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Morgane, la naissance en siège de Siham

2 Mar

Récit de ta naissance

Quelques  jours avant notre mariage, le coeur du bébé que je portais s’est arrêté. Tristesse et colère ne durèrent pas car les préparatifs reprirent et l’arrivée des amis et de la famille nous permirent alors d’avancer et de faire notre deuil surement plus rapidement.

Cet espoir d’enfant était toujours présent et c’est avec joie et craintes que j’ai appris ton installation au début du mois de juillet. Je guettais chaque symptôme, de peur de te perdre toi aussi mais tout se passa bien. Notre déménagement, notre premier été dans le sud, mon ventre s’arrondissait. Souvent triste et perdue d’être ici seule, j’essayais de ne pas trop te communiquer tout ça !

De grandes discussions avec ton papa, car j’avais décidé, suite à la naissance de ta soeur, de tout faire pour éviter de remettre les pieds dans une maternité. Tu naitrais donc à la maison, chez nous, sans fil ni appareil, sans blouse blanche ni protocole.

Tous les mois les rendez-vous avec J et F, et Aude, pour préparer ta venue, beaucoup de lectures pour moi pour me préparer à t’accueillir, certes dans la douleur, mais aussi dans la sérénité la plus grande possible. Nous ne savions pas alors si tu étais une fille ou un garçon, on savait que tu allais bien, moi aussi, et c’était là l’essentiel.

Ton arrivée devait se faire autour du 23 mars, Tout se présentait parfaitement bien.

12 mars: dernier rdv avec J avant le jour J. j’ai du mal à connaitre ta position, je ressens des coups dans des endroits bizarres. Je trouve ta position étrange elle aussi et me demande de faire une échographie de contrôle. Grande peur… Si tu t’es mise tête en haut, tu ne pourras pas arriver dans la chaleur de notre foyer. Je me vois déjà à Nimes, dans cet endroit impersonnel, qui me rappellera tant l’arrivée de Nawel. Spectatrice…et puis l’angoisse… Si tu te décidais maintenant, ils ne chercheraient pas à comprendre, on t’ôterait de moi au scalpel.

J’arrive à avoir un rdv pour une échographie l’après-midi même, à Avignon. La sage femme me confirme ce que l’on craint: tu es en siège décomplété. Il reste peu de liquide, tu as donc peu de chances de te retourner.

J’appelle Aude qu’elle me fasse une ordonnance pour passer le pelviscanner, au moins pour essayer de négocier un accouchement par voie basse. J’informe J et F qui me disent qu’il faut y croire, que tu peux encore faire la bascule. Je n’y crois pas. Ton papa insiste et me trouve un rdv le lendemain matin pour un pelviscanner à Arles.

13 mars: pelviscanner à Arles. Je rumine… J’ai tellement peur qu’on me vole ta naissance. En sortant je me dis que cela ne coûte rien de monter à la maternité et voir. Au secrétariat, tout est calme, le service est calme, personne n’attend ni ne coure. Une sage-femme me reçoit gentiment, je lui explique tout: notre projet d’AAD, la naissance de ta soeur que je ne souhaite pas revivre, ta position…Elle m’écoute sans juger, me rassure. Elle prend alors les choses en main, m’envoie faire des analyses au labo de l’hôpital, voir l’anesthésiste, me donne rdv pour le lendemain. Les choses s’éclaircissent, je me sens rassurée, en confiance (autant que faire se peut devant mon projet qui s’écroule). Peut-être n’aurais-je pas mon AAD.. mais je pourrais peut être finalement avoir mon accouchement par voie basse et sans péri.

14 mars: je pars chercher les résultats du pelviscanner puis me rends à la maternité. Je vois H, 1h15 de rdv, on revoit tout, fait mon dossier. Col ouvert à 2. Je vois ensuite le Dr M. chef de service : écho qui confirme le siège, ta petite taille. Accord de principe pour une voie basse mais sous conditions: péridurale dès le début du travail, monitoring constant, poche des eaux intacte…bref mon rêve d’accouchement naturel s’éloigne doucement. J’essaie de commencer mon « deuil » pour me concentrer sur ton arrivée.

15 mars: dernier rdv avec Aude. Acupuncture et relaxation. Elle m’aide à accepter ce revirement de situation, à envisager la césarienne, à pleurer.

Je reprends ma tisane de framboisier… tu peux maintenant arriver, je ne serai pas césarisée d’office. Je t’attends et profite de nos derniers moments si proches. je tourne en rond et guette les signes. Les contractions ne sont pas plus nombreuses ou douloureuses que d’habitude.

16 mars: Avec ton papa nous décidons d’aller à Montpellier. Nous passons la journée en famille. Nous emmenons Nawel à l’aquarium, l’après-midi je contracte pas mal. J’hésite à aller voir J. J’ai parfois l’impression que tu t’es retournée et puis non… Je sens que ça travaille un peu. Pendant le dîner, les contractions, non douloureuses, sont aux 10 min. Nous reprenons la route et en arrivant, plus rien. Ca ne sera donc pas pour aujourd’hui.

17 mars: 5h50. Je suis réveillée par une contraction. Je me lève et attend de voir si elle est suivie. Une autre vient environ 10 minutes après. Ça tire. J’avais presque oubliée cette douleur. C’est fort. Je te parle et prend 2 spasfon avant d’aller réveiller ton papa. Malgré le spasfon, les contractions se rapprochent et tirent vraiment. Je pense que c’est aujourd’hui que tu vas nous rejoindre.

6h35: je me glisse dans notre lit et demande à ton papa s’il a bien dormi car la journée risque d’être riche en émotions. Il se lève.

Je gère au mieux, respire, vocalise. C ‘est très fort et je peine à garder le contrôle. Les contractions se rapprochent et sont vraiment douloureuses. Je dois me concentrer.

6h45: M appelle ton grand père et ta grand mère pour qu’ils viennent s’occuper de Nawel. Je commence à compter le temps, je sens que ça va aller vite ! Je gère les contractions étirée, sur la pointe des pieds, je m’étire sur le ballon posé sur le dossier du canapé, je demande à M de charger les affaires.

7h30: nous réveillons Nawel pour la préparer à notre départ, devant elle j’essaie de parler, de faire comme ci… Je finis de préparer les sacs, ne rien oublier.

Les contractions reviennent toutes les 3 minutes environ et sont maintenant difficilement gérables.

8h15: Tes grands parents  arrivent (ton papy était au marché, et ils ont loupé la sortie…bref quasi 1h30 pour venir). ENFIN. Je sais qu’il faut qu’on parte vite. Dernières recommandations pour Nawel et la maison. Un dernier bisou à notre grand bébé qui sera très bientôt notre « ainée ».

8h20 : nous montons en voiture. Impossible pour moi de m’asseoir, je suis à genoux, dos à la route et je m’accroche à l’appui tête. Je me concentre, te parle, me parle « respire doucement, accompagne, souffle, laisse monter, laisse partir… ». Je jette de temps en temps un oeil à la route pour voir où nous en sommes.

Je perds ensuite le fil du temps. Nous arrivons à la maternité 15 ou 20 minutes après notre départ de Bellegarde. Je ne peux pas tout de suite descendre de la voiture, une contraction me cloue sur place. Il pleut. je me vois dans la vitre d’entreé de l’hôpital ronde pour encore quelques heures. c’est désert, calme et silencieux.

Une contraction dans le couloir puis une dans l’ascenseur, une autre contraction m’empêche d’en sortir. Une dame vient me chercher (surement celle que j’avais eu au téléphone pour prévenir de notre arrivée).Un couloir, M part s’habiller. J’entends la femme dire à une sage femme de se dépêcher car ça cogne fort. Elle a dû voir à ma tête que leur super plan péri/monito ne pourrait pas se faire !

Arrivée en salle d’examens, M revient, j’ai peur, je perds pieds quelques secondes et pense ne jamais y arriver. Une femme veut m’examiner, l’environnement m’effraie, je veux rester debout, dans ma bulle, pendue à mon homme, ne pas voir ce qui se passe autour. M me calme, me parle. Je reprends le dessus et laisse la sage-femme m’examiner. Elle crie à ses collègues « une complète » (charmant non ?), ça j’aurai pu le leur dire. Je panique un court instant, je n’aurai donc pas de péridurale qu’ils m’avaient dit qu’ils poseraient dès mon arrivée ! et puis je réalise ! Ils ne pourront pas me faire leur péri !!!! j’ai tout fait ! on y est ! Je suis heureuse avant qu’une nouvelle contraction me rappelle qu’il reste des efforts à fournir. La sage-femme redemande si la poche des eaux est intacte…. oui ! je le saurai ! et là… plouch ! le déluge ! je sens quelqu’un me poser une perfusion. Je vois le Dr M., je sens l’échographie rapide.

Je demande M, Il faut qu’il reste devant mon visage je ne veux pas voir tous ces gens qui s’activent et se pressent. Je lui parle mais ne me souviens pas du tout de ce que je lui dis. ça recommence et cette fois je sens que tu arrives, j’essaie de me concentrer pour pouvoir pousser efficacement. Tu avances vite et je sens tout, tout ton petit corps. je reprends mon souffle et pousse encore. Cela me soulage. Et puis à un moment, plus de contractions. je panique car ta tête n’est pas encore sortie et que je n’ai plus cette envie de pousser. J’entends les gens m’encourager. Le Dr M (l’autre) entre et me dit qu’il faut y aller ! Je me reconcentre et pousse, pousse encore. Voilà, je te sens, ta tête passe. J’ai franchement l’impression qu’elle est énorme, que jamais je n’arriverai à te sortir de là ! Je pousse une dernière fois et enfin, te voilà. On te pose sur mon ventre quelques instants puis quelqu’un t’emmène. On me dit juste que tu es sonnée. Je dis à ton papa d’aller avec toi. Le Dr M me dit « Vous ne la vouliez vraiment pas cette péridurale hein ? » je lui raconte alors que notre arrivée tardive n’était absolument pas voulue.

Les soins commencent, on te remet sur moi. J’ai peur, je ne veux plus qu’on me touche. je tremble comme une feuille. Je viens d’accoucher par voie basse, sans péridurale, sans épisiotomie, d’un bébé en siège et je ne supporte pas que la doc répare la toute petite déchirure qui en résulte. Mon corps a du mal à se remettre de la tempête qu’il vient de vivre. On me met donc sous gaz hilarant le temps de la couture.

Enfin c’est fini. Je peux te reprendre, tu es là, avec nous. Je demande finalement à quelle heure tu es arrivée: 9h01, soit 20 minutes entre notre arrivée dans le service et ta naissance. Je n’en reviens pas. Je pleure, je l’ai fait, j’ai réussi. Tu es là, et les médecins ne m’ont pas touché. j’ai tout géré avec ton papa et toi. Je suis fière, émue bouleversée. C’était tellement intense et en même temps tellement réel. Je peux dire que je t’ai mise au monde. J’admire ton papa qui n’a pas perdu son sang froid et qui m’a vraiment accompagné.

Il doit être 10h30 j’ai faim, nous appelons famille et amis pour annoncer ton arrivée, la plupart ne nous croit pas, aussi rapide?? Têter te demande trop d’efforts pour le moment, je te laisse dormir.

Il est 11h30, ce dimanche 17 mars 2013 et enfin nous voilà en chambre tous les 3 et nous commençons notre nouvelle vie. Tu es belle ma fille, tu ressembles à ta soeur. C’est sans appréhensions et avec une joie immense que je te berce contre moi.

Je passerai sur les « détails » du séjour à la maternité… vraiment pas agréable, protocolaire. Méconnaissance de l’allaitement, pression, non dialogue… bref tout ce que je redoutais.

SI prochain bébé il y a, je resterai sur un projet d’AAD mais si je devais accoucher en structure je demanderai une sortie précoce le jour J, pour ne pas être séparée de mes grandes, pour me sentir bien chez moi et ne pas avoir de compte à rendre quant aux heures, durée des têtées etc…

Certes mon projet ne s’est pas réalisé comme il devait, mais je pense au plus profond de moi que cela est arrivé pour une raison. Peut être n’étais je pas encore prête ? Cet accouchement m’a tout de même réparé du premier, il m’a donné confiance et force. Je suis maintenant informée et éclairée et accompagne au maximum la défense de l’aad, pour que toutes les femmes qui le souhaitent et le peuvent continuent à avoir ce choix.

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#351 L’accouchement de Cendrine

1 Mar

Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai été tellement contente mais j’étais loin de savoir dans quel bazar je me lançais! Dès que tu annonces que tu es enceinte, on te demande tout un tas de papier et si en plus, tu souhaites accoucher à la maison alors là le parcours du combattant commence!

Ma grossesse fut idyllique : pas de nausée, j’ai été active jusqu’au 8ème mois et bien entourée. Ma sage-femme était très douce et très à l’écoute de ce que je souhaitais. Dans ma tête, il était presque impossible que je n’accouche pas à la maison mais on a quand même constitué un dossier à la maternité la plus proche afin de prévenir si l’accouchement ne se passait pas bien.
Lors de la constitution du dossier, je n’ai jamais dit que je souhaitais accoucher à la maison mais juste commencer le travail à la maison, mais même là je sentais déjà qu’on me jugeait comme une irresponsable.
Finalement, le terme est arrivé et à l’hôpital (peut-être parce qu’ils sentaient que je voulais sortir du cadre), ils voulaient me faire rentrer de suite. Il a fallu qu’on bataille pour au moins attendre une semaine. Malheureusement pour moi, les 7 jours ont passés sans que mon bébé ne montre l’envie de pointer le bout de son nez. Malgré le fait qu’il n’était pas en souffrance, nous avons dû aller à l’hôpital pour un déclenchement…
Ma sage-femme qui me prévenait toujours de ce qu’elle faisait, notamment lorsqu’elle voulait regarder le col; là je suis passé dans un autre monde! J’ai eu plusieurs palpés vaginaux pour « savoir où en était le travail » sauf qu’à chaque fois, elles me faisaient mal. Si je me plaignais, on me disait que mon col n’était pas facile d’accès… A mon avis, si elles avaient pris le temps, je n’aurais pu eu aussi mal. J’avais , avec certaines, l’impression de subir un fist-fucking (désolée pour le langage mais c’est comme cela que je l’ai vécu).
Toutes les sages-femmes et infirmières n’étaient pas insensibles, il y en avait une (la plus expérimentée) qui me mettait à l’aise et qui était compréhensive de ce que je vivais. J’ai pu lui dire qu’on avait souhaité un accouchement à domicile et que là, l’expérience était dur à vivre pour nous deux. Elle a essayé, tant qu’elle le pouvait, de nous adoucir le séjour mais la plupart voulaient que cet enfant sorte (à ce moment là, je ne savais pas si c’était un garçon ou une fille).
Ils ont donc décidé d’accélérer les choses  : après l’application d’ocytocines, voyant que le col ne s’ouvrait pas plus que 3 cm, ils ont voulu que j’ai une césarienne. Nouvelle bataille pour qu’on essaie au moins de le faire sortir par voie basse. Voyant notre résistance, ils font une deuxième application d’ocytocine.
Le travail fut long mais le col ne bougeait tjs pas. Une césarienne fut donc programmée. Arrive l’anesthésiste:  pas sympa, engueulant les infirmières et les sages-femmes, ne me parlant jamais directement alors que j’étais à 3 cm d’elle et faisant des remarques désobligeantes sur les « gens comme moi qui sont trop cambrés » sous-entendu les noirs parce qu’elle n’arrivait pas à me faire la péridurale!
Là je comprends que c’est la fin, qu’on a plus notre mot à dire et que plus rien ne va nous être expliqué! Ca n’a pas loupé, 2 secondes après on m’insérer une sonde urinaire sans me prévenir ( ça fait très mal!). Mon compagnon a été complètement mis de côté, il n’avait qu’une envie c’était qu’on en finisse, de voir son bébé, de me retrouver et qu’on nous fiche la paix!
Seule chose qu’on a pu négocier: la récupération du placenta pour pouvoir planter un arbre pour la naissance de notre enfant!
Finalement, à mon réveil j’ai appris que c’était un petit garçon et une fois mon fils sorti, ils nous ont fichu la paix. Enfin!
Quand dans les jours qui ont suivi, on me demandait avec des les yeux brillants « alors? Ce fut le plus beau jour de ta vie, non?! » euh…. comment dire! Non! J’étais très heureuse de voir mon fils mais après ma grossesse idyllique, je ne m’imaginais pas l’enfer que j’allais vivre! Ce fut dur pour nous deux et nous nous sommes sentis dépossédés d’un moment qui aurait dû être magique et beau, malgré la douleur.
Nous attendons un nouvel enfant et déjà, je sais que ça va être compliqué d’accoucher comme je le souhaite! En France, tu n’as pas la possibilité de vraiment choisir ton accouchement. Soit il n’y a pas de sages-femmes qui fassent d’accouchement à domicile, soit elles sont trop éloignées… Certains hôpitaux sont mieux que d’autres mais globalement, on ne devrait y aller qu’en cas d’accouchements compliqués ou pour ceux qui se sentent plus à l’aise pour y accoucher… Ce devrait être un choix et non une obligation!
Je garde espoir que dans quelques années, cela soit une réalité!
Merci de m’avoir donné la parole

#345 Lucie, dans le Val-de-Marne (94)

8 Fév

Je suis enceinte. J’ai 20 ans. Nous sommes en couple depuis 5 ans. Je suis déjà tombée enceinte un an plus tôt et nous avons fait le choix de l’avortement. Suite à cette IVG j’ai fais une dépression qui a nécessité un traitement médicamenteux. Mon traitement est arrêté en Août : au mois d’Octobre, je suis de nouveau enceinte.
Je suis très informée sur ce qu’est l’accouchement en France aujourd’hui : j’ai travaillé comme Auxiliaire de Puériculture dans de grandes maternités parisiennes. Je sais ce dont je ne veux pas. Je ne veux pas de cette violence industrialisée, banalisée. Je ne veux pas me sentir violée, anesthésiée, charcutée, comme je l’ai entendu parfois dans la bouche des mères auprès desquelles j’ai travaillé.
En fait, tout de suite, je veux accoucher chez moi, en sécurité. Là où je me sens bien. Je n’ai jamais été hospitalisée et je n’ai pas envie de commencer, surtout pas pour donner la vie. Je veux accoucher dans mon cocon, avec mon conjoint, la seule personne au monde en qui j’ai une absolue confiance, et éventuellement l’assistance d’une SageFemme.
Je me fantasme accouchant seule dans mon lit ou ma baignoire, en pleine possession de mon corps et gérant
ma douleur naturellement, instinctivement. Cette vision m’apaise et me sécurise.
Mon conjoint me fait confiance dans mes projets : c’est mon corps, mon instinct, je sais ce qui est bon pour notre bébé et moimême.
Il est un peu réticent, à peine, au sujet de l’accouchement à domicile, mais ma profonde conviction et mes arguments (appuyés par une documentation fournie !) ont vite raison de ses doutes.
Je parcours les numéros des SagesFemmes libérales de la région parisienne : l’une part en vacances à la date prévue de mon accouchement, l’autre est très froide au bout du fil et m’informe qu’elle ne prend plus de nouveaux parents. Je suis blessée et effrayée par la complexité de l’affaire : je me vois forcée d’accoucher à l’hôpital, faute d’alternative. Je n’ai pas le choix. Je me résigne à devoir accepter un accouchement en Maternité, et cette pensée me fait violence. Je me sens forcée.
A partir de ce moment de la grossesse, j’ai des phases régulières de panique en imaginant mon accouchement : je me vois ficelée à une table, le sexe ouvert mutilé, la lumière crue, tous ces gens, c’est un viol, voilà, c’est cela dans ma tête, rien d’autre. Mon conjoint ne comprend pas ma terreur et la minimise. Je me renferme. Je garde mon désespoir et ma peur en moi. J’envisage parfois d’accoucher seule à la maison, pendant que mon conjoint sera au travail, de ne pas me rendre à la Maternité. De faire ça toute seule, sans personne pour violer mon intimité. C’est la seule pensée qui m’apaise un peu, même si je sais qu’elle est illusoire : au fond de moi, je sens que je n’ai pas cette force d’être seule face à l’inconnu d’un premier accouchement.
Je découvre le concept du plateau technique, et un SageFemme libéral qui le pratique dans le grand hôpital à deux pas de chez nous. Cela me semble l’option la plus acceptable. Nous le rencontrons : il est sympathique, son approche de la grossesse et de la naissance me plaît, respectueuse et physiologique. Il accorde une grande place à l’entité parentale, pas seulement à la mère, et c’est important pour nous. Mon conjoint aussi est à l’aise avec lui. Nous ferons la route ensemble, même si je garde ce sentiment profond de faire un choix par défaut.
La grossesse se passe très bien physiquement. J’arrête cependant de travailler rapidement car je suis épuisée par les trajets interminables. Je sens que j’ai besoin de temps pour moi, pour me centrer et investir cette grossesse qui fait remonter à la surface d’anciens démons et beaucoup d’angoisses primitives. Quel bouleversement !
Le suivi de grossesse est respectueux : je n’aurais aucun toucher vaginal avant ma dernière consultation, car il n’y a aucune raison valable pour en faire. Je fais, avec mon SageFemme, une préparation à l’accouchement adaptée à mon souhait de ne pas prendre la péridurale : on discute des positions, de la gestion de la douleur, on fait de la sophrologie. Mais mon angoisse persiste malgré toute sa gentillesse. Je sens que je le pousse dans ses retranchements: je voudrais ne pas être perfusée d’office à l’arrivée à la Maternité, par exemple, et je me heurte à un
refus catégorique. Cela peut sembler anodin, mais le fait de sentir que je n’ai pas le droit de refuser un acte invasif creuse un fossé entre nous. Et je ne parviens plus à parler de ce qui me touche et m’inquiète : je le laisse se préoccuper de mon corps qui va si bien et je passe sous silence mon mental qui lui, ne suit pas.
Malgré mes efforts pour faire des choix éclairés, de nombreuses choses ne me conviennent pas. Mon SageFemme
ne fait pas les échographies et me dirige vers une gynécologue.. Son ton est froid. Elle me fait mal, elle a des remarques déplacées sur mon physique, elle ne nous met pas à l’aise. Je me souviens pourquoi je ne suis plus suivie gynécologiquement depuis des années, mais bizarrement, je n’ai pas la force de chercher quelqu’un d’autre. Je me sens piégée dans ma grossesse, dans ce qui m’est imposé à ce sujet : on attend de moi que je sois docile et béate. Je pensais que porter la vie me rendrait forte, puissante et fière; à l’inverse, je me sens infantilisée face au corps médical. Je m’estime “chanceuse” d’avoir opté pour un suivi global où je bénéficie d’un interlocuteur privilégié en la personne de notre SageFemme; je n’imagine pas ce qui se serait passé si j’avais opté pour un suivi plus conventionnel. Au moment où mon SageFemme remplira mon dossier pour la Maternité, il me demandera si
j’ai vécu des agressions sexuelles. Mon conjoint est à côté de moi. Oui, j’ai subis des violences sexuelles quand j’étais adolescente, mais comment vous dire ça maintenant, entre mon poids et mes antécédents familiaux ? Je ne dirais rien, et lui ne s’attardera pas sur mon malaise pourtant bien visible. Rien non plus sur mes addictions passées, quelques questions plus tard : trop tard, je suis fermée, vous m’avez fermée par votre indélicatesse. Dommage. J’aurais tellement eu besoin de parler de tout cela, précisément, de ces angoisses que la grossesse fait ressurgir. On
semble parfois oublier que la grossesse et l’accouchement sont des évènements de la vie sexuelle d’une femme, qu’ils sont dans la continuité de ses expériences, de son vécu. Mon ventre me semble dissocié de moi, on traite ma grossesse comme une personne à part entière.
J’ai du mal à investir ma grossesse, j’ai du mal à me projeter, à caresser mon ventre, à parler à mon bébé. Et je ne peux le dire à personne. A mesure que ma silhouette se transforme et que mon bébé donne des signes de vie, je parviens cependant à tisser ce lien délicat entre lui et moi.
L’échographie nous a montré qu’il s’agit d’une fille et j’en suis très heureuse. J’évite de penser à l’accouchement même si je suis toujours hantée par mes peurs. Je souffre aussi, malgré tout : je me sens lourde, impotente, douloureuse. Mais comme “tout va bien”, je n’ai pas vraiment l’autorisation de me plaindre. Mon conjoint et moi-même,
sentant la fin de la grossesse approcher, nous soudons face à l’inconnu. Mais je me sens toujours isolée et incomprise. Je regrette de ne pas avoir la force de demander de l’aide, mais j’ai la sensation que mon énergie
est monopolisée par et pour mon enfant. J’aurais souhaité qu’on me tende la main, qu’on fasse le premier pas, peut-être en me demandant sincèrement comment je me sentais, en tant que personne et pas seulement en tant que future mère.
La veille de mon terme prévu, je n’ai toujours aucun signe annonciateur de l’accouchement. Mon SageFemme
m’annonce que si je n’ai pas accouché à la date prévue, on me déclenchera à DPA+1 : c’est le protocole de l’hôpital dans lequel il officie et il n’a pas le pouvoir de lutter contre.
Je n’avais pas du tout envisagé cette possibilité et cela me révulse. Je déteste l’idée de mettre mon bébé dehors de force et dans la violence qu’induit un accouchement déclenché artificiellement, alors qu’il ne montre aucun signe de détresse. On ne nous laisse donc aucune chance ! Mais, moi non plus, je n’ai visiblement pas le pouvoir de lutter contre.
Le SageFemme me fait mon premier toucher vaginal pour contrôler l’état du col utérin, qui est légèrement ouvert. Je sens qu’il fait un geste sur mon col que je ne connais pas, désagréable. Il s’aperçoit que je l’ai remarqué et me fait un petit sourire en coin : “Je décolle les membranes”.
Je suis stupéfaite. Le décollement des membranes n’est pas anodin, et il ne m’a pas demandé mon avis. Il a fait ce geste sur mon corps, sur mon sexe, sur mon bébé, sans me demander mon avis. Il prend ce risque sans s’assurer que je sois informée des conséquences que cela peut engendrer.
Je n’arrive plus à parler. J’ai envie qu’on en finisse : j’ai mal partout, je suis épuisée d’avoir peur, d’appréhender, de sentir que mon corps m’échappe, que je ne contrôle rien. Le SageFemme est sûr que je vais accoucher dans la nuit, moi pas. Il s’aperçoit qu’il a oublié de faire un test important concernant la présence de Streptocoque B dans ma flore vaginale, et me demande de passer au laboratoire avant de rentrer chez moi.
Pendant le trajet, je sens que je commence à perdre les eaux. La poche est fissurée. A cause du geste qu’il a posé sans préavis, il a déclenché les évènements. Je marche toute l’après-midi, je passe au laboratoire. Je rentre chez moi. Je nettoie la maison du sol au plafond. Je ne pense plus à rien. Je préviens mon conjoint que l’accouchement ne va plus tarder. On prépare mon sac. Toute la nuit, je prête attention à mes contractions irrégulières, peu douloureuses, que
j’essaie de forcer en roulant du bassin sur mon ballon d’accouchement. Mais le travail n’a pas commencé. Je sais que ce n’est pas le moment, que mon bébé ne viendra pas tout seul, que la poche des eaux ne se serait jamais fissurée naturellement aujourd’hui. Je sais qu’en fait, mon SageFemme m’a déjà déclenchée artificiellement en décollant les membranes, parce qu’il voulait se conformer au protocole de son hôpital. Il n’a pas laissé à mon bébé une chance de
naître naturellement. Et je suis en colère contre lui, en qui j’avais une relative confiance jusqu’alors. Je n’ai même plus peur : je veux juste en finir, je veux que mon enfant naisse. J’ai le sentiment que la naissance de mon bébé est gâchée, et je culpabilise de ne pas mener ma grossesse à terme moimême, de ne pas savoir/pouvoir accoucher par moimême.
Le lendemain matin, les contractions se sont arrêtées. Le SageFemme essaie de me joindre au téléphone et je suis bien obligée de décrocher. Il vient d’avoir les résultats d’analyse : j’ai énormément de Streptocoques B. Comme la poche des eaux est fissurée depuis la veille et qu’il y a un risque d’infection pour le bébé, on doit déclencher l’accouchement. Une raison de plus, j’ai envie de dire. On se donne rendezvous à la Maternité. Il y a comme un sentiment d’urgence, de pression, je me sens forcée, pressée, compressée par son inquiétude.
Arrivés à la Maternité nous allons directement nous installer en salle de travail. C’est une trop grande salle froide carrelée, avec une baie vitrée donnant sur les arbres. Il y a une table d’accouchement sans étriers et face à la table, des placards et du matériel médical. C’est aseptisé, immense, étranger. J’ai du mal à me dire que je vais donner naissance à ma fille ici, dans cet endroit anonyme et froid, mais je me fais violence pour me “mettre dans le bain” :
après tout, je n’ai pas le choix, autant faire de mon mieux pour que cela se passe le moins mal possible. Je fixe mon attention sur le joli paysage par la fenêtre, dans le soleil de fin d’aprèsmidi.
Je passe la blouse de l’hôpital. Je ne veux pas enlever mon bracelet portebonheur, mais c’est obligatoire au cas où une intervention d’urgence serait nécessaire, alors j’obéis. La pose de la perfusion la première de ma vie m’arrache
des larmes de douleur. Comme l’accouchement est déclenché j’ai droit au monitoring en continu : je peux me déplacer sommairement avec, mais mes mouvements perturbent l’enregistrement et je dois sans cesse veiller à ce qu’il reste en place. Le SageFemme me dit de ne pas m’en préoccuper, mais c’est difficile d’occulter ce bruit permanent et tous ces fils. Il me prévient que la douleur des contractions va être plus violente et soudaine que si l’accouchement était spontané : mais plus violente que quoi ? Je n’ai encore jamais accouché !
Je m’assois sur le ballon, mon conjoint face à moi. Je gère les premières contractions ainsi : nous discutons tous les trois tandis que je bouge mon bassin au rythme des vagues qui se succèdent. Très vite, elles sont plus rapprochées et plus puissantes. Le SageFemme me prévient chaque fois qu’il augmente le débit de la perfusion, ce qui est plus anxiogène qu’autre chose. Quand la contraction arrive, je m’enroule sur moimême et je serre très fort les mains de
mon homme. Ce contact physique avec lui m’est indispensable en permanence, c’est la seule chose qui me garde sur Terre; sans ce contact je pars très loin… L’intensité des contractions me stupéfie. A chaque contraction, désormais, je n’entend plus rien, je ne vois plus rien, je suis submergée par cette douleur brûlante qui n’est pas localisée mais générale, dans ma chair et dans ma tête, partout en même temps. Rien à voir avec ce dont on avait parlé pendant la
préparation à l’accouchement.
J’entends les hommes qui discutent sans être capable de donner du sens à leurs mots. Leurs voix sereines me réconfortent cependant entre deux contractions, c’est un fond sonore agréable.
Parfois mon homme m’encourage doucement mais je ne peux pas lui répondre, ma voix ne sors pas. J’ai la sensation d’être dans un monde parallèle, de perdre le contrôle de mon corps, de mes sens, ce qui est déroutant et effrayant. La douleur prend de l’ampleur continuellement. J’ai du mal à reprendre mon souffle.
Je ne parviens plus à gérer la douleur assise, un poids pèse sur mon périnée en permanence.
Je crois que je le mentionne oralement car mon SageFemme me propose de me mettre debout en m’appuyant sur le lit. Je me lève en trébuchant : je me sens ivre. Est-ce que c’est ce qu’il y a dans la perfusion qui me rend ainsi ? Je pose les deux mains sur le lit et une contraction très violente arrive immédiatement. Je suis submergée par la douleur et par la peur. Debout au milieu de ce lieu inconnu, seule, noyée dans ma douleur sans le contact physique de mon homme, je me sens vulnérable, en danger. Je suis terrorisée.
On m’aide à monter sur le lit et je m’y retrouve allongée sur le dos, position fortement anxiogène pour moi, mais j’ai trop mal pour verbaliser mes émotions. Le SageFemme me propose un toucher vaginal pour vérifier l’avancée du travail : le col est ouvert à 4. Cette période de l’accouchement est très confuse dans ma mémoire : je déraille complètement. Je me dis que je ne vais pas survivre, je pleure comme une enfant en m’accrochant à mon homme. Comme s’il pouvait prendre ma douleur, j’attrape la main du SageFemme pour la poser sur mon ventre
pendant une contraction, mais il la retire, visiblement embarrassé.
J’ai une sensation profonde, bestiale, de mort imminente. Ce n’est plus de la douleur, c’est de la souffrance, il n’y a aucune pause entre les contractions. Allongée sur le dos, les cuisses serrées l’une contre l’autre, je me tortille à chaque contraction comme pour la bloquer, la freiner, mais en vain. J’en arrache même ma perfusion à force de me tordre de douleur mon SageFemme me dit qu’il n’a jamais vu ça avant.
Quelque part, le fait que les hommes restent sereins autour de moi me permet malgré tout de garder un contact avec la réalité. On essaie le masque de gaz relaxant, mais c’est pire, car je me sens étouffée en dessous. Le SageFemme
et mon homme me préviennent qu’ils vont sortir un instant. Mon homme me racontera lui avoir demandé s’il était normal que j’ai aussi mal, car il commençait à avoir peur pour moi. Ce moment de solitude est douloureux mais bénéfique : je suis profondément désespérée de ne pas être comprise et aidée, mais je comprends que je vais devoir lutter seule et que je dois trouver par moimême ce qui peut me soulager.
Le SageFemme me fait un nouveau toucher vaginal : le col est ouvert à 6. Il me propose de percer la poche des eaux : cela risque d’être plus intense ensuite, mais aussi d’accélérer considérablement l’avancée du travail, selon lui. J’accepte car j’ai envie d’en finir. Il perce la poche des eaux : j’ai un fou rire en sentant toute cette eau chaude jaillir hors de moi, c’est inattendu, cela me soulage d’un poids ! Nous rions un peu, l’atmosphère redevient plus sereine,
plus confortable. Le SageFemme me propose de m’asseoir en tailleur et installe une barre au dessus du lit de façon à ce que je puisse m’y accrocher au moment des contractions. Il me rappelle de me recentrer sur ma respiration et me propose de pousser sur la barre au moment de l’expiration. Sur un poste radio, il met la musique que nous utilisions pendant les séances de sophrologie : c’est rassurant même si j’en fais très vite abstraction, comme tous les sons
environnants. Dans le brouillard, j’entends la voix de mon SageFemme, cette parole isolée en réponse à mon homme inquiet : “Maintenant, elle est dans sa bulle.”
Je me concentre entièrement sur ma respiration, je la visualise et l’accompagne. Curieusement, la douleur des contractions a disparue : elle est remplacée par une puissante envie de pousser !
En fait, mon corps pousse tout seul, sans que je puisse maîtriser cet effort. Mon utérus est maître de la situation. C’est une sensation qui n’a jamais été mentionnée en cours de préparation à l’accouchement. Je suis soulagée de ne plus avoir mal, de ne plus être dans la douleur vive, mais cette sensation de poussée me déroute et me fait peur. C’est si dur de lâcher le contrôle quand on ne se sent pas parfaitement en confiance et sécurisée… Je ne peux pas.
Je voudrais, mais je ne peux pas. J’aurais tellement besoin d’être dans mon cocon familier, sentir l’odeur de mes draps, de mon homme contre moi, pour pouvoir enfin lâcher prise… Mais ici, de cette façon là, je ne peux pas.
Je signale à mon SageFemme que “ça pousse”. Il me répond simplement de laisser aller. Alors que j’aurais besoin d’être accompagnée, je me sens à nouveau piégée dans mon corps, seule. Malgré moi, je vais lutter contre cette poussée. Entre chaque contraction, je somnole sans m’en apercevoir. Je suis épuisée. Quand la poussée arrive, je suis incapable de la laisser aller. J’ai beau essayer de faire le vide dans mon esprit, mon bassin se bloque et je me retiens. Tous mes muscles tremblent dans cet effort. Je pourrais rester ainsi indéfiniment, suspendue dans le temps, dans les âges, entre deux états, entre deux étapes.
Subitement, j’entends la voix de mon SageFemme, anxieuse : “Bon, il faut y aller.”
J’ouvre les yeux. J’ai la sensation de me réveiller d’une très longue sieste : dehors, il fait nuit ! Je ne comprends pas. La sensation de poussée à disparue. Le SageFemme m’explique que le coeur de mon bébé commence à ralentir et qu’il va falloir pousser pour la faire sortir rapidement, tout en braquant sur mon corps l’énorme projecteur accroché au plafond. Je le vois préparer du matériel et enfiler un masque.
Je ne comprends plus rien. Je ne comprends pas comment j’en suis arrivée là, alors qu’il y a si peu de temps j’étais transpercée par cette poussée si puissante. Pourquoi est-ce qu’il ne m’a pas encouragée à pousser à ce moment là ? Pourquoi m’avoir laisser m’épuiser ainsi dans mes contractions, au point de m’endormir, alors que j’avais juste besoin qu’on m’encourage et qu’on me guide ?
Je suis assise sur le lit, les cuisses ouvertes au maximum, presque accroupie. J’ai toujours des contractions, mais elles semblent ralenties, anesthésiées, endolories comme tout le reste de mon corps. Mon homme est à ma droite et me tient la main. Une Aidesoignante est à ma gauche. Elle demande au SageFemme : “Tu vas faire une (poussée) dirigée ?”. Je me sens impuissante, incapable. Je m’efforce de pousser tandis que l’Aidesoignante appuie sur mon ventre. Elle s’excuse de me faire mal car elle y met vraiment toute sa force : je me souviens lui esquisser un sourire et lui répondre quelque chose comme “au point où j’en suis”.
Mais je n’arrive pas à pousser correctement. Mon corps m’échappe une nouvelle fois, traître. J’ai du mal à rassembler mes forces et à comprendre comment je dois pousser, maintenant que la sensation de poussée naturelle a disparue. Le SageFemme me dit qu’il va faire une anesthésie locale et, sans même me demander mon avis, enfonce une aiguille d’une taille considérable dans mon aine pour injecter le produit. C’est extrêmement douloureux. Mais pourquoi une
anesthésie maintenant ? Je n’avais pas mal ! Il semble confus de ma réaction et bredouille que maintenant, il est bien obligé de faire l’autre côté… J’en pleure de douleur tandis qu’il pique à nouveau. C’est complètement inutile.
Je pousse encore, mais cette anesthésie locale m’empêche de sentir correctement ce que je fais. Déjà que je n’ai plus envie de pousser depuis un moment, ça devient très compliqué… Le SageFemme me menace : si je n’y arrive pas toute seule, il faudra faire venir le Gynécologue.
Je balbutie en pleurant que je ne comprends pas comment je dois pousser. Finalement, je ne sais trop comment, je parviens à faire émerger la tête chevelue de mon bébé : je vois son reflet dans le carrelage du mur. Mon conjoint va jeter un coup d’oeil ému puis revient vite me tenir la main pour m’encourager. Cette vision furtive me donne la force de la sortir complètement à la poussée suivante.
J’ouvre les yeux le temps de voir ma fille, un peu violette, passer au dessus de mon corps sans s’y poser. Je crois lui avoir dit “Je t’aime”. Le SageFemme et l’AideSoignante partent immédiatement avec elle dans la salle adjacente. Mon homme me regarde avec inquiétude. Je crie : “Vas avec elle !” et il disparaît lui aussi. Cet instant de solitude semble durer une éternité.
Ma fille qui ne pleure pas, mon corps douloureux, vide, écartelé. Par respect pour elle, je ne pleure pas non plus jusqu’à ce que son premier cri me parvienne enfin. Alors les larmes coulent toutes seules. Ma tête est vide, je ne pense plus. Je suis seule. Je suis vide. Je voudrais mes amours près de moi, ma fille, mon homme. L’AideSoignante
passe à côté de mon lit. Je lui demande si tout va bien pour ma fille, et elle me répond avec surprise que oui, bien sûr, qu’elle avait juste besoin qu’on la stimule un peu car elle était fatiguée, mais que tout va bien maintenant. Puis elle me félicite, me souhaite une bonne nuit et s’éclipse.
Le SageFemme revient avec ma fille dans les bras : il propose à mon homme de la prendre en peau à peau pendant qu’il me fait quelques soins. Il appuie sur mon ventre, c’est désagréable, et me demande de pousser pour voir : le placenta sort d’un coup. Le SageFemme nous demande si on veut le voir : on jette un coup d’oeil, mais ça ne nous passionne pas autant que lui. Il m’ausculte. J’ai deux déchirures, sur la lèvre et à l’entrée du vagin, mais le périnée est intact. Il va me recoudre à vif : je suppose qu’il ne peut pas faire une nouvelle anesthésie locale aussi rapidement après la première, bien qu’elle ne fasse absolument pas effet. Je sens tout. C’est insupportable. Il minimise ma douleur sur le ton de l’humour.
Je ne lâche pas des yeux ma fille, blottie nue contre le torse de son Papa, dans une couverture chaude. Cette vision merveilleuse me permet d’endurer en silence la douleur. Ils partagent ces premiers instants et cela me réconforte de savoir qu’ils vont bien, qu’ils sont ensemble, qu’ils se câlinent.
La “couture” est longue et douloureuse. Je n’en peux plus, je suis toujours dans la position où j’ai accouché et mes cuisses tremblent comme des feuilles mortes. Je me sens partir, je suis comme shootée, j’ai de gros vertiges. Je le signale à mon SageFemme qui ne semble pas s’en affoler et termine son travail. Mon homme est impatient de me présenter ma fille et me la dépose dans les bras : son corps chaud contre le mien me fait un bien infini. Elle se met rapidement à gémir et à se tortiller : je lui propose spontanément le sein, qu’elle atrappe facilement pour une
première tétée. Je devrais déborder de bonheur, mais je me sens anesthésiée, vidée. Je contemple ma magnifique petite fille sans parvenir à ressentir quoi que ce soit d’autre que mon épuisement et ma douleur.
Notre SageFemme nous laisse un moment seuls et nous profitons de cette tendre intimité à trois. Je me sens dissociée de mon corps, toujours ivre. Je suppose que cet état second, qui se poursuivra toute la nuit, est un effet des médicaments qui m’ont été injectés. Lorsque le SageFemme revient, ma fille est toujours au sein : j’aurais apprécié qu’il vérifie ma position d’allaitement, mais je n’ai pas le temps de lui demander, car il nous signale qu’il faut monter en chambre. Mon conjoint habille ma fille car je suis trop épuisée pour le faire. Le SageFemme
me nettoie, me met une protection hygiénique et m’aide à m’installer dans le fauteuil roulant. Je ne tiens plus sur mes jambes. Mon homme me dépose ma fille toute emmitouflée dans les bras. La tenir serrée contre moi est déjà un effort physique considérable, dans l’état où je me trouve. Mon homme nous embrasse une dernière fois avant de partir : il n’a pas le droit de passer la nuit avec nous. Je suis installée dans une chambre double. La mère qui est allongée dans le lit à côté du mien dort profondément, elle n’a pas son bébé avec elle. La sonnette destinée à alerter le personnel médical est accrochée dans son lit : il n’y en a qu’une pour nous deux.
Je m’installe seule, maladroitement, avec ma fille dans mon lit car elle a toujours envie de téter.
J’ai très mal au sexe et je sens que je saigne. J’ai des vertiges, des frissons, je tremble. J’ai froid et je me sens toujours shootée : j’ai des pertes d’équilibres et la vue brouillée. Je voudrais me lever pour aller aux toilettes car j’ai envie d’uriner et que j’ai besoin de vérifier mes saignements, mais je ne peux pas me lever seule. Je ne peux pas non plus appeler quelqu’un pour m’aider, puisque la sonnette est inaccessible.
Je vais donc rester ainsi de longues heures. J’essaie de trouver une position confortable pour allaiter et somnoler en même temps. En plein milieu de la nuit, une infirmière entre dans la chambre. Elle vient vérifier quelque chose concernant ma voisine. Je lui demande si elle peut m’aider à aller aux toilettes : elle me répond sèchement que puisque je n’ai pas pris la péridurale, je peux me lever seule. Je lui explique que j’ai très mal et des vertiges importants, mais elle fait mine de ne pas m’entendre. Je me débrouille pour aller seule jusqu’aux toilettes mais je dois
faire plusieurs pauses en chemin car je suis au bord du malaise. La seule réaction de l’infirmière devant mon état sera de m’ordonner de laisser la porte des toilettes ouverte au cas où je m’évanouirais.
Je lui demande si elle peut me procurer d’autres protections hygiéniques, car je saigne très abondamment et les miennes ne sont pas suffisantes : elle rechigne. Elle ne m’en apportera pas de la nuit. Uriner provoque une douleur extrême à cause de la suture récente et je ne sais pas si c’est normal. Lorsque je regagne mon lit, l’infirmière est déjà partie.
J’apprendrais plus tard que le personnel médical de l’établissement est très réticent à acceuillir les mères qui accouchent en plateau technique : en effet, tous seront ignorants, froids et même dédaigneux avec nous. Notre SageFemme nous dira sur le ton de la blague qu’à notre arrivée,
l’équipe soignante a parié avec lui sur le fait que je réclamerais une péridurale et sur l’heure de mon accouchement; et que nous avons “gagné”. Je préfère ne pas rapporter en détails l’attitude du personnel à mon égard : pour simplifier les choses, lorsque je n’ai pas été tout bonnement ignorée, j’ai reçu des critiques et des remarques infantilisantes et moqueuses.
Ainsi, on ne viendra se préoccuper de moi que le lendemain en début d’après-midi: auscultée par une infirmière, j’apprends que j’ai deux hématomes importants aux aines et le sexe tuméfié, ce qui explique mes intenses douleurs. Elle est très étonnée de découvrir qu’on ne m’a pas donné d’antalgique. Je souffre également de crevasses aux seins car personne ne s’est soucié de savoir comment se passait mon allaitement. Plus grave : personne ne s’est préoccupé de savoir comment se portait ma fille, pendant tout ce temps…
Le lendemain, mon homme me trouve dans un état d’épuisement avancé. Je n’ai pas dormi et je n’ai toujours pas reçu le moindre antalgique. Notre SageFemme fait un passage éclair dans la chambre pour vérifier mes saignements et mes sutures : il semble nerveux et confus devant le récit de ma nuit. Il insiste pour me prescrire une contraception hormonale alors qu’il n’y a aucune urgence, et ne se préoccupe pas de savoir si mon allaitement se déroule bien. Il nous dit être très occupé et ne pas pouvoir rester plus longtemps, nous nous verrons demain, lors du suivi à domicile que nous avons organisé.
En effet, nous avions prévu une sortie précoce, mais les transmissions n’ont pas été faites correctement au sein de l’équipe médicale et nous devons attendre de longues heures la visite du pédiatre avant de pouvoir quitter l’établissement. Nous apprenons, lors de cet examen, que les prélèvements faits sur notre bébé afin de vérifier qu’il n’a pas été infecté par le Streptocoque B, ont été perdus dans la nuit. Notre fille subit donc une seconde fois ce geste invasif. Nous devrions théoriquement attendre les résultats d’analyse avant de quitter l’hôpital, mais c’est tout à fait hors de question pour nous. Nous signons une décharge et nous partons aussi rapidement que possible. Je veux retrouver mon cocon, ma maison, mes repères, et pouvoir enfin dormir et être aidée par mon homme. Je veux pouvoir être suffisamment à l’aise et sécure pour enfin prendre le temps de tisser ma relation avec mon bébé, car jusqu’à ce que nous soyons rentrés chez nous, je serais trop mal physiquement et psychiquement pour investir ce lien autrement qu’en répondant à ses besoins primaires.
J’ai accouché il y a 18 mois.
Je peux enfin faire le récit de cette naissance sans être envahie par des émotions négatives, même si j’ai encore besoin de travailler sur ce traumatisme qu’à constitué l’accouchement pour le surpasser définitivement. J’allaite toujours ma fille aujourd’hui, et cet allaitement plein de douceur et de tendresse est une victoire, car à aucun moment je n’ai été conseillée ou guidée malgré mes difficultés de démarrage.
Nous ne savons pas encore quand nous aurons un deuxième enfant, mais une chose est sûre, c’est qu’il viendra au monde chez nous. Je n’aurais jamais pensé adopter un point de vue aussi extrême avant de vivre cette expérience, mais si aucune SageFemme ne peut nous accompagner dans un projet d’accouchement à domicile, nous nous débrouillerons seuls, pour éviter d’avoir à revivre ces évènements.

#342 Deux récits de césarienne dans le 92, France

8 Fév

Ma deuxième grossesse s’est aussi bien passée que la première, pas de problème de santé et en pleine forme jusqu’au bout. Seul l’accouchement a été « problématique ».
Lors de la première, j’avais prévu un accouchement à domicile avec mon mari et une sage-femme. J’étais aussi suivie à l’hôpital afin d’avoir un dossier là-bas, au cas où je ne puisse pas accoucher à domicile. J’avais fait un projet de naissance physiologique, très mal accueilli par le responsable du service de maternité. Malheureusement j’ai dépassé le terme (41SA+5jours) et comme à l’hôpital les monitorings ont montré des anomalies de rythme cardiaque, j’y suis restée et j’ai été déclenchée sur un col non mature. Je m’inquiétais pour mon enfant et j’ai demandé une césarienne qui m’a été refusée au motif que ce n’était pas à moi de décider mais à eux. Je crois plutôt qu’il voulaient suivre mon projet de naissance voie basse, ce qui était absurde puisque j’avais bien écrit dedans que je ne voulais cela qu’en l’absence de tout risque. Au bout de 36h finalement j’ai eu une césarienne d’urgence (mon bébé fatigant vraiment) pour échec de déclenchement, après avoir subi la totale: perçage de la poche des eaux, perfusion, ocytocine, péridurale, etc, avec un défilé de personnes dans la salle. Cela dit je n’ai pas souffert mais c’était bien loin de mon idée d’un accouchement de rêve. Ça a été hyper-médicalisé. Mon fils ainé pesait 4,360kg à la naissance. Je l’ai à peine vu, et j’ai du aller attendre seule pendant 2 heures en salle de réveil avec des gens malades qui se réveillaient d’opérations diverses, 2 heures avant de pouvoir mettre mon fils au sein. J’ai eu une cicatrice de travers, avec un gros bourrelet de chair qui s’est formé au-dessus, car la cicatrice était trop basse et les peaux ont adhéré. Difficile de cacher ce bourrelet, visible même sous un maillot de bain.
Pour cette deuxième grossesse, j’attendais des jumeaux. Cela a remis en cause tout ce que j’aurais voulu pour l’accouchement: j’aurais enfin voulu accoucher à domicile, cela n’allait encore pas pouvoir être le cas.

Je me suis inscrite sur des forums de césarisées et me suis documentée sur les bénéfices et risques d’une voie basse de jumeaux sur utérus cicatriciel, comparé à une césarienne itérative. J’ai lu les recommandations scientifiques et mon choix s’est porté sur la voie basse.
J’avais fait une FIV. Le gynécologue qui me suivait, dans une clinique privée des Yvelines où j’habite, m’a tout de suite dit qu’avec lui ce serait une césarienne programmée à 38SA. Quand j’ai voulu argumenter il m’a dit sur un ton sec que je ne trouverai personne qui accepte autre chose et que, si je n’acceptais pas, il faudrait que je trouve un autre gynécologue, qu’il ne me suivrait plus car il ne suivait que celles qui accouchaient avec lui. Sympa!
Je suis ensuite allée voir l’hôpital public d’à côté, où j’avais accouché la première fois, sans beaucoup d’enthousiasme, vu la façon dont avait été accueillie mon projet de naissance de mon ainé. Le même gynécologue responsable de la maternité m’a accueillie et, quand j’ai parlé de ma volonté d’accoucher par voie basse, ce qu’on appelle un AVAC (accouchement voie basse après césarienne), il a été méprisant et très autoritaire, me prenant de haut et me disant que ce n’est pas moi qui décidait, que ce serait une césarienne à 38SA et rien d’autre. J’ai voulu lui donner mes arguments mais il n’a même pas voulu les écouter, pourtant je m’étais longuement documentée sur les risques d’une voie basse sur utérus cicatriciel et sur les risques comparés d’une 2ème césarienne, et j’avais fait mon choix en connaissance de cause, mais il m’a prise de haut en me disant que je ne trouverai personne qui accepte. Il m’a ensuite fait un toucher vaginal, inutile à ce stade, sans ménagement et douloureux.
Ça a été difficile de trouver une équipe qui accepte une voie basse. Grâce aux forums de césarisées, j’ai trouvé dans d’autres départements 2 hôpitaux qui acceptaient une voie basse mais médicalisée (péridurale, puis extraction du 2ème jumeau en allant le chercher à la main). Et j’ai trouvé un groupe physiologique dans le 92 qui acceptait une voie basse non médicalisée, une naissance physiologique. J’ai donc été suivie par une sage-femme libérale de ce groupe, connue pour faire des accouchements à domicile, et j’ai vu à 3 reprises le gynécologue qui participerait. L’accouchement était prévu en plateau technique dans une clinique privée. Le tarif était très cher, et non remboursé par la sécurité sociale.
Le suivi s’est bien passé, hormis le fait que la sage-femme est particulière: elle est persuadée que toutes celles qui ont eu une césarienne ont été victimes d’inceste. Elle essaiera de me « psychologiser » mais sur les forums on m’avait prévenue alors je ne m’en formaliserai pas. J’aurais dû!
Au début mon projet de naissance a été accepté. Le gynécologue m’avait même dit qu’il ne me mettrait jamais la pression sur le dépassement de terme et ne me déclencherait pas et qu’au pire ce serait une césarienne à 42SA.
Puis quand j’ai approché du terme, vers 38SA, je les ai senti se raidir. Tout d’un coup ils voulaient relire mon projet de naissance et remettaient en cause plusieurs choses. Le gyneco voulait me faire des touchers vaginaux inutiles et s’énervait que je refuse (alors que c’était dans mon projet de naissance) et disait que c’était indispensable sans me fournir un argument médical, et se vexait que je demande des explications. Pour lui c’était un manque de confiance de ma part. Alors que j’avais toujours dit et écrit que j’accepterai tout à partir du moment où on me donnait un argument médical. Je les avais choisi pour être intégrée au processus de décision et ne pas subir mon accouchement comme à l’hôpital et j’étais bien déçue.
Ils ont parlé de déclenchement à partir de 39SA et je ne voulais pas. J’avais l’impression de m’être fait avoir: au début ils m’avaient dit que mon projet de naissance ne posait aucun problème, puis à la fin ils remettaient tout en question.
À 40SA+1 jour, les contractions se déclenchent. La sage-femme, qui avait promis de venir chez moi vérifier le col et faire le pré-travail à domicile, refuse et me demande sur un ton directif d’aller à la maternité. J’arrive avec une accompagnante (une mère de 8 enfants rencontrée virtuellement sur Facebook, et ayant accouché chez elle de jumelles). La sage-femme est désagréable, agressive. Je lui dis que j’ai été contrariée qu’elle ne vienne pas chez moi comme prévu, elle me rétorque qu’elle n’avait pas envie que je veuille rester accoucher chez moi. Je lui demande pourquoi un tel manque de confiance, elle me répond que comme je n’ai pas confiance en eux, eux non plus. Je dis que ce n’est pas parce que je refuse certains actes non justifiés que je n’ai pas confiance, et que c’était dans mon projet de naissance, et que je veux clarifier la situation avec elle, qu’on en parle avant que j’aille en salle de travail sinon ça va me bloquer, elle refuse catégoriquement de parler et s’énerve.
Puis elle me fait un toucher vaginal, je ne suis quasiment pas dilatée, et elle râle comme si c’était ma faute!
Je passerai 23h avec elle faisant la gueule, agressive parfois, et me disant des choses désagréables (« de toute façon tu n’y arrivera pas », « le deuxième jumeau ne va pas sortir », etc). A chaque fois que j’étais dans la même pièce qu’elle mes contractions ralentissaient, puis quand elle sortait pour fumer sa cigarette, le travail recommençait à s’intensifier.
Heureusement ma copine m’encourageait.
Quand j’en suis arrivée à 3 de dilatation, le gynécologue est passé pour m’engueuler car je refusais la voie veineuse, et m’a dit que je les « utilisais » (j’appris plus tard qu’il n’avait toujours pas digéré mon refus du toucher vaginal). J’étais en larmes, je ne comprenais pas pourquoi ils m’agressaient alors que si je les avais choisi c’était pour vivre un moment intime et entourée de gens bienveillants. J’essayais de lui demander la raison médicale de me poser à ce moment là une voie veineuse, aucun argument ne me fut donné, ils étaient outrés que je pose la question. L’anesthésiste est venu, m’a expliqué en quoi ça pouvait lui être utile (enfin une personne respectueuse et qui consent à me donner des explications) et bien qu’il n’y ait pas d’utilité absolue (c’est plus du confort pour eux), j’acceptais pour leur faire plaisir.
Puis les heures qui ont suivies je fis tout mon possible pour dilater (montée des escaliers, etc).
La sage-femme vérifie et je suis presque à 7 de dilatation. Elle veut qu’on quitte la salle nature très intime et confortable pour aller en salle de naissance, ce dont je n’ai pas du tout envie. J’ai peur que ça bloque la progression du travail et je demande à rester encore un peu. Refus catégorique de la sage-femme qui m’ordonne de la suivre. Arrivée en salle naissance, elle m’interdit d’en sortir et de continuer à monter et descendre les escaliers. Elle veut que je monte sur la table, je refuse. Ma copine met une couverture par terre et je m’accroupis en me tenant au lit. La sage-femme me fixe d’un air toujours aussi désagréable et mes contractions ralentissent, le travail stagne. Elle s’éclipse sans aucune explication. Je sors dans le couloir et l’entend dire au gyneco qu’elle fait préparer le bloc pour la césarienne. Elle ne m’en aura même pas parler avant! Pourtant je vais bien et le monitoring montre que les bébés aussi vont bien.
Le gyneco revient, il n’est plus agressif et dit vouloir m’aider. Je vient de fissurer la poche des eaux. Il propose de finir de la percer et j’accepte. Je dilate à 8. Alors il me dit qu’il va essayer une manœuvre manuelle et sinon c’est la césarienne. Je demande pourquoi vu que le monito est bon, il ne me donne aucune raison mais exige que je fasse un choix entre les 2 options qu’il me donne. J’accepte la manœuvre mais je demande la péridurale ou un anesthésique, il refuse (pourtant il n’y avait pas urgence et l’anesthésiste avait dit qu’il pouvait venir à tout moment). Je lui dit qu’avec la péridurale si le travail ralentit il peut quand même utiliser de l’ocytocine puisqu’il l’a fait pour une autre patiente avec qui j’avais sympathisé, qui m’avait raconté son accouchement, et qui avait comme moi stagné à 7. La sage-femme me dit que ça ne me regarde pas ce qu’ils ont fait avec elle ( sauf qu’elle m’a tout écrit en detail!) et le gynécologue marmonne que moi c’est différent (pourquoi? je ne sais pas).
J’accepte donc la manœuvre. Deux sages-femmes m’écartent et me tiennent les jambes et lui plonge sa main profondément et tente d’écarter le col avec ses doigts. La douleur est atroce. Il me dit de pousser pendant les contractions, mais comment pousser alors qu’il enfonce son bras… c’est impossible et trop douloureux, surtout allongée sur le dos. Je lui crie d’arrêter. J’en suis à 9 de dilatation. Je lui redemande la péridurale pour réessayer mais il refuse.
Je me demande dans quelle mesure cette manœuvre n’était pas faite exprès pour que j’accepte la césarienne.
Je suis donc charcutée pour la deuxième fois. Mes bébés vont bien et je peux les allaiter de suite après avoir été recousue, mais la déception de n’avoir pas pu les mettre au monde naturellement est grande, et je suis mortifiée des moments si importants de la naissance qui ont été si tendus et stressants.
J’avais le sentiment que ça aurait pu se passer autrement, qu’il ne m’aurait fallu que du calme, de la bienveillance, de l’intimité pour y arriver. Plus tard le gynécologue me dira que la poche du deuxième jumeau bloquait le passage du premier. Si c’est vrai je ne peux me plaindre que de l’ambiance qui a régné.
Je me sens heureuse de ce que j’ai pu faire pendant cet accouchement. J’ai réussi à gérer sans péridurale les contractions jusqu’à dilatation quasi-complète. Mais je suis en colère contre ma sage-femme  qui a été vraiment nocive et m’a gâché ce moment. Je me demande si j’aurais réussi avec une autre équipe en acceptant une péridurale d’office, je ne le saurais jamais.
C’était à 41 ans sans doute mon dernier accouchement et raté encore une fois. Et si jamais je devais tomber  enceinte dans 3 ou 4 ans (très peu probable), j’ai un utérus ayant eu 2 césariennes et aucun gynécologue ne m’autorisera à tenter une voie basse. Cela veut donc dire que tout espoir de vivre ce moment naturellement est fichu.
J’ai vite mis de côté cet accouchement décevant et me suis consacrée à mes bébés.

#333 Naissance de Nora et Jean, dans l’Ain en France, 2005

2 Fév

(Tous les noms et prénoms ont été modifiés.)

Pour mon premier enfant, je n’ai pas pensé une seconde qu’il pouvait en être autrement que d’accoucher à la maternité, avec péridurale (pourquoi souffrir alors qu’on peut accoucher sans douleur ?).

Je suis sortie ravie, avec une jolie petite fille. Ce n’est que quelques mois plus tard que j’ai commencé à cogiter sur la naissance de ma fille : pas si idyllique que cela finalement. Je ne savais pas pousser tant la péridurale était forte, Ernestine est restée coincée et une puéricultrice est montée sur mon ventre pour pousser et l’aider à sortir car elle était coincée plus ou moins. Pour ma deuxième grossesse donc, j’ai envisagé un accouchement à domicile (AAD) et j’ai pris contact avec une sage-femme de ma région pour un suivi.

Le 21 juin, date de la première écho, le gynéco me confirme ce que je sentais depuis une semaine : j’attends des jumeaux ! Après la surprise, j’en informe la sage-femme qui accepte de me suivre malgré la présence de 2 bébés.

Je choisis de voir aussi régulièrement le Docteur Yves (gynéco) pour préparer le terrain en cas d’accouchement à la maternité, car si je dois mettre mes enfants au monde en milieu hospitalier, je veux que ce soit le plus naturellement possible. C’est alors que commence le parcours du combattant : il faut savoir que de nos jours, attendre des jumeaux est une maladie. Je n’ai que 30 ans, mais je suis cataloguée grossesse à risque. Le gynéco me prédit outre la prématurité de mes bébés, la césarienne bien entendu, parce que les jumeaux, c’est plus sûr qu’ils naissent par césa.

Les semaines passent, le premier jumeau est en siège, et l’autre en tête. C’est donc la césarienne obligatoire d’après le corps médical. A chaque visite mensuelle je répète que je veux accoucher chez moi si les bébés se positionnent tous les deux en tête et je passe pour une dingue. Mon médecin pense même que je fais partie d’une secte. Pour moi une césarienne serait un drame, car ayant été totalement passive pour mon premier accouchement, je serais de nouveau dépossédée du deuxième. De plus, étant née par césarienne, j’ai vécu le traumatisme d’être séparée de ma mère dès la naissance (suite à des complications) et l’idée de revivre cela en tant que mère me terrifie.

Pendant cinq mois je vais me battre pour ne pas subir de césarienne médico-légale, c’est à dire une césarienne qui ne soit justifiée que par la peur des praticiens de se retrouver devant les tribunaux en cas de problème lors d’un accouchement par voie basse. Je répète inlassablement au Docteur Yves que je ne m’opposerai pas à une césarienne dans le cas où le danger est réel tant pour moi que pour les enfants mais que je la refuse dans tous les autres cas. Ce médecin fait encore des accouchements par siège alors je lui réaffirme que je suis partante. C’est alors qu’il me sort l’argument du « coinçage des têtes » des jumeaux. Le premier en siège, en sortant, pourrait se coincer avec son menton contre le menton du deuxième en tête et c’est la mort assurée pour l’un ou les deux jumeaux. Je lui demande si c’est arrivé souvent mais il ne peut me répondre puisque depuis longtemps, quand ils sont dans cette position, les bébés naissent par césarienne, donc il n’existe pas de chiffres…

Je me renseigne sur ce fameux coinçage des têtes et il s’avère en fait que c’est extrêmement rare, et quasiment exclusivement dans le cas de jumeaux dans la même poche – les miens sont dans deux poches différentes. Le mois suivant, je lui fais part de mes lectures et il en convient. Mais il n’est toujours pas décidé à m’accoucher et me conseille de chercher un autre médecin qui accepterait de ne pas me faire de césa. Pour lui c’est tout vu, il faut programmer une césarienne. Les larmes coulent toutes seules, je lui demande alors si au moins je peux laisser mes bébés décider du jour de leur naissance. Il fait la moue, arguant que les césariennes en urgence (comprenez : césarienne non programmée, c’est à dire une opération qui risque de le tirer du lit à 3h du matin ou un dimanche ou le jour de Noël) sont stressantes pour la mère et pour l’équipe. Je lui dis que je ne présenterai pas au rendez-vous pour accoucher. Il convient donc avec moi que les bébés arriveront quand ce sera le moment pour eux. Je demande à ce que mon compagnon soit présent et là de nouveau refus, à cause des microbes (la belle affaire, mes enfants connaissent bien les germes de leur père, mais bien moins ceux du personnel hospitalier) et j’essuie un NON catégorique. Je prends rendez-vous avec un médecin réputé de Grenoble, réputé pour être ouvert et moins protocolaire. Dans le même temps, j’envoie un courriel au Docteur Gaston sur les conseils d’une sage-femme qui travaille avec lui et me le décrit comme très à l’écoute des mamans. Celui-ci nous reçoit, mon compagnon et moi, très rapidement. Il nous écoutera longuement et se montrera bienveillant. Ce sera le premier praticien à entendre vraiment ce qui nous préoccupe. Il finira par accepter que j’accouche par voie basse avec lui et comme il travaille avec le docteur Yves (le gynéco qui me suit), il m’assure qu’il l’appellera pour le convaincre d’accepter aussi sur le principe. Cependant il me dit bien clairement que tout dépend de l’équipe médicale et que selon celle qui est présente le jour J, ce peut être aussi la césarienne d’office.

Quelques jours plus tard je retourne voir mon gynéco qui me sourit car il a reçu l’appel du Docteur Gaston et il accepte enfin de marquer sur mon dossier « pas de césarienne prophylactique, à la demande de la patiente ». Je lui dis que je ne veux pas de péridurale, pas d’ocytocine, pas de perfusions, que je veux pouvoir déambuler, pas de monitorage en continu. Il me persuade d’accepter la pose d’un cathéter dans le bras et dans le dos, au cas où il faille intervenir rapidement sur le 2e jumeau, pour éviter de faire une anesthésie générale en cas de césarienne inopinée. Je le rassure (il en a besoin !) sur mon intention de me rendre à la maternité dès les premiers signes de travail, pour ne pas les mettre devant le fait accompli, genre un bébé entre les jambes pour éviter la césarienne. Je suis enceinte de 36 semaines et le danger de prématurité est écarté. Il me demande de venir à la maternité pour un contrôle de routine à 38 semaines. J’obtempère, car les bébés n’ont toujours pas changé de position (malgré les moxas, les tisanes, le yoga, l’acupuncteur) et je ne voudrais pas me mettre à dos ce médecin qui me permet théoriquement d’accoucher. La séance de monitorage est un supplice, il y a belle lurette que je ne dors plus sur le dos et l’on me demande de rester dans cette position inconfortable plus d’une heure (enregistrer le coeur de deux bébés, ce n’est pas facile, ils bougent tout le temps et moi aussi car j’ai des contractions dues à la position). Et l’on me dit que je dois revenir le vendredi pour une hospitalisation. Comprenez, je suis à 38+3 et le terme théorique des jumeaux est à 38 semaines, au delà il y a danger… Je leur fais savoir que je ne me présenterai pas à la maternité car je ne suis pas malade et qu’ils ne vont quand même pas envoyer les gendarmes pour venir me chercher…

Je consens à me déplacer tous les jours pour qu’ils fassent leurs examens (à ce que je sache, on ne fait pas de monito la nuit, je n’ai donc aucune raison de rester le soir). Une jeune sage-femme me fait un toucher vaginal très douloureux en me disant que c’est normal (j’ai été bête car quel est l’intérêt de savoir où en est le col à 38 semaines, puisque l’issue est connue : la naissance). J’apprendrai par la suite que cette sage-femme a fait un décollement de membranes, il arrive que dans cette maternité on déclenche les mamans récalcitrantes sans leur avis.

Le 16 décembre, pleine lune, 3h30. Je perds les eaux dans mon lit où je dors avec mon aînée Ernestine. (il y a quelques semaines que j’ai demandé à mon compagnon de dormir dans une autre chambre car il me réveille sans cesse en ronflant, et c’est déjà très difficile pour moi de dormir avec deux bébés presque à terme qui bougent tout le temps, le mal de dos…). Je prépare mes affaires et j’appelle la maternité pour savoir si je dois vraiment venir tout de suite car je n’ai aucune contraction. La sage-femme de garde qui prend mon appel me demande si c’est moi qui veut accoucher bio ! Elle me propose de venir avec ma fille car il y a une chambre de libre où elle pourra continuer de dormir.

4h30, arrivée à la maternité. Toujours pas de contractions, je suis examinée, le liquide amniotique est de la bonne couleur et limpide à souhait. Je me rends dans la salle de travail où l’on me branche au monito. Je demande à rester assise et Bonnie (la sage-femme) est d’accord. Elle appelle le médecin de garde qui n’est pas mon gynéco. Celle-ci m’apparaît très agressive, elle veut que je m’allonge sur le dos, me dit que je vais accoucher au bloc. Je lui répond qu’il y a des trucs inscrit sur mon dossier. Elle rétorque que je suis sous sa responsabilité et que c’est elle qui décide. Je lui dis que je ne veux pas de monito en continu, ce n’est pas obligatoire et que je veux pouvoir déambuler ; elle est visiblement très agacée. Elle me dit que je verrai avec l’anesthésiste, qui ne sera sûrement pas d’accord (en fait il s’en fiche un peu, vu qu’il ne pose qu’un cathéter de péridurale et sans produit). D’ailleurs il se marre devant une vision insolite pour lui : une femme avec un cathéter sans péridurale qui gère ses contractions sur un ballon, c’est du jamais vu. Bonnie m’informe que le médecin est en train d’appeler mon gynéco parce que je suis pénible et de toute façon il prend sa garde à 7h. Par la même occasion elle installe une perfusion car même si je n’ai pas de péridurale pour l’instant, il faut que je soit hydratée au cas où. Je me sens un peu perdue, je ne contrôle pas vraiment ce qui m’arrive.

Je charge Hervé d’appeler mon amie sage-femme qui travaille dans cette maternité et qui m’a assurée qu’elle se déplacerait de nuit comme de jour pour être là avec moi (bien qu’elle soit enceinte, je la remercie encore). Elle aussi prend sa garde à 7h, tout se profile mieux désormais. Lorsque le Docteur Yves arrive, il n’est pas content car j’ai aussi refusé l’ocytocine et il me reproche de ne pas avoir obéi au médecin de garde. Il discute avec l’anesthésiste et je les entends dire que ça va être long (je suis dilatée à 2 cm depuis que je suis arrivée et ça stagne), qu’ils ont une opération à 11h (comprenez une césarienne programmée) et qu’il faudrait que j’aie accouché avant sinon ça va être compliqué. Je me sens misérable, car j’ai l’impression que je ne fais pas les choses comme il faut, que je ne dilate pas assez vite. L’anesthésiste m’envoie une dose test de péridurale et je ne sens plus mes contractions, je pleure et je dis à Hervé que je me suis fait rouler. Heureusement, quelques 45mn plus tard, tout redevient normal. 7h15, mon gynéco me fait du chantage : soit c’est la césarienne, soit c’est l’ocytocine car je ne dilate pas assez vite. La mort dans l’âme, j’accepte la perfusion. Un quart d’heure plus tard, les contractions se rapprochent et se font plus douloureuses. Cependant, je reste sur le ballon, et à chaque vague je respire très fort, j’aide mes bébés comme me l’a conseillé mon amie Véronika et la dilatation se passe tranquillement ainsi. J’ai très peu dormi et je m’assoupis presque entre deux contractions. Fab, mon amie sage-femme, me donne à boire lorsque je lui fais part de ma grande soif. 9h25. J’appelle la nounou d’Ernestine pour savoir comment ça s’est passé avec elle (Hervé l’y a conduite vers 5h30) et je raccroche avec l’arrivée d’une nouvelle vague. Hervé sort pour aller se restaurer rapidement et là une grande douleur me submerge, je préviens Fab que le bébé descend. Elle m’ausculte et me dit qu’elle sent les pieds (ce sont en fait les fesses) de ma fille. Je reste sur le côté, elle me tient la main, je n’ai confiance qu’en elle et son amie Anna qui est là aussi.

Le Docteur Yves revient, une puéricultrice me demande entre deux de mes cris si sa stagiaire peut assister à l’accouchement (j’opine du chef). Ensuite c’est un peu flou ; je m’entends crier des sons tantôt très graves – tantôt très aigus, en tout cas ça vient de loin. J’ai la sensation d’être terriblement animale. Hervé revient et panique un peu ; il me propose de prendre la péridurale mais je refuse. Il est mon rocher, je lui enfonce mes doigts dans la peau des mains tant la douleur est intense. Lorsque Nora s’engage, le gynéco me demande (m’ordonne) de me mettre sur le dos car « pour un siège, c’est sur le dos ». J’obtempère. Il me demande de cesser de crier : je rigole. Je sens un drôle de truc lorsque ma fille sort et je lui demande si j’ai été déchirée ; il me rétorque qu’il a fait une épisiotomie car « pour les sièges, c’est une épisio ». On me la tend pour que je l’embrasse et on me la prend. Le docteur Yves trafique dans mon corps et je lui demande ce qu’il fait : il perce la poche des eaux pour que ça aille vite, il craint que le 2ème se retourne. C’est ainsi que Jean sort 4 mn après sa soeur, tout violet. J’ai à peine le temps de le voir qu’il est emmené à son tour. Les hormones font leur effet, je suis KO, on me ramène d’abord ma fille puis mon fils, c’est très étrange d’en avoir deux, pas assez de place, pas assez de bras. Pendant que le docteur me recoud, je lui demande combien de jours je suis obligée de rester à la maternité. Il secoue la tête en marmonnant : « Mais qu’elle est chiante celle là »… Je ne sais pas ce qu’ils ont fait à mes enfants, s’ils ont été aspirés ou non, je regrette de n’avoir pas eu la force de gérer ça. Les trois jours qui suivent, on me demande de prévenir les puéricultrices pour qu’elles mesurent le dextro des bébés puisqu’ils pèsent moins de 2,5kg chacun. En plus clair, on leur coupe le pied toutes les 2 tétées pour prendre une goutte de sang. Autant dire que je ne les ai jamais appelées. J’ai échappé à la césarienne, le gynéco était très tendu pour cet accouchement mais heureux visiblement d’avoir eu l’occasion de pratiquer son métier d’une façon plus physiologique. Après coup, je me réjouis toujours d’avoir eu la possibilité d’accoucher par voie basse mais je reste persuadée que c’était bien trop médicalisé.

Le docteur Gaston viendra me voir tous les jours pendant près d’une heure durant mon court séjour à la maternité — j’ai pu sortir au bout de 3 jours. Juste pour parler, discuter de cette naissance. J’ai su ensuite que mon cas avait donné lieu à de nombreuses discussions dans les deux maternités concernées — celle où j’ai accouché, et celle dont le docteur Gaston est chef de service. Je sais aussi que mon gynécologue a deux mois plus tard accepté un accouchement par voies basses pour une maman de jumeaux en tête – siège, c’est lui-même qui me l’a dit.

Marion.

#318 Naissance de Loulou le 02/11/11 – France – 44

22 Déc

Je suis suivie par une sage-femme libérale, tandis que l’idée me turlupinait depuis un bon moment, nous sautons le pas et, à 6 mois de grossesse, nous décidons d’avoir notre bébé à la maison. C’est donc la collègue de ma sage-femme qui prend le relais et en qui j’ai confiance.

Forcément il faut que l’on me découvre une colonie de Strepto B au 8è mois, et là je m’effondre et me dis que c’est foutu pour l’AAD (accouchement à domicile) … Je me renseigne bien ou comme je peux sur cette colonie qui s’est invitée, la sage-femme est ok pour l’accouchement si je ne perds pas les eaux longtemps avant la sortie du bébé. Sinon c’est direction la mater’ avec perf d’antibio, etc.

Donc, évidement, je perds les eaux avant même d’avoir une contraction, d’ailleurs j’aurais les premières contractions 6h après, donc j’ai quand même appelé la sage-femme qui me dit : « Pas le choix, il faut aller à la mater’ », c’est d’ailleurs elle qui m’a conseillé d’attendre un max chez moi, et heureusement.

Sauf que ça m’a valu les remontrances dès notre arrivée à l’hopital. « Mais vous savez madame, il faut venir quelques heures maximum (2h) après que la poche ce soit rompue. Les risques et patati et patata que le bébé soit contaminé par le strepto… » alors moi je leur réponds « Ah bon, sur les conseils de ma sage-femme pourtant je suis venue 6h après, vu que je n’avais aucune contraction. » D’ailleurs j’y étais encore le lendemain alors …

Et là, je pleure, pleure, de me faire piquer pour avoir une perf, LE truc que je ne voulais pas avoir, des piqûres et bout de machin qui me gênent. Ca commence mal. Premier examen, allez un ptit 1 ou 2 cm je ne sais plus. Ça ne m’étonne pas plus que ça !

Hop, on file dans la salle de naissance « nature », on s’installe tranquillement. J’ai des contractions régulières, mais ça traine… on me propose le bain, alors que j’ai la poche des eaux rompue (je croyais qu’il ne fallait pas faire de bain dans ce cas là…). Nous voyons une autre sage-femme qui arrive avec son chew gum pas discret du tout, bref… A chaque fois qu’elle vient et repart je suis en pleurs, car elle me démotive complètement. Elle me dit même que je ne suis pas vraiment en travail vu que ça n’avance plus, alors que je suis à 3 ou 4 je ne sais plus… Elle me parle même d’un bébé qu’elle a perdu mort-né (si elle le fait avec chaque patiente qu’elle suit, au secours!)

J’ai même droit à une super phrase mot pour mot : « Vous allez vous faire doubler par une primipare !  Elle va accoucher avant vous ! » et elle me le répète deux fois ! J’ai cru rêver quand elle m’a dit ça. (c’est mon deuxième bébé et il a mis plus de temps à venir!)

Une autre phrase d’elle : « Je ne sais pas ce qu’il se passe, on dirait que votre corps ne veut pas accoucher, que vous n’êtes pas faite pour ça… »

Je ne retiens que des phrases comme celles-ci de l’accouchement et vraiment l’impression de ne plus être respectée en tant que femme mais comme un objet lors de (l’expulsion) la venue au monde de notre bébé.

Cette sage-femme réussit à nous convaincre de recevoir une injection d’ocytocyne, (je suis à 6-7), je demande la péridurale avant (car j’ai eu la même chose pour ma première et je sais que ce ne sont pas du tout les même contractions après l’injection). Nous voilà reparti dans le cercle infernal que nous ne voulions pas re-subir.

Je me « repose » et là, la sage-femme me dit : « C’est bon, on va y aller, vous allez pousser. »

Au dernier moment, j’ai eu le temps de dire STOP quand j’ai vu la sage-femme avec un rasoir orange bic ! Au secours, je ne me suis jamais rasé à cet endroit là, ce n’est pas aujourd’hui que ça va commencer ! Et je demande pourquoi elle veut faire ça « Au cas où nous devons faire une épisiotomie. » Alors j’ai répondu que non je ne veux pas être rasée et je ne souhaite pas d’épisiotomie (c’était noté dans mon projet de naissance), sauf si vraiment c’est nécessaire. Bilan : j’ai eu une petite déchirure et pas d’épisiotomie…

L’expulsion de notre bébé est assez rapide, mais je me suis sentie complètement contrôlée, elle m’avait dit d’appuyer beaucoup sur le bouton de la péridurale, que j’avais encore le temps avant d’être à dilatation complète, etc. Du coup je n’ai rien senti. Elle voulait finir sa garde avec moi et donc finir le travail ! Alors que je m’en serais bien passé.

La naissance a eu lieu plus de 24 heures après le début des premières contractions qui étaient déjà bien rapprochées.

Nous allons avoir un sacré travail à faire avant d’avoir un 3ème bébé… Je n’ai déjà pas beaucoup confiance en moi, mais là… 2 ans après j’en garde toujours un sentiment amère.

ANONYME

#09 Fanny – 2009

29 Jan
 Tout d’abord je souhaite préciser que nous avions un projet de naissance à la maison.
Dès les premiers mois de grossesse nous avons été accompagnés par une Sage-Femme qui avait à l’époque plus de 350 accouchements à domicile à son actif.
L’accompagnement était magnifique.
Malheureusement le dépassement du terme nous a orientés vers la maternité. C’était un des accords que nous avions passé avec la sage-femme.
La maternité qui nous a accueillis était au courant de notre projet. Nous nous étions inscrits là-bas au cas où et notre projet avait reçu un accueil si ce n’est positif tout au moins respectueux.
Le respect n’a pas été suffisamment au rendez vous le jour de l’accouchement.
Nous avons tout d’abord été traités de « tueurs d’enfant » par le médecin qui nous a accueilli. Il nous a sermonné et a tenté de discréditer les compétences de notre sage-femme.
Nous avons eu droit à de merveilleuses répliques du type « si vous aviez été dans mon pays je ne vous aurais même pas ausculté », « même en Afrique les femmes n’accouchent plus à la maison ».
Alors que j’allais aux toilettes, il a demandé à mon conjoint de me « reprendre en main ».
Puis il a voulu déclencher l’accouchement après avoir réalisé une écho sans nous montrer l’écran et nous avoir annoncé qu’il n’y avait plus de liquide amniotique.
Je ne l’ai pas cru, je sentais mon enfant bouger avec aisance dans mon ventre.
J’ai signé une décharge pour quitter la maternité.
Bien sur nous ne pouvions prendre de risque et nous sommes retournés à la maternité le lendemain matin après une nuit à pleurer et à écrire un projet de naissance en urgence. J’étais épuisée moralement.
A notre arrivée, le médecin de la veille et venu nous voir de peur que je porte plainte contre lui (alors que ça ne m’avait pas vraiment traversé l’esprit).
Nous avons discuté et il m’a avoué qu’il m’avait menti sur le caractère d’urgence de l’intervention afin que je n’accouche pas à la maison. Il a eu peur. Et son manque de sang froid a balayé 9 mois de préparation dédiée à un accouchement tel que je le voulais : RESPECTUEUX.
Un autre médecin a procédé au déclenchement. Celui-ci a été sans réel effet.
Je crois que j’avais décidé de ne pas mettre au monde mon enfant parmi ces barbares.
 
Entre-temps j’ai fait connaissance avec un nouveau médecin qui a pratiqué sur moi un toucher vaginal si violent que j’ai hurlé de douleur. Mon homme qui était dans la salle d’attente m’a entendu et a accouru. La sage femme qui était présente était extrêmement mal à l’aise. Elle m’avouera plus tard que je n’étais pas une exception…
Après cet étonnant premier contact, ce médecin a du avoir le béguin pour moi car j’ai eu l’honneur de le voir pointer son nez à deux reprises en salle de travail alors que mon accouchement était alors physiologique.
La première fois, il est venu alors que l’anesthésiste polonais me faisait ma péridurale en me disant avec un fort accent des pays de l’est « pas bouger » (je vous rappelle que tout dans cette histoire est véridique.. hélas…).
Lui aussi avait cru bon de faire une bonne blague en me disant « alors? je croyais qu’on voulait pas de péri? » Lors de notre rendez-vous je lui avais dit « a priori, non ».
Sauf que son vocabulaire devait être limité et sa connaissance du français réduite au langage canin.
Bref, j’ai demandé à l’aide-soignante présente de mettre mon nouveau copain médecin dehors.
Elle lui a demandé de sortir.
Mais le bonhomme était pervers, il a profité plus tard d’un de mes moments de solitude pour revenir enfiler ses plus beaux gants en latex.
Il venait « vérifier que tout allait bien » m’a-t-il dit en tentant de m’écarter les jambes.
Je l’ai copieusement mis à la porte. Il m’a dit que je ne savais pas à qui je m’adressais ; ce à quoi j’ai répondu qu’il ne se fasse pas de soucis car je n’oublierai pas son nom.
Après de longues heures dans cet endroit (je suis arrivée à 7h et ai accouché le lendemain à 23h), le corps médical a souhaité que je tente de pousser.
Mon col était ouvert à 5. Aberration. Une de plus.
Epuisée par ce faux travail, abattue par cette lutte avec tous ces médecins, douloureuse car aucune des doses d’anesthésie n’a fonctionné, j’ai demandé une césarienne.
Ils ont accéléré la manœuvre et m’ont emmenée au bloc car mon fils était en souffrance foetale.
Là encore, pas de chance. Une urgence plus urgente que moi est passée au bloc avant moi, me laissant seule, dans une salle à côté du bloc.
Je ne me suis jamais sentie aussi abandonnée de ma vie. J’ai cru que mon enfant allait mourir dans l’indifférence.
Lorsqu’ils ont enfin pu me faire entrer au bloc, c’est mon copain médecin au doigté incomparable qui s’est pointé.
La mauvaise blague.
Mais je suis une fille positive! Et j’ai vu en lui le professionnel, pas le pervers.
Alors que l’anesthésiste (le seul humain croisé durant ces deux jours) me caressait les cheveux en m’expliquant ce qui allait se passer, mon médecin chéri à commencer à m’ouvrir le ventre.
L’anesthésie n’avait pas eu le temps de faire effet. J’ai commencé à me débattre, j’ai entendu l’anesthésiste engueuler le médecin et puis j’ai vu le masque sur mon visage et je me suis endormie. 
Après… après il y a la rencontre avec Marceau, l’allaitement, le cododo, les massages, le portage, les câlins. Il a bien fallu tout ça. 
Je n’ai pas pu voir de médecin pendant plus d’un an et demi.  Je n’ai pas revu de gynéco non plus. Jusqu’à ce que je rencontre, deux ans et demi plus tard celle qui m’a ouvert sa maternité pour me permettre le plus beau des accouchements physiologiques. Mais ça, c’est une autre histoire. 
Fanny S

#01 Danaé

28 Jan

Tout a commencé avec un retard dans mes menstruations. Moi qui étais naturellement réglée comme une horloge, je m’interrogeais sur ce sang qui ne coulait pas. Bien sûr, je ressentais d’autres choses en moi, des choses qui auraient pu me mener sur une piste, mais je ne voulais pas leur prêter attention. J’ai souhaité attendre. Quelques heures, quelques jours, une semaine. J’avais tellement peur de me retrouver face à cette réalité, celle qui grandissait dans mon intérieur. Puis, n’en pouvant plus de tous ces doutes qui m’assaillaient, de tout ce futur potentiel qui se dessinait mais qui restait incertain, nous nous sommes décidés, mon Compagnon et moi, à aller acheter un test de grossesse. Je suis restée dans la voiture. Et c’est avec un large sourire que je l’ai vu revenir, un sachet à la main. La réponse à toutes mes questions était là, dans cette petite boîte en carton. Nous avons suivi à la lettre les consignes d’utilisation.
J’ai bu, beaucoup, et ai espéré très fort que le matin arrive vite tellement j’avais envie d’aller aux toilettes. Au lever du jour, je me suis glissée discrètement dans cette pièce, endroit peu chaleureux pour accueillir une telle nouvelle, pour effectuer le rituel. Je n’ai même pas eu à attendre que déjà deux barres très nettes s’affichaient, comme pour m’indiquer un chemin. Mon coeur battait fort avant cela. Puis, plus rien. J’étais seule face à moi-même et j’hésitais. Non pas à garder cet enfant, la question de l’avortement ne se posait pas, mais à partager la nouvelle avec celui qui était soudain devenu papa grâce à cet étrange objet. J’hésitais à lui mentir car je ne le sentais pas prêt. Je ne l’étais d’ailleurs pas moi-même. Quand, une fois dans la chambre, je me suis retrouvée face à son regard plein d’azur et d’étoiles, je n’ai pas pu lui cacher la vérité. Nous vivions un petit moment de bonheur, perchés sur notre nuage. Et celui-ci fut très court…

Les évènements se sont succédés à un rythme effréné. À tel point que j’avais l’impression que mon ventre grossissait à vue d’oeil. Les trois premiers mois ont été très difficiles. Pas de nausées ou autres symptômes habituels, mais une intense douleur dans le côté gauche de mon ventre, inexplicable. À cela se sont ajoutées une immense fatigue et une profonde dépression. C’est simple, je ne faisais que dormir et pleurer. Je ne m’alimentais pas ou mal, ne me lavais pas… bref, j’étais dans un état d’abandon le plus total. Je n’avais même pas la force de lutter. Et puis il y a eu l’échographie, la première. Je crois que c’est en voyant ce petit Être que j’ai pris conscience de sa réalité. Je ne pouvais quitter l’écran des yeux et ma figure illuminait la pièce d’un large sourire. La douleur s’est estompée pour finalement disparaître. J’avais vraiment la sensation qu’elle signifiait la fragilité du foetus, et que, du coup, son absence voulait dire que celui-ci était bien accroché. Je me suis reprise en mains et j’ai commencé à me laisser bercer par cet état magique, indescriptible. J’ai pas mal bouquiné sur le sujet. Je voulais entreprendre des activités en lien avec la grossesse. Et bien que le second semestre se soit passé avec délice, je n’ai rien fait ni rencontré personne. Au milieu du troisième mois, je suis entrée en contact avec mon Bébé. Un soir, alors que j’étais allongée et que je caressais mon ventre comme à chaque fois avant de m’endormir, je l’ai senti bouger différemment. Je l’ai alors observé. Et à ma grande surprise, quelques minutes plus tard, dans un geste lent, tendre et délicat, une petite main venait se poser non loin de mon nombril. Émue au plus profond de moi, je lui répondais par une caresse, paume contre paume. Je n’ai ensuite plus cessé de toucher mon ventre. Les trois derniers mois ont été plus éprouvants. Le ventre devenait lourd et je fatiguais rapidement. Comme pour me préparer à affronter un quotidien plus proche que je ne le pensais (et qui dure aujourd’hui encore), des insomnies se sont installées.

Cette grossesse, vous l’aurez compris, n’était pas préméditée. Nous étions un jeune couple, en pleine découverte de l’autre, avec un goût prononcé pour l’aventure, et nous sommes passés d’un coup au statut de maman et papa. Notre adaptation s’est faite au fur et à mesure, tant bien que mal. Chaque point lié à la venue au Monde d’un enfant, à son accueil, à ses besoins, à son développement… etc, soulevait en nous de nombreuses interrogations. Il fallait faire des recherches et palabrer longtemps pour que d’une part chacun trouve ce qui lui semblait bon, et d’autre part pour mettre en commun nos décisions. Notre quotidien a très vite pris l’apparence d’un casse-tête chinois. De mon côté, j’étais très intuitive. Je savais ce que je voulais ou ne voulais pas, mais ne pouvais expliquer avec des mots mes choix. Ce qui mettait un frein à la communication. Ce n’est que plus tard, à la lecture de certains témoignages, informations, données scientifiques, que j’ai pu me compléter en apportant des explications à mes ressentis. Et cela m’a fait un bien fou, dans ce tourbillon d’incertitude, d’apprendre que ce qui me paraissait naturel voire nécessaire était recommandé et appliqué par delà nos frontières, dans des cultures qui accordaient encore de l’importance à la Vie. Je désirais accoucher à domicile et redoutais plus que tout l’hôpital. Nous avions atterri chez mes parents à mon septième mois de grossesse, après bien des péripéties et n’ayant trouvé aucune autre solution. Malgré un climat quelque peu tendu et non confiant entre nous, ceux-ci avaient accepté, non sans peur, mon choix qui leur semblait extravagant. J’avais également fait la rencontre d’une Sage-Femme qui avait répondu favorablement à mon projet, malgré un suivi qui, on le savait, allait être très court. Tout semblait bien se dessiner. Jusqu’au jour où j’ai appris le décès de mon Oncle,
le 28 Mars. Il se trouvait dans un état transitoire depuis des mois, accroché à un semblant de Vie par des fils. Je n’étais pas proche de lui, mais plutôt de sa Femme, à qui j’aurais volontiers donné le nom de maman étant petite, ainsi que de leur troisième enfant, mon Cousin, qui a toujours été comme un grand frère pour moi. Sentir toute l’émotion que cette nouvelle générait autour et à l’intérieur de moi m’a profondément bouleversée. Ce que je savais c’est que sa mort allait donner la Vie.. Le lendemain, je me suis levée.. différente. J’avais du mal à marcher, mon bassin semblait complètement ouvert, et puis il y avait les contractions. Je ne leur ai pas accordé beaucoup d’importance au début car leur intensité m’était familière. Seulement ce jour-là elles étaient régulières; elles ne se sont ni estompées ni arrêtées. Le travail avait commencé… Je suis restée dans cet état durant encore deux jours. C’est-à-dire sans pouvoir ni dormir ni manger (ou très peu), ne supportant que la position assise sur mon ballon de gymnastique, m’accrochant de toutes mes forces aux barreaux du lit, et apprenant à respirer pour faire passer la douleur.. qui était insoutenable. Ma Sage-Femme était là depuis le début; elle faisait des aller-retour entre son domicile et celui de mes parents. C’était long. C’était lent. Mon col s’était pourtant ouvert très tôt, mais rien ne semblait avancer. Alors, au bout de mes limites, au bout de moi-même, accablée par la douleur que je voulais faire taire et par la déception, j’ai demandé à aller à l’hôpital. Je ne sentais pas d’évolution dans mon corps et je ne trouvais pas cela normal. Surtout au bout de trois jours! C’est aux urgences de l’hôpital où j’avais moi-même vu le jour, 26 ans auparavant, que l’on a arraché le petit Être qui se trouvait dans mes entrailles depuis presque neuf mois, et dans mon coeur depuis un temps incommensurable. Une équipe de la maternité m’a prise en charge rapidement. On m’a allongée, position que je redoutais, pour pouvoir m’examiner. Et là, j’ai dû attendre. Attendre que l’on comprenne, que l’on sache, que l’on fasse. Cela a duré deux heures. Car, malgré les échographies, malgré les touchers vaginaux, malgré les palpations au niveau de mon ventre, personne ne pouvait affirmer dans quelle position se trouvait mon Bébé. Un climat de tension, de stress et d’inquiétude régnait dans la pièce. On a donc appelé un gynécologue en urgence afin qu’il procède à une opération: la césarienne. Il fallait faire vite. D’autant plus qu’une Sage-Femme avait, sans le vouloir, rompu la poche des eaux et qu’elle tenait sa main dans mon vagin en guise de bouchon. Le docteur est arrivé: c’était un homme. Je ne l’aimais pas. Il était froid, pas à l’écoute, et, malgré mes pleurs, j’ai dû le repousser physiquement plusieurs fois tellement il me faisait mal. Ce qu’il n’a pas apprécié. Bref, à mon grand regret, c’est cet individu qui a sorti le petit Être qui se trouvait dans mes entrailles: ma Fille. En vingt minutes qui m’ont semblé des heures. Consciente, j’ai pu l’entendre puis la voir. Juste le temps de l’apercevoir, enveloppée d’une serviette plastifiée bleue qui avait enlevé son odeur, de faire la rencontre tant redoutée de ce regard apeuré, d’embrasser furtivement sa joue, qu’on l’enlevait déjà. De longues minutes, de longues heures.. il fallait attendre que j’aille mieux. Mais comment aller bien séparée de l’Être qui forme ma continuité et de celui qui a permis une telle réunion? J’étais impatiente et terrorisée. Allais-je la reconnaître? Et elle, se souviendrait-elle que j’étais sa Mère? La porte s’ouvrit enfin. Mon Compagnon était en larmes. Une Sage-Femme tenait ma Fille. Dans un geste habituel et empli d’une profonde déshumanisation, elle la déposa tel un objet sur mon ventre. Je ne me souviens pas si elle est ensuite restée ou partie. Je n’avais d’yeux que pour cette étrange créature faite avec ma chair et mon sang. Malgré toutes les péripéties qu’elle venait d’endurer, elle s’accrochait et voulait s’en sortir. Elle cherchait mon sein. Je lui frayais donc un chemin parmi les nombreux fils qui parcouraient mon corps. En un instant, elle dissipa douleurs, doutes, et pensées négatives. À travers cette sensation qui m’était inconnue, elle m’emmenait côtoyer mes instincts. C’était au-delà du simple fait de nourrir. Personne ne nous a aidées. Elle s’est débrouillée seule et m’a montré la voie. À l’heure où j’écris ces mots, l’allaitement est l’unique chose que j’estime avoir réussie et pour laquelle je suis fière.

La semaine que j’ai passée à l’hôpital a été très dure; tant sur le plan physique que psychologique. Un manque de place poussait le personnel hospitalier à vouloir me mettre dehors plus tôt que prévu.. alors même que je n’arrivais ni à me lever ni à marcher. De plus, ma famille s’est mise à m’en vouloir. Ils pensaient que je simulais la douleur. Heureusement que mon Compagnon était à mes côtés. C’est lui qui s’est occupé de nous. Les conditions n’étaient pas idéales, mais il a fait de son mieux. Et c’est le sourire aux lèvres que nous sommes retournés chez mes parents, à trois, le sept Avril. Sauf qu’eux, le sourire, ils ne l’avaient pas. Ma mère m’a vite demandé de quitter la maison; notre présence les dérangeait. C’est donc en hâte que nous sommes partis du Sud-Est pour rejoindre l’Océan.

Je ne m’attendais pas, ni ne m’étais préparée, à vivre un tel accouchement. Cela a engendré un choc émotionnel d’une assez grande importance qui, parfois encore aujourd’hui, se manifeste. La seule pensée qui me redonne des forces est de me dire que, sans cette opération, ma Fille n’aurait pas survécu. Elle se présentait de face, le dos complètement tordu, ce qui fait qu’il lui était impossible de s’engager dans mon bassin. Voir les nombreux sourires qu’elle m’offre à présent ne fait que me convaincre que j’ai pris la bonne décision. Maintenant, je ne me consacre qu’à son bien-être. Je fais de mon mieux pour que la petite graine qu’elle était développe de nombreuses feuilles, des branches, et peut-être aussi un jour des ailes.

Danaé

Je tais certains contextes, certains évènements, de façon volontaire, dans le but de ne pas leur accorder d’importance. Ils viendraient seulement ternir mon récit.
Néanmoins, sachez que sur les trois échographies, faites à différents endroits, seule la dernière a été agréable: un homme doux, à l’écoute, et qui prenait le temps d’expliquer les choses. Pour les autres, j’ai dû faire face à deux femmes odieuses qui se sont montrées brutales et violentes, tant physiquement que psychologiquement.
Quant au jour de l’accouchement, j’étais dans une salle entourée de personnes, comme si je me donnais en spectacle. Les Sages-Femmes chuchotaient entre elles sous mon nez, tout en m’examinant, et disaient qu’elles soupçonnaient une malformation; de quoi augmenter largement mon stress et mon angoisse (en fait, si elles connaissaient mieux leur métier, elles auraient pu détecter qu’elles touchaient le visage de mon Bébé…). Le gynécologue ne s’est même pas présenté, il est arrivé blasé et sans que je m’en rende compte avait pénétré mon vagin sans me demander la permission ou me prévenir. Il n’a pas cessé, durant l’opération ainsi que pendant le séjour, d’insister sur le fait que j’avais râté mon accouchement à domicile.
Les infirmières en ont rajouté une couche en clamant haut et fort que je ne pourrai jamais envisager une naissance naturelle, par voie basse, après une césarienne.
Bref, j’en oublie sûrement, dans ma mémoire, mais de nombreux résidus resteront, malheureusement…

Merci d’avoir pris le temps de me lire.