra la poser qu’en salle de naissance qui sont toutes prises pour le moment.

J’ai confiance en elle. A quatre pattes toujours, je pose mes mains et la partie haute de mon corps à plat sur le matelas pastel de la salle nature. Je me souviens qu’il est plastifié, orange clair, Damien en profite comme un pacha dessus, détendu.

J’entends une autre jeune femme du service me dire beaucoup plus fort : « On vous emmène en salle de naissance, une place s’est libérée ». Je m’agrippe au fauteuil roulant qu’elle m’a apporté. On roule dans un couloir pas très long, mais tout me semble totalement démesuré. Elles m’aident à m’installer sur une table d’accouchement, toujours à quatre pattes – position la moins douloureuse pour moi. On me pose plein de fils partout, je ne peux plus gigoter mais de toute façon je n’ai pas la force de faire grand chose, ni de protester. Je redemande la péridurale et elle m’est posée vers 18 h. L’anesthésiste, je le remercie (extérieurement) et le béni (intérieurement hein, je suis pas une sainte, hum). Une autre dame m’explique que j’ai un bouton sur lequel appuyer pour délivrer une dose en fonction de mes besoins, de ma douleur. Ouf, là c’est supportable.
La lumière est forte. La salle est impersonnelle.
Il y a des fils partout autour de moi, impossible de bouger véritablement.
La sage-femme brune tout douce me parle encore doucement : « Je vais regarder où en est votre bébé ». Elle a passé son doigt sur une partie du col et cela a rompu la poche des eaux. Elle verbalise posément ce qu’il vient de se passer, ce qui me rassure. Le liquide amniotique qui s’est écoulé tout d’un coup est verdâtre. Il a une odeur étrange, je dirai d’algue, de poisson…..
Elle me dit que la couleur verdâtre signifie que le bébé a pu faire ses petits besoins dans le liquide, mais que, comme cela peut aussi être le signe d’une infection digestive, ils ausculteront particulièrement le bébé dès qu’il sera né. Ok, je prends note.

Il y a un changement d’équipe.
La sage-femme toute douce brune me salue. Je suis triste qu’elle parte, ma « sauveuse » à l’énergie simple et douce.
Le travail continue à « 4 pattes » plus ou moins. Je sens Miniloulou descendre doucement dans mon bassin, mais assez doucement. J’ai l’impression que la péridurale a tout ralenti d’un coup.
Mon amie Stéphanie arrive, et prend l’ambiance en route avec nous. Elle sourit. Elle va mettre des sur-chaussures ! Je suis même capable de papoter tranquillement avec elle et ressens même un regain d’énergie en échangeant avec elle.
20 h, les effets de la péridurale diminuent, je demande d’avoir la suite de cette péridurale, qui m’est installée par l’infirmière anesthésiste que je remercie aussi beaucoup !
Rapidement, je suis shootée, je rigole avec Stéphanie et je renifle son huile essentielle de lavande pour me calmer. Je vois aussi mon doudou girafe (prêté par Stéphanie, merci beaucoup) dans mon sac avec tendresse.
Damien veut aller manger un morceau et faire un tour, Stéphanie papote alors avec moi entre les contractions qui se poursuivent doucement. 22 h 30, toujours en « 4 pattes » la sage-femme me dit de pousser fort : « on se fache fort fort fort » – elle m’a jamais vu me fâcher je crois !
Visiblement ça n’avance pas aussi vite que ça devrait. Il y a des petits ralentissements du cœur de Miniloulou, mais c’est très ponctuel, pas d’affolement.
Elle me propose de changer de position et de me mettre sur le côté. Nous tentons sans succès. Miniloulou n’avance plus. Je demande si je peux m’accrocher pour me suspendre car je sens bien que l’apesanteur va m’être utile ainsi que le mouvement (je suis toujours coincée par plein de fils sur la table d’accouchement), mais la sage-femme me dit que les suspensions sont dans toutes les autres salles de naissance sauf celle dans laquelle je suis installée. Intérieurement, je suis fâchée, là ! J’aurais aimé qu’elle me dise : « Vous pouvez vous suspendre à moi si vous voulez. Je suis là pour ça. » Mais non, je vais donc devoir faire avec le réel : aucune personne dans la salle n’est formée ou ne veut bien me porter pour que j’accouche suspendue et que je puisse utiliser la simple gravité pour donner naissance.
Ok, dans le fonds, là, je suis effectivement en colère. Je me sens démunie et paradoxalement hyper seule… voire mal accompagnée.
Dans la salle en plus de Damien/Stéphanie (ils n’ont pas le droit d’être là tous les deux, alors ils se relaient) et moi, 3 femmes sont présentes : une aide-soignante je crois, une sage-femme et une gynécologue obstétricienne.
En effet, un autre ralentissement du cœur du bébé a fait solliciter la gynécologue obstétricienne de garde, qui me propose de changer aussi de position sur le dos en m’auto tirant les cuisses de chaque côté. Ca avance un tout petit chouia, mais je trouve que c’est pas terrible. En fermant les yeux, j’ai des visions de regards de rapace genre busard, comme s’il voulait me traverser en volant.
La gynécologue m’encourage bien. La sage-femme aussi en me faisant toucher les cheveux du bébé. Il a donc des cheveux !
Damien est juste derrière moi, présence tranquille. Je crie mais la gynécologue m’explique que crier ne fait pas pousser sur les bons muscles et qu’il faut concentrer l’énergie sur cette poussée.
Trop dur : je crie tout de même.
La gynécologue finit par me dire qu’elle est persuadée que je peux accoucher « toute seule », mais que vu le cœur du bébé qui ralentit, elle préfère mettre les forceps.
J’accepte. La sage-femme me dit : « Vous allez voir, ça va être plus facile ».
Je pousse en même temps que je sens la gynécologue tirer.
Je sens passer ultra méga trop fort la tête, les épaules, le corps. Le grand rapace me traverse. J’ouvre les yeux. La sage-femme pose Viktor sur mon ventre. Ses grands yeux sont ouverts, il est rose. Son regard est si perçant ! Comme celui du rapace de ma vision. On dirait le regard d’une très grande personne très sérieuse, dans un tout petit corps !
Je suis scotchée par l’émotion, soulagée et attendrie par ce tout petit corps.
La gynécologue obstétricienne me dit qu’il avait le cordon autour du cou, et que le cordon est court. Elle me dit que c’est sans doute pour cette raison que les dernières poussées étaient plus difficiles.
Puis, quand la sage-femme emporte Miniloulou, il se met à crier très fort. Elle dit : « C’est un gueulard, celui là ! » J’ai pensé : « Les premiers mots à propos de mon fils ne devraient pas venir d’une inconnue et ne devraient pas être négatifs à son sujet ! » Là aussi, je suis en colère. Je n’ai rien dit.
Déjà incapable de protéger mon bébé de quoi que ce soit venant de cet extérieur si indélicat.
En même temps, et dans ce très court instant, j’ai ressenti que Miniloulou était né en colère. Colère d’avoir été « ramolli » par la péridurale alors qu’ensuite on lui demande d’être opérationnel pour sortir alors que chimiquement c’était antagoniste ? Colère d’avoir été ralenti par cette même péridurale alors qu’il était prêt à un moment où l’entourage de maman la stressait trop pour qu’elle reste dans sa bulle et l’accompagne plus sereinement ? Colère de ne pas pouvoir être accueilli quand il était prêt pour sortir avec les contractions, à sa façon ? Colère de la position compliquée dans laquelle il était pour sortir ? Colère que sa mère ait été en colère concernant le manque de soutien quand elle en demandait réellement (être suspendue) – sans pouvoir exprimer elle-même cette colère ? Colère de naître dans ces conditions ? Colère d’être pris dans des bras inconnus par une femme qui commence par dire de lui sur un ton tendu qu’il est « un gueulard » ? Colère d’être tiré par des forceps alors qu’il faisait lui même beaucoup d’efforts pour sortir à sa façon et à son rythme – et que finalement avec quelque chose comme l’apesanteur cela aurait été possible, plus simple et une victoire pour lui-même comme pour sa maman ? Est ce que je le saurais un jour ? Est ce que c’est un peu tout cela à la fois ? Est ce qu’on lui a volé sa naissance à lui aussi ? Et qu’est ce que cela va impliquer dans son rapport à la vie ?
Après tout cela, je remercie sincèrement la gynécologue obstétricienne car elle semble avoir vraiment attendu avant d’intervenir. J’arrive à trouver l’énergie de prononcer vers elle : « Merci de m’avoir donné ma chance. » Elle me répond que, pour le second, j’y parviendrai toute seule. Alors, ma gorge se noue. Elle ne sait rien de moi ! Comment peut-elle me dire ça ! Je n’ai plus d’énergie pour être en colère, ni pour la contredire, mais j’ai envie de lui dire que je n’aurai sans doute pas d’autre enfant, que le père de cet enfant et moi sommes tellement éloignés, que vu mes conditions familiales et financières, que vu toutes les remises en questions et les bouleversements qu’une naissance entraîne, vu tous les renoncements que cela a demandé, vu la solitude que cela implique, non, je n’aurai pas d’autre enfant. C’est sans doute le seul accouchement que je vivrai.
Rien ne sort de ma bouche. Car je vois bien qu’elle veut faire du pansement en me disant ça, qu’elle se rassure elle-même du geste intrusif qu’elle s’est autorisée à effectuer. Qu’elle ne peut pas imaginer mes conditions pour accueillir ce bébé dans ma vie, et qu’il vaut mieux pour ne rien perturber, jouer des rôles sociaux : elle de la professionnelle qui a fait son boulot, et moi de la jeune maman heureuse d’avoir accouché et forcément dans un projet de famille parfaitement stable, au cœur d’une famille unie, pour qui il est évident de faire un second enfant.
Miniloulou a été emmené avec Damien par la sage-femme dans une autre pièce car le liquide amniotique était teinté et elles soupçonnent une infection digestive. J’entend qu’il est né à 23 h 36.
L’interne qui m’avait fait un toucher vaginal particulièrement douloureux à mi-grossesse vient apprendre sur moi à recoudre une épisiotomie. AAAAAAAAAAAAhhhhhhhhhhh ! J’ai réalisé cela évidemment bien après. Personne ne m’a dit ce qu’elle faisait là. Personne ne s’est jamais présentée à part la douce sage-femme brune et la gynécologue obstétricienne. J’avais rencontré à mi-grossesse cette jeune interne pour vérifier que tout allait bien à la place d’une sage-femme, indisponible ce jour là sans doute. Chez aucun des divers gynécologues que j’ai pu voir dans ma vie je n’avais eu une telle douleur ! Vu mon incapacité à recevoir ces doigts dans mon vagin, elle avait du faire appel à une sage-femme ce jour là pour faire l’observation du col. Sage-femme avec qui cela s’est très bien passé. J’avais donc repéré cette interne perdue, surmenée et pressée comme quelqu’un à ne pas trop approcher. Triple zut, c’est elle qui vient recoudre mon épisiotomie !!!!
J’entends la gynécologue obstétricienne lui dire avec insistance : « Mais si tu couds trop serré, elle va avoir mal !». De toute façon, je suis trop épuisée pour dire ou faire quoi que ce soit. Me charcuter est si facile, je n’oppose aucune manifestation. Je suis physiquement, émotionnellement et psychiquement lessivée. Dans un autre monde.
Effectivement, j’ai eu longtemps mal à cette cicatrice, et j’ai du avoir un massage en motte de beurre par ma sage-femme en post-natal, faire un travail énergétique personnel sur cette cicatrice, y compris à l’aide d’une praticienne en médecine chinoise (avec séance d’acupuncture). Je l’ai sentie pendant 3 ans. Je la sens encore dans certaines postures. Cela fait bientôt 3 ans et demi. Mais quand on accouche, on a l’impression que tout le monde s’en fout de ce sexe qui a été le passage pour cette naissance. La sexualité d’une maman est bafouée.
Damien revient avec notre fils pour le mettre au sein, pendant que l’interne me recoud. Il me dit avoir été ému en le voyant sortir pour la première fois. Damien exprime si rarement ses émotions que rien que ça me touche.
Nous sommes trois ! Moi j’ai pas les mots.
Puis j’ai souhaité une bonne nuit à Stéphanie qui est venue faire connaissance avec Viktor, elle aussi manifestement attendrie.
Bref, c’était rock and roll.
J’avais écrit un beau projet de naissance :
– pas de perfusion,
– présence du papa alternée avec celle de mon amie Stéphanie,
– bruit et lumière limités,
– intimité du couple favorisée,
– monitoring sans fil pour respecter ma mobilité,
– utiliser toutes techniques pour éviter la péridurale dans la gestion de la douleur,
– pas d’ocytocine,
– limitation des touchers vaginaux,
– respect de mes actes intuitifs et de ma mobilité,
– liberté des positions adoptées,
– refus de l’épisiotomie même en cas de déchirure probable – mais sauf en cas d’utilisation de forceps,
– peau à peau privilégié y compris avec le papa si besoin, contact avec le bébé privilégié,
– attendre que le cordon ne batte plus pour le couper,
– expulsion du placenta sans médicalisation,
– reporter les soins du bébé (pesée, nettoyage, mensurations, pas de collyres,….) à plus tard afin de favoriser la relation à cet instant-là.
Dont pratiquement rien n’a été réalisé :
– j’ai été perfusée,
– les lumières étaient fortes, les bruits aussi,
– le monitoring était avec fils,
– j’ai pu avoir la péridurale puisqu’on ne m’a rien proposé d’autre que la respiration pour diminuer la douleur,
– j’ai eu au moins 4 touchers vaginaux,
– j’étais coincée sur la table d’accouchement et quand je voulais être suspendue on me dit qu’ « on n’a pas le matériel »,
– j’ai eu la redoutable épisiotomie (du fait des forceps),
– pour le cordon je ne sais même pas ce qu’il s’est passé ni pour l’expulsion du placenta (personne ne m’a dit quoi que ce soit là-dessus ?!),
– Miniloulou a eu du collyre, a été pesé, mesuré, nettoyé avant même qu’on me le remette pour la tétée d’accueil !

Sur le moment, je m’en suis fichu, car l’émotion de la naissance était plus forte que tout. Heureusement que cette émotion, et que ce moment de la naissance ont pris le dessus. Cela m’a aidé à supporter bien des choses.
Aujourd’hui je me dis que c’est du vol, de l’irrespect, de la boucherie, parce que j’ai retrouvé un peu de conscience et d’énergie… au bout de plus de 3 ans !

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