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Lucie, la naissance de Nathan en novembre 2013

5 Mar

Amour ? Je crois qu’on a un problème . Je tends le test de grossesse à ton papa, et là je vois la joie illuminer son visage, il n’en sait pas plus mais il t’aime déjà , toi petit être qui grandit en moi . On fera ce que tu décides a-t’ il dit . Mais je savais , il n’a pas pu cacher ses sentiments. C’est à ce moment précis, mon cœur, qu’on est devenu tes parents .

Ca fait pourtant que trois mois que nous sommes ensemble mais ton papa est un homme incroyable, j’ai confiance en lui, je me sens en sécurité, aimée, pour la première fois de ma vie je suis en paix. Mais moi ta maman, est ce que je vais arriver a être à la hauteur, a prendre soin de toi , et a t’aimer autant que tu le mérites …

Première échographie, mon petit prince, tu as la taille d’un petit haricot, on entend ton petit cœur battre, papa est tellement heureux, ému qu’il ne peut s’empêcher de sourire . On est dans le noir, heureusement, personne ne voit mes larmes couler . J’ai si peur mon bébé, je ne suis pas prête pour tout ça . ..

Voilà quatre mois que tu es dans mon ventre et cette nuit j’ai rêvé de toi , tu avais de grand yeux bleus.

Mon ventre ne s’arrondit que très peu , est-ce parce que tu sens que je ne voulais pas t’avoir si vite a mes cotés ? Ton papa le voit bien, je n’arrive pas a être comblée par cette nouvelle, mais il ne dit rien, il me soutiens.

Et le temps passe mon bébé , mon ventre grossit peu à peu, et mes angoisses avec…

Lors d’une échographie , la gynécologue dit que tu es trop petit , que l’accouchement risque de ne pas très bien se passer peut-être qu’on devra me faire une césarienne , il se peut que tu ne supportes pas les contractions , mais elle se trompe elle ne sait pas à quel point tu es fort et déterminé a être parmi nous. Nous devons faire des échographies tous les 15 jours et à chaque fois c’est une épreuve en plus , j’ai si peur qu’il t’arrive quelque chose, tu ne prends toujours pas de poids. Est-ce que c’est de ma faute ? Est-ce que c’est parce que j’ai peur ?

On a commencé les cours a l’accouchement et ton papa vient avec moi, la sage femme est une personne formidable, elle est a notre écoute, je lui fais part de mon histoire, de mes peurs, elle est avec nous, nous soutient. Grâce à elle je commence a prendre conscience de mon état de maman. Le huitième mois est la, mais je ne veux pas que tu arrives c’est bien trop tôt, je veux pas que ma vie change, je n’y arriverai pas, mais papa est toujours là, à mes cotés, il nous aime si fort, il est tellement sûr que je serais une maman parfaite pour toi que je vais finir par le croire. Nous sommes le 18 novembre et tu es prévu pour le 13 décembre. Il est minuit, la première contraction arrive, mais ce n’est pas le moment j’attends patiemment dans le lit, papounet se réveille, il s’inquiète et m’oblige a appeler l’hôpital . La sage femme que j’ai au téléphone me dit que c’est un faux travail que je dois pas m’inquiéter. Mais ça continue toute la nuit, c’est de pire en pire mais ce n’est pas régulier, je rappelle l’hôpital il me maintiennent que ce n’est rien, que ça va passer dans la journée. Il est neuf heures, papa reste à la maison et ne va pas travailler, et heureusement car a neuf heures trente je perds les eaux, et là c’est la panique, je n’ai pas préparée la valise, je ne trouve pas mes papiers , je cours dans tous les sens, j’ai tellement mal, je commence à paniquer, à pleurer, je n’y arriverais jamais, ça fait si mal, si ton papa n’avait pas été là j’aurais accouchée sur le canapé. Il reste calme, posé, il me guide mais dans son fort intérieur c’est un tsunami qui se prépare, avec le recul la situation était très comique. Je n’arrête pas de répéter que tu vas venir au monde dans la voiture, que c’est pas le moment, que je veux pas aller à l’hôpital, tu ne dois pas arriver maintenant, ta valise n’est même pas prête. Arrivée à l’hôpital on m’allonge, on me met des fils partout, je comprend pas très bien ce qui se passe, je veux me lever, mais je peux pas, les contractions sont insupportables, j’ai tellement soif , mais les sages femmes ne veulent pas que je bois, elle veulent pas que je me lève. Et moi je veux rentrer à la maison tout de suite, je veux pas être la, je comprend rien a ce que me dit l’anesthésiste il a un drôle d’accent polonais russe, il m’énerve. Bon sang, je veux me lever, mais non je dois rester allongée là et je dois pas bouger sinon le monitoring ne fonctionne pas ! Je voulais aller dans la baignoire, mais la sage femme ne veut pas, elle a beau être adorable, a ce moment précis ils m’énervent tous. La péridurale mise en place tout vas mieux, je me calme, me détend, ton papa a mes cotés. Et voilà petit bout, tu arrives il est 12H55, je pleure, j’ai mal mais c’est supportable, les sages femmes son formidables et drôles, je sens ton papa me serrer fort dans ses bras. Il est 13h05 et tu es avec nous mon amour.

Nous sommes une famille !

Aujourd’hui tu as trois mois et de grand yeux bleus, je vous aime tellement fort tous les deux, toutes les angoisses, toutes les peurs , tout ça s’est envolé quand je t’ai eu dans mes bras. On est si heureux tous les trois. Tu es la plus belle chose que j’ai faite dans ma vie, je ne regrette rien, tu es fait pour nous et nous sommes fait pour toi.

De Lucie pour mon Nathan que j’aime.

« Tous les enfants qui naissent sont la preuve que dieu n’est pas encore découragé de la race humaine »

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Morgane, la naissance en siège de Siham

2 Mar

Récit de ta naissance

Quelques  jours avant notre mariage, le coeur du bébé que je portais s’est arrêté. Tristesse et colère ne durèrent pas car les préparatifs reprirent et l’arrivée des amis et de la famille nous permirent alors d’avancer et de faire notre deuil surement plus rapidement.

Cet espoir d’enfant était toujours présent et c’est avec joie et craintes que j’ai appris ton installation au début du mois de juillet. Je guettais chaque symptôme, de peur de te perdre toi aussi mais tout se passa bien. Notre déménagement, notre premier été dans le sud, mon ventre s’arrondissait. Souvent triste et perdue d’être ici seule, j’essayais de ne pas trop te communiquer tout ça !

De grandes discussions avec ton papa, car j’avais décidé, suite à la naissance de ta soeur, de tout faire pour éviter de remettre les pieds dans une maternité. Tu naitrais donc à la maison, chez nous, sans fil ni appareil, sans blouse blanche ni protocole.

Tous les mois les rendez-vous avec J et F, et Aude, pour préparer ta venue, beaucoup de lectures pour moi pour me préparer à t’accueillir, certes dans la douleur, mais aussi dans la sérénité la plus grande possible. Nous ne savions pas alors si tu étais une fille ou un garçon, on savait que tu allais bien, moi aussi, et c’était là l’essentiel.

Ton arrivée devait se faire autour du 23 mars, Tout se présentait parfaitement bien.

12 mars: dernier rdv avec J avant le jour J. j’ai du mal à connaitre ta position, je ressens des coups dans des endroits bizarres. Je trouve ta position étrange elle aussi et me demande de faire une échographie de contrôle. Grande peur… Si tu t’es mise tête en haut, tu ne pourras pas arriver dans la chaleur de notre foyer. Je me vois déjà à Nimes, dans cet endroit impersonnel, qui me rappellera tant l’arrivée de Nawel. Spectatrice…et puis l’angoisse… Si tu te décidais maintenant, ils ne chercheraient pas à comprendre, on t’ôterait de moi au scalpel.

J’arrive à avoir un rdv pour une échographie l’après-midi même, à Avignon. La sage femme me confirme ce que l’on craint: tu es en siège décomplété. Il reste peu de liquide, tu as donc peu de chances de te retourner.

J’appelle Aude qu’elle me fasse une ordonnance pour passer le pelviscanner, au moins pour essayer de négocier un accouchement par voie basse. J’informe J et F qui me disent qu’il faut y croire, que tu peux encore faire la bascule. Je n’y crois pas. Ton papa insiste et me trouve un rdv le lendemain matin pour un pelviscanner à Arles.

13 mars: pelviscanner à Arles. Je rumine… J’ai tellement peur qu’on me vole ta naissance. En sortant je me dis que cela ne coûte rien de monter à la maternité et voir. Au secrétariat, tout est calme, le service est calme, personne n’attend ni ne coure. Une sage-femme me reçoit gentiment, je lui explique tout: notre projet d’AAD, la naissance de ta soeur que je ne souhaite pas revivre, ta position…Elle m’écoute sans juger, me rassure. Elle prend alors les choses en main, m’envoie faire des analyses au labo de l’hôpital, voir l’anesthésiste, me donne rdv pour le lendemain. Les choses s’éclaircissent, je me sens rassurée, en confiance (autant que faire se peut devant mon projet qui s’écroule). Peut-être n’aurais-je pas mon AAD.. mais je pourrais peut être finalement avoir mon accouchement par voie basse et sans péri.

14 mars: je pars chercher les résultats du pelviscanner puis me rends à la maternité. Je vois H, 1h15 de rdv, on revoit tout, fait mon dossier. Col ouvert à 2. Je vois ensuite le Dr M. chef de service : écho qui confirme le siège, ta petite taille. Accord de principe pour une voie basse mais sous conditions: péridurale dès le début du travail, monitoring constant, poche des eaux intacte…bref mon rêve d’accouchement naturel s’éloigne doucement. J’essaie de commencer mon « deuil » pour me concentrer sur ton arrivée.

15 mars: dernier rdv avec Aude. Acupuncture et relaxation. Elle m’aide à accepter ce revirement de situation, à envisager la césarienne, à pleurer.

Je reprends ma tisane de framboisier… tu peux maintenant arriver, je ne serai pas césarisée d’office. Je t’attends et profite de nos derniers moments si proches. je tourne en rond et guette les signes. Les contractions ne sont pas plus nombreuses ou douloureuses que d’habitude.

16 mars: Avec ton papa nous décidons d’aller à Montpellier. Nous passons la journée en famille. Nous emmenons Nawel à l’aquarium, l’après-midi je contracte pas mal. J’hésite à aller voir J. J’ai parfois l’impression que tu t’es retournée et puis non… Je sens que ça travaille un peu. Pendant le dîner, les contractions, non douloureuses, sont aux 10 min. Nous reprenons la route et en arrivant, plus rien. Ca ne sera donc pas pour aujourd’hui.

17 mars: 5h50. Je suis réveillée par une contraction. Je me lève et attend de voir si elle est suivie. Une autre vient environ 10 minutes après. Ça tire. J’avais presque oubliée cette douleur. C’est fort. Je te parle et prend 2 spasfon avant d’aller réveiller ton papa. Malgré le spasfon, les contractions se rapprochent et tirent vraiment. Je pense que c’est aujourd’hui que tu vas nous rejoindre.

6h35: je me glisse dans notre lit et demande à ton papa s’il a bien dormi car la journée risque d’être riche en émotions. Il se lève.

Je gère au mieux, respire, vocalise. C ‘est très fort et je peine à garder le contrôle. Les contractions se rapprochent et sont vraiment douloureuses. Je dois me concentrer.

6h45: M appelle ton grand père et ta grand mère pour qu’ils viennent s’occuper de Nawel. Je commence à compter le temps, je sens que ça va aller vite ! Je gère les contractions étirée, sur la pointe des pieds, je m’étire sur le ballon posé sur le dossier du canapé, je demande à M de charger les affaires.

7h30: nous réveillons Nawel pour la préparer à notre départ, devant elle j’essaie de parler, de faire comme ci… Je finis de préparer les sacs, ne rien oublier.

Les contractions reviennent toutes les 3 minutes environ et sont maintenant difficilement gérables.

8h15: Tes grands parents  arrivent (ton papy était au marché, et ils ont loupé la sortie…bref quasi 1h30 pour venir). ENFIN. Je sais qu’il faut qu’on parte vite. Dernières recommandations pour Nawel et la maison. Un dernier bisou à notre grand bébé qui sera très bientôt notre « ainée ».

8h20 : nous montons en voiture. Impossible pour moi de m’asseoir, je suis à genoux, dos à la route et je m’accroche à l’appui tête. Je me concentre, te parle, me parle « respire doucement, accompagne, souffle, laisse monter, laisse partir… ». Je jette de temps en temps un oeil à la route pour voir où nous en sommes.

Je perds ensuite le fil du temps. Nous arrivons à la maternité 15 ou 20 minutes après notre départ de Bellegarde. Je ne peux pas tout de suite descendre de la voiture, une contraction me cloue sur place. Il pleut. je me vois dans la vitre d’entreé de l’hôpital ronde pour encore quelques heures. c’est désert, calme et silencieux.

Une contraction dans le couloir puis une dans l’ascenseur, une autre contraction m’empêche d’en sortir. Une dame vient me chercher (surement celle que j’avais eu au téléphone pour prévenir de notre arrivée).Un couloir, M part s’habiller. J’entends la femme dire à une sage femme de se dépêcher car ça cogne fort. Elle a dû voir à ma tête que leur super plan péri/monito ne pourrait pas se faire !

Arrivée en salle d’examens, M revient, j’ai peur, je perds pieds quelques secondes et pense ne jamais y arriver. Une femme veut m’examiner, l’environnement m’effraie, je veux rester debout, dans ma bulle, pendue à mon homme, ne pas voir ce qui se passe autour. M me calme, me parle. Je reprends le dessus et laisse la sage-femme m’examiner. Elle crie à ses collègues « une complète » (charmant non ?), ça j’aurai pu le leur dire. Je panique un court instant, je n’aurai donc pas de péridurale qu’ils m’avaient dit qu’ils poseraient dès mon arrivée ! et puis je réalise ! Ils ne pourront pas me faire leur péri !!!! j’ai tout fait ! on y est ! Je suis heureuse avant qu’une nouvelle contraction me rappelle qu’il reste des efforts à fournir. La sage-femme redemande si la poche des eaux est intacte…. oui ! je le saurai ! et là… plouch ! le déluge ! je sens quelqu’un me poser une perfusion. Je vois le Dr M., je sens l’échographie rapide.

Je demande M, Il faut qu’il reste devant mon visage je ne veux pas voir tous ces gens qui s’activent et se pressent. Je lui parle mais ne me souviens pas du tout de ce que je lui dis. ça recommence et cette fois je sens que tu arrives, j’essaie de me concentrer pour pouvoir pousser efficacement. Tu avances vite et je sens tout, tout ton petit corps. je reprends mon souffle et pousse encore. Cela me soulage. Et puis à un moment, plus de contractions. je panique car ta tête n’est pas encore sortie et que je n’ai plus cette envie de pousser. J’entends les gens m’encourager. Le Dr M (l’autre) entre et me dit qu’il faut y aller ! Je me reconcentre et pousse, pousse encore. Voilà, je te sens, ta tête passe. J’ai franchement l’impression qu’elle est énorme, que jamais je n’arriverai à te sortir de là ! Je pousse une dernière fois et enfin, te voilà. On te pose sur mon ventre quelques instants puis quelqu’un t’emmène. On me dit juste que tu es sonnée. Je dis à ton papa d’aller avec toi. Le Dr M me dit « Vous ne la vouliez vraiment pas cette péridurale hein ? » je lui raconte alors que notre arrivée tardive n’était absolument pas voulue.

Les soins commencent, on te remet sur moi. J’ai peur, je ne veux plus qu’on me touche. je tremble comme une feuille. Je viens d’accoucher par voie basse, sans péridurale, sans épisiotomie, d’un bébé en siège et je ne supporte pas que la doc répare la toute petite déchirure qui en résulte. Mon corps a du mal à se remettre de la tempête qu’il vient de vivre. On me met donc sous gaz hilarant le temps de la couture.

Enfin c’est fini. Je peux te reprendre, tu es là, avec nous. Je demande finalement à quelle heure tu es arrivée: 9h01, soit 20 minutes entre notre arrivée dans le service et ta naissance. Je n’en reviens pas. Je pleure, je l’ai fait, j’ai réussi. Tu es là, et les médecins ne m’ont pas touché. j’ai tout géré avec ton papa et toi. Je suis fière, émue bouleversée. C’était tellement intense et en même temps tellement réel. Je peux dire que je t’ai mise au monde. J’admire ton papa qui n’a pas perdu son sang froid et qui m’a vraiment accompagné.

Il doit être 10h30 j’ai faim, nous appelons famille et amis pour annoncer ton arrivée, la plupart ne nous croit pas, aussi rapide?? Têter te demande trop d’efforts pour le moment, je te laisse dormir.

Il est 11h30, ce dimanche 17 mars 2013 et enfin nous voilà en chambre tous les 3 et nous commençons notre nouvelle vie. Tu es belle ma fille, tu ressembles à ta soeur. C’est sans appréhensions et avec une joie immense que je te berce contre moi.

Je passerai sur les « détails » du séjour à la maternité… vraiment pas agréable, protocolaire. Méconnaissance de l’allaitement, pression, non dialogue… bref tout ce que je redoutais.

SI prochain bébé il y a, je resterai sur un projet d’AAD mais si je devais accoucher en structure je demanderai une sortie précoce le jour J, pour ne pas être séparée de mes grandes, pour me sentir bien chez moi et ne pas avoir de compte à rendre quant aux heures, durée des têtées etc…

Certes mon projet ne s’est pas réalisé comme il devait, mais je pense au plus profond de moi que cela est arrivé pour une raison. Peut être n’étais je pas encore prête ? Cet accouchement m’a tout de même réparé du premier, il m’a donné confiance et force. Je suis maintenant informée et éclairée et accompagne au maximum la défense de l’aad, pour que toutes les femmes qui le souhaitent et le peuvent continuent à avoir ce choix.

Le deuxième accouchement d’Héloïse, Ille et Vilaine

1 Mar

Bonjour à toutes et à tous,

 

Je m’appelle Héloïse, j’ai 38 ans et j’ai déposé mon témoigage (n°328) pour raconter mon 1er accouchement qui a eu lieu lorsque j’avais 28 ans.

Mon corps, mon bébé et mon accouchement n’avaient pas du tout été respectés ainsi que le séjour qui a suivi et j’en étais restée traumatisée.

Presque 10 ans après, j’ai eu la joie de donner à nouveau la vie, dans une autre ville cette fois, à la maternité de V**** en Ille & Vilaine.

Par un heureux hasard, cette maternité a obtenu le label Ami des Bébés environ un mois avant la date présumée de mon accouchement.

Ma grossesse s’est bien déroulée dans l’ensemble malgré des problèmes d’hypertension et cette appréhension d’accoucher à nouveau…

Cette fois-ci je suis allée jusqu’au terme présumé, mon bébé, un deuxième garçon a décidé d’arriver 5 minutes avant la date prévue.

J’ai perdu les eaux dans la nuit et j’ai pris tout mon temps avant de partir à la maternité cette fois-ci.

Nous avons bien été encadrés et respectés dès le départ, mon dossier a été lu et mes antécédents pris en considération.

La journée a été rythmée par des douleurs de plus en plus fortes et j’ai été soutenue par une 1ère sage-femme.

En fin de journée tout s’est accéléré, la douleur des contractions est vraiment devenue difficile à supporter.

La perte des eaux qui avait continué s’est alors teintée de vert ce qui m’a donné un indicateur d’urgence.

Nous sommes allés en salle de naissance immédiatement et je me suis cramponnée au lit et à la main de mon chéri.

Malgré un ratage complet de la péridurale pour mon premier accouchement, je l’avais demandée à nouveau en espérant qu’elle fonctionne cette fois-ci !

Auparavant, j’ai fait de mon mieux pour maîtriser ma douleur le plus longtemps possible afin qu’elle ne soit pas posée trop tôt.

Je me revois en train de pleurer et d’hurler de douleur soutenue par mon chéri tout en me concentrant sur la progression de mon bébé dans mon bassin.

J’ai tenu de 17h à 19h45, puis l’anesthésiste est venu me libérer de cette douleur atroce, il a vraiment bien dosé l’anesthésie, et je lui en suis très reconnaissante.

Les gardes de 24h n’existant plus j’ai alors eu une deuxième sage-femme à partir de 20h pour l’accouchement proprement dit ! Une merveilleuse sage-femme !

Moi qui pouvait à peine prononcer ce nom, moi qui n’avait connu qu’une « sale-femme », une odieuse matronne qui avait gâché mon accouchement en 2004 !

Stéphanie, je peux la citer, à été formidable de douceur, d’écoute et de bienveillance, elle m’a soutenue et encouragée, j’ai enfin vécu un accouchement respecté.

Au delà des mots, son regard plein de confiance, et sa gentillesse, son sourire, m’ont portée. Je n’ai pas subi mon accouchement cette fois-ci, je l’ai vécu.

J’ai été actrice et non pas spectatrice de cet évènement si important, si précieux dans la vie d’une femme. Mon bébé est né tout doucement, pas d’épisiotomie, pas de révision utérine, juste une petite déchirure. J’ai senti passer sa petite tête, ses épaules, son petit corps, ses pieds. Nous étions en larmes avec son papa et on me l’a mis en peau à peau longtemps cette fois-ci, j’ai pu sentir toute sa chaleur me réchauffer le coeur et l’âme. Je veux dire à toutes les femmes qui ont connu une expérience douloureuse que non ce n’est pas une fatalité et qu’il y a un espoir de vivre un jour un bel accouchement respecté. Merci à vous Stéphanie. Et Merci de m’avoir lue.

#351 L’accouchement de Cendrine

1 Mar

Lorsque j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai été tellement contente mais j’étais loin de savoir dans quel bazar je me lançais! Dès que tu annonces que tu es enceinte, on te demande tout un tas de papier et si en plus, tu souhaites accoucher à la maison alors là le parcours du combattant commence!

Ma grossesse fut idyllique : pas de nausée, j’ai été active jusqu’au 8ème mois et bien entourée. Ma sage-femme était très douce et très à l’écoute de ce que je souhaitais. Dans ma tête, il était presque impossible que je n’accouche pas à la maison mais on a quand même constitué un dossier à la maternité la plus proche afin de prévenir si l’accouchement ne se passait pas bien.
Lors de la constitution du dossier, je n’ai jamais dit que je souhaitais accoucher à la maison mais juste commencer le travail à la maison, mais même là je sentais déjà qu’on me jugeait comme une irresponsable.
Finalement, le terme est arrivé et à l’hôpital (peut-être parce qu’ils sentaient que je voulais sortir du cadre), ils voulaient me faire rentrer de suite. Il a fallu qu’on bataille pour au moins attendre une semaine. Malheureusement pour moi, les 7 jours ont passés sans que mon bébé ne montre l’envie de pointer le bout de son nez. Malgré le fait qu’il n’était pas en souffrance, nous avons dû aller à l’hôpital pour un déclenchement…
Ma sage-femme qui me prévenait toujours de ce qu’elle faisait, notamment lorsqu’elle voulait regarder le col; là je suis passé dans un autre monde! J’ai eu plusieurs palpés vaginaux pour « savoir où en était le travail » sauf qu’à chaque fois, elles me faisaient mal. Si je me plaignais, on me disait que mon col n’était pas facile d’accès… A mon avis, si elles avaient pris le temps, je n’aurais pu eu aussi mal. J’avais , avec certaines, l’impression de subir un fist-fucking (désolée pour le langage mais c’est comme cela que je l’ai vécu).
Toutes les sages-femmes et infirmières n’étaient pas insensibles, il y en avait une (la plus expérimentée) qui me mettait à l’aise et qui était compréhensive de ce que je vivais. J’ai pu lui dire qu’on avait souhaité un accouchement à domicile et que là, l’expérience était dur à vivre pour nous deux. Elle a essayé, tant qu’elle le pouvait, de nous adoucir le séjour mais la plupart voulaient que cet enfant sorte (à ce moment là, je ne savais pas si c’était un garçon ou une fille).
Ils ont donc décidé d’accélérer les choses  : après l’application d’ocytocines, voyant que le col ne s’ouvrait pas plus que 3 cm, ils ont voulu que j’ai une césarienne. Nouvelle bataille pour qu’on essaie au moins de le faire sortir par voie basse. Voyant notre résistance, ils font une deuxième application d’ocytocine.
Le travail fut long mais le col ne bougeait tjs pas. Une césarienne fut donc programmée. Arrive l’anesthésiste:  pas sympa, engueulant les infirmières et les sages-femmes, ne me parlant jamais directement alors que j’étais à 3 cm d’elle et faisant des remarques désobligeantes sur les « gens comme moi qui sont trop cambrés » sous-entendu les noirs parce qu’elle n’arrivait pas à me faire la péridurale!
Là je comprends que c’est la fin, qu’on a plus notre mot à dire et que plus rien ne va nous être expliqué! Ca n’a pas loupé, 2 secondes après on m’insérer une sonde urinaire sans me prévenir ( ça fait très mal!). Mon compagnon a été complètement mis de côté, il n’avait qu’une envie c’était qu’on en finisse, de voir son bébé, de me retrouver et qu’on nous fiche la paix!
Seule chose qu’on a pu négocier: la récupération du placenta pour pouvoir planter un arbre pour la naissance de notre enfant!
Finalement, à mon réveil j’ai appris que c’était un petit garçon et une fois mon fils sorti, ils nous ont fichu la paix. Enfin!
Quand dans les jours qui ont suivi, on me demandait avec des les yeux brillants « alors? Ce fut le plus beau jour de ta vie, non?! » euh…. comment dire! Non! J’étais très heureuse de voir mon fils mais après ma grossesse idyllique, je ne m’imaginais pas l’enfer que j’allais vivre! Ce fut dur pour nous deux et nous nous sommes sentis dépossédés d’un moment qui aurait dû être magique et beau, malgré la douleur.
Nous attendons un nouvel enfant et déjà, je sais que ça va être compliqué d’accoucher comme je le souhaite! En France, tu n’as pas la possibilité de vraiment choisir ton accouchement. Soit il n’y a pas de sages-femmes qui fassent d’accouchement à domicile, soit elles sont trop éloignées… Certains hôpitaux sont mieux que d’autres mais globalement, on ne devrait y aller qu’en cas d’accouchements compliqués ou pour ceux qui se sentent plus à l’aise pour y accoucher… Ce devrait être un choix et non une obligation!
Je garde espoir que dans quelques années, cela soit une réalité!
Merci de m’avoir donné la parole

#350 La naissance de K., dans l’Ardèche près de la Drôme

1 Mar

On est parti vendredi à la mater parce que j’avais des contractions, une fois là-bas on m’a dit que c’était une infection urinaire et que dans 48h je serais rentrée à la maison.
On m’a installée dans une chambre double au bout du couloir (la dernière disponible), « l’agréable » SF a insisté pour que chéri rentre, j’ai passé la nuit perfusé avec antibio et spasfon.
7h30 « l’agréable » SF arrive et boom je romps la poche des eaux devant elle pile poil au moment où elle me dit qu’elle avait raison et que c’était pas des contractions.
Changement d’équipe à la mater, on me demande après un monito de 20 minutes de faire un suppo « pour me vider » et de prendre une douche, et là je ne verrais plus personne….

J’ai senti et reconnu la poussée comme pour la naissance de ma 1ère fille ce qui a sauvée K. sinon elle serait née dans les toilettes/sous la douche… donc je me suis allongée sur mon lit.
La nouvelle SF est arrivée pour se présenter: Bonjour madame… euh attendez je l’attrape…
J’ai douillé pas mal, mais rien d’insurmontable mais surtout je me sens comme un chien qu’on a laissé de côté.
Officiellement ma fille est née à 8h25 c’est à dire l’heure à laquelle on est arrivé dans la salle de naissance.

Et je ne vais pas vous faire flipper en vous parlant de mon séjour qui a été la catastrophe, à me dégouter de faire un n°3!

Pour parler de mon séjour en lui même, voici quelques exemples:
– gros souci d’anémie, ils m’ont fait 3 poches de fer alors que normalement ils auraient dû me faire une transfusion sanguine, qu’ils m’ont imposée au bout de 4 jours sinon ils me laissaient pas sortir de la clinique, un professeur est venu spécialement pour nous faire flipper mon mari et moi comme quoi à la moindre coupure j’allais mourir (pas de pression du tout…)
– aucune considération du personnel qui m’ont réveillée tous les jours à 7h30 pour le petit dej suivi par le ménage de la chambre, on laissait la porte du couloir ouverte pour que ça sèche donc n’importe qui pendant ce temps avait une vision de ma chambre et de mon intimité
– dans un moment de fatigue de ma part, mon mari a demandé au personnel un biberon et la puéricultrice « lui a bouffé le nez » en lui répondant que quand on choisit l’allaitement on ne donne pas de biberon

Le summum c’est qu’à la visite des 6 semaines après l’accouchement mon gynéco m’a annoncé qu’il me restait un morceau de placenta donc il me reste 1 semaine pour que mon corps l’expulse sinon c’est opération sous AG, d’ailleurs c’est la seule personne du corps médical qui s’est excusé pour mon accouchement et le reste.

Pour essayer de me « reconstruire » je viens de commencer des rdv avec une psy spécialisée dans ce domaine, depuis mon retour à la maison je ne pouvais pas dormir seule, en fait je ne peux plus rien faire seule, j’ai peur de l’abandon et j’en veux énormément à mon époux qui n’a pas su me faire confiance quand je lui disait que j’allais accoucher.

#349 Deuxième accouchement – En province, années 90

17 Fév

Pays : France

CHU d’une ville moyenne de Province.

Deuxième accouchement
Aux alentours du terme, mon compagnon se blessa sérieusement … pompiers, hospitalisation … je pris les mesures « ad hoc » : une amie – qui devait prendre ma grande durant l’accouchement et mon séjour à l’hosto – prit ma fille immédiatement, afin de faciliter les choses. Et je me retrouvais seule, avec l’accouchement ultra proche, sans voiture – mais ça c’était pas nouveau – … seule dans cette grande maison, mais en paix … étrangement, je n’avais pas peur, j’étais en même temps apaisée et excitée par la proximité de l’accouchement. Mon premier accouchement me semblait avoir eu lieu dans une autre vie, et je me sentais en confiance avec la maternité. 12 ans et quelques jours s’étaient écoulés … ce n’était pas la même maternité, pas les mêmes personnes … les choses avaient dû évoluer, non ? Mon gros motif d’inquiétude allait vers mon compagnon … je savais qu’il souffrait, et je ne savais pas s’il pourrait être là à l’accouchement – même si nous étions dans le même hosto …

Le lendemain de l’accident de mon compagnon, j’ai passé l’après midi avec lui, à l’hosto ; en rentrant, j’ai lu, comme d’habitude, répété mes exercices de relaxation et soufflé doucement sur les contractions – pas besoin de faire semblant, les contractions s’enchaînaient mais sans être douloureuses. J’étais fatiguée …
Je m’endormis facilement. Et … à minuit tapante, réveillée par une douleur foudroyante dans les reins. Je me suis retrouvée 12 ans en arrière, exactement. La même douleur … la même heure ! Je sus de suite que le top départ venait d’être donné. Je me levais. Je savais d’expérience que rester couchée empirerait la douleur sans faciliter l’avancement du travail. Je savais qu’il fallait que je bouge ! Et je n’avais aucun besoin de me forcer : j’avais besoin de bouger. Et les contractions, exactement comme pour ma fille, se sont enchaînées de suite toutes les 5 min.
Je me suis habillée, après avoir vérifié mon col : effacé totalement, tête du bébé bombante que je sentais sous mes doigts – quelle émotion ! – … pareil que les semaines précédentes, pas de changement. Je marchais dans le couloir … durant des heures, j’ai marché dans ce couloir, avec une chanson mise en boucle sur la chaîne : « Puisque tu pars » de Jean-Jacques Goldman. Cela me semblait particulièrement de circonstance … je chantais à plein poumons en même temps, parfois je hurlais la chanson – pov voisins … au bout de 3 heures, les choses avaient bougé : le col s’était ouvert (une mandarine), le travail devenait plus fort, les contractions plus rapprochées et longues … je n’étais pas pressée de partir … mais je me demandais si en attendant trop je pourrais encore appeler les pompiers … finalement j’appelais mon amie qui s’occupait de ma grande – c’était convenu entre nous – pour la prévenir que j’allais partir à la maternité. Puis j’appelais les pompiers … rentrée brutale dans l’atmosphère « médicale », première grosse rupture de ma bulle …

Je fis le 18 :
Et les échanges, qui m’ont stupéfaits, ont donné quelque chose comme :
« Bonjour, voilà … je m’appelle xxxx xxxx, j’habite au ….., et je suis en travail. En train d’accoucher. Oui je suis sûre. Vous pouvez envoyer une voiture ?
– votre voix est trop calme ; vous ne paniquez pas … vous n’avez pas la voix d’une femme en travail, croyez moi j’en ai entendu !
– Contractions toutes les 4/5 mn depuis minuit, de plus en plus douloureuses et longues ; c’est mon deuxième. Si vous avez besoin, je peux crier et paniquer … mais je n’en vois pas la nécessité.
– Vous êtes seule ?
– Oui mon compagnon vient d’être hospitalisé suite à un accident. Ma fille est chez une amie. Personne pour m’emmener à proximité.
– Donnez moi votre numéro de téléphone. Le médecin modérateur vous rappelle rapidement. »

J’attendis quelques minutes à tournicoter autour du téléphone. La douleur s’était amplifiée, je n’osais plus chanter avec la musique, de peur de louper l’appel. Le téléphone sonna enfin, et … re ! . Je dus recommencer à zéro, les mêmes infos … génial en plein travail ce genre de dialogue, surréaliste je dirais même. Le médecin commença à réagir comme mon précédent interlocuteur. Puis il eut l’intelligence de percuter que toutes les 4/5 mn environ, je cessais de parler pour souffler longuement fort. Il me promit d’envoyer une ambulance rapidement. Il fallait que je me tienne prête.
Aucun problème. Un dernier TV avant la route. Ca avançait bien !
Je vérifiais mes bagages pour la xième fois. Coupais l’eau, et disjonctais le compteur d’électricité. J’étais très calme ; je fermais la maison, je les sortis dans la rue et commençais à faire les cent pas. Je pensais que quand je reviendrais, bébé serait dans mes bras … cela me semblait invraisemblable !
Je ne pouvais plus chanter … le temps me semblait interminable à faire des allers et retours en attendant l’ambulance. Je savais que ce n’était pas évident à trouver ma rue, mais quand même … enfin je vis un véhicule s’arrêter à quelques 2 dizaines de mètres, au bout de la rue (qui faisait intersection avec une autre rue).

Une personne en descendit, et commença à lire les plaques des rues : perdue et cherchant sa route de toute évidence … je marchais vers le véhicule, et une fois assez près, j’appelais. La personne me regarda comme une extra terrestre …
« Vous êtes les ambulanciers appelés pour mme xxxx en travail ? c’est vous ?
– euh oui … me dites pas que c’est pour vous !
– si pourquoi ?
– ben vous avez pas l’air en travail … »

A ce moment une contraction me foudroie, je m’appuie en soufflant comme un phoque contre une voiture. Ca m’évite de répondre … punaise c’est quoi cet archétype qu’ils sont tous dans le crâne ? une femme en travail ne marche pas ? ne parle pas normalement ?
Je siffle « vous en voyez beaucoup des femmes enceintes là maintenant à cette heure à vous attendre dans la rue ? »
Il me demande :
« Vos bagages sont où ?
– Devant la maison, suivez moi. »

Je marche d’un bon pas, l’ambulance roulant doucement derrière moi. La situation n’est pas loin d’être comique … Je prends mes sacs pour les charger dans le véhicule, l’ambulancier – ils sont deux, un au volant avec qui je n’échangerais pas un mot, et mon interlocuteur – m’arrête net : c’est pas à moi à faire cela …. Ça commence déjà à me gonfler tout ça … je ne suis pas handicapée zut ! Ensuite, il me demande si il peut vérifier la dilatation – savoir si on a le temps d’arriver à la maternité, ou si il faut appeler le SAMU de suite. De mieux en mieux. Je me retiens de lui dire qu’on a le temps, que je dois être autour de 3 ou 4 selon mes dernières estimations : je crois que cela l’achèverait. Il faut retourner dans la maison. Génial … j’ouvre la maison, re joncte le compteur d’électricité, toucher rapide sur le canapé : mes estimations sont confirmées.
Sitôt le toucher fini, je me rhabille et redisjoncte le compteur avant de fermer la maison. Je le suis dans l’ambulance. A peine entrée dans le véhicule, je reste debout, un peu pliée, recherchant du regard à quoi je vais pouvoir me cramponner à chaque contraction. Je sens alors une pesée sur mes épaules :
« Couchez vous sur le dos, je vais vous sangler » …
QUOI ?
MEME PAS EN REVE !
Je me dégage brutalement, et trouve du regard ce que je cherchais : deux poignées pendent du plafond du véhicule. Je les cramponne en soufflant tandis que la contraction passe. Nous n’avons toujours pas démarré. L’ambulancier tente de me convaincre de me coucher. Je lui dis très nettement que je ne me coucherais pas, et que ce n’est pas négociable. Il me parle des assurances … j’oppose un visage totalement fermé à ses arguments. Au bout d’un moment, je lui dis que je vais rappeler le 18 : je ne vais pas passer mon accouchement à argumenter dans une ambulance ! Il percute qu’il a affaire à un mur … me dit de m’asseoir alors, de me caler sur la paroi … je dis « oui » mais à chaque contraction j’aggripe les poignées du plafond en me redressant … il frappe au carreau pour dire au conducteur de démarrer. Nous parlons un peu, entre chaque contraction. Le trajet dure entre 20 et 30 mn, autant le passer le plus agréablement possible. Rapidement, je le vois chronométrer les contractions, la durée entre et la durée de chaque. Il me demande si je ne me sens pas mouillée ; si je n’ai pas envie de pousser … je lui dis que non, qu’il se détende, que l’accouchement n’est pas imminent. Il ne semble pas convaincu, et frappe au carreau pour dire à son collègue d’accélérer. Il a gagné, il me fout le stress.
Il se gare près des urgences maternité. Je ne le sais pas, mais la meilleure partie de mon accouchement est derrière moi … ces heures où j’étais seule à marcher en chantant. Un moment dont je garde un souvenir intense et ému …
Je me couche sur le côté sur le brancard, le temps de le descendre de l’ambulance et de monter à la maternité. Dans l’ascenseur, je suis debout près du brancard – décidément, la position couchée et moi sommes incompatibles. L’a pas l’air heureux, mon ambulancier … une aide-soignante nous accueille … je sors de l’ascenseur avec une partie de mes bagages dans les mains, l’ambulancier sur les talons qui me répète de laisser tout ça, qu’il va s’en occuper … je me retourne pour lui dire que « ZUT je ne suis pas handicapée à la fin ! » … je suis l’aide-soignante pour ranger mes affaires ; l’ambulancier va faire les formalités, et nous nous serrons la main ; il me souhaite bonne chance en souriant.

L’aide-soignante est souriante, avenante. Elle me demande si elle peut vérifier la dilatation ? je lui dis que l’ambulancier l’a fait il y a une petite heure, que c’était à 4 environ. Elle lève les yeux au ciel d’un air de dire qu’il n’y connaît rien … oups une grosse contraction me cloue, je souffle appuyée sur la table d’examen, puis j’y monte ; je suis maintenant à 6 qu’elle me dit, ça avance vite … Je lui demande où sont les toilettes, j’ai besoin de faire une vidange sérieuse avant tout. Je sens que c’est le bon moment … un tit suppo de microval va m’y aider. Comme cela prend un peu de temps, elle vient aux nouvelles, je la rassure, je ne suis pas en train d’accoucher dans les wc !
Puis direction salle de travail. Je me mets en « tenue » … non je ne peux pas mettre le tshirt que j’avais emmené spécialement pour accoucher : il n’est pas ouvert dans le dos, ce n’est pas possible à cause de la péridurale. Comment ça je ne veux pas de péridurale ? enfin, elle me dit que je verrais avec la sage-femme … qu’elle va chercher, alors que je fais les cent pas dans la salle de travail, en m’arrêtant, m’appuyant et soufflant à chaque contraction. La sage-femme arrive … elle vient juste de se réveiller. Je suis la 4ème ou la 5ème de la nuit, et c’est sa deuxième nuit de garde. Elle me dit de monter sur la table, on va faire un monito et un TV pour savoir où ça en est … commencent à me bassiner avec les TV ! Je dis que sa collègue – oups pardon, l’aide-soignante – vient de m’en faire un, que je suis à 6 … elle accepte de surseoir au TV, mais c’est parti pour le monito. Et moi, j’entre en enfer. Dans la foulée du monito, on me pose une perf et le brassard de tension avant que j’ai eu le temps de dire ouf.
Il faut que je me couche à plat dos. Pas le choix. Elle me dit une demi-heure de monito pour voir où ça en est. Je tape sur la table et jure à chaque contraction. Paraît que j’ai un sacré vocabulaire. Elle me propose la péri à plusieurs reprises, je refuse net. Elle me dit de me calmer – elle est gentille elle … je lui réponds que je me calmerais bien plus facilement si j’étais debout. Elle ne répond pas. La demi-heure est longue à s’écouler … Entre temps, je lui explique la situation : mon compagnon en chirurgie, opéré hier … peut-il être présent à la naissance de son enfant ? elle me répond qu’il est interdit de changer un patient de service. Oups, un sacré coup sur le moral. Voyant la demi-heure terminée, et que mon bb a un RCF parfait, je m’assois. Evidemment, ça sonne … j’ai fais bouger les capteurs. La sage-femme me dit de me recoucher … ah non alors, pas question ! Et même mieux, non seulement je ne vais pas me recoucher, mais je vais me lever. La sage-femme proteste, me parle de responsabilité légale si il arrivait quoique ce soit, l’enregistrement du RCF est obligatoire, et qu’elle a elle aussi des enfants, et ainsi de suite … Je réponds que c’est intolérable, insupportablement douloureux de rester couchée, donc je ne reste pas couchée. Point. Et je ré-attaque pour mon compagnon … je n’envisage pas d’accoucher sans lui ! Non que j’ai besoin de lui, mais je sais qu’il veut voir son enfant naître. J’ai mal choisi mon moment … je me rends compte aujourd’hui que j’ai fais une erreur de stratégie de taille. La sage-femme me re-dit ce qu’elle m’a dit précédemment. Mais ajoute :
« Cependant, si vous faites un effort, j’en ferais un aussi. Si vous vous couchez, j’appelle le service de chirurgie pour demander qu’on fasse venir votre compagnon. Et l’anesthésiste aussi, comme vous avez l’air de beaucoup souffrir » … Elle me regarde droit dans les yeux, la main posée sur le téléphone intérieur. Je suis suffoquée. Incapable de réfléchir, je dois avoir tout du poisson sorti de l’eau, bouche ouverte et yeux vides. Finalement j’acquiesce, la rage au cœur. Elle me demande de me recoucher, me fait un TV – je suis à 8 … une péri posée à 8 ? à la vitesse où le travail avance ? … elle me dit que l’anesthésiste arrive, ainsi que mon compagnon. Je jure comme un charretier en attendant, en tapant sur la table. Elle me répète de ne pas m’épuiser, et que ce n’est pas trop joli de dire cela alors que son enfant est en train de naître. Je ne relève pas. A un moment entre deux contractions, je dis que je ne veux pas d’épisiotomie. Elle répond qu’on verra. Je souffle, jure et dit que c’est tout vu. Que si je vois les ciseaux, je tape. Et si elle coupe sans que je m’en rende compte, on se parlera par avocats. L’anesthésiste arrive. Pas réveillé, encore moins que la sage-femme. Il râle … je suis sa 4ème – ou 5ème ? – de la nuit. Me dit de m’asseoir et faire le dos rond. Pas un bonsoir, rien … je m’assois, et une contraction arrive, je crie qu’il ne me touche pas durant la contraction. Il n’apprécie pas du tout … ensuite je me mets au mieux possible, il pique et je crie de nouveau : une douleur incroyable, inattendue, aigue, insupportable me fulgure dans le dos. Je lui dis de faire l’anesthésie locale, que ça fait trop mal. Il ne répond pas … une contraction de nouveau, alors qu’il va pour me piquer une deuxième fois. Je bouge, et me mets debout. Le monito sonne, la sage-femme l’arrête. L’anesthésiste râle et m’engueule, que j’arrête de faire du cinéma parce que lui voudrait bien aller dormir. Je souffle comme un phoque sans lui répondre, et me remets en position. Je suis tendue, j’ai peur d’avoir mal … et j’ai de nouveau très mal. L’anesthésiste me dit de me détendre, que j’ai le dos dur comme du béton. Je réponds que je peux pas me détendre vu comment il me fait mal, qu’il fasse la pré-anesthésie d’abord ! Il me dit que c’est déjà fait. Je réplique que c’est pas possible, j’ai déjà eu une péri, et je n’ai rien de rien senti. Là il me fait un mal de chien. Bref, de mots doux en noms d’oiseaux, deux ou trois contractions passent. Puis je me remets encore en position … il dit que c’est le dernier essai, qu’après il va chercher l’anesthésiste … je sursaute … QUOI ? il n’est pas anesthésiste ? non interne me répond il. C’est le pompon … je sers de cobaye …
Je sens ses mains dans mon dos, je souffle souffle souffle … le pieu qui entre, me fourrage le dos, c’est atroce … enfin l’impression que quelque chose cède, ça fait encore plus mal d’un coup puis plus rien. Il me dit que ça y est … je lui jette un œil noir de colère … il part. La sage-femme me fait me recoucher, remet le monito correctement, rebranche les alarmes. J’ai mal, très mal, je suis énervée, complètement sortie de ma bulle. La péri fait enfin effet … peu après, la sage-femme refait un toucher, car je lui dis que je sens une envie de pousser … elle me dit qu’effectivement je suis à complète. Elle arrête le débit de la péri … tout ce cirque pour quoi ? une demi heure de soulagement ? pffffffffff ….
Je reparle de l’épisio … et lui demande aussi d’éteindre le scialytique, que bébé ne soit pas ébloui à la naissance. Elle le fait.
Des bruits de voix dans le couloir, c’est mon compagnon. Nous échangeons une brève accolade, quelques mots. Il ne saura jamais le prix que j’ai payé pour sa présence. Très vite, il se sent mal, sort prendre un café.
Entre temps, échange houleux avec la sage-femme … je ne veux pas d’épisio. Non négociable … elle ne semble pas comprendre et me réponds « Je verrais » ; la réponse part de suite « C’est tout de suite vu : je vois des ciseaux, je tape, vous coupez en douce, je vous colle mon tonton avocat sur le dos » !!!
Le papa revient rapidement, car bébé arrive.
C’est le moment des « Inspirez bloquez poussez !!! » … je suis mal dans cette position, j’étouffe et j’ai l’impression de pas être efficace du tout. Je m’épuise … cela va durer une demi-heure, comme pour ma grande. Sans expression abdominale … et sans épisiotomie. Le scialytique est éteint ; bébé est en occipito sacré, comme sa grande sœur (je peux voir tout ce qui se passe entre mes jambes dans le scialytique éteint qui fait miroir), la sage-femme dégage la tête, les épaules et me dit de l’attraper. Il hurle de suite … il est couché sur moi, violet puis rouge écarlate, et il hurle, hurle, hurle … mes mains sont posées sur lui, je lui parle, cherche ses yeux mais il est crispé sur ses hurlements. Il est 5h30 … ce deuxième accouchement aura duré presque 3 fois moins que le précédent. L’aide-soignante le prend, dit qu’elle va lui faire « les soins » … je me tords pour la suivre des yeux, la sage-femme me tend un miroir en me disant « C‘est juste derrière vous » … et j’ai droit aux images en même temps que le son … je ne regarde pas longtemps, j’ai les tripes en vrac … je suis révulsée de ce qu’ils lui font subir, j’ai envie de balancer le miroir sur la femme qui torture mon bébé, me lever, cogner !!! La sage-femme me dit « Je vous fait un point, il y a une petite déchirure » … je m’en fous, mon bébé hurle … je sens une lassitude énorme m’envahir, et je suis tirée comme par un élastique 12 ans en arrière, où un autre bébé hurlait à s’en faire péter les cordes vocales, pour les mêmes raisons. Je me sens vide, je me sens mal … enfin les hurlements s’apaisent … la séance de torture est terminée, et la voix du papa réussit à calmer un peu bébé. Dès que la suture est finie, bébé revient sur moi. Et nous nous regardons enfin. Je me sens un peu mieux. Il est blond aux yeux bleus, comme sa grande sœur. Mais il ne lui ressemble pas du tout. Je me sens vibrer d’émotions pour ce bébé … c’est tellement nouveau. Et c’est tellement ce que j’avais espéré pour ma grande que cela me fait mal en même temps.

La sage-femme me demande si je veux allaiter. Je réponds que oui. Une puéricultrice vient pour la mise au sein. Ensuite elle me dit d’un air navré :
« Je suis désolée Madame …
– ?
– il n’y a plus de couveuse, vous allez devoir garder votre bébé sur vous jusqu’à votre installation en chambre.
– ?
– D’habitude, le bébé va deux heures en couveuse après la naissance, comme ça il peut se réchauffer et la maman peut se reposer …
– Et bien c’est une chance qu’il n’y ait plus de couveuse. Je n’aurais sûrement pas accepté cela !! Le meilleur endroit pour réchauffer bébé, c’est mon corps … et comment voulez vous que je me repose séparée de mon enfant ? »

Elle me regarde comme si j’étais une extra-terrestre, et c’est réciproque. Ils imaginaient peut-être que j’aurais laissé faire ça ?
Ce qu’ils feront subir de pire à mon enfant dans cette maternité, est à venir … toute l’après midi, on va me mettre doucement la pression pour que j’accepte que bébé aille en nurserie la nuit … au soir, usée, j’accepterais, avec la promesse que bébé me serait ramené dès qu’il demanderait, promesse que je ferais à mon fils. Il hurlera de 23 h à 6h30 du matin, sans s’arrêter … refusant les bibs, se débattant dans les bras … au petit matin, il me sera rendu rouge, épuisé, mais toujours hurlant … je mettrais longtemps à l’apaiser … je mettrais longtemps aussi à m’apaiser, car je suis bouleversée de savoir ce qu’il a subi …
S’ensuivront dix ans de difficulté de sommeil sérieuses pour mon fils : dès que je le pose dans son lit, il hurle, je mets des heures à l’apaiser, l’endormir … je le pose dans son lit, et une fois sur deux ça repart pour un tour.
Plus grand il verbalisera ses difficultés d’endormissement : « j’ai peur que des voleurs ne viennent m’enlever à toi » …
Rien ni fera, aucune de mes assurances, la porte fermée à double tour, le chien … RIEN.
Il a la peur chevillée au corps, et moi butée bornée qui ne comprend rien.
Il me faudra dix ans pour relier les difficultés de sommeil de mon grand avec cette première nuit.
Evidemment que je ne pouvais pas le rassurer : il SAVAIT qu’on pouvait venir le chercher et l’emmener très longtemps loin de moi (un nouveau-né n’a aucun sens du temps, il a du avoir l’impression d’appeler dans le vide durant une éternité) … il le savait parce qu’il l’avait DÉJÀ vécu.

Au final, je suis heureuse … j’ai une capacité d’enterrer ce qui s’est mal passé effarante, comme pour mon aînée. Je remercie la sage-femme ; évidemment, par rapport aux premières que j’ai connues, elle est formidable … évidemment par rapport à mon premier accouchement celui-là a été réussi … j’étais bien plus active, décideuse … il n’a pas duré trop longtemps pour m’user … surtout pas d’épisiotomie, et la rencontre avec mon bébé avait été émouvante et chaleureuse.
Oui, évidemment … mais quand j’ai été enceinte une 3ème fois, tout est remonté, en même temps, mes deux premiers accouchements, et toutes les émotions qui allaient avec.
J’ai tout fait – et réussi – pour ne pas remettre un orteil dans en hosto.
Je voulais – et je l’ai fais – accoucher, et ne plus me faire accoucher.
Je voulais être active, DÉCIDER, SUIVRE MES BESOINS et ne plus subir, négocier, dire amen et le regretter ensuite très longtemps.
Je ne voulais pas la lune … juste qu’on me foute la paix, et qu’on me laisse accoucher, par mes propres moyens.
Je n’ai pas eu la lune … j’ai eu bien mieux : j’ai eu la lune, le système solaire et la voie lactée en prime.
Ca n’a pas été comme je l’avais si souvent rêvé : ça a été mieux, à un point que je n’aurais pu imaginer dans mes rêves les plus fous.
La contre-partie : ce 3ème accouchement m’a fait prendre conscience de façon aigüe ce qui nous avait été volé, saccagé, pillé, piétiné à mes premiers accouchements.

Blandine

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Lien vers le premier récit de Blandine : #327 – Premier accouchement – Paris, années 80

#348 Karine, la naissance de joséphine en 2007

13 Fév

En mai 2005, le CIANE a transmis à la haute autorité de la santé (HAS) un dossier de saisine afin qu’elle fasse une étude sur l’évaluation des risques et codification de la pratique de l’expression abdominale dans la phase deux et trois de l’accouchement.
En avril 2007, cette dernière a fait paraître un communiqué de presse, après 10 ans de recherche, sur cette technique, dans lequel, elle a rendu des recommandations.
Son argumentaire tournait autour de trois points :
1) Il n’y a pas d’indications médicalement validées pour réaliser une expression abdominale. Le vécu traumatique des patientes et de leur entourage et l’existence de complications, rares mais graves, justifient l’abandon de cet usage.
2) Dans les situations qui nécessitent d’écourter la 2e phase de l’accouchement, le recours, en fonction du contexte clinique, à une extraction instrumentale (forceps, ventouse obstétricale, spatules) ou à une césarienne est recommandé.
3) Si une expression abdominale est pratiquée malgré les recommandations précédentes, elle doit être notée dans le dossier médical de la patiente par la personne en charge de l’accouchement, en précisant le contexte, les modalités de réalisation et les difficultés éventuellement rencontrées.

Pourtant, le 7 septembre 2007, soit cinq mois plus tard, j’ai subi cette pratique, pendant plus d’une heure, sans raison apparente, qui aujourd’hui me laissent des séquelles neurologiques soulagées par aucune thérapeutique. En effet, le jour de mon accouchement, une personne, missionnée par la sage femme en charge de ce dernier, est entrée dans la salle, muni d’un tabouret pour la surélevée et a appuyé, de tout son poids et de toutes ses forces, à chaque effort de poussées, le haut de mon abdomen, pendant 2 heures. Pour cela, elle s’est servie de ses mains, ses coudes et /ou d’un drap l’entourant.
Depuis 4 ans je suis assistée dans tous les actes de la vie quotidienne. Je ne peux plus m’asseoir et m’occuper de ma fille de 6 ans sans aide. Deux équipes pluridisciplinaires, spécialisées dans les algies pelviennes et périnéales, m’ont diagnostiqué des lésions sur les nerfs pudendaux, ilio hypogastrique inguinal, phrénique, vague et autres neuropathies des membres supérieurs associés à un syndrome polyagique diffus. L’expression abdominale a un lien prédominant avec les séquelles dont je souffre aujourd’hui d’après ces spécialistes. Je suis suivie en centre anti douleurs depuis lors. Il est certain qu’avant cet accouchement, je menais une vie tout à fait normale.
Bien évidemment, aucune trace de cette pratique n’apparait dans mon dossier médical malgré l’obligation qui en est faite par la Haute Autorité de la Santé.
Y figurent seulement ma fragilité psychologique au moment des faits car un an auparavant nous avions fait le choix mon mari et moi-même d’interrompre médicalement ma grossesse en raison de la trisomie 21 de ma première fille ; Prétexte souvent utilisé par l’équipe soignante pour se dédouaner de questions embarrassantes posées par mon mari ou bien par moi-même relatives à mes douleurs post accouchement et aux pleurs de notre fille au moment des repas et à la digestion. Il est vrai qu’il est tellement plus aisé de mettre sur le compte du psychologique pour expliquer les raisons de certaines douleurs inhabituelles après un accouchement, lorsque les mots manquent ou lorsqu’on se sent fautif ou bien peut-être que l’on a peur d’un contentieux.
Pour les ecchymoses sur l’intégralité de mon abdomen, les violentes douleurs ressenties en coup de poignard dans le bas-ventre côté droit, mes difficultés respiratoires etc. il m’a été répondu que tout était normal que mon accouchement s’était déroulé normalement, que je venais tout simplement de vivre un vrai marathon ; que les pleurs de ma fille qui buvait que 10 millilitres par biberon (ce qui faisait un sous total de 14 biberons par 24 heures), n’étaient qu’une question d’adaptation alimentaire et cela ne traduisait en aucun cas une souffrance de mon bébé.
Pourtant, après avoir fait une cyanose à 15 jours de vie, ma fille a été hospitalisée d’urgence, pendant plusieurs jours, pour une œsophagite sévère associée à un reflux Gastro-oesophagien. D’après les spécialistes du CHU, elle devait souffrir de cette pathologie depuis sa naissance. Elle a été soignée pour cela pendant 18 mois et a connu un régime alimentaire et position d’endormissement très particulier. Nous avons profité d’une légère accalmie après ces 18 mois de difficultés. Mais ce fut de courte durée, car peu de temps après, Joséphine s’est plaint de douleurs crâniennes, cervicaux brachiales, dorsales, pelviennes, périnéales et de douleurs dans la jambe droite. Si elle doit dessiner trop longtemps, elle ressent très rapidement des douleurs dans le bras droit l’empêchant de dessiner et colorier trop longtemps. Elle ne peut également faire de la trottinette car très rapidement elle ressent des douleurs dans la jambe droite.
Y a-t-il un lien de causalité avec l’expression abdominale ? Il semblerait que oui, d’après les examens passés, l’avis de certains médecins et le témoignage d’un ostéopathe que ma fille consulte. Il s’agirait de douleurs périnatales. Ils mettent en évidence la pression exercée sur le crâne de Joséphine lors de l’accouchement causée par l’expression abdominale.

Dans tous les cas, ce qui n’est plus à démontrer, c’est que de nombreux établissements de la naissance continuent à prendre trop souvent les dires ou actions des mamans pour des comportements hystériques ou anxiogènes. En l’espèce, il est probant, que l’équipe de mon accouchement et de son suivi a commis une grossière erreur en ignorant ou en minimisant notre inquiétude relative à mes douleurs et celle de mon enfant s’appuyant trop facilement sur une fragilité qui de surcroît était légitime, au moment des faits.

Aujourd’hui, pour avoir recueilli et lus plusieurs témoignages, via les forums autour de la naissance, je constate malheureusement et avec un grand regret que l’expression abdominale est toujours exercée, malgré la preuve de son inefficacité. Elle occasionne toujours autant de lésions sur le périnée et laisse à chaque fois un souvenir barbare et indélébile de l’accouchement pour les 2 parents : Sans écarter bien évidemment les risques encourus sur le bébé comme en témoignent de nombreux procès et spécialistes.
Pourtant, Juriste de formation, mon but n’est pas de porter cette affaire devant les tribunaux mais plutôt, au regard des éléments précités, utiliser mon énergie et mes compétences juridiques au profit d’actions visant à transformer les recommandations de la H. A S., en une interdiction formelle, voir légale de pratiquer l’expression abdominale. J’aimerais que les futures mères soient informées de cette technique barbare afin qu’elles puissent, le jour de leur accouchement, dire NON à l’expression abdominale ou du moins avoir le choix. Choix qui ne m’a pas été offert lors de mon accouchement.

Aujourd’hui, les procès ou bien les recommandations de cette autorité n’ont aucun impact sur certains acteurs de la naissance. Il est donc urgent d’agir.

Doit- on faire appel au quatrième pouvoir de la Vème république, pour essayer de mobiliser l’opinion publique et peut-être faire pression sur ces personnes ? Doit-on mobiliser le ministère de la santé ? Dénoncer certains hôpitaux ou cliniques qui continuent à couvrir leurs médecins ou sage-femme ignorant les recommandations de la haute autorité de la santé ?
Je ne sais pas mais ferais tout mon possible pour que cela s’arrête.

karine

#343 Servane, la naissance de Malou en 2010

13 Fév

Nous apprenons ta douce présence courant novembre, je prends alors rendez-vous chez une gynécologue obstétricienne à Charleville Mézières pour vérifier que tout va bien et faire le suivi. Je ne sais pas trop comment tout cela se passe alors, je me laisse guider… Malheureusement, cette gynécologue est loin d’être une bonne guide, les consultations sont expéditives, elle ne prend jamais la peine de m’écouter, de répondre à mes questions. En réalité, les consultations se déroulent toujours de la même façon : elle me demande comment ça va et m’invite à passer dans la salle d’à coté pour faire une écho de contrôle. Une fois celle-ci réalisée, je retourne dans son bureau où elle me demande le règlement ! Une ordonnance de temps en temps mais c’est tout !!!

Je commence les cours de préparation à l’accouchement dans un cabinet de sage femme, les séances en piscine me font beaucoup de bien et les séances théoriques sont… théoriques ! Tout ce que me dit la sage femme me semble si lointain.

4 juillet 2010 : Je me réveille avec une grande douleur au ventre et au bout de quelques heures, ton papa insiste pour qu’on parte à la maternité. La sage femme nous accueille et me place le monitoring. Elle m’explique que je vais rester en observation pendant une heure et qu’elle m’auscultera après pour voir s’il y a du progrès ou pas. Pendant ce temps, elle remplit mon dossier d’admission et ton papa fait plusieurs allers-retours avec la maison car nous avons oublié plusieurs papiers… L’heure écoulée, la sage femme m’ausculte et m’annonce que mon col est maintenant ouvert à 1,5 cm et de ce fait, elle nous demande de passer en salle d’accouchement. Nous y resterons jusqu’au soir, seuls… Mon col ne s’ouvrant pas à plus de 2 cm, il s’agissait d’un faux travail. Nous avions vraiment cru que tu allais arriver, nous étions déjà tellement heureux et impatients…

Suite à cette journée, j’ai le sentiment que je ne veux pas accoucher là bas mais que faire d’autre ? La sage femme nous a conduit dans cette salle d’hôpital, pas du tout accueillante, pleine de machines et de tuyaux et nous a laissé seuls pendant des heures. Est-ce comme ça que je veux t’accueillir ?

23 juillet 2010 : C’est la nuit, il est plus ou moins 5 heures du matin. Je me réveille avec une douleur diffuse au ventre. J’ai comme un pressentiment mais je ne m’affole pas, je me dis qu’on verra bien. Depuis le 4 juillet et l’épisode du faux travail, je suis attentive à chaque douleur, à chacun de tes mouvements,… L’impatience est là, j’ai tellement hâte que tu arrives mais aussi un peu d’appréhension, comme toutes futures mamans. La douleur n’est pas constante, elle va et vient à peu près tous les quarts d’heure, je pense que ce sont des contractions, elles me réveillent souvent jusque 7 ou 8 heures du matin. Je n’en peux plus d’être couché, les contractions commencent à se rapprocher, j’ai le pressentiment que c’est aujourd’hui le grand jour mais je ne veux rien dire à Papa, il dort près de moi et aura besoin d’être en forme pour m’accompagner tout le long du travail… Les contractions sont pour le moment assez espacées donc pas de quoi lui faire de fausses joies, encore une fois. Je vais dans le salon mais la douleur augmente, Papa se lève, il sait qu’il se passe quelque chose… Je décide de prendre un bain pour voir si les contractions s’espacent ou pas. Papa est près de moi et note consciencieusement l’heure de chaque contraction. Je me plonge dans l’eau chaude, ça me détend car je sens de plus en plus que c’est pour aujourd’hui.

13h30 : Papa veut partir à la maternité mais je suis bien à la maison et je sais qu’être à l’hôpital va augmenter mon stress. Et puis, là bas, je ne pourrais plus bouger, rien manger ni boire : ici au moins, je peux faire ce que je veux ! Après quelques minutes, nous partons tout de même car la douleur commence à être de plus en plus forte et je ne trouve pas de positions pour me soulager.

Arrivée à la maternité : La sage femme nous installe en salle d’observation et me place le monitoring. Pendant ce temps, papa s’absente quelques minutes pour aller récupérer mon dossier que nous n’avons pas pris le temps de récupérer avant de monter. Les contractions deviennent vraiment douloureuses, je les ressens de mon dos jusque mon ventre, il faut que je me concentre pour ne pas crier, je sers le lit de toutes mes forces… Papa revient enfin, je peux serrer sa main dans la mienne, ça me soulage, ça me fait du bien qu’il soit à mes côtés. A présent, la sage femme m’ausculte : je suis déjà dilatée à 3 cm et je suis donc en travail ! C’est bel et bien le grand jour, c’est aujourd’hui que tu vas naître et qu’on pourra te serrer dans nos bras. La sage femme me passe une blouse et m’accompagne jusqu’aux toilettes puis à la douche avant de me conduire dans la salle d’accouchement. Elle me demande de m’allonger sur la table d’accouchement et me place de nouveau le monitoring.

14h30 : La sage femme tente de me poser une perfusion mais sa première puis sa deuxième tentative échoue, elle demande alors à sa collègue de prendre le relais, sans plus de succès : mon poignet se met à gonfler et me fait mal. L’anesthésiste arrive à son tour et me place la perfusion sur le dos de la main. Quelques minutes d’attente et il me posera la péridurale.

17h00 : La sage femme m’ausculte de nouveau : mon col n’est dilaté qu’à 4 cm… La sage femme décide de percer la poche des eaux pour accélérer le travail. J’apprendrais qu’elle m’injectera aussi du syntocinon dans la perfusion sans m’en avertir.

Je dois rester allongé sur le côté gauche car lorsque je suis sur le dos, ton cœur se met à ralentir. Le temps est long, papa et moi sommes seuls dans cette salle, personne ne vient nous expliquer ce qu’il se passe, si tout va bien… Je me sens abandonnée face à l’inconnu.

19h30 : On m’ausculte une nouvelle fois et la dilatation n’a guère avancé. Le médecin (enfin je suppose car il ne s’est jamais présenté) décide de réaliser un examen pour voir si tout va bien pour toi, un prélèvement de liquide dans ta boîte crânienne. Il prépare tout le matériel nécessaire et le personnel commence à s’amasser dans la salle : 3 sages- femmes, l’interne et lui. D’autres sages femmes sont à la porte et le médecin les invite à rentrer ! Tous ont les yeux braqués sur mon vagin, je me sens humiliée, Papa essaie de me rassurer en me disant qu’ils ont l’habitude mais cette situation me met tellement mal à l’aise, j’ai la sensation d’être violée et que mon esprit se détache à ce moment là de mon corps. Je suis allongée sur la table, avec une dizaine de personnes qui regardent mon sexe sans que personne ne m’ait demandé si cela me dérangeait ou pas… Je ne suis pas une personne pour eux, juste un objet sur lequel ils peuvent s’exercer et apprendre, il n’y a aucune humanité dans leur comportement, dans leur gestes, dans leurs paroles… L’interne m’explique tout de même qu’elle va prélever le liquide à l’aide d’un objet qui ressemble à un gros tampon, que ce ne sera pas douloureux ni pour moi, ni pour toi. Elle le fait délicatement mais à priori, elle ne parvient pas à réaliser un prélèvement suffisant. Le médecin décide alors d’essayer, sans plus de succès malgré le peu de délicatesse que lui prend pour réaliser ce prélèvement. Il mesure à nouveau l’ouverture du col : 7-8 cm ! Je me souviens encore de la phrase qu’il a alors prononcé, cette phrase qui m’a fait mal pendant des mois et qui m’a plongé dans la dépression : « Vous êtes à 7/8 cm, on va aller le chercher votre bébé. On passe en césa. »

Dans ma tête, plein d’émotions se mélangent : la joie que la dilatation avance enfin et que notre rencontre s’approche et soudain le choc de cette annonce que je ne comprends pas et qu’on ne prend pas la peine de m’expliquer. Le médecin est sorti sans un mot de plus, me laissant entre les mains des sages femmes qui n’auront pas un mot de compassion pour moi. Le monde s’écroule, elles me préparent sans rien dire, sans un regard alors que je suis en larmes. Elles m’enfilent des bas de contentions, me badigeonnent le ventre de Bétadine et me le rasent, me font avaler un médicament avec un goût amer sans explications. Papa a dû sortir dans le couloir et j’entends qu’il a fait un malaise. J’ai besoin de lui, besoin de lui parler. Elles m’annoncent que tout va bien et je pourrais l’embrasser avant d’aller au bloc : j’ai peur, je ne sais pas ce qui va se passer et j’aurais tellement aimé qu’il soit avec moi mais c’est impossible, je vais devoir affronter cette épreuve sans lui. On m’allonge sur le brancard et on m’amène jusqu’au bloc, au bout du couloir. Je croise papa dans le couloir qui tente de me rassurer rapidement mais je sens bien que lui aussi est inquiet et personne ne nous dit rien.

20h30 : J’arrive au bloc opératoire, j’ai la gorge nouée et les larmes aux yeux, plein d’émotions que je ne peux pas sortir : peur pour toi, peur de l’opération, tristesse d’être seule, de ne pas avoir réussi à t’accueillir correctement,… Le personnel dresse un drap au niveau de ma poitrine pour que je ne voie pas l’opération, place le capteur cardiaque sur mon index et un masque à oxygène près de mon visage. Ils m’attachent les bras en croix avec des sangles, je ne comprends pas pourquoi, je ne comprends pas ce qu’il se passe et là encore personne ne prend la peine de me parler, de me rassurer, de m’expliquer. Toutes ses émotions me donnent la nausée, j’arrache le masque que l’infirmier maintient sur mon visage et, à peine le temps de lui dire que j’ai envie de vomir que le médicament avalé quelques minutes auparavant ressort dans le haricot. Il me détachera alors le bras gauche pour que je tienne moi-même le haricot, je vomirai tout le long de l’opération… Le médecin commence, je les entends parler de leurs vacances, du temps qu’il a fait,… Ils n’ont aucune considération pour moi, je n’existe pas pour eux et tout d’un coup, je ressens comme un poids en moins dans mon ventre, je sais que tu es dehors et soudain, j’entends ton premier cri : il est 20h42. Je suis soulagée, tu vas bien, tu es vivante. On t’enveloppe dans un drap et je peux enfin te découvrir, tu es si petite que j’ose à peine te toucher. Je te regarde un instant puis le chirurgien me dit que je peux te toucher, je te caresse le visage, tu as la peau déjà tellement douce… Je ne ressens pas ce coup de foudre de foudre dont toutes les mamans parlent, pour moi tu n’es alors qu’une étrangère, je ne me rends pas compte que tu n’es plus en moi et que c’est toi ce bébé qu’on me présente. Ils t’amènent rapidement pour les premiers soins. Quant à moi, il faut terminer l’opération. Je te retrouve un quart d’heure plus tard dans les bras de ton papa. Le chirurgien propose de faire une photo de nous 3, la première de notre famille. Malheureusement, encore aujourd’hui, j’ai du mal à regarder cette photo : je suis là allongée sur un brancard, avec des fils de partout, fatiguée. Une fois installée en salle de réveil, la puéricultrice te place au sein pour une première tétée. Elle m’explique qu’elle revient dans 20 minutes pour te changer de sein mais elle ne reviendra qu’une heure plus tard. Encore une fois, je me sens abandonnée, désemparée. Tu es si petite, si fragile et moi, je suis encore toute engourdie par l’anesthésie et j’ai peur de mal faire.

Le séjour se passera moyennement bien : les sages femmes et puéricultrices me donneront des tas de conseils divergents concernant l’allaitement qui me conduiront à son arrêt quelques jours après le retour à la maison. Le lien se fait peu à peu entre nous, on apprend à se connaître doucement, à s’apprivoiser mais je me sens coupable de ne pas avoir eu ce coup de foudre. J’ai aussi beaucoup de mal à accepter la façon dont se sont déroulées les choses, pourquoi est ce que j’ai eu cette césarienne ? Je n’ai jamais eu la moindre explication de la part du personnel médical et j’ai dû demander mon dossier médical pour avoir certaines réponses à mes questions.

#347 C., la naissance d’Olivia

11 Fév

Le test positif

Ça faisait 4-5 jours que j’avais des maux de ventre, ces mêmes crampes qui indiquent que je vais être menstrué. 4-5 jours à attendre matante Rosie, et rien n’arrivait.

J’en ai parlé avec ma cousine G, et elle m’a dit  »Ben fait dont un test de grossesse pour voir ».

Bonne idée, question de confirmer que c’est SÛR que je ne suis pas enceinte. Ce n’est même pas une option.

Contre toute attente, le test tombe positif.

Je suis sous le choc. Moi, enceinte?! Maman?!? Après 5 ans d’essai naturel, je suis enceinte? Pour vrai?!?

Je ne sais pas trop comment prendre la chose.. je viens tout juste de démarrer mon entreprise en entretien paysager, je suis travailleuse autonome, je suis en plein thérapie pour traiter ma gynécophobie.. je suis convaincue que je ne pourrais pas avoir pire timing!

La première chose que je tente, c’est d’avoir un suivi sage-femme. Étonnamment, j’en obtiens un..! Je suis soulagé un temps.

Il me faudra beaucoup de rencontre avec ma sage-femme pour établir un lien de confiance. Je mentionne que je ne veux aucun examen gynécologique avant la fin du dernier trimestre, sauf urgence. Elle respecte bien mon choix et n’essaie pas de m’imposer rien. J’apprécie et plus ça va, plus je me détends.

La thérapie m’aide beaucoup aussi. À un certain point ma psy me dit que je vais être capable de subir mes examens sans broncher. Je suis sceptique, et je reste inquiète le reste de ma grossesse.

 

Vendredi 22 novembre, jour de ma DPA

Je commence à déchanter un peu. J’avais espoir que bébé se pointe avant, comme ma mère qui a eu ses 5 enfants une semaine en avance, et le premier en 8h seulement. Preuve qu’ici il ne faut pas se fier à la génétique de sa mère.

À part quelque contraction qui ressemble plus à des crampes menstruelles ici et là, rien de concret ne se passe.

Je n’ai pas de pertes sanguines, ni de bouchon, pas plus de glaires, pas de liquide amniotique, a-rien.

La peur de me rendre à 42 semaines et être provoqué chimiquement m’inquiète. Je sais que j’ai encore deux semaines, mais la crainte des médecins reste présente.

Je décide donc d’aller chercher le camion chez mon père, et que demain, je vais aller dumper le trailer plein de branches pour faire  »activer les choses ». Je m’imagine déjà lancer les branches comme jamais je ne les ai lancés avant

Je me couche avec l’espoir que demain, cet effort fera faire avancer le travail.

Mon conjoint tant qu’à lui, a vidé sa case au travail  »au cas où que ».

 

23 novembre

8h am je me réveille. C’est un peu tôt comparé aux dernières semaines ou je dors environ 10-12h par nuit.

Je sens des contractions, des bonnes crampes… et régulière aussi. Mais rien de trop prenant, je suis capable de parler et vaquer à mes occupations en même temps. Je télécharge une application pour compter mes contractions. Durant presque toute la journée, je suis au 5minutes, et elles durent environ entre 30sec et une minute.

Et, instinctivement, à chacune d’elle, je me cache..

Mon côté animal peut-être? Je n’en sais rien, mais quand j’en sens une arriver, je change de pièce pour la prendre accoté sur une chaise ou contre le mur. Je me trouve bizarre .

Je passe mon tour pour aller dumper les branches finalement, d’un coup que je perds mes eaux au site de compostage, j’aurais l’air fine

23pm

Les contractions sont de plus en forte, et plus longue. Je laisse finalement mon conjoint s’approcher et me masser le dos durant, après avoir souhaité qu’il aille dont se coucher que je contractionne toute seule dans le salon

Il faut que je me concentre entre chaque, parce que je les sens bien. Mais ça reste encore gérable.

On décide d’appeler la sage-femme vers 1am du matin.

Elle me suggère de prendre un bain chaud pour voir si le travail continue ou arrête. Argh, j’ai un bain de hobbit, comment je fais faire pour rentrer ma bedaine là-dedans

Je réussis tout de même à m’installer sur le côté, la bedaine plus ou moins immergé, je m’apporte un livre aussi pour passer le temps. J’ai le temps de lire un peu entre chaque contraction.

Mais le bain ne calme rien, mais n’accélère rien non plus. Après 30min, on rappelle L-M, la sage-femme, pour un compte rendu. Elle suggère de venir directement à la maison pour faire un examen au lieu de se rendre à la maison de naissance pour rien.

On apprécie le geste.

Et étonnamment, je stress juste un peu pour l’examen. Je dois être trop concentrée sur mes contractions pour ça j’imagine, et c’est tant mieux!

Chéri continue à me masser le dos, on s’installe dans le salon devant le poêle à bois, je me sens bien. Je n’ai pas peur.

 

3am, nuit de samedi à dimanche, 24 novembre

L-M arrive à la maison. On s’excuse un peu pour l’heure tardive et elle nous réponds que si elle n’aurait pas voulu se lever durant la nuit, elle n’aurais pas choisi ce métier-là.

Premier examen: je suis juste à 3cm

Je me dis coudonc.. c’était des pets ces contractions là?  Je le dis à ma sage-femme et elle me trouve ben drôle. Ça me ressaisi même; oui ça fait presque 24h que je contractionne, mais c’est juste de la petite bouette.

Je me mind pour les autres qui seront pas mal plus grosses. On dirait qu’elles me font moins mal soudainement .

L-M nous suggère de nous rendre en maison de naissance, vu que le travail est constant et que ça ne semble pas s’arrêter. Et que je suis encore capable de prendre la voiture en position assise.

Elle part devant nous et on se rejoint là-bas.

Mon conjoint rassemble nos affaires, avec un air inquiet et excité sur le visage. On sent que c’est pour bientôt, on va revenir avec un bébé à la  maison c’est sûr!

Ma grosse chienne sens que quelque chose se passe, elle nous tourne autour, inquiète peut-être elle aussi. Je lui dis qu’on se revoit demain avec un nouveau membre de la famille, que grand-maman (Lise, aucun lien de parenté, ma voisine) va venir la voir tous les jours.

Le trajet se passe quand même bien. Je supporte bien la douleur quand elle se présente, je la laisse faire son travail. Mon conjoint à mit le nouveau CD de François Pérusse dans le lecteur, mais je comprends juste la moitié des jokes alors du coup, je le trouve pas super

4am, 24 novembre

On arrive à la maison de naissance. L-M y est déjà, en train de faire des papiers.

Nous sommes seuls. Aucune autre chambre n’est occupée. Et moi qui avais peur d’arriver pour accoucher et me faire virer de bord parce que toutes les chambres seraient prises.

On s’installe dans la chambre du fond. Elle est spacieuse, avec un grand bain, de la lumière tamisée.. On s’y sent à l’aise tout de suite.

J’essaie de me replacer comme j’étais à la maison, à califourchon sur la chaise avec mon chum derrière moi pour me masser le dos. Mais la chaise est trop petite (ou mes cuisses trop large, c’est selon) et je ne suis pas à l’aise du tout. Je n’arrive pas non plus à me placer avec des oreillers, soit je suis trop grande pour la manœuvre, soit les oreillers trop mous, BREF. Aucune position à quatre pattes ou semi-couchée me convient. Je préfère encore debout et/ou marcher, en m’appuyant sur mon chum et en se balançant d’un côté et de l’autre.
Mouvement que l’on va garder durant quelques jours après l’accouchement d’ailleurs..

 

10am, 24 novembre

Ma sage-femme me fait un examen.

Je ne suis qu’à 4cm.

Bon,  c’est décevant. J’ai quand même travaillé toute la nuit et je n’ai pris qu’un pauvre petit centimètre.

Le  »travail actif » commence.

Je réussis à dormir sur la chaise berçante entre mes contractions, que je prends de plus en plus fortes. Je fais des bruits de gorges, des Ouuuuuu et des Aaaaaahhh en les dirigeants vers mon ventre, en les sentant travailler sur mon col.

Mon conjoint pique un somme dans le lit. Je dois dormir au moins une heure, parce que L-M est venue prendre mes signes vitaux deux fois, et elle vient une fois l’heure.

Tout va bien, bébé va bien, je vais bien. Je garde le moral. À chaque contraction qui passe, me dis  »une de moins »,  »celle-là ne reviendra pas ».

J’ai hâte que le travail accélère un peu.

Je vais dans le bain dans lequel  je rentre au complet . Je m’y sens bien, je me fais flotter quand une contraction arrive. Je peux dire que c’est vraiment dans le bain que je travaille le plus, je suis totalement concentré à envoyer toutes l’énergie de la douleur sur mon ventre, sur mon col. Je fais des sons graves, je crie aussi. Je suis complètement gelée aux endorphines..!   À un certain moment je dis a mon chum:  »Tu me croiras pas, mais j’ai vu un Ewok. »

Quand la sage-femme viens faire un relevé des signes vitaux, je lui dis que c’est carrément du bon stock, que je vais continuer demême et peut-être que je vais voir Chewbacca ! Elle m’a trouvé ben drôle.

 

18pm

Ça fait maintenant 34h que je contractionne. Je suis fatiguée, mais je garde le moral. Depuis le matin, les contractions se rapprochent; sur le chronomètre à mon chum, elles reviennent aux 2-3 minutes et durant environ 1 minute chacune.

L-M vient me proposer de faire un examen pour voir ou on en est. J’accepte, je me le demandais justement.

Verdict: 6cm.

Là, je m’effondre. 6cm après tout ce travail…?! J’envisage le pire, de finir à l’hôpital en césarienne parce que je le travail traine trop, que je ne suis pas capable d’accoucher naturellement, que je ne fais pas ce qui faut, que dans le fond de moi, j’ai peur d’accoucher et c’est ce qui fait que ça n’avance pas.

Je me place à 4 pattes sur le lit pour aider bébé comme L-M me suggère, et je pleure dans l’oreiller. Je pleure de désespoir et de déception…  La fatigue et la longueur du travail me rattrape.

Mon chum essai tant bien que mal de me rassurer,  mais je crois que lui aussi trouve ça difficile.

Ma sage-femme m’encourage, elle me dit qu’on a pas essayer tout encore, qu’on pourrait rompre la poche des eaux et faire un stripping pour accélérer les choses.

J’accepte encore une fois.

Mon corps ne fournit pas, il faut lui donner un coup de main.

L-M crève les eaux.. je trouve ça limite un peu écœurant tout ce liquide. C’est chaud et ça coule.. et ça coule!

Je me lève du lit, j’ai l’impression de me faire pipi dessus…

Mais bon, les contractions reprennent, j’oublie tranquillement ce détail.

On dirait qu’elles se rapprochent. Oui, c’est un peu plus saccadé… enfin!

Ma pauvre sage-femme a appelé du renfort. Elle aussi est debout depuis longtemps et elle a besoin de se reposer un peu.

S. vient reprendre la relève une heure plus tard, et ma sage-femme va faire une power nap. Elle en a bien besoin.

S. est aussi discrète que L-M. Elle me fait bien travailler, me fais changer de position, m’encourage, me dit que je suis forte.

Les contractions montent en intensité. Les petits ouhh ahh du début font place à des cris AAAAAAHHHHH. Une chance qui a personne d’autre à la maison de naissance, je devais donner l’impression de me faire arracher la vésicule biliaire à froid.

Je fais un bout en marchant, un autre bout sur la toilette, pour finalement retourner dans le bain.

Mais quelque chose cloche…

Depuis le début, le point de pression dans le bas du dos m’aide beaucoup. C’est là que je veux que mon conjoint ou la sage-femme appuie quand une contraction arrive.

Mais plus ça va.. plus ça me fait mal.

Au début, je crois que c’est parce que ça fait trop longtemps qu’on appuis sur cette zone, mais je me rends compte que la douleur est radiante, de plus en plus.

Au fil des contractions,  la douleur au dos prend toute la place, mon dos me fait mal même quand la crampe dans le ventre est finie.. C’est de pire en pire, et je me mets à me plaindre de cette douleur.

Ce n’est plus drôle. Je ne suis plus zen.

Je ne parviens pas à diriger la douleur de mon dos ailleurs que là, elle est trop forte.

Je ne trouve pas de position qui me soulage dans le bain. Ni sur le dos, ni sur le côté, ni assise.

Mon dos me fait souffrir.

J’appréhende les contractions maintenant. Elles me font peur.

 

2am, 25 novembre, nuit de dimanche à lundi

S. me demande si je veux refaire un autre examen pour voir ou j’en suis, voir si le travail à bien progressé.

Je souhaite au moins un 9. Ça fait tellement mal depuis tellement longtemps, je ne peux pas croire que je n’arrive pas à la fin du parcours.

7cm. Et une autre membrane.

Alors là je craque pour vrai.

Je pleure ma vie.

Je n’y arriverais pas. C’est trop dur. Et ça n’avance pas. J’ai l’impression de travailler pour rien, de faire toute cette visualisation là pour des peanuts.

Je suis assise dans le bain et je pleure à gros sanglots.

Je sais que je vais devoir aller à l’hôpital pour une péridurale. Et qui sait, une césarienne peut-être?

Ça sent tellement l’échec, j’en veux à mon corps de ne pas être capable de se rendre au bout, moi qui voulait à tout prix éviter les médecins, l’hôpital.. Mais je sais intérieurement que je ne peux pas aller plus loin. C’est hors de question.

(Mon conjoint me dira plus tard que lui aussi pleurait quand j’étais dans le bain.. il était derrière moi, je n’ai rien vu. Il pleurait d’impuissance en fait, pauvre chéri..   )

Ma décision est prise, mais je ne le sais pas encore.

S. va parler avec L-M qui vient de se lever.

Elle demande si elle peut me faire un examen, vu que c’est elle qui a suivi la dilation depuis le début.

Finalement, elle me donne un petit 8cm. Et effectivement une autre membrane. Et bébé s’est tourné en postérieur, la face vers le ciel.

Bébé n’a pas tourné du bon côté en fait. Sa tête n’est pas placée comme il faut pour s’engager dans le col, ce qui fait que le travail stagne. Et une de ses épaules appuie sur un nerf névralgique, ce qui fait que à toutes les contractions, l’épaule viens appuyer sur le nerf et m’envoie une décharge en continue.

On parle quelques instants: ça fait longtemps que je travaille, j’ai super bien travaillé aussi, mais que là, ça n’avance pas assez vite. Bébé va toujours bien, mais il risque de se fatiguer lui aussi.

On convient donc d’aller à l’hôpital pour une péridurale. Je me convaincs presque que je le mérite. En fait, je la souhaite tellement j’ai mal au dos.

Le trajet en ambulance est difficile. Je suis couchée de côté sur la civière, ça ballote d’un côté à l’autre, les contractions sont difficiles à gérer dans cette positions. J’ai hâte d’arriver, j’en peux plus.

 

4am, 25 novembre

On m’installe dans une  »chambre des naissances ». Avec pleins d’appareil partout, deux portes d’entrée, et à chaque fois que une ouvre, l’autre claque, ce qui donne comme effet d’avoir toujours deux personne qui rentre en même temps dans la chambre.

On me sort le gaz hilarant. Ça fait presque du bien durant les contractions. J’en offre à mon chum qui refuse.. il en aurait besoin pourtant, il dort debout pauvre petit

On me dit que l’anesthésiste sera là sous peu, qu’il est en césarienne présentement.

On me strap deux ceintures sur la bedaine pour le monitoring. La lecture est difficile, l’infirmière change tout le temps de position sur mon ventre.

La gynécologue de garde se présente elle aussi, Docteur A.

Elle est correct, mais sans chaleur. Elle semble fatiguée.

L’infirmière m’installe pour la péridurale, assise dans le milieu de la table avec une chemise d’hôpital. C’est difficile, les contractions me gêne beaucoup dans mes mouvements.

L’anesthésiste entre dans la salle. Je sais que c’est lui, parce qu’en rentrant dans la salle, il est dos à moi, je l’entends dire  »Oh my! » Quoi, t’as jamais vu de dos avant.. non, mais hein?

Il me dit en quoi consiste une péridurale, me font signer 3-4 feuilles que je ne lis pas (en fait, j’ai eu de la misère à signer mon nom, je n’aurais pas pu lire 3 feuilles de termes médicaux!!) et je sens qu’on me met de la pression, que j’aurais pu singer une euthanasie que je ne le saurais pas

Mais pas grave, donnez-moi cette péridurale, morphine, hormone de cheval, m’en fous!!

Il s’installe, me demande de faire le dos rond, ce que j’essaie de faire le plus possible avec ma bedaine. Mon conjoint me tiens par en avant et m’aide durant une contraction. Il me dira plus tard qu’il regardait intensément l’anesthésiste.. il n’aimait pas l’idée de me faire planter une aiguille dans le dos. Le regard c’était pour dire  »Je te surveille, manque-la pas mon …  ».

Il me manque une première fois, ça fait un mal de chien merde. Me dit que je n’ai pas beaucoup de cartilage, que je dois mettre mon dos plus rond encore.

Je pleure en silence dans le chandail de mon chum. J’essaie de me mettre le dos plus rond encore, j’ai l’impression d’écraser mon bébé, mais je tiens bon.

Il réussit enfin.. et après 2-3 contractions encore, soulagement!  Je ne sens plus rien. C’est l’infirmière qui me dit que je suis en pleine contraction.

L’anesthésiste revient quelques instants plus tard faire le test de la glace. Il me touche la joue gauche, et la hanche gauche. Je ne sens pas le froid. Il fait le même test à droite, mais je sens le froid sur ma hanche. Il semble ébahit et surpris. Refait le test 3-4 fois, et je lui réponds la même chose encore et encore.

Il finit par me redonner une autre dose, que je sens passer dans le tube qui me passe dans le dos (c’est froid!)

Durant l’heure qui suit, L-M et mon chum dorme un peu, en attendant que ça avance. Moi pendant ce temps, je reste couché et je tète (ou plutôt, je croque) de la glace, j’ai tellement soif!

 

6am, 25 novembre

La docteur A. vient faire un examen.

10cm, bébé en bonne position. On peut commencer à pousser.

Déjà?!?

À la blague, je lance à mon chum  »Je fais ça vite moi, une heure sur la table et hop, on pousse! »

Ça réveille mon chum, bébé arrive dans pas long!!

On m’explique comment pousser. On m’installe les pattes sur la table et on me couvre le bas du corps avec un drap, question de ne pas avoir la noune à tout vent. J’apprécie le geste. Je soupçonne L-M d’avoir averti le personnel de ma pudeur un peu excessive.  Je l’apprécie encore plus.

Je ne sais pas trop quand pousser, vu que je ne sens rien, j’y vais  »à peu près » quand ça me tente.

Je demande à l’infirmière de me dire quand pousser, mais elle ne me le dit qu’une fois. Le reste du temps elle tient le monitoring sur mon ventre (elle m’énerve!)

Je n’aime pas la façon qu’on me dirige.

Faut que je prenne 3 méga grande respiration, que je bloque, menton contre poitrine, avec mon chum qui me tiens une jambe, l’infirmière l’autre et que tout le monde me regarde l’entre-jambe ..

On me dit de pousser plus que ça. Que la dernière poussée c’était mieux.

Je commence à perdre patience. À chaque grande respiration j’ai l’impression d’avoir d’avaler du sable. J’ai la bouche tellement sèche! Donnez-moi à boire s’il-vous-plait!
Je me rappelle d’avoir eu un ou deux glaçons, mais rien de satisfaisant.

Plus ça va, plus je sens les contractions. Plus je sens la douleur. Moi qui venait de m’en sortir!

Mais là.. en plus de la pression intérieur.. J’ai mal aux fesses. VRAIMENT mal aux fesses.
Comme si j’avais deux crampes du nerf sciatique.
Plus bébé descend, plus j’ai mal aux fesses. Je commence à en avoir vraiment plein mon casque.

J’ai mal aux fesses, je pousse mal, on me demande si je veux ‘’toucher’’ pour voir, no-way, je veux rien savoir.

‘’Vous êtes sûre madame?’’ ‘’OUI CRISS CHUIS SÛRE!!’’.

J’ai pu envie de pousser, j’ai juste envie de me masser les fesses, je me tortille sur la table entre les contractions, je n’arrive pas à rester les jambes dans les étriers, tout mon poids repose sur mon cul, j’ai mal, J’AI MAL.

Je garde les yeux fermés. La lumière est trop forte, je ne veux pas voir personne. Mon conjoint se penche vers moi un moment donné, je le repousse. Touchez moi pas, je suis plus capable de m’endurer.

Je demande à l’infirmière si je peux me mettre à 4 pattes pour pousser. Ça me ferait peut-être moins mal. Elle accepte à contrecœur.
Je réussis à me mettre en position sur la minuscule table. J’écarterais les jambes plus que ça, mais je n’ai pas de place.
J’ai eu le temps de prendre une contraction dans cette position avant que le Docteur A. rentre.
Aussitôt l’infirmière me dit ‘’Faut retourner sur le dos madame’’
Là je chiale ‘’Non, pas sur le dos, s’il vous plait, pas sur le dos..’’
‘’Madame, quand le docteur rentre, il faut se mettre sur le dos.’’
‘’Non je ne veux pas. Ça fait trop mal!’’
‘’Si vous ne vous mettez pas sur le dos pour le docteur, je ne vous laisserais pas retourner à quatre pattes.’’
J’ai pleuré en silence. Je ne voulais pas revenir en position gynécologique. Juste me retourner je sais que ça allait être pénible. Mais bon. Je suis qui moi, han? Ah oui, juste une autre femme qui accouche.

Et docteur A. rajoute que de toute façon, la gravité ça aide pas pour les accouchements.  Bon.
Je lui dit, ou quelqu’un lui dit que j’ai mal aux fesses.

‘’Bon, ben on peut faire le bloc honteux.’’

Han? Pourquoi le bloc honteux, je n’ai pas besoin du bloc honteux..!

Je réponds en braillant ‘’Non!’’

‘’Là madame, pas besoin de faire la femme forte de l’Évangile, je pense que vous avez assez travaillé comme ça. C’est juste 3 petites piqûres qui vont vous geler, ça fera pas mal.’’

Comment voulez-vous que je négocie avec elle? J’ai le cul à l’air, je braille, j’ai mal aux fesses, à la limite d’être sans connaissance… je n’ai pas vraiment le choix.  Et j’ai pas mal au rectum putain, j’ai mal aux FESSES!

Elle finit par me faire deux piqûres dans le vagin, et une autre juste à la base de l’entrée. Je te l’ai gueulé celle-là. Je n’avais pas vraiment envie de me faire piquer juste là.

Je continue à pousser, à prendre des respirations de titans.
On me dit que je pousse mal, que je devrais pousser plus que ça. Enfin, ça c’est bien, pousse ici, pousse là, envoye let’s go.
Ils m’énervent. Fermez-la que je travaille toute seule!

Mon conjoint me dit ‘’On voit ses cheveux!’’
Et moi : ‘’C’est comment là? C’est proche?’’
Mon chum me montre avec ces doigts ‘’Environ ça (2cm)’’
Moi : ‘’C’EST TOUT! JUSTE ÇA! ESTI QUE CHUIS ÉCOEURÉE LÀ, C’EST BEN D’ LA MARDE (rajouter une série de sacre entrecoupé de sanglots)

En parlant avec mon chum, je me rends compte qui a beaucoup de monde dans la chambre, au moins 5-6 infirmières qui jasent entre elles. Ça fait quelque fois que j’entends les portes s’ouvrir et se fermer.
Je lui dit :
‘’C’est quoi là, tout le monde rentre et sort ou quoi?!’’ (J’espère qui m’ont toutes entendue)

J’ai eu le sentiment d’être un spectacle..

À partir de là, je me souviens de presque rien du reste de la poussée. Ça a pu durer 15 minutes comme 2h, j’ai juste quelques flashs.

Je revois mon chum se tourner vers la porte et s’appuyer dessus. Je crois qu’il pleure. Je vois L-M aller lui mettre un bras sur l’épaule pour le réconforter.

À un moment,  c’est une autre gynécologue que je vois entre mes jambes (bonjour, enchantée, tsé ).

Et là.. LÀ LÀ. La tête a sortie.

OUCH!

Elle a carrément poppée! Je pensais qu’avoir un gynéco entre les jambes ça allait être moins pire, qu’elle allait l’aider à sortir, non?!?

La pression est forte, ça fait mal, merde!

‘’Ne poussez plus madame, ne poussez plus’’

Non. Fini le niaisage. Je suis pu capable, c’était la coche de douleur de trop celle-là.

‘’NON!’’

Et j’ai poussé. Que dis-je. Expulsé mon bébé.

Sou-la-ge-ment.

Mon Dieu, merci merci merci merci. Enfin!
Mon chum me dira après que ma face voulait tout dire.

Ensuite, je me rappelle d’avoir vu le cul du bébé en premier. En fait, c’était la gynéco qui présentait le sexe du bébé au papa pour qu’il me le dise.

Ça lui a pris quelques secondes avant de comprendre. Il cherchait un pénis ou des couilles, tout le long de ma grossesse on était sûr que c’était un garçon!

‘’C’est une fille… c’est une fille!’’ m’a t ‘il dit en pleurant.
‘’UNE FILLE?!’’ que j’ai répondu.

On est les deux ébahis, mon chum pleure de soulagement, de fatigue, moi pareil.
Elle est tellement belle, c’est fou.

À un moment, mon chum me dit ‘’Elle a une face d’Olivia’’.

Le nom lui est resté. On en avait d’autre nom en liste, mais je l’avais dit à mon conjoint : on va savoir comment l’appeler quand on va lui voir la face.

Je ne sais pas combien de temps je reste ainsi avec mon chum à côté de moi et ma fille sur ma poitrine.

Je sens le placenta sortir. Je comprends maintenant pourquoi les anciennes appelaient ça ‘’la délivrance’’. Ça fait un bien fou!

Je sais que j’ai  déchiré pas mal : je vois la gynécologue s’affairer entre mes jambes. Mais je suis gelée encore, je ne sens rien.

Je demande ça a l’air de quoi, on me répond ‘’Un petit 3e degré ou un gros 2e degré, ce n’est pas si pire’’.
Moi ça ne me dit absolument rien.  Ça me prendra  au moins 3 semaines avant de regarder par moi-même, j’avais trop peur de la boucherie.

L-M nous quitte déjà. Elle est crevée elle aussi, elle a besoin de repos. On la remercie tellement, peut-être pas à la hauteur de ses compétences par contre, je mets ça sur le compte de l’épuisement. Je me reprendrai plus tard avec un beau panier-cadeau.

Une infirmière s’affaire autour de moi, me fais lever les fesses pour changer les draps, regarde ma tension, etc. Elle est sympathique.

Ma sage-femme a averti le personnel que je ne désirais pas allaiter. Du moins, c’est ce que j’en ai déduit parce que personne n’est venu me demander des explications et personne n’à essayer de me faire changer d’avis.

Mon conjoint est invité à donner le premier biberon à notre fille.

L’infirmière nous dit que c’est maximum une once, une once et demi. Elle a un petit estomac et risque de tout régurgiter si elle boit trop.  Elle laisse mon conjoint seul et sort de la salle.
Olivia boit une once en 30 secondes! Elle est affamée! Je l’entends téter de l’autre bout de la salle!

Mon conjoint me demande qu’est-ce qu’on fait.. Elle a déjà bu pas mal. Comme c’était assez évident que notre fille avait encore faim, qu’elle tétait dans le vide, je lui ai dit de vite lui donner un autre 5-10ml avant que l’infirmière ne revienne.
Elle boit aussi vite, c’est fou!

Mais l’infirmière n’est pas contente quand elle revient. Et pour être sûr qu’on ne lui en redonne pas, elle repart avec le biberon. Mais c’est flagrant qu’elle a encore faim! Elle chigne et tète nos doigts.
Je décide donc d’essayer de lui donner du colostrum.
Elle essaie de prendre mon sein droit, mais je suis maladroite et elle aussi et ne tète pas grand-chose.
Mais elle réussit à prendre le sein gauche toute seule et tète comme une défoncée!
Elle boira ainsi en continue sur mon sein gauche pendant une heure. Je savais qu’elle avait encore soif.

L’infirmière continue mes soins. Je suis encore sur l’adrénaline : je suis de bonne humeur et je suis contente. Je suis capable de marcher un peu sans aide pour aller à la toilette.
Le nouveau papa fini par s’endormir avec sa fille dans le fauteuil dans la chambre. Je les aime tellement.

On finit par se retrouver en chambre semi-privé. On y arrive presqu’en même temps que mes beaux-parents qui viennent voir leur premier petit-enfant. Il y a beaucoup d’émotion dans l’air.

Le pédiatre passe pendant ce temps. Il prend ma fille, la mets dans le petit lit, la déshabille sans ménagement et l’examine environ 30 secondes seulement.
‘’Tout est bien’’ est tout ce qui nous dira. Et il repart sans autre cérémonie.

Après l’heure du souper, mon conjoint retourne à la maison voir notre chienne qui doit paniquer toute seule à la maison depuis si longtemps. Et il est tellement fatigué qu’il a le teint-gris vert. Je l’encourage à aller se reposer cette nuit.

L’infirmière qui s’occupe de nous viens toujours prendre la température de ma fille. On dirait qu’elle fait une fixation dessus, mais je ne sais pas pourquoi, on ne me dit rien.
À un moment, sa température descend à 34,6. Mais je viens tout juste de lui changer sa couche deux fois de suite, alors elle a été toute nue quelques minutes d’affilé.
Mais non. L’infirmière part et revient avec le ‘’réchaud à poulet frit’’, un genre de couchette avec une lampe chauffante sur le dessus. Elle déshabille ma fille, la fou juste en couche la dessous et part en me disant qu’il faut que sa température monte à 37,8 au plus vite.
Ma fille est carrément insultée, elle hurle sa vie. J’aime juste envie de la prendre dans mes bras et la consoler, je commence à perdre patience.
Le réchaud ne fonctionne clairement pas bien, un temps il indique 38, 3 secondes plus tard 35,7!
Je le fait remarquer à l’infirmière, mais elle m’ignore superbement.
Finalement, l’infirmière vient lui donner son bain vers 11h le soir, rapidement, sur le pas de ma porte de chambre. Ma fille hurle encore sa vie, insultée de se faire ainsi manipuler.
Vers minuit, je débranche la machine (de toute façon, si je voulais me coucher, il fallait que je la débranche, le fil passait sur mon lit..), j’éteins la lumière, je tire le rideau et je me couche avec ma fille, bien décidé à envoyer promener quiconque qui viendrait me déranger.

Ma fille se réveillera 3 fois pour boire durant la nuit. Mais elle semble avoir mal au ventre après le biberon. Elle devient toute raide et crispée. Ça semble douloureux. Je réussis à la calmer à chaque fois, mais ça m’inquiète.
On continuera à venir plusieurs fois dans la nuit pour venir prendre mes signes vitaux et ceux de ma fille, ainsi que des prises de sang (pourquoi la nuit?!?)

À 4h30 le matin, ma fille se réveille, elle a faim, c’est évident.  Je décide de me lever tant bien que mal (mes points me font souffrir et mon dos m’élance). Je vais voir l’infirmière au poste pour lui demander un biberon.
Elle me répond qu’il est trop tôt, que certain bébé on juste envie de téter, que ma fille doit être une téteuse.
Docile, en fait je suis presque zombie tellement je suis fatiguée, je ne dis rien et retourne à ma chambre avec ma fille qui chigne.
30minutes plus tard, j’appuie sur la sonnette. Ça suffit, ma fille a faim, merde.
L’infirmière me fait une ‘’faveur’’ selon elle. Elle m’apporte le biberon 30minutes à l’avance. Wow, quel dévouement.

Ma fille boit le 2 once au complet, sans pause. Elle se crispe encore par après, elle est très inconfortable.

Mon conjoint vient me rejoindre le lendemain vers 7h30. Je dois avoir l’air épouvantable, je suis tellement fatiguée.
Il s’occupe d’Olivia pendant que je dors 1h, avant de me faire réveiller par les cris de ma fille qui est encore avec l’infirmière de la veille, toute nue, pour se faire peser. Incapable de me rendormir,  je reste coucher avec ma fille sur mes jambes.
Je parle avec mon conjoint et décidons que nous partons d’ici ce soir.

Comme les petits habits d’hiver que nous avons sont beaucoup trop grands pour notre fille, mon conjoint décide d’aller au magasin lui acheter un plus petit habit. Les premiers achats officiels pour sa fille, il est tout content!
Pendant ce temps, je suis encore au lit, avec ma fille en appui sur mes jambes. Elle vient de boire et elle se crispe et se tortille encore. Je ne comprends pas. Je ne comprends pas ma fille. Elle a mal, c’est évident. Du reflux peut-être?
Je la regarde et je me sens incapable. Mon post-partum embarque à une vitesse fulgurante. En moins de 30 minutes, je passe du stade fatiguée à carrément en dépression.
Je texte mon conjoint et ma cousine que j’ai besoin d’aide. Vraiment. Je ne passerais pas au travers. Je suis incapable de parler au téléphone, mais j’ai besoin d’aide, je le sens.
Au même moment, ma mère appelle dans la chambre. Elle me demande : ‘’Bonjour fille, comment vas-tu?’’
J’ai éclatée en sanglots.  Je n’ai rien pu dire, sauf pleurer dans le combiné.
Mon conjoint est arrivé en même temps. Je lui ai passé le téléphone. Ils ont convenus tous les deux que ma mère viendrait nous aider quelques jours,  le temps que je me remette.

Nous sommes sortis de l’hôpital vers 19h le soir, après avoir attendu la fin du dernier shift, après avoir laissé les étudiants ‘’étudier’’ sur ma fille (c’étaient les plus sympathiques de tout mon séjour en fait),  et après m’avoir fait sermonner par la pédiatre de service (jamais vue avant) que ‘’je risquais une rupture utérine, une hémorragie, que ma fille risquait un souffle au cœur et qu’elle ne régularisait pas encore sa température!!’’.

Une chance que mon conjoint a tenu bon, son ton était tellement autoritaire et mon taux d’hormones tellement bas que je n’avais pas l’énergie pour contester.

Le retour à la maison a été un soulagement.

J’y ai pleuré tout mon soul, pleuré mon accouchement ‘’raté’’, ma rage de me pas pu avoir accoucher toute seule, de m’être fait manipuler de la sorte, moi qui m’était tant renseigner et tant convaincue que moi, moi je ne me laisserais pas faire.

Quand j’y repense encore, je suis fière d’avoir tenu les contractions tout ce temps. Si ma fille aurait été en bonne position, j’aurais pu accoucher en maison de naissance, calmement, sereinement. J’ai mon séjour à l’hopital sur le cœur, c’est cette mauvaise expérience que je me rappelle le plus malheureusement.

J’appréhende le ou les prochains accouchement. J’espère être plus forte et j’espère avoir la nature de mon côté.

C.

#346 Le deuxième accouchement d’Abigaïl, Québec 2010

10 Fév

Après une première grossesse et une naissance très médicalisées (récit #334), j’ai la chance d’emménager au Québec dans une région qui compte une maison des naissances. Les sages-femmes acceptent de m’accompagner pour un AVAC. Le suivi est tel que je l’avais attendu : grande écoute, échanges égalitaires, aucun geste posé sans en avoir pesé, ensemble, le pour et le contre. Je ne veux aucune intrusion, pas d’échographie, surtout pas d’amniocentèse. Quelques analyses de sang et d’urine, la prise de tension et l’écoute du cœur du bébé sont les seuls examens pratiqués.

Le bébé est tonique, bien vivant, je le sens s’activer dès le quatrième mois. Au septième mois, il s’installe tête en bas. Je suis rassurée : la présentation par le siège était la cause de ma première césarienne.

Chaque semaine à partir du 9e mois, je rencontre en alternance I. et C., chez moi ou à la maison des naissances. Pour un premier accouchement (je n’ai pas été en travail pour la naissance de ma grande fille), elles ne s’attendent pas à ce que le bébé arrive avant 41 semaines, et me disent être à l’aise avec ça. C. insiste pour que je me repose. J’ai de nombreuses insomnies et le dos douloureux. Le bébé bouge encore beaucoup. Sa tête est bien engagée dans le bassin.

39 semaines et 3 jours, lundi – Je me rends à la maison des naissances pour rencontrer I. et sa jeune stagiaire. I. me parle du décollement des membranes et de l’acupuncture pour activer le processus, puis me propose, si rien n’a évolué, de rencontrer vendredi un gynécologue de l’hôpital pour discuter de leurs protocoles, voir s’ils accepteraient de tenter un déclenchement médicamenteux et à partir de quel moment il faudrait envisager une césarienne d’office.

Cette proposition me terrifie. Je sais que s’il constitue un avantage indéniable, un accompagnement non médicalisé ne garantit en rien la réussite de mon projet, pourtant je refuse d’envisager l’éventualité d’une nouvelle césarienne.

J’ai le sentiment que les sages-femmes me lâchent à quelques mètres de la ligne d’arrivée. J’essaie d’en parler à mon conjoint, mais il ne mesure pas l’ampleur de mon désarroi. Je lui en veux. Comme d’habitude en pareil cas, je m’applique à contenir les émotions trop fortes et « j’encaisse ».

Mercredi – I. vient chez moi et j’accepte le décollement des membranes. C’est moins douloureux que ce qu’elle m’avait prédit, mais elle n’a pas réussi à passer le col. Dans la nuit de mercredi à jeudi, le travail commence.

Jeudi – J’appelle C., c’est elle qui est de garde. Les contractions sont intenses, espacées de quinze à trente minutes. A chaque fois je respire profondément, j’émets des sons graves comme je l’ai appris en cours de yoga prénatal. C’est douloureux, mais je suis heureuse, excitée: je vais bientôt rencontrer cette petite personne qui a mûri dans le secret de mon ventre! Les contractions s’espacent puis se rapprochent, s’espacent à nouveau. Je dors peu. Je suis fatiguée. C. me conseille de prendre des cachets de Gravol.

Vendredi – Le col n’est pas encore effacé. J’ai une séance d’acupuncture à midi. Accueillir les contractions en restant immobile est difficile, mais le calme de la salle est apaisant.

Mon conjoint me conduit ensuite à l’hôpital pour une échographie : C. souhaite un bilan (la demande est ferme). La jeune gynécologue est chaleureuse mais pressée, elle pose deux, trois questions très vite puis m’invite à m’allonger sur le dos, dans une position particulièrement inconfortable, douloureuse (comment peut-on imposer à une femme d’accoucher ainsi?). Elle nous demande si nous voulons connaître le sexe du bébé et si elle doit nous signaler une malformation visible. A quelques heures de la naissance, je trouve ça ridicule. Je détourne la tête pour ne pas voir l’image sur l’écran. J’ai des sueurs froides, je veux sortir. Mon conjoint croit avoir entendu la gynécologue parler du bébé en disant « elle ». Le bilan est positif : le petit va très bien. Je n’avais pas besoin de l’échographie pour savoir ça!

Samedi – J’ai une nouvelle séance d’acupuncture le matin. Je parle beaucoup au bébé, pour l’encourager à venir. Il s’active encore. Je suis très fatiguée.

Nous passons la fin de l’après-midi chez des amis qui habitent le bord du fleuve. Il fait incroyablement beau et chaud, nos filles s’amusent dans le jardin. Je mange avec appétit puis vais m’allonger. Les contractions se rapprochent: toutes les cinq minutes. C. nous retrouve chez nous, le col est dilaté à trois centimètres. Nous pouvons partir pour la maison des naissances!

Le trajet en voiture me semble long, et en même temps j’apprécie cette bulle dans la nuit, seule avec mon homme. L’autoroute est déserte. A chaque contraction je serre fort la poignée de la porte. Je suis très concentrée sur l’instant présent.

Nous sommes les seuls « clients » ce soir, C. nous oriente vers la chambre la plus grande et la plus fraîche, allume une lampe de chevet, je ne garde que ma tunique et je m’installe sur le ballon, face au grand lit, avec des oreillers pour enfouir ma tête. La sage-femme apporte de l’eau fraîche, montre à mon conjoint les points d’acupression, pour soulager la douleur, en bas de mon dos, puis s’installe dans la chambre de l’autre côté du couloir.

Je fais rouler mes hanches sur le ballon et continue à respirer profondément. Les contractions s’installent comme une routine, les stations d’un petit train en marche, toujours les mêmes, sans accélération, le moteur ronronne, ça tourne en rond.

On met en route le ventilateur au plafond, puis on l’arrête malgré la chaleur : trop de courants d’air. Je bois beaucoup, je vais plusieurs fois aux toilettes. J’aime cette petite pièce avec une grande douche, sans fenêtre, j’aime ces courts moments de solitude, même si les contractions sont plus dures à passer agrippée au lavabo ou assise sur la cuvette. Je jette à chaque fois un coup d’œil à la salle de bain attenante, à la grande baignoire, j’ai hâte de pouvoir me glisser dans l’eau chaude pour la poussée et d’y accueillir mon bébé en douceur.

Les heures passent sans que je m’en rende compte. J’ai faim, C. apporte un croissant avec de la confiture, je ne trouve pas ça très bon et ça ne m’apporte pas l’énergie espérée. Elle vérifie la dilatation du col après une contraction. C’est inconfortable, intrusif, je n’aime pas me retrouver sur le dos à regarder le plafond, cela me « décentre » un peu plus. Pas d’évolution.

C. installe le tire-lait électrique pour stimuler la production d’ocytocine. L’effet est spectaculaire : les contractions sont nettement plus intenses, très rapprochées, l’une à peine passée que l’autre démarre derrière, dans ce crescendo-decrescendo que je commence à bien connaître. Je crie pour de bon, je m’agrippe au coussin devant moi, mon conjoint ne détache pas ses pouces de mon dos.

Dimanche – Le jour commence à poindre et je me sens épuisée, découragée. Je m’accroche à l’espoir que les choses ont avancé, mais le col n’est qu’à cinq centimètres. Les contractions diminuent un peu en intensité et en fréquence. C. me propose un transfert à l’hôpital pour une péridurale, le repos pourrait avoir un effet bénéfique sur le travail. Elle va négocier avec les médecins pour qu’ils « ne sortent pas le scalpel trop vite ». J’accepte avec soulagement.

C. prévient l’hôpital. L’ambulance arrive en quelques minutes, je dois m’allonger sur la civière, sous une couverture, même sur le côté c’est peu confortable. Dans l’ambulance, C. serre ma main et me regarde dans les yeux pour me soutenir pendant les contractions. Elle répond aux questions d’usage. Elle explique que les sages-femmes suivent uniquement des femmes en bonne santé, dont la grossesse se déroule sans problèmes. Il ne s’agit pas d’une urgence : la mère et le bébé vont bien, mais elle veut bien vérifier la rapidité de l’ambulance sur le nouveau tronçon d’autoroute. Dix-sept minutes exactement. Mon conjoint nous a suivies en voiture.

Je reconnais à peine l’entrée des urgences. La civière change de mains. Les néons au plafond défilent, j’arrive dans une petite salle à la lumière tamisée. Je dois me déshabiller, enfiler la blouse d’hôpital et ne plus boire. Pourtant il fait chaud et j’ai soif. Il y a une infirmière d’un certain âge, sympathique, visiblement expérimentée, et la jeune gynécologue qui a pratiqué l’échographie vendredi. C. lui expose la situation. La gynécologue écoute attentivement puis m’ausculte. Le trajet en ambulance a produit son effet : le col est à huit centimètres. Elle me propose de rompre la poche des eaux pour accélérer le travail (indolore) ; elle est prête à tenter une petite intervention médicamenteuse d’ici quelques heures. C. me sourit, les chances sont bonnes que j’accouche par voie basse.

Je demande une péridurale. Le temps que l’anesthésiste arrive, je retire les fils du moniteur qui enregistre les battements de cœur du bébé et je marche un peu dans la salle. Je continue de respirer profondément à chaque contraction.

L’anesthésiste a le geste rapide et sûr, je sens à peine l’aiguille pénétrer dans mon dos, très vite je n’ai plus de sensations au niveau du ventre et du bassin. Je dois maintenant rester en position semi allongée, sur le côté gauche, pendant que le produit passe goutte à goutte dans le cathéter. C. conseille à mon conjoint d’aller se reposer dans la chambre qui m’a été attribuée. Elle reste près de moi et parle avec l’infirmière. Tout est calme. Je m’endors.

Lorsque je me réveille, l’équipe a changé. La nouvelle infirmière, postée devant l’écran du moniteur, se présente. La nouvelle gynécologue est aussi jeune que la première, très calme, un peu froide malgré son sourire. Le col n’a pas bougé depuis la première auscultation. L’infirmière explique que les contractions se sont encore espacées, la gynécologue est soucieuse, elle approuve la proposition de l’infirmière de me faire changer de position régulièrement.

Je suis perplexe : je n’ai pas senti le changement. Les choses se passent en dehors de moi, sur le moniteur, je dois m’en remettre à l’infirmière pour suivre l’évolution du travail. Lorsque j’avais toutes mes sensations, je ne contrôlais rien, mais je pouvais dire « c’est intense, ça avance », ou bien « mon corps fatigue, il y a quelque chose qui cloche », je pouvais chercher la position qui faciliterait le travail. Je voudrais me lever, bouger, accompagner de nouveau mon bébé dans cette incroyable aventure. Mais je suis coincée sur ce lit d’hôpital, avec ces fils et ces tuyaux qui m’encombrent.

L’infirmière lève un de mes genoux, déplace une épaule, fait tourner ma tête, je suis comme un pantin que l’on manipule, avec sérieux et application. Je garde la position une vingtaine de minutes, puis le manège recommence. Je discute avec C. pendant un petit moment, puis elle m’invite à dormir à nouveau pour récupérer un peu d’énergie: j’en aurai besoin pour la poussée.

J’ouvre les yeux sur une chaise vide, C. est rentrée chez elle se rafraîchir. La gynécologue est là. L’infirmière lui explique que les contractions se sont rapprochées, c’est une bonne nouvelle. Mais à l’auscultation, surprise: impossible d’atteindre le col, le bébé semble s’être désengagé du bassin, c’est comme si l’utérus « contractait à l’envers ». La gynécologue dit: « c’est tannant », d’une voix monocorde, sans émotion. Elle invite l’infirmière à m’ausculter à son tour, l’infirmière constate que le col est inaccessible, que le bébé est remonté, la gynécologue répète : « C’est tannant ». Après avoir scruté l’écran du moniteur, elle me regarde, elle est très calme. Les signes vitaux du bébé sont bons, mais elle craint une rupture utérine. Il va falloir procéder à une césarienne.

Mon cœur veut sortir de ma poitrine. Non, ce n’est pas possible, pas une nouvelle fois, après ce que j’ai donné depuis trois jours, vous n’allez pas me découper le ventre alors que le bébé va bien! Je voudrais hurler, pleurer, cette parfaite inconnue n’a pas de cœur, elle ne sait pas ce qu’elle dit, elle ne se rend pas compte que ses mots m’anéantissent, alors que je suis seule dans cette chambre… Où sont passés ceux qui devaient me défendre, me protéger de l’intervention des médecins ? Ma voix s’étrangle : « On ne peut pas attendre? », attendre que mon corps fonctionne à nouveau à l’endroit, attendre que C. soit revenue, qu’elle donne son avis, attendre que mon conjoint, le père de ce bébé, soit à mes côtés?

La gynécologue considère qu’il n’y a pas de temps à perdre, avec un antécédent de césarienne, après quatre heures sans résultats satisfaisants, c’est le protocole. Elle n’arrête pas de dire : « C’est tannant », avec ce rictus insupportable, ce pseudo sourire sans compassion. Elle est tellement calme! Je ne peux pas croire qu’il y ait urgence.

L’infirmière a appelé C., on est allé chercher mon conjoint. Ils écoutent le médecin, C. acquiesce, je tombe en pleurs. La gynécologue dit : « Elle est déçue », l’infirmière se penche vers moi : « C’est pour ton bien et celui du bébé. » Je vois d’ici la suite : les bras en croix sur la table d’opération, les mains inconnues qui s’affairent, le premier cri dans le vide, hors de ma vue, l’impossibilité de me lever pendant 24 heures, la douleur postopératoire, le séjour prolongé à l’hôpital avec le bruit, le dérangement constant… Je demande combien de temps je vais devoir rester, la gynécologue répond trois, quatre jours.

Le brancardier arrive, je me laisse porter comme une pauvre chose sans vie, n’étaient les larmes qui coulent en flot ininterrompu.

L’homme qui me conduit au bloc est petit, d’âge mûr, jovial. Je vois son visage à l’envers et les néons qui défilent, le trajet me semble labyrinthique. Dans l’ascenseur, il tente une  plaisanterie. Je réponds sur le même ton et souris à travers les larmes. Il me souhaite bon courage et me laisse dans le couloir en attendant que l’équipe soit prête pour l’intervention. Une femme me demande si je porte des prothèses dentaires, si je suis allergique à un produit ou à un autre, je réponds sans être très sûre.

Un autre homme pousse le brancard dans la salle froide, à l’éclairage cru. Elle est remplie de matériel et d’appareils de toutes sortes, j’entends qu’il y a plusieurs personnes. L’homme m’explique ce qui va se passer, qui va intervenir, à quel moment mon conjoint pourra me rejoindre. Avec ses doigts, il essuie une larme sur ma joue et prononce un mot gentil.

On me dépose sur la table, on met un chapeau sur mes cheveux et quelques capteurs sur ma poitrine, on tend un drap entre mon ventre et mon visage. Je reconnais les voix des deux gynécologues que j’ai vues ce matin, la deuxième a fait revenir la première et lui explique la raison de l’intervention. On vérifie l’effet de l’anesthésie, puis l’opération commence.

Les médecins observent ma cicatrice, je pense au petit lézard tatoué au bout de cette première ligne, j’imagine qu’il y en aura bientôt une autre, au-dessus. Je retiens mes sanglots de peur que cela me fasse bouger et gêne l’intervention. Mon conjoint est à côté de moi, il me parle, comme la première fois je ne le reconnais pas tout de suite à cause du masque qui couvre la moitié de son visage. L’incision est très rapide, je sens des mains qui poussent vigoureusement sur le haut de mon ventre, mon corps est secoué, j’attrape la main de mon conjoint et la serre très fort, cela dure une éternité, c’est impressionnant comme ça secoue!

Je sens le bébé sortir et je l’entends crier, il change de mains, mon conjoint me laisse, quelqu’un dit : « C’est quoi? », je tourne la tête, tends le cou, moi aussi je veux savoir, montrez-le moi! Mon conjoint revient vers moi, m’embrasse et me dit : « Merci ». Je sais alors que c’est une fille, je suis heureuse, je souris.

Mon conjoint tient notre petite fille serrée dans un linge, près de mon visage. Je la regarde avec un sentiment d’étrangeté, de distance, j’ai du mal à l’imaginer avec le nom que nous lui avons choisi. Mon conjoint repart avec elle. Lorsque la suture est terminée, on me conduit en salle de réveil. Je grelotte, on m’enveloppe dans une couverture chauffante. On me demande si je souhaite avoir mon bébé près de moi, mais je suis dans un état second, comme ivre, je préfère rester seule le temps de reprendre pied.

A travers le brouillard, j’entends le « bip, bip » de l’appareil qui prend ma tension à intervalles réguliers, la conversation animée d’un homme et d’une femme à l’autre bout de la pièce.

Dans la chambre, C. et mon conjoint se tiennent debout, la petite pleure contre le torse nu de son père. On me transfère dans le lit, on m’aide à me placer sur le côté, avec des coussins pour caler mon dos. Mon conjoint dépose la petite contre mon sein, je la caresse, je lui parle. Elle cesse de pleurer et boit pour la première fois.

1er jour – Nous dormons toutes les deux, l’une contre l’autre, pendant un bon moment. L’infirmière m’apporte des cachets, me sert un verre d’eau glacée, prend ma température et ma tension. Elle change et habille la petite, l’emmaillote dans un carré de tissu. Elle m’assure que la coupure sur son épaule, accident survenu durant l’opération, est superficielle. Il fait très chaud malgré le courant d’air qui passe par la fenêtre ouverte.

Mon conjoint revient avec sa mère et notre grande fille dans l’après-midi. L. s’approche doucement de sa petite sœur, grimpe sur le lit pour mieux la voir, elle la trouve mignonne, toute petite. Elle a choisi pour elle une marionnette rose et douce, avec un bonnet pointu, qu’elle offre dans une jolie boîte. Ma belle-mère prend quelques photos, nous discutons un peu, mon conjoint les raccompagne à la maison, dîne avec elles puis me rejoint à l’hôpital.

J’ai faim, mais je n’ai droit qu’à une soupe, un yogourt et un thé. Nouveau changement d’équipe. Les infirmières ne sont pas assez nombreuses pour s’occuper de toutes les patientes, alors on a demandé à mon conjoint de rester ici pour la première nuit. Il installe un matelas par terre, près de la porte, s’allonge et s’endort presque aussitôt. La petite est dans son couffin transparent, elle pleure et je ne peux pas me lever, je peux à peine me redresser, mon ventre me tire. J’appelle mon homme à voix basse, je ne veux pas importuner les mamans dans les autres chambres. Je hausse un peu le ton, il dort profondément, je ne sais pas quoi faire. Finalement, j’appelle une infirmière.

Je suis extrêmement tendue, épuisée. Je dors peu, d’un sommeil agité, le petit corps lové contre le mien.

2e jour – Mon conjoint est parti s’occuper de L. Débarrassée de la perfusion, je quitte le lit avec l’aide de l’infirmière. Je marche avec une extrême lenteur, pliée en deux, jusqu’au minuscule cabinet de toilette de ma chambre. Je prends appui sur le lavabo et regarde mon visage dans le miroir. Je suis effrayante. J’ai les paupières boursouflées et des sillons violacés sous les yeux. Je retire ma blouse, mon ventre est gonflé et douloureux, encore badigeonné d’antiseptique, j’imagine la plaie sous le gros pansement. Du sang coule entre mes jambes. Je pleure.

Après un moment, je mets de la crème sous mes yeux, je brosse mes dents, je savonne mon ventre, délicatement. L’eau fraîche me fait du bien. J’enfile des habits propres et retourne sur le lit à petits pas.

Je garde ma petite fille contre moi, je la couve des yeux. Elle est vraiment belle, toute potelée. Avec son nez minuscule, ses joues rondes, sa bouche en cœur, qu’est-ce qu’elle ressemble à sa sœur!

C. prend de nos nouvelles par téléphone. A cause de la chaleur, la petite fait un peu de fièvre, elle perd plus de poids que ce qui est toléré, il semble qu’elle se déshydrate malgré ses nombreuses tétées. L’infirmière a suffisamment d’assurance pour retarder le moment d’alerter la pédiatre, elle sait que les examens peuvent être longs, et les traitements contraignants. Mais la fièvre persiste. Une consultation avec le médecin est prévue ce soir. Je demande à mon conjoint de revenir après le dîner, je m’attends à ce que ce soit éprouvant et je ne veux pas être seule.

Nous attendons longtemps. Finalement, une jeune infirmière que je vois pour la première fois vient prendre notre bébé. Elle nous parle à peine, ne se présente pas, ne nous demande pas notre permission, ne nous propose pas de l’accompagner. Je suis indignée. Je fais quelques pas dans le couloir, tout est silencieux, on entend juste les pleurs d’un petit. Je ne sais pas où cette femme est allée avec ma fille, je ne connais pas les lieux, je n’avais pas même vu le couloir jusqu’à ce soir. Je n’ose pas aller plus loin. J’hésite à envoyer mon conjoint, je me dis que l’infirmière va revenir bientôt.

Nous restons 3/4 d’heure sans nouvelles.

Je craque. Rien ne s’est passé comme je l’avais prévu! J’aurais voulu que mon bébé soit accueilli dans un lieu intime et chaleureux, pas sous les néons d’une salle d’opération, entre des mains anonymes. J’aurais voulu qu’on permette à mon corps de faire son travail jusqu’au bout, à son rythme, sans l’interrompre d’une manière si agressive. J’aurais voulu qu’on nous laisse en paix, ma fille et moi, pendant les premiers jours de notre rencontre. J’aurais voulu que cet accouchement répare les blessures laissées par le premier. Il ne fait que les raviver. Je me sens trahie, abusée, mutilée.

Mon conjoint m’écoute, me réconforte, me dit sa fierté.

La pédiatre n’a rien décelé d’inquiétant, mais elle propose de donner un supplément pour aider notre fille à reprendre du poids. Elle souhaite également avoir un échantillon d’urine pour s’assurer qu’il n’y a pas d’infection. Malgré leur discrétion, les infirmières nous réveilleront quatre, cinq fois durant la nuit pour vérifier la petite poche placée dans sa couche. A la lueur de la veilleuse, l’une d’elle me dira tout bas : « Elle est belle en maudit, ta fille. ».

3e jour – L’infirmière qui avait attendu avant de signaler la fièvre reprend son service. Elle obtient de la pédiatre qu’elle passe nous voir entre deux rendez-vous, j’entends ainsi le diagnostic de sa bouche et peux lui poser directement mes questions. Pour ne pas perturber l’apprentissage de la succion, le supplément est administré durant les tétées, à l’aide d’une seringue et d’un tuyau très fin. Je dois appeler une infirmière à chaque fois que j’allaite, c’est pesant.

Il fait moins chaud, la température de ma fille tombe.

La gynécologue qui m’a opérée me rend visite. Elle a toujours ce sourire étrange, distant, cette voix monocorde et traînante. Elle me demande si les antalgiques sont efficaces. Avec précaution, elle palpe mon ventre toujours gonflé, tendu, douloureux. De l’air a pénétré durant l’intervention, il devrait disparaître progressivement d’ici quelques jours. La plaie semble bien cicatriser. Si la pédiatre le permet, la gynécologue est prête à nous laisser partir dès aujourd’hui. L’infirmière est moins optimiste, on n’a toujours pas réussi à prélever les quelques gouttes de liquide nécessaires pour l’examen, et les formalités de sortie prennent du temps.

Nous ne parlons pas de la manière dont s’est passé l’accouchement. Mon chagrin est tellement grand, j’ai peur de craquer en présence de cette étrangère. Devant elle comme devant les infirmières, je fais bonne figure, je souris. Je veux juste être tranquille et retourner chez moi, auprès des miens.

Lorsque ma grande fille et ma belle-mère reviennent, la petite est endormie sur le côté, dans son couffin, une petite main potelée glissée sous le menton. Enveloppée dans un linge blanc, elle a l’air paisible, angélique. Nous restons longtemps à la contempler.

Il fait gris, des nappes de brouillard couvrent les hauteurs de la ville. J’ai du mal à reconnaître le quartier depuis ma fenêtre. Il y a des parkings, un immeuble de bureaux, un supermarché, une tour d’habitations qui me rappelle l’hôtel sinistre, en banlieue de Prague, où j’étais descendue lorsque j’étais étudiante.

La nuit venue, je sens l’angoisse qui monte. L’éclairage blafard accentue la vétusté de la pièce, je n’en peux plus du bruit continu des ventilateurs sous la fenêtre, du lit inconfortable, des murs nus, sans âme, de la poussière qui colle à mes pieds sur le carrelage froid. Je ne connais du service que ce bout de couloir où passe parfois une femme en travail, parfois une mère berçant son bébé, l’employé chargé du ménage ou celui qui distribue les repas, et une multitude d’infirmières dont je n’arrive pas à retenir les noms. L’hôpital est une immense machine dont je ne perçois que quelques rouages, un pays hostile dont je ne sais ni la géographie, ni les usages. Dans un demi-sommeil j’imagine qu’un médecin sadique, tout droit sorti d’un film d’épouvante en noir et blanc, profite de mon infirmité pour tester sur moi un produit douteux.

4e jour – Je ne désire qu’une chose, rentrer à la maison. Les résultats des examens ne sont pas encore arrivés, mais ma fille se porte bien, elle a repris du poids et tète correctement. L’infirmière prend rendez-vous avec le pédiatre pour la visite de sortie et prépare les papiers à remplir.

Je quitte la chambre pour la première fois: la salle de bain est située à l’autre bout du couloir. Sur un panneau sont affichés des prospectus sur l’allaitement, les coordonnées de différents organismes de soutien aux parents, les photos de plusieurs bébés nés ici, avec des petits mots de remerciements. Je passe devant le petit comptoir d’accueil, il y a un bouquet de fleurs et à l’arrière, de larges fenêtres qui donnent sur le fleuve, scintillant sous le soleil. Je reconnais quelques-unes des infirmières qui se sont occupées de moi ces derniers jours.

La salle de bain est petite, chaude et embuée de la douche prise par une autre maman avant moi. Il y a seulement un tabouret, à côté du lavabo, pour poser les vêtements et les affaires de toilette. Je retire mes chaussures, trop serrées pour mes pieds gonflés. Le sol est mouillé, glissant. J’entre prudemment dans la baignoire. Je ne peux pas encore me redresser complètement. Je ne peux pas me laisser aller tout à fait, les pleurs qui viennent sous l’eau chaude contractent mon ventre douloureux. Ma fatigue est immense.

La gynécologue me rend visite une dernière fois. Elle me donne les consignes : pas de charge lourde pendant dix jours (interdiction de porter ma grande fille), pas de bain pendant deux semaines, visite de contrôle dans six semaines; en cas de douleur aigue, de saignement abondant, se rendre aux urgences; éviter de tomber enceinte avant neuf mois. Elle laisse une ordonnance pour des antalgiques, du fer, un laxatif et une pilule contraceptive.

L’infirmière décolle délicatement le pansement. Elle retire les agrafes une à une et les remplace par des petits morceaux de sparadrap. Après quelques instants, retenant mon souffle, j’ose regarder le bas de mon ventre. Il n’y a qu’une seule cicatrice, étonnamment nette et courte, à l’endroit précis où se trouvait la première.

C’est déjà l’heure du déjeuner. Mes affaires sont rangées, mon conjoint est arrivé avec le siège pour transporter la petite, nous avons rempli les papiers pour l’état civil. L’infirmière perçoit mon impatience, elle m’invite à la suivre jusqu’au bureau du pédiatre. Le médecin, un homme d’âge mûr à l’air sympathique, accepte d’examiner ma fille dans les minutes qui suivent. Il la trouve en parfaite santé, particulièrement tonique. Les sages-femmes effectueront le suivi pendant les six prochaines semaines.

L’attente pour les dernières formalités est interminable. Mon bébé pleure beaucoup. J’hésite à demander de l’aide, j’ai peur qu’on découvre un nouveau problème nécessitant de prolonger la surveillance. Une jeune infirmière vient finalement, emmaillote puis berce énergiquement la petite, le bout d’un doigt glissé dans sa bouche. Quand nous quittons la chambre tous les trois, ma petite dort profondément.

Nous sortons de l’hôpital en plein soleil, une brise d’air chaud souffle sur mon visage. J’ai l’impression d’atterrir après un long voyage. En quelques jours, les arbres dénudés se sont couverts de feuilles, les dernières traces de l’hiver ont disparu. Je ne dis pas un mot durant le trajet. Les secousses me font mal au ventre. Je suis en état de choc.

Ma belle-mère a rangé et nettoyé l’appartement, elle a mis des draps propres dans le lit, ça sent le frais. Je pose mes affaires en vrac dans un coin de la chambre. Mon conjoint va chercher notre grande fille à la garderie. Après un temps de retrouvailles, elle retourne à ses jeux habituels. J’essaie de dormir un peu.

Le soir, je rédige et j’envoie par mail le faire-part de naissance, je veux mettre de côté la douleur et rendre le bonheur palpable, que la famille, les amis, les connaissances se réjouissent et admirent notre si jolie petite fille.

Mon bébé dort avec moi. Dans l’obscurité angoissante, je l’écoute, la caresse, la respire, je la presse contre mes seins gonflés de lait. Je savoure son petit corps parfait, presque nu, sans l’entrave du coussin qu’avait porté sa sœur pour réparer ses hanches. Le contact charnel, animal, adoucit un peu la violence de cette mise au monde.

Jeudi, j’appelle I. et tombe en pleurs au téléphone. Elle a eu le compte rendu de l’accouchement par C., j’ai de quoi être bouleversée! Je lui fais part de mes doutes: pour moi, l’infirmière s’est trompée en cochant la case « césarienne en urgence » dans le questionnaire de sortie. Mais C. « a vu la peur dans les yeux du médecin », elle croit que l’intervention était justifiée. I. me conseille le repos absolu, elle m’invite à me concentrer sur le moment présent. Les explications viendront en leur temps.

Aujourd’hui je pleure encore cette naissance et celle de ma première fille.