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Naissance respectée malgré les complications, séjour à la maternité plus épuisant que l’accouchement!

7 Nov

Français expatriés en Allemagne, nous avons été agréablement surpris par
l’entretien avec un médecin de la maternité, deux mois avant le terme.
Nous y présentions notre projet de naissance : nous souhaitions une
naissance où l’on respecte mes choix d’un accouchement le plus « naturel »
possible : pas de péridurale, pas d’épisiotomie, baignoire si je la
demandais, tétée d’accueil avant de faire les soins, ne pas parler fort
(je fais de l’hyperacousie, c’est important pour moi), don du sang du
cordon. On nous a regardés bizarrement… parce que dans cette « usine à
bébé » de Bavière (3500 accouchements par an), tout ce que je demandais
était parfaitement normal. Quel soulagement de voir que les 6 salles
d’accouchement étaient toutes équipées « nature », sans table
d’accouchement (un vrai lit avec des étriers bien planqués « au cas où »)
et que les premiers soins du bébé (sans sonde ni collyre) étaient
réalisés dans la même pièce, après deux heures de peau à peau avec les
parents !
Le médecin a néanmoins tiqué sur un point qui pourtant nous semblait
tellement « banal » : nous ne souhaitions pas réanimer le bébé en cas de
besoin au-delà de 3 minutes. En Allemagne, le médecin « s’acharne » tant
qu’il estime que c’est possible, 10 à 15 minutes, sur une table
refroidie pour augmenter les réserves du bébé, c’est même une obligation
pour eux de le faire. Les familles n’ont souvent qu’un seul enfant,
entre 35 et 40 ans, et avoir un enfant gravement handicapé leur semble
préférable à pas du tout. Ayant moins de 30 ans et ne souhaitant pas
imposer ce fardeau aux futurs enfants, notre pensée était différente.
Nous avons pu négocier « pas plus de 5 minutes », mais notre demande leur
semblait complètement étrange voire déraisonnable. Ce point m’angoissait
un peu, mais n’ayant aucune complication, j’espérais bien ne pas avoir à
en arriver là.

La fin de la grossesse fut longue et éprouvante pour moi. Dès 21 SA,
bébé avait la tête en bas, posée sur le col, et j’ai été arrêtée un mois
en avance (à 30 SA) pour éviter une naissance prématurée. Et encore, la
gynéco m’aurait arrêtée dès 24 SA si mon boulot ne m’avait pas autant
plu et qu’il était nécessaire pour mon équilibre mental ! Je
m’allongeais dès mon retour à la maison, puis une fois en congé, autant
que possible sans pour autant être en alitement strict. J’en ai vite eu
plus qu’assez mais je le faisais pour le bien de mon bébé. Sans famille
à moins de 800 km et avec peu d’amis sur place (qui travaillaient toute
la semaine), je restais seule en semaine lorsque mon mari était au
travail et je m’ennuyais ferme, j’ai dû relire l’intégralité de ma
bibliothèque pendant cette période…

A 36 SA, on m’annonce un col mou et presque effacé avec une naissance
pour les jours à venir, malgré une absence totale de contractions, avec
un bébé aux alentours de 3kg. Je voulais atteindre 37 SA, c’était mon
but fixé pour cette grossesse. Mais les semaines passaient, et toujours
aucune naissance en vue. Je n’en pouvais plus, le bébé se faisait de
plus en plus lourd, appuyait sur la vessie, me comprimait l’estomac et
les poumons et gigotait comme un diablotin (coups de pieds dans les
côtes gauches, coups de fesses dans les côtes droites, les coudes et
genoux au niveau du nombril, les épaules coincées dans mon bassin côté
droit…) A partir de 37 SA, je sortais presque tous les jours, nous
avons avec mon mari écumé les marchés de Noël et fait de multiples
promenades à une allure d’escargot afin de favoriser naturellement le
début du travail. A la fin, je montais même les étages de mon immeuble à
pied !

Le terme allemand est à 40 SA, et tombait le 27 décembre. Dès le 28, on
m’a demandé de réfléchir à un déclenchement « par comprimé, parce que
l’hormone se répand dans tout le corps et le cerveau comprend plus
rapidement qu’il faut lui aussi qu’il en produise ». Dans cette
maternité, ils considèrent trop dangereux la voie vaginale pour les
contractions violentes que ça engendre. Rien ne pressait, mais ils
voulaient nous informer pour que nous choisissions la date nous-mêmes
afin que la naissance se fasse avant 42 SA, limite autorisée de la
maternité.
Le 30, nous avons tenté un décollement des membranes. Dès que j’ai dit
avoir mal, la gynéco a arrêté la manoeuvre en s’excusant. Mon col était
toujours dans le même état que fin novembre, totalement fermé bien que
très fin, elle ne souhaitait pas continuer pour ne pas forcer le
passage. J’ai apprécié sa tentative (je voulais éviter un déclenchement
médicamenteux) autant que j’ai apprécié qu’elle m’écoute et cesse pour
ne pas me faire mal.

J’ai beaucoup pleuré fin décembre, je me sentais lourde, les muscles
ayant totalement fondus, et puis on m’avait annoncé un bébé pour 2012,
alors je voulais qu’il naisse en 2012, cela tournait à l’idée fixe
(c’est stupide, mais je voulais qu’il aille à l’école à 2 ans 9 mois et
pas un an plus tard…). On m’avait fait peur pendant des mois avec une
naissance prématurée et on ne voyait aucun signe précurseur
d’accouchement. Nous avons opté pour le déclenchement lors de la visite
de contrôle du 2 janvier. Pour ça, il fallait une salle d’accouchement
libre pour nous, en arrivant tôt le matin pour « être les premiers ».

4 janvier, 10h : salles d’accouchement au complet avec 6 accouchements
en cours. Repassez demain matin beaucoup plus tôt.

5 janvier 7h : toujours les mêmes accouchements, tous avec des problèmes
et déjà plus de 20 heures de travail. J’en suis à 41SA+2 alors on me
donne une chambre et on me demande de rester pour être sur place dès
qu’une salle se libère. Chance ! Dans la chambre qu’on m’attribue, une
dame française y est déjà, ça permet de papoter un peu. Elle doit sortir
le 7, son bébé est encore en néonat pour petit poids depuis 2 semaines
et arrive tout juste à réguler sa température.

5 janvier 20h : on me fait prendre la « dose d’essai » pour voir si bébé
et moi résistons bien au médicament. A 22h, on fait rentrer le papa chez
nous, et moi je rejoins ma chambre avec pour consigne de me présenter le
lendemain matin à 7h30 avec mon plateau de petit-déjeuner prêt à être
avalé. Cette dose d’essai m’a été donnée dans une salle de consultation
parce que les 6 salles d’accouchement étaient toujours occupées.
J’ai passé la pire nuit de toute ma grossesse. Les toilettes de la
chambre sont très hauts, comme dans les WC pour handicapés. Avec un bébé
qui appuie sur la vessie, je n’arrive à me soulager que de quelques
gouttes à la fois et je me réveille toutes les heures. Je suis épuisée
quand le réveil sonne à 6h30.

6 janvier 7h30. Je retrouve mon mari devant la zone des salles
d’accouchement. Une salle est libre pour nous, on me fait un monitoring
pendant que je prends mon petit-déjeuner. Ici, on peut manger et boire
pendant l’accouchement, il nous est juste déconseillé de boire des
boissons gazeuses ou excitantes et de manger lourd « comme de la
choucroute par exemple » ! Franchement, ça ne me serait pas venue à
l’idée de prendre un cassoulet entre deux contractions… Le monitoring
se fait sur le côté de manière systématique (à moins que la mère préfère
autrement), donc je peux respirer. J’ai pris l’habitude depuis quelques
semaines d’avoir toujours un livre avec moi pour bouquiner pendant le
monitoring, histoire de passer le temps.

Premier comprimé suivi d’un nouveau monitoring, promenade dans le jardin
de la maternité, puis déjeuner dans ma chambre. Je sens des contractions
mais elles ont presque totalement disparu lors du déjeuner. Deuxième
comprimé, monitoring, promenade dans le jardin, puis dîner. Les
contractions sont régulières mais pas très fortes, je peux manger
assise, discuter avec ma voisine de chambre. Néanmoins, je suis soulagée
de redescendre à 19h en salle d’accouchement pour faire le point. J’ai
de plus en plus de mal à marcher et ça fait de plus en plus mal. La
sage-femme en chef m’annonce que les contractions sont régulières, pas
besoin du 3e et dernier comprimé de la journée. Je reste ici, le col est
ENFIN ouvert (à 1, soyons raisonnables) et le travail a commencé. Je
peux bouger le lit comme je veux, appeler quand j’ai besoin ou si je
désire une anesthésie (sans mentionner explicitement la péridurale),
elle repassera voir si tout va bien plus tard. Le monitoring qu’on me
posera de temps en temps pendant le travail sera sans fil, c’est très
pratique.

21h, elle repasse. Tout va bien, même si j’ai de plus en plus mal. Je
gère de mon mieux, je refuse néanmoins de prendre la main de mon mari.
Je lui explique que je préfère serrer au maximum un coussin ou n’importe
quoi plutôt que de garder dans un coin de ma tête que je risque de lui
faire mal à la main. Je n’arriverais pas à me mettre dans ma bulle si
j’ai cette pensée. Entre les contractions, on papote un peu de tout et
n’importe quoi… mais de moins en moins.

21h30, la baignoire est libre, je peux y aller. L’eau est beaucoup trop
chaude pour moi, mon mari joue avec les robinets. J’y resterai 1h30, je
me sens de plus en plus comme une tortue sur le dos, je n’arrive pas à
gérer les contractions dans cette position, il faut que je revienne à
quatre pattes sur le lit totalement modulable dans la salle
d’accouchement n°4. C’est dans cette baignoire que j’ai commencé à
perdre le bouchon muqueux.

Minuit. Bon, nous n’aurons pas un « petit roi mage », tant mieux ! Après
avoir entendu pendant des mois parler de l’éventuelle arrivée d’un
« petit Jésus », nous ne souhaitions pas que les allusions recommencent,
en Bavière l’Epiphanie est un jour férié fixe (le 6 janvier). Je suis
dilatée à 5 cm, c’est pas trop mal pour un premier accouchement il
parait. La sage-femme est nouvelle, le changement d’équipe a eu lieu
lorsque j’étais dans le bain. Cette sage-femme parle beaucoup trop, je
n’arrive pas à me concentrer. Mon mari finit par lui expliquer, je n’ai
plus de répit entre deux contractions. Du coup, son langage se fait
beaucoup plus synthétique et elle « vise » entre deux contractions, ouf !
Elle m’encourage et me dit que c’est super ce que je fais comme boulot,
ça fait plaisir à entendre. J’ai du mal à retrouver mon allemand alors
mon mari traduit et c’est plus facile pour moi comme ça. Seul souci :
j’ai dû me mettre sur le dos pour vérifier l’état du col et c’est
l’horreur, j’ai mis 15 minutes de douleurs intenses à retrouver ma
position fétiche à quatre pattes. Je n’ose imaginer ce que j’aurais
enduré si j’avais été contrainte à rester dans cette position comme je
le lis si souvent !

1h du matin, je commence sérieusement à me poser des questions sur une
éventuelle péridurale, bon sang que ça fait mal ! Je n’avais pas besoin
de le vocaliser avant minuit mais depuis une heure, j’ai vraiment mal et
je le dis pendant les contractions, ça me fait du bien. Mais je sens que
ça pousse, alors j’appelle la sage-femme. Cette fois, je suis totalement
dilatée ! Super ! J’ai réussi à me passer de la péridurale, elle me
félicite : 6 heures de travail pour un premier bébé, surtout après
déclenchement, c’est très bien. Et puis la poche n’est pas encore
percée, c’est mieux pour le bébé qui se fatigue beaucoup moins. Elle me
félicite et me dit qu’à la prochaine contraction, il faut commencer à
pousser.

Je suis épuisée, debout depuis 6h30 du matin, après une nuit atroce, la
journée passée à marcher et 6 heures de contractions. La contraction
suivante n’arrive pas… n’arrive toujours pas… n’arrivera pas ??? Je
suis si épuisée qu’avec la dilatation totale, les contractions ont
complètement stoppé. Impossible de pousser. Je n’ai même plus mal sur le
dos (position adoptée pour vérifier l’état du col). Je crois bien avoir
même dormi par intermittence entre 1h et 2h du matin. La sage-femme en
profite pour sortir le matériel pour effectuer le don du sang du cordon,
elle est ravie que nous ayons fait ce choix.

2h du matin, ça commence à devenir dangereux pour le bébé même si sa
poche n’est pas encore percée. L’obstétricien arrive (mauvais signe) et
discute avec la sage-femme, on revient sur mon projet de naissance.
J’avais demandé à ce qu’on ne perce pas la poche des eaux
artificiellement ni qu’on m’injecte de l’ocytocine, mais c’était pour ne
pas accélérer le travail. Maintenant qu’il doit reprendre, je suis
d’accord qu’on le fasse. Puisque le bébé n’arrive pas à descendre avec
sa poche (puisqu’il est gros), autant la percer, ça l’aidera à trouver
la sortie ! D’abord la poche des eaux, afin d’éviter les hormones. On
n’y trouvera qu’un demi-litre (bien clair) alors qu’il y en avait un bon
litre à l’échographie de contrôle un jour plus tôt. Il parait que bébé a
bu le reste pour prendre de l’énergie (c’est plein de glucose), tant
mieux ! Toujours rien, alors on m’injecte de l’ocytocine, je suis pour
la première fois reliée à une perfusion même si on m’avait posé le
dispositif doté d’un petit bouchon « au cas où » bien à l’avance. Il a
fallu que le débit soit réglé au maximum pour que les contractions
reprennent enfin, vers 3h du matin. L’obstétricien ne cache pas qu’il
est inquiet, pour ma part je suis très angoissée à l’idée d’une
césarienne. Avoir fait tout ça sans péridurale pour au final aboutir à
une césarienne, il n’en est pas question ! Je suis très motivée pour
sortir bébé toute seule. Ma plus grande crainte pour l’accouchement
était une césarienne, le mot n’a jamais été mentionné mais je le lis
dans les regards de l’obstétricien et de la sage-femme, je suis remontée
à bloc malgré l’épuisement.

Nous somme amusés par une petite remarque de l’obstétricien : « il est
marqué dans votre dossier que le bébé est évalué à 3,5 kg ? » Non, ça
c’était lors de l’échographie de contrôle du 25 décembre, depuis ça a dû
augmenter, non ? Il palpe le ventre et constate que bébé prend bien
toute la place dans mon énorme ventre. « Ah oui, en effet, il va être
plus gros ! » Bon, on s’en doutait un peu, aucune surprise là-dessus, ça
me fait même sourire. Il repart en me donnant une demi-heure avant son
prochain passage. La sage-femme, elle, ne m’a pas quittée depuis 1h du
matin. C’est la chef de l’équipe de nuit, elle n’a pas cessé de courir
depuis le début de son shift mais visiblement je suis le cas à risque de
la nuit, elle laisse les autres salles à ses collègues. Nous aurons
entendu bien des bébés pousser leur premier cri avant que le nôtre n’en
fasse autant !

A partir du moment où j’ai pu enfin pousser, je perds notion du temps.
N’arrivant pas à pousser sur le dos, je reviens à quatre pattes, le
personnel s’adapte à mes besoins. Mon bébé est gros, la tête a du mal à
s’engager. Mais je refuse l’idée de la césarienne, je fais mon maximum.
Sans me le dire, mon mari « discute » avec la sage-femme par petits
papiers interposés. J’ai l’ouïe fine, il ne veut pas me déconcentrer et
il l’aide ainsi pour lui demander de m’encourager et lui explique
pourquoi je suis autant fatiguée. Je ne me suis aperçue de ce petit
manège que lors du dernier échange, alors qu’il n’avait plus qu’un
papier glacé (et bruyant) sous la main, il m’a raconté pour les autres
petits mots bien plus tard.
De son côté, il m’aide de son mieux, se plaçant à côté de la sage-femme.
Il me dit qu’il voit les cheveux de notre bébé, bien foncés, et qu’il en
a beaucoup. Il faudra une heure de poussées pour sortir la tête, j’ai
conscience que l’obstétricien est revenu sur la fin, mais je pousse
autant que possible, je VEUX sortir mon bébé moi-même ! Une heure où ça
brûle à chaque poussée, où j’ai hâte pourtant que la prochaine
contraction arrive car même si, oui, ça fait mal, je sais que je joue
contre la montre. Ça progresse millimètre par millimètre.

Au bout d’un moment, on me fait me remettre sur le dos, il n’y a plus le
choix : il me faut faire quelques flexions des jambes pour sortir les
oreilles de bébé et finir de sortir la tête. On me propose un miroir
mais je n’en veux pas, je veux voir mon bébé une fois sorti. Une légère
pression abdominale pour faciliter la descente de bébé, et soudain,
l’obstétricien me dit très sérieusement que la prochaine poussée sera la
dernière, bébé a les épaules bloquées et il va aller le chercher. Le
rythme cardiaque du bébé est descendu à 110, plus question d’attendre.
En même temps, il appelle d’urgence la pédiatre par talkie-walkie. Je ne
comprends rien, sauf que mon bébé a les épaules bloquées et que c’est
urgent.

A la poussée suivante, il est allé le chercher avec les deux mains (sans
anesthésie, mais j’étais si concentrée sur ma poussée que je n’ai rien
senti) et l’a tiré hors de mon ventre. Notre bébé était amorphe et
couvert de sang (le mien) mais il a pris son inspiration tout doucement,
sans crier. Mon mari m’a dit « il respire ! » avec soulagement. Le cordon
fut coupé en moins de deux secondes et immédiatement ils ont emporté le
bébé dans la salle en face avec le pédiatre. Ils nous ont dit que le
bébé allait bien mais qu’il fallait le mettre quelques minutes sous
surveillance après ce qui lui était arrivé. Notre bébé étant né à 3h57,
il nous a fallu 3 heures pour l’expulsion du bébé à partir de la
dilatation complète !
Notre petit garçon était enfin né, un beau bébé de 3,920 kg.

Au bout de 5 minutes, mon mari a pu aller voir notre bébé (qui l’a
regardé les yeux grands ouverts et lui a tiré la langue !) Cette salle
était en réalité une salle d’opération pour bébé avec tout un éventail
de couveuses différentes selon les besoins du bébé. Le nôtre était
simplement posé sur la table chauffante, a eu par précaution une minute
d’oxygène (qu’ils ont enlevé ensuite car il n’en avait pas besoin) et 10
minutes après sa naissance, notre bébé était de retour sur moi, juste un
peu essuyé, tout nu avec juste un capteur pincé au pied pour le
surveiller. Il y est resté 2 heures et a eu sa tétée d’accueil, suite à
quoi ils ont fait les autres soins (pesée, examen clinique non invasif,
vitamine K à avaler puis habillage, il n’a même pas pleuré). Entre
temps, j’ai dû expulser le placenta (à l’ocytocine, les contractions
étant à nouveau absentes à cause de l’épuisement, mais j’avais perdu
déjà beaucoup de sang et le médecin était inquiet) et me faire recoudre.
J’ai eu une bonne déchirure, mais l’obstétricien n’a pas pratiqué
d’épisiotomie alors que la littérature en fait systématiquement mention
pour les épaules bloquées, j’ai eu de la chance. J’en suis vraiment
satisfaite, mon projet de naissance a une fois de plus été respecté.
J’ai reçu sous anesthésie locale (j’ai horreur des aiguilles… j’ai cru
avoir plus mal lors des piqures anesthésiantes que lors de
l’accouchement !) une bonne douzaine de points de suture, puis j’ai pu
donner la tétée à mon bébé qui me regardait calmement avec de grands yeux.

Au final, le seul point qui n’a pas été respecté dans nos souhaits
(étant donné les circonstances), c’est le don du sang du cordon.
L’urgence de la situation n’a pas permis ce don, mon sang avait un peu
débordé sur le cordon, mais nous en avions été informés à l’avance par
la maternité : le bébé et la maman d’abord, le don c’est du bonus, ça
sert à aider d’autres vies. J’espère le faire la prochaine fois !

J’ai mis un nom sur cette complication : la dystocie des épaules. Le
tableau clinique sur internet est assez effrayant, et je suis vraiment
très reconnaissante à toute l’équipe qui m’a aidée lors de
l’accouchement ! Mon bébé ne garde aucune séquelle, il a juste eu besoin
de quelques séances d’ostéopathie à 2 mois pour débloquer les muscles
des épaules en douceur, ce qui lui a enfin permis de dormir dans un lit
sans hurler. A 5 mois et demi, il a encore une petite faiblesse
musculaire à ce niveau (il se fatigue vite sur le ventre et n’a JAMAIS
dormi les bras au niveau de la tête comme la plupart des bébés) mais
c’est surtout dû au fait que les bras étaient déjà coincés lors de la
grossesse. Le pédiatre est confiant, il récupère une musculature
appropriée à son âge petit à petit, et puisqu’il est très grand et
costaud, la force à récupérer est plus importante que pour un petit
gabarit. A 5 mois et demi, il fait déjà 72 cm pour pas loin de 9 kg !

Etant donné les circonstances, il fallait surveiller mon bébé quelques
heures (saturation en oxygène et rythme cardiaque) et me laisser me
reposer. Il est donc parti à 6h30 du matin dans son petit berceau en
direction de la pouponnière pendant que je me rhabillais. Ayant perdu
pas mal de sang, j’avais la tête qui tournait et mon fer était à 7,5.
J’ai eu un fauteuil roulant pour rejoindre ma chambre, et en passant, la
sage-femme nous a emmené voir notre bébé qui dormait comme un ange dans
son petit berceau. Je lui avais laissé une peluche brodée à son prénom
(par moi-même) dans son berceau, impossible de me tromper ! On m’a
demandé si je voulais lui donner une tétine, j’ai dit non, et on n’en a
plus reparlé.

La suite est malheureusement bien moins sympathique, j’ai eu un séjour à
la maternité plus épuisant que l’accouchement et j’ai été bien contente
de partir !

Ça avait déjà mal commencé avec mon admission et ma nuit pourrie. Nous
étions le 7 janvier à 7h du matin, j’avais dormi quelques heures à peine
depuis le 5 janvier à 6h, et jamais plus d’une heure d’affilée. J’arrive
dans ma chambre, ma voisine de chambre me félicite, la sage-femme me
demande de manger ma banane avant de dormir et de ne pas aller voir mon
bébé avant d’avoir dormi quelques heures. Mon mari me dit bonne nuit, il
tenait à peine debout et voulait rentrer dormir un peu après avoir
appelé rapidement nos parents. Il était si fatigué qu’il n’avait même
pas voulu tenir notre bébé dans les bras dans la salle d’accouchement de
peur de le faire tomber, alors qu’il en avait tellement envie !

J’ai mangé ma banane, puis j’ai voulu aller faire pipi.
Rétrospectivement, je me suis trouvée stupide d’avoir fermé la porte à
clé. J’étais si faible que je me suis sentie perdre la vue et je me suis
appuyée sur le carrelage derrière moi. J’ai perdu quelques secondes
connaissance, j’étais appuyée sur le lavabo. J’ai fait 3 gouttes
(j’avais été sondée deux fois parce que je n’arrivais pas à uriner seule
lors des poussées et que ma vessie bloquait le passage de la tête du
bébé, il faut dire que j’ai bu d’après mon mari au moins 4 litres d’eau
pendant l’accouchement !) et je suis retournée me coucher, je me suis
endormie immédiatement, peu après 7h du matin.

7h30, le petit-déjeuner arrive. La dame le pose très discrètement, ça
m’a réveillée mais je me suis vite rendormie.

7h45, on me demande combien de bouteilles d’eau je voulais pour la
journée… Mais qu’est-ce que j’en sais, moi ? En plus elle est
« légèrement pétillante », mon estomac ne supporte pas, alors chaque
bouteille vidée par mon mari est remplie au robinet d’eau plate pour que
je puisse boire…

8h30. On est lundi matin, c’est le jour où la femme de ménage lave les
sols. Manque de bol, je suis presque au début de sa « tournée ». Elle
allume le plafonnier et le laisse allumé en allant nettoyer la salle de
bain (ça, c’était tous les jours). J’ai éteint la lumière et me suis
pris une réflexion parce qu’il faut bien « qu’elle travaille ». Oui mais
moi j’ai accouché il y a 4 heures et j’ai dormi quelques heures à peine
depuis 2 jours ! Je ne me suis pas rendormie, à 9h j’ai pris le
petit-déjeuner et à 9h30 j’étais à la pouponnière voir mon bébé. J’ai
repensé au séjour à la maternité de ma mère pour mon petit frère : ils
nettoyaient le sol une fois la chambre vidée des mamans, entre deux
occupations de la chambre. Franchement, sur le coup, j’ai maudit la
rigueur « allemande » qui planifie tout et ne tient pas compte de la santé
des gens. Il faut rentrer dans les cases, le nettoyage est prévu tel
jour à telle heure, alors c’est comme ça…

9h30, je vais voir mon bébé qui vient par chance de se réveiller. Une
puéricultrice l’a changé et a terminé d’enlever le sang collé sur lui.
Ici, pas de bain pour bébé avant que le cordon ne soit tombé pour qu’il
sèche sans risque d’infection, et on préconise un bain par semaine les
premiers mois !
Ils me débranchent le capteur (une sorte de pince placée sur le pied
avec un cordon qui sort du pyjama qu’on peut attacher avec une bête
prise sur un appareil qui lit les mesures, pas un truc invasif) et je
lui donne à téter sur place, mais ce n’est pas facile. J’ai des petits
bouts de sein (alors que j’ai des seins déjà énormes depuis le milieu de
la grossesse) et il a du mal à ouvrir la bouche assez grand pour pincer
le sein avec. On me propose de pincer le bout du sein pour l’aider à
gober ce qu’il faut pour téter et on me propose ensuite un embout en
silicone, ce qui a l’air de mieux lui convenir. On a gardé ce bout de
sein pour quelques tétées, puis une autre puéricultrice m’a expliqué
comment m’en passer. On m’explique surtout que la conseillère en
lactation est là 4 jours par semaine une heure par jour. Bon…
La première journée se passe bien, mon bébé est en pleine forme et on
nous autorise à le garder avec mon mari dans la chambre plusieurs heures
de suite sans le brancher sur une machine, et si la nuit suivante se
passe bien, on le récupère au matin après les soins. Super ! La journée
se passe plutôt bien, mais je suis bien fatiguée, j’ai toujours eu du
mal à dormir en journée et je ne ressens pas le besoin de dormir alors
que pourtant il faudrait.

La nuit du 7 au 8, on m’a appelé « quand il avait faim » pour que je
vienne le nourrir. J’étais seule dans ma chambre, au calme. Je me couche
à 21h30, le téléphone sonne à 22h30 : « votre bébé a faim ». Bon. Je le
nourris, je retourne me coucher vers 22h50.
23h30 : « votre bébé a faim ». J’y vais, je constate qu’il avait juste
envie d’une présence et se rendort très vite. Je retourne me coucher…
0h30 : « votre bébé a faim ». Le temps que j’arrive, il dormait déjà !!!
Je leur ai expliqué mes nuits précédentes, et dit qu’il avait mangé à
22h30 et n’avait VRAIMENT pas faim, il voulait juste une présence de
temps en temps, et que s’il avait vraiment faim, il ne se serait pas
calmé. Les puéricultrices de garde m’ont promis de faire plus attention.
4h30 : « votre bébé a faim ». Cette fois, c’était pour de bon, il a eu à
manger, mais moi j’avais pu dormir 4 heures entre temps ! Un record
depuis 4 nuits.
7h30 : petit-déjeuner, je n’ai pas pu me rendormir, une gynéco est venue
voir comment j’allais vers 8h30 et a été très étonnée de me voir assise
en train de prendre mon petit-déjeuner. Apparemment, avec mon taux de
fer si bas, je n’aurais pas pu me lever. Euh… Et j’avais fait quoi la
veille ? Ma tension était normale ou presque (j’ai toujours eu une
tension basse), je me sentais un peu « flottante » par moments mais je me
sentais en pleine forme, je n’avais mal nulle part sauf aux seins (mes
points de suture ne m’ont jamais fait mal), j’avais un bébé magnifique à
câliner, tout était en ordre.

A 9h30, nous allons avec mon mari à la pouponnière et on nous dit que
notre bébé est déjà prêt à revenir avec nous, tout est bon pour lui.
Chouette ! Enfin un petit lit dans ma chambre, des couches à changer, un
petit être à regarder toute la journée. C’était aussi un peu effrayant
d’un coup de se retrouver totalement responsables de ce petit bonhomme,
de devoir deviner ce que signifiaient ses pleurs, s’il avait faim…
Le second lit de ma chambre était occupé par une jeune femme qui avait
perdu les eaux et attendait l’accouchement, elle est descendue vers 18h
et n’est pas remontée, son mari était juste venu chercher quelques
affaires vers 19h. J’ai eu aussi la visite d’un couple d’amis en fin
d’après-midi, ma seule visite à la maternité. J’étais bien contente
d’avoir eu une visite. La famille étant loin, ils allaient venir plus tard.

Mon mari est parti le soir, et je me suis endormie à 22h30, mon bébé
sagement endormi. Et le cauchemar a vraiment commencé, les réveils
impromptus et très matinaux des deux premiers jours n’étaient qu’un
avant-goût.
A 0h30, on entre dans ma chambre pour chercher le lit de la voisine, on
m’explique (parce que je le demande) qu’on va revenir avec la dame et
son bébé sous peu. Mon bébé se réveille, je le berce, il se rendort.
A 1h, la dame arrive avec une petite fille, elle a eu une péridurale et
ne peut pas marcher. Mon bébé se réveille en hurlant, le bruit l’a
réveillé à nouveau.
A 1h30, la dame sonne pour qu’on vienne l’aider à faire pipi, comme on
lui avait expliqué. Mon bébé se réveille en hurlant. Il ne veut pas du
sein, je sors dans le couloir pour le calmer.
A 2h, la petite éternue, je l’ai à peine entendue, mais mon bébé se
réveille à nouveau en hurlant, il a peur du bruit, c’est visible. Je
sors dans le couloir.
Je suis sortie toutes les 15 à 30 minutes dans ce couloir avec mon bébé
hurlant pour le calmer, une fois dans le silence il lui fallait 5
minutes pour se rendormir. Mais pas moi. Et je savais qu’en revenant
dans la chambre, ça allait recommencer.
Une fois le jour arrivé, mon bébé s’est endormi profondément. La petite
pouvait hurler à un mètre de lui (quand on lui changeait sa couche et
prenait sa température sur la table à langer), lui dormait. Mais pas moi.

Mon bébé a commencé à perdre du poids, vu que je n’avais pas encore eu
ma montée de lait. Il s’endormait au sein. 300g, ce n’est pas critique,
surtout sur un bébé de près de 4 kg, mais j’ai fini par céder et lui
donner un petit biberon pour qu’il se calme et que je puisse me reposer
(peine perdue avec la petite qui pleurait le jour quand mon bébé dormait
enfin). Il a à nouveau eu un petit biberon le soir, toujours en
complément de mon collostrum. Je voulais fuir cette maternité,
j’attendais le lendemain, après la visite du 4e jour, où nous aurions le
droit de partir. J’étais moi-même « libérée » officiellement par un
médecin qui avait constaté que tout allait bien pour moi et qui me
conseillait seulement de continuer à prendre du fer après la sortie de
la maternité.

Mon mari me l’a avoué plus tard, mais me voyant si fatiguée, il a
demandé à me transférer dans une chambre seule. Il n’y en avait plus,
toutes les chambres étaient prises, un monde fou avait accouché le 7 et
le 8 janvier (rentrée des classe ?) et ils avaient même dû caser des
mamans au service des cancers de l’utérus à l’étage en dessous !

Le 9 janvier au soir, la petite voisine s’est endormie, toujours avec
ses petits bruits de bébé. Et mon bébé à moi, lui, hurlait à chaque
fois. J’ai échangé quelques sms avec mon mari, j’ai fini par lui
demander de venir, je n’en pouvais plus. Je voulais laisser mon bébé à
la pouponnière mais elle était pleine, 28 berceaux alignés le long du
couloir et dans les salles, autant de mamans épuisées. La sage-femme de
garde a fini par me prendre mon bébé à 1h du matin dans la salle de
garde quand j’ai fondu en larmes dans le couloir (puisque c’était là que
mon bébé pouvait dormir !) en me disant qu’elle avait trop à faire et
que s’il pleurait, elle me le ramènerait. J’avais le coeur brisé de le
laisser, mais je n’en pouvais plus. Elle cherchait à me culpabiliser, en
plus ! « Vous savez, à la maison vous n’aurez personne pour vous prendre
votre bébé la nuit ! » Oui mais à la maison, je n’aurai pas un autre bébé
qui réveille le mien, et le papa pourra s’en occuper pour changer les
couches !

A 2h du matin, mon mari est arrivé (la maternité est ouverte jour et
nuit pour les papas), a récupéré mon bébé (rejoint par 10 autres bébés
entre temps, puisque les 40 bébés « stockés » à la pouponnière
remplissaient tout l’espace disponible…) Il me l’a apporté pour téter
une fois puis l’a récupéré.

3h du matin : mon mari veut changer la couche du bébé. Il vient dans la
chambre et le fait sans allumer la lumière. Il se fait engueuler par la
sage-femme de garde, puisqu’il y a deux mamans dans la chambre, le papa
ne peut pas rester là la nuit. Bon, d’accord. Il avait fait ça pour ne
pas me réveiller.
5h du matin, le bébé a ENCORE fait dans sa couche. C’est normal. Il va
voir la sage-femme de garde pour lui demander une couche. Elle
l’engueule à nouveau en disant qu’elle n’a pas que ça à faire de changer
les couches. Mais… Ce n’est pas ce qu’il lui a demandé !!! Il veut
juste UNE COUCHE et une table à langer et des lingettes. Ah non, il n’y
en a que dans les chambres. Il a dû me réveiller rien que pour changer
une couche, il l’avait mauvaise ! Et il se faisait engueuler parce qu’il
rentrait dans la chambre pour me réveiller alors qu’il n’a pas le droit…
Entre temps, il a aussi donné un biberon au bébé, histoire de me
permettre de dormir un peu.

Au matin, notre bébé avait repris du poids par rapport à son minimum
atteint la veille, et j’ai eu ma montée de lait. La visite obligatoire
du 4e jour validée (et faite à 10h du matin puisque nous avions pris un
créneau très tôt, n’ayant pas dormi), nous étions enfin à midi à la
maison. Et malgré le fait que notre bébé refusait catégoriquement de
dormir dans un lit, nous avons pu nous relayer pour dormir, le poser
dans le transat, sur notre bras pendant que nous somnolions… Ce
n’était pas la panacée, mais au moins, j’ai pu dormir un peu et récupérer.

Je regrette qu’on ne m’ait pas expliqué qu’il fallait adopter
différentes positions au fil de la journée pour la tétée afin d’éviter
un engorgement. La poussée de fièvre à 39° des 14 et 15 janviers
auraient ainsi été évités. La sage-femme qui venait à la maison m’a
beaucoup aidée pour la tétée, nous a guidé pour le premier bain, pesait
le petit bonhomme tous les 3 à 4 jours (à 1 mois, il faisait déjà 5,3 kg
!) A 5 mois et demi, l’allaitement se poursuit, et mis à part à la
maternité, il n’a jamais eu de lait artificiel de sa vie. J’ai même
tellement de lait que je commence tout juste à lui donner les deux seins
par tétée, et que j’ai toujours des fuites la nuit puisqu’il ne se
réveille plus du tout de 22h à 9h depuis 3 semaines.

En conclusion, je ne regrette pas du tout mon choix du milieu
hospitalier pour l’accouchement (à cause de la dystocie des épaules, ça
m’a « vaccinée » contre un accouchement à domicile) mais je crois surtout
que les prochains accouchements se feront quoi qu’il arrive en
Allemagne. Ce que je lis du milieu hospitalier français ne me donne
vraiment pas envie d’y donner naissance !
J’aurais aimé néanmoins plus de compassion pour une maman épuisée qui a
un bébé doté d’une ouïe excellente, et une plus grande aide à la mise en
route de l’allaitement.
J’aurais aimé remercier à nouveau la sage-femme qui m’a aidée à pousser,
nous avons apporté une grande boîte de chocolat le jour de notre départ
avec un petit mot remerciant spécifiquement cette dame mais aussi toute
l’équipe, mais elle était occupée pour un accouchement à ce moment-là.
L’obstétricien, nous l’avons revu 2 jours après l’accouchement. Il est
venu nous dire bonjour et était ravi de me voir en si bonne forme, ça
m’a fait du bien de pouvoir le remercier et qu’il me reconnaisse, je me
suis sentie respectée en tant que jeune maman.

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