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#235 Muriel : Accouchement de rêve, début d’allaitement traumatisant (avec des jumeaux dedans)‏ Loire-Atlantique

7 Mar

1ère partie : l’accouchement de rêve…

Février 2011. J’apprends que je suis enceinte. Chouette!
C’est ma troisième grossesse, tout naturellement, je m’inscrit tout de suite dans la maternité où j’ai accouché pour mes aînées, puisque ça s’était très bien passé. C’est un lieu que j’avais déjà choisi bien avant d’être enceinte pour la première fois, parce qu’il correspondait à ce que j’attendais : qu’on me respecte, moi et mon bébé, qu’on nous accompagne dans ce moment, en douceur, sans en faire « trop ».
1ère écho: oups ! Y’en a 2 ! On s’y attendait un peu, on est ravis.
Ça amène beaucoup de questions, je me demande si je vais tout de même pouvoir accoucher comme je le souhaite, sans surmédicalisation, sans péridurale, etc… Au final pas de soucis, on respecte totalement tous mes désirs/choix.

Début de la 37ième SA, je dis à mon homme combien je suis contente d’être arrivée jusque-là, que maintenant, ils sont en forme, et qu’il y a peu de chance qu’ils aient des soucis à la naissance. Il me dit super, tu accouches ce week-end!

37 SA + 2 jours :

Il est 6h30 du matin. Ma fille me réveille en pleurant un peu dans son sommeil, et là, je sens que je suis trempée… Je réveille mon homme : « chéri, attrape mon peignoir, je perds les eaux … ». Lui, grave sur le coup (alors que d’habitude, il lui faut une bonne heure pour émerger du sommeil… ) réagit direct !

On se lève, petite douche et petit dèj rapide, on prépare les filles, les dépose chez une copine et hop, en route pour la maternité !

Vers 8h : arrivée à la maternité, on me pose le monito, j’ai des petites contractions, mais rien de plus que pendant la grossesse, pas de douleur. Ils sont un peu occupés, ma sage-femme me laisse jusque 9h30 : elle m’examine : col déjà ouvert à « 2…3…4… ah non, 5 ! »

On me fait passer en salle d’accouchement, je suis toujours tranquille, je ressens aucune douleur, tout juste si je sens que j’ai des contractions…

Je leur dis que je ne souhaite pas de péridurale, ça ne pose pas de problème (tant mieux, parce que je me serais pas laissée faire !!).

Mon homme passe le temps en réparant la porte de la salle d’accouchement qui refusait de se refermer (ben oui, je suis pas particulièrement pudique, mais bon quand même…).

Vers 10h30, je fais des tours de lits pour accélérer la venue des contractions, un aller-retour et hop, je m’assois le temps de la contraction, toujours pas vraiment mal, mais ça commence à être désagréable quand je suis debout pendant les contractions, c’est tout.

Vers 11h, ma sage-femme me réexamine et dit que je suis à 8, mais que le col est bien effacé, que je vais bientôt pouvoir essayer de pousser.

Je change de position, mais je ne suis pas bien, je rechange, elle veut me reposer un monito, elle est donc à côté de moi, je lui dis que je sens que ça pousse, que j’ai envie de pousser, et finalement que je pousse (tout ça dans la même phrase !!). Je pousse, une fois, et,  sans difficulté et sans douleur, voilà mon fils au bout du lit, sans personne pour l’accueillir, la sage-femme s’est faite surprendre (elle s’en excusera après, mais y’avait vraiment pas de quoi !), elle est toujours à côté de moi à essayer de poser le monito !

Elle en oubli même de regarder l’heure pendant un moment puis la demande à mon homme : D’un coup tout s’agite, elle appel dans le couloir, le gygy débarque avec du monde pour faire l’écho et voir ce que fait ma puce en attendant de sortir : tout va bien, elle a toujours la tête en bas. J’ai mon fils dans les bras, il est calme, il n’a pas pleuré, il a les yeux grand ouverts et me regarde, tout curieux de découvrir le monde…

Son papa coupe son cordon.

La sage-femme perce la poche de ma puce. Le gygy me dit de pousser quand je sentirai la prochaine contraction, j’en sens pas… j’attends… mais je sens rien. Je donne mon fils à son papa, et j’essaie quand même de pousser, je sens la tête de ma fille sortir, mais c’est plus dur que pour son frère, je sens que ça coince, je commence à fatiguer et à me demander si je vais trouver la force… Finalement, en 3 poussées, elle est dehors, et je comprends alors pourquoi c’était plus difficile : elle a le cordon autour du cou, du pied et du bras. On la libère, elle est en pleine forme et se rendort directement sur moi. Ils ont tout juste 10mn d’écart. Je coupe son cordon.

J’expulse les 2 placentas en une poussée, et on nous laisse tous les 4.

Je reprends mes 2 amours sur moi, et on savoure…

Le lendemain je demanderai à mon homme si j’ai rêvé ou si l’accouchement a vraiment été aussi facile et sans douleur que dans mon souvenir, lui non plus n’en revient pas, mais oui, ça a vraiment été un accouchement de rêve…

On l’a presque fait seuls finalement, la sage-femme n’était pas loin, mais c’est tout, pas d’équipe de 15 personnes comme beaucoup de maman de jumeaux l’ont vécu… Respect total de nos souhaits. Parfait.

Le séjour à la maternité qui a suivi a été beaucoup plus difficile, mais cet accouchement que je craignais un peu en raison de tous les inconnus liés aux jumeaux aura finalement été le plus facile de mes 3 accouchements.

2ème partie : Le séjour à la maternité, ou comment on a tenté de saboter notre allaitement…

J’avais donc déjà 2 filles, que j’ai chacune allaitée pendant 1 an environ, sans soucis majeur, ça n’a été que du bonheur.
Lorsque j’ai appris que j’attendais des jumeaux, la question ne s’est même pas posée (dans mon esprit en tout cas), il était évident que j’allaiterais ces 2 bébés de la même façon que j’avais allaité les autres. 2 bébés, 2 seins, pas de problème.
Bien sûr, quand j’annonçais la nouvelle autour de moi, les gens me posaient souvent la question d’un air surpris (au minimum…) : « tu vas les allaiter ? », mais je n’aurais jamais cru que le fait de croire qu’on ne peut pas allaiter 2 enfants était parvenu jusque dans ma maternité…

Car en ce lieu que j’avais choisi depuis toujours pour venir mettre au monde mes enfants, dans cette maison de la naissance où je me suis sentie si bien, où j’ai senti tout le soutien dont j’avais besoin pour démarrer mes premiers allaitements (surtout le premier, une jeune maman se pose toujours beaucoup de questions…), ce lieu où l’on encourage pourtant les mamans au cododo, à garder leurs enfants près d’elles au lieu de les laisser en nurserie la nuit, ce lieu où bien sûr, l’allaitement est soutenu et mis en avant, je n’aurais jamais cru que l’on puisse y faire autre chose que de me soutenir dans mon choix (et encore moins tenter carrément d’aller à son encontre…).
Et pourtant, après un accouchement de rêve, j’ai eu droit à un séjour en maternité désastreux, déprimant, destructeur, traumatisant…

Je ne sais pas si c’est le fait d’avoir été rapidement prise en charge par le service de néonatalogie (au lieu du service normal comme lors de mes autres séjours), mais très rapidement, j’ai eu le sentiment d’être complètement dépossédée de mon rôle de mère.
Pourtant mes enfants étaient en pleine forme, avec des poids « respectables » pour des jumeaux.
Mais mon fils avait un taux de sucre un peu faible à la naissance, du coup, malgré le fait que les premières tétées s’étaient bien passées, ont lui a très vite donné des compléments (sans vraiment me laisser le choix, en me faisant bien comprendre que je serais une criminelle de ne pas accepter…). Rapidement, gavé par les compléments, il n’avait pas faim au moment où on me disait de le réveiller pour le faire téter (au bout de 3 heures), donc, il ne tétait pas, donc, il fallait « absolument ! » lui donner un complément… Le cercle vicieux était lancé…
Ma fille tétait aussi très bien, pas de problème de sucre, mais comme elle ne tétait pas assez longtemps à leur goût (elle s’endormait après quelques minutes), il a vite « fallu » la complémenter elle aussi, ce qui a bien sûr eu sur elle le même effet que sur son frère…
Ma montée de lait est arrivée, mes seins ont explosé, j’ai eu des douleurs atroces, parce que du coup, aucun des deux bébés ne pouvaient plus me désengorger les seins…

Ils tétaient de moins en moins, avaient de plus en plus de compléments…
Avec les changements d’équipe, je rencontrais au minimum 4 ou 5 personnes différentes par jours, et donc 4 ou 5 discours différents…
Je faisais ce qu’une personne me disait (« comme ils prennent bien, vous pouvez ne pas donner le complément systématiquement, mais seulement s’ils ont encore faim après la tété »), pour me faire engueuler pas la suivante (« mais non ! Il faut leur donner le complément systématiquement, pour qu’ils reprennent du poids !! »), bref, on m’a complètement infantilisée, irresponsabilité, on a absolument pas écouté mes sentiments et mes instincts de mère (qui avait quand même déjà allaité 2 bébés…), et on m’a même souvent totalement méprisée (par exemple une nuit, alors que je discutais avec la puéricultrice de l’utilité d’un complément qu’elle voulait donner à un de mes petits –pas que j’étais radicalement contre, simplement, je voulais être sûre que chacun d’eux soit vraiment nécessaire, afin de laisser une chance à mon allaitement- je l’ai entendu me répondre qu’elle n’avait pas l’intention de « batailler » avec moi toute la nuit et qu’elle allait m’envoyer le pédiatre ! Constructif ce genre de menace…).
Plus les jours passaient, plus je me sentais mal, je me sentais fliquée, je devais demander l’autorisation avant de mettre mes enfants au sein, le faire en présence d’un membre du personnel (afin qu’ils vérifient s’ils tétaient correctement et viennent donner le complément). On me disait que ce n’était pas dramatique de ne pas les allaiter, et que peut-être plus tard, ils auraient envie d’y revenir… On m’a forcé à les mettre au biberon (au début, ils étaient au doigt-seringue) si je voulais rentrer chez moi, bref, un cauchemar, je n’avais qu’une hâte : partir !!!

J’y suis finalement parvenue, je suis rentrée chez moi (parce que je me suis battue et que les petits pouvaient y être suivi par une sage-femme).
Avec le sentiment de sortir de prison…
Avec mon fils qui prenait le sein + des compléments, et ma fille qui ne tétait pratiquement plus…
J’ai vécu des moments très difficiles, parce que même si je me disais que le plus important était qu’ils aillent bien, allaiter fait pour moi tellement parti de mon rôle de mère, que ne pas y parvenir aurait été pour moi une souffrance énorme…

Depuis le début, je sentais bien que ces fichus compléments coupaient l’appétit de mes enfants, les gavaient, et que 3h après, ils n’avaient pas faim ! Je voyais bien que quand ils n’en prenaient pas, ils tétaient beaucoup mieux, plus efficacement, plus longtemps. Mais les pédiatres et les puéricultrices de la maternité (du moins, presque tous), m’avaient tellement culpabilisée sur le poids de mes loulous, m’avaient fait me sentir tellement inutile et irresponsable (comme si j’allais laisser mes enfants crever de faim…), que je doutais de moi, de mon jugement, de ma capacité à savoir ce qui était bon pour eux.

Fort heureusement, il y a eu ma sage-femme, celle qui m’avait déjà suivie pour mes précédentes grossesses, celle qui me connaît un peu, sait que je ne suis pas irresponsable. Elle m’a fait confiance, en marchant sur des œufs, elle m’a laissé juste assez de marge de manœuvre, m’a offert suffisamment de confiance pour que je puisse relancer mon allaitement.
Elle m’a laissé tenter de ne pas donner de complément à mon fils, il a continué à prendre du poids. Elle a pris du temps pour m’aider à faire téter ma fille, elle a recommencé à téter, j’ai pu diminuer ses compléments. Puis, comme je ne supportais plus de galérer pendant des heures à tenter -en vain- de réveiller ma puce, avant de devoir la gaver de force avec le biberon, j’ai tenté de supprimer ses compléments également. Elle a tout de suite mieux tété. C’est même là que j’ai entendu ses pleurs de faim pour la première fois (je n’aurais jamais cru qu’entendre l’un de mes enfants pleurer puisse m’apporter autant de joie), elle s’éveillait, enfin !!

J’ai pu enfin ranger mon tire-lait et mes biberons. Ils avaient presque 3 semaines. 3 semaines de perdues, 3 semaines de gâchées… Et les doutes semés en moi par ces personnes à la maternité m’ont encore hantée quelques temps… Et puis, ils se sont estompés, petit à petit…

J’ai chaleureusement remercié ma sage-femme hier (en lui offrant des chocolats !!), parce que même si elle n’a pas fait grand-chose dans la pratique, je pense que sans son soutien et sa confiance, je n’aurais sans doute pas retrouvé celle que j’avais en moi-même et en mes capacités de mère, et je n’aurais sans doute pas réussi à allaiter ma fille.

Ensuite, tout est rentré dans l’ordre, mon allaitement n’a été que du bonheur.
Les allaiter séparément m’apportait la même joie immense que pour mes filles. Les allaiter ensemble, voir leurs 2 petites têtes et leurs petits yeux derrière mes seins en même temps me comblait à point que je n’aurais même pas imaginé…
Mais je m’interroge : et si ça avait été mes premiers enfants ? Et si je n’avais pas déjà l’expérience et l’assurance d’une mère qui a déjà allaité plusieurs bébés, aurais-je tenu ? Serais-je arrivée à allaiter mes enfants ?
Je suis persuadée que non.
Je suis quelqu’un qui a du caractère, je ne me laisse pas facilement démonter, mais malgré cela, ils ont réussi à me faire douter de moi et de mes bébés, alors une jeune maman sans expérience n’aurait eu aucune chance… Elle serait sans aucun doute passée à côté de la joie immense d’allaiter ses bébés.
Tout ça parce que des gens pensent savoir ce qui est le mieux pour nous (et nos bébés).
Tout ça parce que les préjugés idiots ont la peau dure et que certains croient que ce qui sort de l’ordinaire est impossible…
Je trouve cela injuste, les mamans de jumeaux devraient recevoir encore plus que les autres le soutien nécessaire à l’accomplissement de leur allaitement, et pas se voir mettre des bâtons dans les roues par des personnes qui ne savent sans doute même pas de quoi elles parlent !! »

Aujourd’hui, ils ont 17 mois, ma fille tète encore et mon fils boit encore mon lait que je tire pour lui ( depuis qu’il refuse de boire à la source…), j’en suis fière, j’y suis parvenue, malgré eux.
Pourtant, contrairement à ce que j’espérais à l’époque, et malgré tout le bonheur que m’ont apporté ces long mois d’allaitement avec eux, ces débuts difficiles ont laissé une trace en moi, comme une plaie ouverte, quelque chose qu’on m’a volé et que je ne pourrais jamais récupérer…

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