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#271 – Marie, la naissance de Samuel en Pologne

30 Avr

J’avais du mal à comprendre pourquoi les femmes choisissent le plus souvent d’accoucher à l’hôpital. Peut-être parce que nous avons eu la sensation de nous débrouiller tout seul pendant toute la grossesse, je me disais que nous étions capables de le faire. Maintenant, je sais que pour un accouchement à la maison, il faut une vraie préparation.
27 Mars (J+6)
Nous allons à l’hôpital pour un contrôle. Le monito révèle des contractions régulières. Pour ma part je ne sens rien de particulier, du moins rien qui soit plus efficace que d’habitude. Mais j’écoute, si le monito l’a dit, il doit surement avoir raison. Nous sommes tout de même pris de court, sans affaires, sans même y croire. L’hôpital dans lequel nous sommes n’a plus de places : ils nous transfèrent ailleurs.
Dans un hôpital à l’air plutôt glauque, j’ai peur d’accoucher ici… Mais le personnel est très sympa. Après la batterie d’examens habituels, on nous dit d’aller chercher nos affaires, je dors ici et nous verrons demain. Apparemment ce n’est pas encore le moment. Nous cherchons à en savoir plus, s’il est vraiment nécessaire de passer la nuit ici. Finalement nous rentrons à la maison, mais à J+6 ils nous recommandent fortement de passer à l’hôpital avant le weekend.

28 Mars (J+7)
Nous passons un Jeudi tranquille, à espérer que tout ce fasse naturellement.
Rien, tu es bien là ou tu es.

29 Mars (J+8)
Nous décidons de faire une grande ballade, peut être que ça activera le travail. Quelques contractions pendant le chemin. Puis nous allons au restaurant. On mange des sucres lents, histoire d’être en forme si jamais quelque chose se passe.
Nous allons encore à Kopernika, c’est l’hôpital que nous avons choisi pour accoucher, il est proche de la maison nous pouvons y aller à pied et il a une très bonne réputation. Après les tests habituels, le médecin nous dit de revenir demain pour un déclenchement, à J+8 il faut commencer à agir, elle fait une ordonnance et la met de côté pour ses collègues. De toute façon aujourd’hui il n’y a plus de places.
J’insiste sur les battements de ton cœur au monito, il semblait s’arrêter quelque secondes et reprendre. J’ai peur, elle me dit que tu bouges beaucoup, c’est normal. Nous rentrons, rassurés et heureux de t’accueillir demain.

30 Mars (J+9)
Encore à Kopernika. Deux femmes sont avant nous et sont admises. Le médecin sort, discute un peu avec nous : il n’y a plus de places, nous devrions aller à Ujastek. Et, il n’a pas accès aux ordonnances d’hier. On bouillonne. C’est fatiguant cet hôpital sans jamais de places et personnes de sympathiques pour t’écouter.
On attend. On s’énerve. On part.
Ujastek est à Nowa Huta… L’ancien quartier communiste, et nous avons pleins de préjugés dessus. Nous y allons tout de même, pour voir. Et, découvrons un super hôpital. Tout neuf et l’ambiance y est super : amicale.
Finalement, Kopernica est un bon hôpital pour les urgences, ils ne savent pas gérer le reste.
Puis tout va très vite, le médecin m’examine, me demande à quelle semaine nous sommes : 41+2jours. Très bien il y a de la place pour un déclenchement aujourd’hui. Comme mon col est ouvert à 1,5cm et comme je n’ai pas de contractions efficaces je passerai la nuit ici et on déclenchera des contractions avec l’aide de la prostaglandine.
Il m’explique tout le processus, je suis d’accord. Le terme est dépassé depuis 9 jours maintenant, ça peut devenir dangereux pour toi et tu ne sembles pas réagir, peut être que ça n’est pas réellement grave, je sais qu’il y a des pays on l’on attend plus longtemps. Mais, je m’inquiète.
La prostaglandine agit très bien. Je sens des contractions et j’en suis vraiment heureuse.
Tu te places bizarrement dans mon ventre, sur le côté.
Ton papa rentre à la maison, nous nous retrouverons demain à 6H.

31 Mars (J+10)
Il est 6h. 5 en réalité c’est le jour du changement. De toute façon je n’arrivai plus à dormir. La sage-femme m’enlève la prostaglandine et m’examine, le col est ouvert à 4 ! Elle me dit que c’est super.
Nous commençons doucement, la chambre est géniale.
Comme c’est un déclenchement, je serai sous moniteur pour contrôler ton cœur. Je ne pourrai pas bouger, j’étais prête à cette éventualité. C’est bon.
Elle me demande si je veux la péridurale, je dis non. Je pensais qu’en Pologne ça n’était qu’en cas d’urgence, alors psychologiquement j’ai travaillé pour faire sans.
Nous commençons, mais avec très peu d’ocytocine, cette fameuse hormone qui te dis que la vie est à l’extérieure. Elle me dit que tout va bien, le col est très réceptif.  Elle revient quelques temps plus tard, le col est à 6. Tout va bien. Quoique la poche des eaux est toujours là et elle résiste, le médecin arrive pour la percer. Tu es mal positionné il faut te remettre droit, vers la sortie.
La sage-femme me propose de prendre une douche de 20 minutes, ça fait du bien. On se détend. Puis on y retourne. Les contractions sont de plus en plus fortes, j’ai mal, mais je sens que mon corps peut gérer. J’entends une femme crier, elle me donne du courage, je crie aussi. Je suis partie dans un autre monde.
Puis le moniteur me ramène à la vie, il bip. C’est inquiétant. Ton père va chercher la sage-femme.  Elle regarde le moniteur, ton cœur descend bas quand ma contraction est en pic. Elle va chercher le médecin, il dit que la poche des eaux résiste, malgré son intervention de tout à l’heure.  Il te replace encore une fois. Nous essayons de trouver une position pour la fin du travail, je suis presque à 10cm. Impossible d’entendre ton cœur au moniteur, c’est finalement sur le dos que l’on arrive à t’écouter. Ton cœur descend trop bas lors des contractions, tu es encore mal placé, les contractions te compriment, ta descente peut prendre du temps et ton coeur cesser de battre.
J’ai peur, je ne gère plus rien, mon corps tremble tout entier, je suis incapable de gérer la douleur et je n’ai qu’une envie c’est que ça s’arrête pour que tu ailles bien. La sage-femme le comprend, elle attrape mon regard et respire avec moi. Ça me fait du bien.
Nous avons le choix, agir tout de suite ou attendre encore et voir si l’accouchement se déroule bien.
Et s’il ne se déroule pas bien, ça veut dire quoi ? Que tu ne viendras pas au monde ? Qu’il faudra agir en urgence ?
Je suis persuadée qu’en me levant tu trouveras une bonne place, sans ce déclenchement j’aurai pu prendre toutes les positions possibles, c’est un hôpital qui le permet. Sans ce déclenchement peut être aussi que nous t’aurions fait courir un trop grand risque. Tout ce mélange dans ma tête. Est-ce que je dois m’en vouloir d’avoir agi contre la nature ou est-ce qu’au contraire ça t’as rendue service ? Est-ce qu’en jouant la carte du naturel tu serais né en bonne santé ?
Tout va très vite, et te sachant en danger j’aurai trop peur de mes contractions, et ne serait plus efficace. Même si ça m’a toujours parut important d’accoucher naturellement. Nous nous décidons pour la césarienne. Je vois ton papa, anxieux, sous stress. Je suis incapable de l’aider, j’essaye de sourire pour dire que tout va bien.
Je crois qu’il comprend. Il se rattrape à ce qu’il peut. Il est fort lui aussi.
L’équipe médicale m’emmène au bloc opératoire, à ce moment-là je repense à mon rêve. Cette nuit j’ai rêvé d’une césarienne.
On m’anesthésie, seulement le bas pour que je sois encore consciente. Je ne comprends pas tout ce qui se passe, on fouille à l’intérieur de moi. Ça prend du temps et en même temps je suis relaxée : dans pas longtemps tu seras la, tu iras bien.
J’entends tes premiers pleures, et la sage-femme qui m’a tenue la main pendant toute l’opération dire « c’est un garçon », je dis « c’est Samuel ». Une aide-soignante te récupère et te pose prêt de mon visage, je ne réalise pas encore, elle me dit qu’elle fait une toilette et une pesée puis revient tout de suite. Je dis oui, mais te cherche partout du regard.
Je pleure, c’est incontrôlable, tu vas bien.
Tu fais 3.5 kg et 56 cm. Il est 10h41.
L’aide-soignante te places à côté de mon visage. Tu es doux, tu sens bon, tu es beau. Je suis comme une maman chat et te fais des câlins du bout du nez.
Je ne réalise pas tout, mais tu vas bien. Je sais qu’aujourd’hui nous ne pourrons pas être ensemble, ce sera pour demain. Mais tu pourras voir ton papa, alors ça va.
On me transfère sur mon lit. Je n’avais pas remarqué avoir perdue l’usage de mes jambes. Ca reviendra dans 4h. Il faut que je me repose. Ton papa vient me voir. Je suis fatiguée. Il t’a vue lui aussi, il est sur une autre planète. Il me dit qu’il va essayer de t’amener ici pendant une petite heure, mais pour l’instant je dois me reposer. J’essaye, je gigote comme je peux, somnole. Puis tu arrives, ça n’est qu’à ce moment-là que la fatigue me gagne. Tu vas bien, je le vois, je peux me laisser aller. J’essaye d’être présente. Mais tout ce que j’arrive à faire c’est dormir en te serrant prêt de moi. C’est bon de t’avoir tout contre moi.
J’aurai aimé pouvoir t’allaiter tout de suite, mais c’est pour demain. Puis tu repars. Ton papa reste au prêt de moi, il est fatigué lui aussi des émotions de la journée. Il à été génial, comme d’habitude.
Il rentre à la maison. La nuit tombe, et l’anesthésie ne fait plus son effet, j’ai mal. Mon ventre brûle.
Je réalise n’avoir jamais envisagé la césarienne. Parce que j’en entendais parler par des femmes qui l’avaient choisi par « confort ». Je ne comprends pas quel confort il peut y avoir à vivre et se remettre d’une opération quand on peut faire autrement.
J’ai accouché, même si ça n’était pas comme je l’ai imaginé. J’ai mal parce que je t’ai donné la vie pour la sauver.
Une prochaine fois ce sera différent, on se préparera autrement. Aujourd’hui c’est toi qui compte, et comme pour me laisser le temps de me remettre, ce que tu aimes c’est téter et dormir. Tu restes tout calme quand ton papa te changes pour la première fois. Tu nous regarde avec tes grands yeux, tu scrutes le monde, tu à l’air sérieux, puis tu fais des sourires. Quant à moi mes trois premières tentatives pour me lever sont désastreuses, je n’ai aucune force pour me lever et fais des malaises. Tu es né dimanche et je fais mes premiers vrais pas mardi.

Parce que tu dors avec moi ce soir, il faut que je puisse réagir quand tu en as besoin. Et tu verras, ça ira de mieux en mieux avec le temps et l’exercice. Notre sortie est prévue pour mercredi. J’ai hâte d’y être.

​Marie, Marcin et notre Samuel​

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